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Full text of "Océanie, ou Cinquième partie du monde. Revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de Mélanésie .."

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1 



((J'<:A(^- 



'\Ji. r-f \A-JL. 



\j 'ù^'^xnr^ 






L'UNIVERS. 

HISTOIRE ET DESCRIPTION 

DE TOUS LES PEUPLES. 



OGËANIE, 

Par m. g. L. D. DE RIENZI. 

MZMBRS »B VLIlSlXVBS ACADBMIIIIt, BTfl. 



TYPOGRAPHIE DE tiRMIN DIDOT FRÈRES, 

RT7B JACOB y M° 34. 



ci fJ^fkAA^^ 



OCÉANIE 



ou 



' CINQUIÈME PARTIE DU MONDE. 

REVUE GÉOGRAPfflQUE ET ETHNOGRAPHIQUE 

i de la kalâisie, de là kigbonésib, de là polynesie et bb là 

helànésib; 

OFFEAirr X.I3 HisULTATS DS8 TOTAOZS ST DES DSOOUTSRTU DB X.*AUTSC& 

ET DK SIS DBTAKCIXR8 , AISTSI QVX SES irOUTKLI.SS CI.ASSIFICATIOirS ET DIVISIONS 

DE CES COirTftiES, 



PAR 

M. G. L. DOMENY DE RIENZI, 

TOTAGEUa EV OCéAlTIE, ES ORIEITT, ETC., ETC., MEMBRE DE 

FZ.I1SIK17RS ACADEMIES DE FRAUCE ET D^ITAUE, DE LA 'SOCIETE DE GVPGRAPBIE , 

DES SOCIETES ASIATIQUES DE PARIS ET DE BOMBAT (iITDk), ETC., ETC. 



« Qierchex la science et la vérité , dassiez-vous ne les trourer 
« qu*è Textrémité da monde. » / 

IIOHAMMED. 



TOME PREMIER. 



PARIS, 

FIBMIN DIDOT FRÈRES, ÉDITEURS, 

IMPRIMEURS-LIBRAIRES DE l'iNSTITUT DE FRANCS , 
IkUB lACO», H^ 24. 



M DCCC XXXVI. (^ 

' 



M Al. Al s lE ^'^^ v^ 

"^ Th.. DnvotetULv. 




iïf^n de Pairi». 







Ti L A ri ', '/ 













ir z*^ jir 









^-yA 



iîi 






A lî S T R A 1. l E 



vJ.. 



LonçituAe <lu 




niien de Paris. 




L'UNIVERS, 

OU 

HISTOIRE ET DESCRIPTION 

DE TOUS LES PEUPLES, 

DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, COUTUMES, me. 



OCEANIE 

ou 
CINQUIÈME PARTIE DU MONDE. 

PAR M. L.-D. DE RIENZI, 

▼OTAGIVH KK OCiAVXK, MKMBBI Bl PLUSIEURS ACADélfflSS DK FRAITCI , d'iTÂUB 
ST DBS IITDKS, XTC. , BTC. 



AYANT-PROPOS INDISPENSABLE. 



JVlES savants collaborateurs de rU- 
Hivers pittoresque ont eu rimmense 
avantage de décrire des peuples qui 
possèdent line histoire plus ou moins 
étendue. Il n'existe pas encore un li- 
vre spécial et complet sur TOcéanie. 
Parmi les nombreuses nations civi- 
lisées ou barbares et les tribus sau- 
\^ges dont je dois parler , il en est peu 
qui aient des annales écrites , et encore 
sont-elles tronquées ou mêlées de 
fables, ou bien elles ne remontent 
qu'à une épooue peu éloignée. L'i- 
solement ou ta plupart de ces con- 
trées se trouvent, et l'absence presque 
générale de toute littérature , en sont la 
principale cause: néanmoins Haouaï, 
Taîti, Tonga, et Java surtout, nous 
offriront une moisson historique aussi 
neuve qu'abondante. Notre ouvrage 
sera à la fois un résumé des meilleurs 
voyages connus, et souvent des divers 
voyages anciens et récents, presque 
tous inédits, de l'auteur lui-même; un 
1" Livraison. (Ocka>'tk.) 



recueil des traditions les plus authen- 
tiques en un mot, la Revue pittores- 
que y ethnographique et quelquefois 
encyclopédique (*) de TOcéanie. Nous 
pouvons le dire sans crainte, cette 
revue, après avoir été long-temps mé- 
ditée, a été faite consciencieusement. 
Elle contiendra : I® sous le titre de Ta- 
bleau générai , les généralités les plus 
importantes de l'Océanie; T la des- 
cription et l'histoire de la Malaisie ou 
grand archipel indien; 3* id. de la 
Micronésie; 4* id. de la Polynésie; 

(*) Nous avons fait tous nos efforts pour 
que la Malaisie surtout, qui esi la division la 
plus grande, la plus peuplée, la plus riche, 
la plus iin|)or(anie de TOcéanie, et que nous 
avons |iarcourue presque dans tous les sens , 
fût aussi complète dans ioutes ses parties 
que l'état des connaissances de nos prédéces- 
seurs et des noires a permis de le faire dans 
notre ouvrage, qui contient la matière de 6 
vol. in-8o oi-dinaires. 

1 



L*UNIVERl 



&" id. de la Mélanésie. Plusieurs des 
dessins qui accompagnent le texte sont 
inédits, et ont été exécutés par Fauteur, 
sur les lieux; les autres sont emprun- 
tés aux ouvrages Jes plus estime; 
douze morceaux de musi(]ue , dont 
huit inédits, un tableau idiomo^a- 
" phique de vingt et une langues de ces 
contrées, deux inscriptioas impor'> 
tantes , enfin une nouvelle carte gé- 
nérale et trois nouvelles cartes par- 
ticulières de IX)céanie , compléteront 
les descriptions. Le secours mdispen- 
sable des gravures dans un ouvra^ 
d'un genre neuf, aidera merveilleuse- 
ment à rintelligence de notre revue, 
gui en contiendra environ deux cents. 
Avant d'entrer en matière, aous 
devons avertir nos lecteurs que nous 
avons fait tous nos efforts pour ren- 
dre exactement l'orthographe et la 
pronoQoialion si importante des mot» 
étrangers par l'ortliographe frafiçaiso» 
de manière qu'un Français, ou un etraur 
ger qui connaît notre langue , «e iU 
comprendre des indigènes, en pronon- 
çant les mots tels que nous les avoas 
orthographiés. Ainsi j'ai écrit ma- 
trado et non mofit-tradak. manila au 
lieu de manille , djokjokarta pour 
joyacariCy végiUou et non wcugiou, 
haouai et non owhyée , kangarou et 
non kangufooy branmân et non bra* 
me. J'ai respecté surtout l'orthographe 
des noms propres. On lira dans cet 
ouvrage Magalhaës au lieu de Magel- 
laUy chongvi à la place de Shongee. 
L*w, qui dans presque tous les idiomes 
de l'Orient, sauf le chinois , a le son de 
ouy a été remplacé par ou dans tous 
les mots autres que le français et le chi- 
nois. J'ai donc écrit coumana au lieu de 
cumanay soumâdraei non sumatra. 
Quand ttn mot étranger «e trouvait 
au pluriel, je lui ai donné T* comme 
dans la langue IVançaise. Ainsi, je dis 
la langue malayou et les mots ma- 
layous. Ajoutons que les poids, me- 
8ui*es et monnaies ét^rangères sont 
pre^^que toujours convertis en poids, 
mesures et monnaies de France ; que 
toutes les longitudes sont tracées à 
partir de l'observatoire du méridien de 
taris ; enfin, que le C?; désigne les laits, 



les positions, les lieux, et les chiffres 
qui sont encore douteux. 

A ores avoir achevé le tableau gé- 
néral de l'Océan ie , et la descriptioa 
de ia Malaisie , je regrettai, et on re- 

frettera sans doute avec moi, que 
i* le capitaine d'Urville n'ait pu ac- 
cepter la proposition écrite que M. A. 
Firniin Didot et moi lui avioi«s faite 
le 10 aodt 1834, de vouloir bien se 
charger pour V Univers pittoresque de 
la PoljiiéSTe, de T Australie et de la 
Mélanésie dont je n'ai vu que quel- 
ques terres, mais dont ses travaux et 
son bel ouvrage nous ont si bien 
fait connaître une grande partie ; du 
moins, il a eu l obligeance de m*ai- 
d^r de ses avis pour tous les lieux 
qu'il a,visités ou reconnus et que je n'ai 
pu visiter moi-même. Quant aux îles que 
ni lui tîi moi n'avons vues, j'ai consulté 
les meilleurs dooufiients; j^ai puisé aux 
meil ieures sources ; et j'ai toujours eu 
soin de les indiquer et de parler de leurs 
Miteurs avec un sentiment de justice 
et même de bienveillance, malheureu- 
semenl pevQommiiB aujourd'hui. Si 
mon naufrage, mes pertes et mes mal- 
heurs m'ont ravi le souvenir des noms, 
des dates et de quelques lieux, je n'ai 
perdu ni la mémoire des faits, ni la 
mémoire du cœur. 

Il est impossible de décrire avec 
une parfaite exactitude tant de pays 
curieux , tant de jpeuples de races di- 
verses , si on ne les a vus et étudiés 
soi-même, et si on n'a assisté aux scè- 
nes extraordinaires que !a nature et 
l'homme semblent à Tenvi déployer 
aux regards du voyageur. J'ose croire 
que mes cinq voyages, entrepris par 
l amour de la science dans diverses 
parties de l'Océanie ( sans autre sou- 
tien que mon zèle et mon courage ) , 
m'ont rais à même d'ajouter un assez 
bon nombre de faits nouveaux aux faits 
publiés par mes illustres prédécesseurs. 
Le suffrage d'un ami zélé de la vérité, 
et d'un sévère ennemi de la flatterie, 
le suffrage enfin de M. D. d'Urville pour 
m'encourager dans cette entreprise, 
m'est tellement précieux , que je ne 
puis me dispenser de le citer, ne nlt-cc 
que connue une noble recompense de 



OCÉANIE. 



me» longs et péojbles travaux, et pour 
inspirer plus de conGance aux nom* 
breux lecteur^ d'un ouyrage aussi neuf 
que diâicile. 

Réponse de M. /. Dumont ctUrvîUe 
a M. G. L.'D. de Rienzl, voyageur, 
membre de plusieurs académies y . 
etc., etc. y au sujet de la proposition 
éîumcéeplus haut. 



TABliBAV QitiiMAU 



paris, ao aoAt z834. 

Je n'ai pu qn'étre flatté de l'offre 

rvous m'avez faite de la part de 
Firmin Didot , et en votre propre 
nom. C'est avec joie que j'aurais con- 
couru à cette iiuportante publication; 
mais des occupations muUipliées, et ie 
temps que je suis obligé de consacrer 
à des engagements antérieurs, m'em- 
pèchent de céder à votre proposition. 
Du reste, d'après les nombreux entre- 
tiens que pat eus avec vous sur vos 
voyages dans TÛcéanie , et ce que je 
connais à votre sujet , je suis i>arfai- 
tement convaincu que vous traiterez 
vous-même trés-pertinemment, et sur- 
tout dans uii véritable esprit de vérité 
et de pliilosophie , les diverses divi- 
sions ae cette grande pùrtie du globe, 
et que vous pouvez faire connaître à 
vos lecteurs plusieurs faits nouveaux. 

Quant à eertaittes parties des îles 
Carolines occidentales, de la Papoue- 
sie, etc., <;ue vous avez vues, et où 
aucun Français n'a eu l'occasion d'a- 
border; surtout, quant aux Iles de la 
Malcnùe que vous avez parcourues en 
divers sens , et dont vou^ avez visité 
plusieurs points presque inconnus , 
nul n*e9t sans doute en état de tes 
décrire aussi exactement que vous. 

Vous pouvez vous autoriser de cette 
lettre en tout ce qui vous sera agi^able. 

J'ai rhonoeur d'être, Monsieur, 
avec une parfaite -eonsidérati^n et un 
véritable attacbement. 



Votre dévoué, 
J. D. b'Urvillb. 



▲PBRÇV GàMÉRAL Dl L'OC^AITII. 

L'Océanie , ou cinquième partîç du 
vfiQiAt , plus étendue à elle seule que 
le reste de notre globe, en est la 
moins connue, et pourtant la plus 
curieuse et la plus variée. ,Ce$t la 
terre des prodiges; elle renferme le^ 
races d'bommies les plus opposées, les 
plus étonnantes merveilles de la pâ- 
ture « et les monuments les plus ad- 
mirables de l'art. On y voit lepygpiée 
a coté du géant et le blanc à cote du 
noir; près d'une tribu patriarcale, 
une peuplade d'anthropopnages; non 
loin de hordes sauvages le^ plus abru- 
ties , des nations civilisées avant nous : 
les tremblements de terre et les aéro- 
lithes bouleversent les campagnes, et 
les volcans foudroient des villages en- 
tiers. Sur son continent austral , les 
animaux les plus bizarres , et dans l'île 
la plus grande, à la fois, de ses ar- 
chipels et du globe, l'orang-boutan. 
bimane antliropomorpbe , présentent 
aux philosoplies im profond sujet de 
méditation. Une de ses îles s'enorguell^ 
lit de la majesté de ses temples et 
de ses palais antiques, supérieurs aux 
monuments de la Perse et du Mexi- 
que , et comparables aux chefs:d'œuvre 
de rinde et de l'Egypte ; d'autres éta- 
lent des pagodes , des mosquées et des 
tombeaux modernes , rivalisant d'élé- 
gance et de grâce avec ce que rOr^^P^ 
et la Chine nous offrent aé plus par- 
fait en ce genre. 

Embarquez-vous à JLima , vos yeux 
errant sur l'abîme ne verront que 
le ciel et la mer, jusqu'à, sjx cents 
lieues des cates du Pérou ; mais bien- 
tôt paraisseot de nombreux attolo/is , 
ou groupes de petites Iles riantes (*), 
probablement surgies depu/s peu de 
siècles, et s'élevant h peine au-dessus 
des ondes; d'autres , plus apcienpes^ 
perçant les nuages de leur tiête grani- 
tique, ici des ruisseaux, bondissant de 
collines en coUines, se pendent sm 

(*) Les fies de la Polynéne. 

1. 



L'UNIVERS. 



une côte basse, couverte de mangliers 
et de palétuviers; là, le noir basalte 
s'élève hardiment en colonnes pris- 
matiques , que les vagues mugissantes 
inondent de leur blanclie écume. Tan- 
tôt un volcan furieux menace de ré- 
duire en poudre la contrée que sa 
lave a produite et fertilisée; tantôt 
des bosquets éçayés par le ramage 
des plus jolis oiseaux, embellis par 
le succulent bananier, le jasmin et 
le gardénia suaves , et Tévi aux pom- 
mes d'or, embaument l'atmosphère, 
rafraîchie par les brises des monta- 
gnes. Les mers de ces rivages nour- 
rissent d'excellents poissons , et ren- 
ferment en leur sein des palais de co- 
raux et de madrépores , et des coquil- 
lages de la plus grande beauté. Quel- 
ques-uns de ces petits paradis insulaires 
étendent leurs plages en forme d'un 
arc ou d'une harpe; de frêles poly- 
pes (*) construisent lentement les récifs 
qui les entourent comme un mur, et 
entre ces récifs , effroi de nos grands 
navires, se jouent les pirogues vo- 
lantes des Polynésiens. En échange 
de leur ignorance, la nature géné- 
reuse a doté ces peuples fortunés d'une 
terre féconde et d'un printemps éter- 
nel; elle se plaît à nourrir, sans les 
condamner au travail , ces enfants 
aimables et insouciants , qui , dans leur 
penchant à la volupté, violent inno- 
cemment les lois de la pudeur (**). 

Continuez votre navigation à travers 
cet immense labyrinthe, vous ren- 
contrerez , vers le milieu de votre 
course, un cinquième contineilt (***), 

(*) Le polypier est la demeure des polypes 
réunis, où ils forment des récifs et des iles 
madréporiques. Ces architectes neptuniens 
travailleni peut-être à élever un contiuent 
polynésien , en soudant , pour ainsi dire , 
ces îles rapprochées les unes des autres, dont 
ils comblent les interralks. 

(**) Dans un grand nombre d'îles de U 
Polynésie , et principalement à Nouka-Hiva , 
Taïti , Péliou , Haouaî , etc. , sans ies insti- 
tutions despotiques qui oppriment la plu* 
part de ces îles, ces peuples seraient sans 
contredil les plus fortunés du monde. 

(***) L'AustraUe ou Nouvelle-Hollande. 



presque aussi ^rand gue TEurope , et 
qui présente l'image drun monde ren- 
versé. Là , d'autres astres , d'autres 
êtres, d'autres climats; on y salue le 
soleil levant, quand la nuit nous 
couvre de ses ténèbres; on y jouit de 
l'été, pendant que l'hiver nous at- 
triste; l'automne paraît lors(jue nous 
avons le printemps; le baromètre des- 
cend à l'approche du beau temps, et 
s'élève pour annoncer l'orage: quel- 
quefois en décembre les forêts pren- 
nent feu; quelquefois le vent du 
nord-ouest, semblable au Karasin d'E- 
gypte, brûle la terre, la réduit en 
poudre , et agrandit les vastes solitu- 
des australiennes. Vous admirerez un 
volcan sans cratère et sans lave, qui 
lance continuellement des flammies ; des 
végétaux gigantesques, dont quelques- 
uns croissent dans l'Océan, et d'autres 
dans le sable pur; des cerises qui 
grossissent avec le noyau à l'extérieur; 
des poires ayant la queue à lapartie 
la plus large du fruit: des oiseaux 
singuliers , tels que l'aigle et le rouge- 
gorge blancs, le cygne et le kakatoua 
noirs, le casoar qui marche et ne peut 
voler; des crabes bleus , des homards 
sans pattes, et des chiens qui n'aboient 
pas ; le kangarou, compose étrange du 
chat, du rat, du singe, de l'opossum 
et de l'écureuil; l'echidné épineux, 
mammifère sans mamelles, qui pa- 
raît être ovipare; et l'ornithorynque , 
qui tient à la fois des phoques et dés 
quadrupèdes , de l'oiseau et du reptile, 
créature fantastique que Dieu a jetée 
sur le globe, pour renverser par sa pré- 
sence tous les systèmes des natura- 
listes et confondre l'orgueil des sa- 
vants (voy. p/. 3). 

Passez le détroit dangereux de 
Torrès, vo^ez vers l'ouest : de peti- 
tes tles, riches du produit de leur 
sol, et jouissant du plus beau climat, 
vont déployer leurs beautés devant 
vous. Plus loin sont de grandes terres 
magniiiquement pittoresques (*), les 
plus riches du globe, depuis long-temps 
fréquentées par les vaisseaux mar- 

(*) Les îles formant la Malaisie ou Archi- 
pel des Indes orientales. 



OCÉANIE. 



diands deFEarope. Mais malCTé tant de 
variétés, vous retrouverez dans toute 
rOcéanie une physionomie particu- 
lière, que la nature a profondément 
imprimée à cecte immense partie du 
monde. 

Supposons réunis les hommes de 
ces diverses contrées sur un point 
central , à Sidney {*) , par exemple: le 
Malaisien vous offrira ses épices pré- 
cieuses, le camphre, le benjoin et 
Tanibre gris, le sagou réparateur et 
l'excitant bétel, Tor, les perles et les 
diamants. Le Mélanésien présentera le 
bois de fer, Tébène , la chair délicieuse 
du wombat et le solitaire menura, ad- 
mirable oiseau dont la queue prend la 
forme d*une l3Te ; et ces ravissants 
oiseaux de paradis qui ornent la tête 
des noirs Papouas et des belles Euro- 
péennes. Le Polynésien vous appor- 
tera le fruit de l'arbre à pain , l'eni- 
vrante boisson du kawa , le bois odo- 
riférant de sandal, le redoutable casse- 
tête, et vous prêtera ses filles bien 
faites et jolies, auoique jaunes. 

Le Bouguis, l'aine de leur civilisa- 
tion, brave marin et adroit commer- 
çant, le Bouguis, roi des mers océa- 
niennes , donnera au Malai, au Tagale, 
au Javan, au Dayak et au Papou, 
le kriss fatal (**) , l'opium , le sel , l'a- 
rak , les toiles et les etofTes de coton , 
en échange du rotan , du bambou, du 
curcuma , du gingembre et de la plus 
fine écaille; il troquera, pour les us- 
tensiles de fer et de cuivre , pour la 
soie ouvrée , la porcelaine et le thé de 
Tindustrieux et rusé Chinois, ces fa- 
meux nids d'oiseaux, ces nerfs de 
cerf, ces nageoires de requin, et ces 
tripans (***) qui ornent la table des sy- 
barites du céleste empire (****). L'Aus- 
tralien, stupide et nu, ne prendra 

n Capitale de rAustralie. 

(**) Arme droite ou en zig-zag , quelque- 
fois empoisonnée. 

(***) Holothurie, genre singulier de zoo- 
phytes mous, de forme cylindrique, et qui 
paraissent hermaphrodites. 

(***•) C'est ainsi que les Chinois nomment 
leur pays. 



aucune part à ce çrand ooncoors; et 
l'Européen, qui règne déjà sur une 
partie de ces peuples , viendra au mi- 
lieu d'eux les instruire ou les com- 
mander, les iuger ou les combattre, 
méditer ou s enrichir. 

^AT DBS CONIf AISSAITCBS DBS ANCIBNS. 

Les anciens plaçaient toute la terre 
habitable dans un quadrilatère au nord 
de réquateur. Manilius, Pomponius- 
Méla et plusieurs autres géographes 
admettaient pourtant l'existence d'un 
grand continent austral habité par les 
peuples dits ÀrUichihones. On croyait 
généralement que l'ancien monde avait, 
de l'est à l'ouest, une longueur double 
de sa largeur du nord au sud. En se 
servant de l'ouvrage de Marin de Tyr, 
ouvrage perdu, qu'il corrigea pour 
former ses tables, Ptolémée rectifia , 
au ir siècle de l'ère chrétienne, les 
idées et les travaux de ses prédéces- 
seurs. Il les surpassa, et ne ait pas 
surpassé. 

D'après ces tables fameuses, les 
connaissances géographiques des an- 
ciens s'étendaient, en Europe, an 60* 
degré de latitude nord; en Afrique, 
aux lies Fortunées (Canaries ) , et à la 
côte occidentale, jusqu'au cap Joby ; au 
midi de l'Afrique, jusqu'au cap Prasum 
( cap Brava), par le 10« degré de latitude 
méridionale; dans l'Asie occidentale, 
au pays de Kirguis ou des Alains-Scy- 
thes; dans l'Asie orientale, à cette 
chaîne de monts situés à l'orient de 
Lassa, qui sépare le Tibet de la Chine. 

Caiigara , ou Chétigéra , un peu au 
sud de Thinae ( Tanasérim ) , dans le 
pays de Sinae (Siam^, est le dernier 
point à l'orient , connu par le célèbre 
géographe d'Alexandrie. 

Quelque temps après, on parcourut 
la côte de la presqu'île de Malakka 
et du golfe de Camboge , jusqu'à la 
pointe de ce nom {notium pronum- 
toîium). Ces découvertes furent insé- 
rées dans les tables de Ptolémée. 

On connut vraisemblablement, dans 
rOcéanie, l'île, ou partie de l'île de 
JaborDiv (l'île de l'Orge), qui s'y 
trouve placée au sud de la Cnersonè^e 



L'UKIVERS. 



90t (t]téâ((u*t1è nt Mal&kka), et cpii 
àcmBlc rappeler Ttle de Java , terin*î 
des cofinaissdnces des anciens dans 
cette partie dO monde. On doit natu- 
rellement supposer qu'ils ont égale* 
ment connu lei îles internuédiaires 
d'Andamen et de Nicobar, celles du 
détroit de Màlakka et la grande tie 
de Soyumâdra. 

Lfes Arabes, après avoir conquis 
tme grande partie de l'ancien monde, 
s'adonnèrent à la culture des sciences 
et des lettres, et entreprirent alors des 
expéditions plus utiles. Tout semble 
indiquer que, dès les temps les plus re- 
culés , ce peuple se livra à la marine 
et au commerce, et (ju'il fréquentait 
les différents marches de TOrient. 
teyian (Tancienne Taprobane, le Sé- 
randib des Arabes) fut, au milieu du 
Vl* siècle , le centre du commerce in- 
termédiaire de rindô , si nous en 
Croyons le témoignage de Cosmas (*); 
et c'est aux Arabes surtout que Cey- 
îan dut son importance commerciale, 
pendant tout le moyen âge, jusqu'à 
répogue des conquêtes des Portugais 
dansrtnde. 

Après avoir établi des colonies sur 
la cote orientale d'Afrique jusqu'à So- 
fala , et pénétré dans l'intérieur du 
vaste coiltinent africain, au-delà du 
Sahara et aux bords du Niger, Ils 
fondèrent des colonies dans la grande 
fie de Madagascar, s'établirent dans 
plusieurs îles de la Malaisie , et y pro- 
pagèrent l'islamisme, que leurs secta- 
teurs étendirent sur la côte de la Nou- 
velie-Guinéè. 

Au IX" siècle, deux Arabes eurent 
le noble courage de pénétrer dani le 
vaste empire de la Chine. 

L'intrépide Marco Polo , Vénitien , 
consacra vingt ahnées à parcourir les 
Afférentes contrées de l'Orient. Polo 
est le premier Européen qui ait visité, 
dans le XÏIl* siècle, une partie des îles 
Malaises; mais, grâce à l'injustice des 
hommes, et surtout de ses compa- 
triotes, la mémoire de ce grand et 
tiéridiqùé voyageur , qui mérite d'êtrç 

(*) F'id, Cosmas incUcopleustes , apud 
êfontfaucon, page 356. 



[jlaeé sur la même ligne qoe Colomb 
et Ma^alfaaëSi fut calomniée pendant 
six cents ans, et son voyage, peut-être, 
n'est-il pas encore bien compris. 

Christoplie Colomb , espérant abor- 
der dans l'Inde par l'occident, décou- 
vrit l'Amél-i^ue; et l'on sut ehfin 
qu'une moitié de l'univers ét«it incon- 
nue à l'autre. Améric VéSpuce, pilote 
du capitaine espagnol Ojéda, eut l'hon- 
neur de donner son nom à cette vaste 
Amérique, que Colomb avait décou- 
verte en 1492; mais on a injustement 
avancé qu'il était Son ennemi : ils 
furent toujours liés d'une étroite ami- 
tié. En côtovant l'Afrique, Barthélémy 
Diaz doubla le cap des Tempête^, 
nommé aujourd'hui cap de Bonne-Es- 
pérance, dans l'année 1486; mais ce 
ne fut qu'en 1498 , après la découverte 
de l'Amérique, que l'Inde vit flotter 
dans ses ports Ife pavillon de Vasco 
de Gaina. 

Balboa trouva ce que Gamà ne soup- 
çonnait pas , et ce que Colomb avait 
en vain cherché, le chemin de la Cliine 
et de rinde par l'oueât. 

En 1513, Vasoo INonez de Balhoa, 

fouverneur de la colonie espagnole 
e Santa-lMaria , dans l'isthme de Da- 
rien ou Panama, ayant été informé, 
par ses guides, que d'une montagne 
voisine on pouvait voir là mer, s'é- 
lance seul, atteint le sommet, et, 
contemplant ce majestueux océan op. 
posé à l'Atlantique, tombe à genoux, 
rend grâce à Dieu de l'importante dé- 
couverte qu'il vient de foire, franchit 
rapidement l'espace qui le séparait du 
rivage, se jette dans les flots, et, cou- 
vert de son bouclier , l'épée à la main , 
et au nom de son souverain Hernando 
d'Espagne, il prend possession d'un 
océan qui couvre près de la moitié de 
la surface du glote, sans s«* douter 
peut-être qu'il renfermât uti troisième 
monde. Cette immense étendue resta 
encore sept ans inconnue. La fin du 
XV* siècle et le commencement du 
XVÏ* furerit aiie époque de prodiges; 
et la gloire dés conquistadores sur- 
passerait toutes les autres gloires, s! 
leurs exploits n'avaient fait si souvent 
gémir 1 humanité. Quels hommes et 



OCÉAIHIE. 



ouélles aetions ! Gomme on deratt être 
fier alors d'^re Espagnol ou Portu- 
gais! Les autres nations semblèrent 
n'avoir travaillé que pour ces deux peu- 
ples. La découverte oe la boussole, de la 
poudre à canon, de rimprimerie, qui 
enrichit les modernesdes connaissances 
des anciens , et tes progrès de la géo- 
graphie , semblèrent tout préparer pour 
donner à la péninsule hispanique une 
nouvelle gloire. 

Jamais Tliomme ne parut plus grand 
que lorsque, s*einprisonnant dans un 
bois fragile, bravant les tempêtes , les 
ardeurs de la zone torride, les horreurs 
de la soif et de la faim, et les tour- 
ments de fesciavage , il parcourut la 
circonférence de notre globe pour y 
dierdier de nouveaux mondes et de 
nouveaux membres de la grande fa- 
mille des hommes. 

L*audacieux Magalhaës , Portugais, 
fut le premier qui osa se hasarder dans 
les immenses espaces de ce mystérieux 
océan. Après avoir traversé Textrémité 
du continent de l'Amérique méridio- 
nale , qui reçut son nom , il ne décou- 
vrit que deux archipels importants, 
celui des Mariannes et celui des Phi- 
lippines, où il périt par la main des 
insulaires de Mactan. Grâce à son ex- 
pédition , on acquit la preuve qu*aucun 
continent n'existait au nord de Péqua- 
teur dans cette partie du globe ; et le 
vaisseau de Magalhaés , parti d'Espagne 
le 10 aodt 1519, rentré dans le port 
de San Lucar le 17 septembre 1522, 
après avoir fait le tour de notre globe, 
donna ainsi la première démonstration 
de sa sphéricité. 

En 1526, Alvar deSaavedra part du 
Mexique , se dirige vers les Moluques, 
et en t527i revenant de Tidor au 
Mexique, découvre la Nouvelle-Guinée, 

Juan Gaétan fit des découvertes nom- 
breuses en 1542, et reconnut cette 
grande terre rvec beaucoup de soin. 
On, ne saurait trop regretter la perte 
des documents de son voyage. 

En 1587, Miendana visita les îles 
Salomon , et ne put les retrouver dans 
son second voyage en 1595 ; mais il 
découvrit les îles Nouka-Hiva ( les 
Marquises) et quelques autres, et enfin 



nie si riche ée Santa-Grus^ où il ne 
put , malgré tous ses efforts , fonder 
Une colonie. 

Ferdinand Quîros, pilote d« Luis 
Paz de Torrès, opéra d'importantes 
découvertes au sud de Téquateur. C^ett 
lui qui le premier nous a foit connahre 
Taîti et les fies du Saint-Esprit ( G?- 
clades de Bougainviile). L'opinion la 
plus générale est |que Tortiê opéra 
son retour dans PArdilpel, nomme im- 
proprement grand archipel d'Asie ou 
archipel des graixles Indes, par le dé- 
troit dangereux qui porte son nom et 
sépare la Nouvelle -uuinée de la Nou- 
velle-Hollande. 

Deux Hollandais, Schouten et Le- 
maire, trouvèreni en 1615 et 1616 
plusieurs Iles. Ils prolongèrent la oéle 
septentrionale de fa Nouvelle-Guinée , 
et tracèrent sa configuration d'une ma- 
nière approximative. 

Quelques auteurs ont prétendu que 
les Portugais avaient visité les pre- 
miers la Nouvelle-Hollande, et qu une 
politique jalouse leur fit cacher leur 
découverte; d'autres ont pensé que 
Torrès visita la partie septentrionale 
de ce vaste continent : ce qu'il y 
a de plus certain, c'est que Dirfc- 
Hartighs parcourut, en 1616, la c6te 
ouest de la Nouvelle-HoUande , qu'il 
nomma terre d* Endraght , du nom du 
vaisseau qu'il montait. De 1616 à 1619, 
les Hollandais Hertog, Edels, Nuitz, 
Witt, Carpenter et Pelsart reconnurent 
successivement divers autres points de 
cette vaste terre; mais c'est à tort 
qu'on attribue à Carpenter l'explora- 
tion du golfe de Carpentarle. Il fut 
exploré d'abord par AM Tasman , qui 
de 1642 à 1644 découvrit la Nouvelte- 
Zeeland, plusieurs des Iles Tonga et 
Viti , longea une partie de la c^ mé- 
ridionale de la Nouvelle-Guinée , et fixa 
une limite h retendue des terres de 
la NouveHe-floIJande , vers l'est. 

Après avoir long- temps parcouru 
Focean Pacifique comme un simple 
aventurier, Dampter reçut, en 1699, 
une mission du gouvernement anglais, 
signala quelques îles nouvelles au nord 
de la Nouvelle-Guinée et de 4a Nou- 
velle-Bretagne. Ses relations prouvent 



L'UNIVERS. 



un navigateur judicieux , un observa- 
teur habile et exact. 

L'amiral Anson, en 1741, traversa 
ces mers sans rencontrer aucune terre 
nouvelle ; mais la relation de son voyage, 
écrite avec soin , fournit d'utiles ren- 
seignements sur les contrées qu'il vi- 
sita. En 1767, Wallis et Carteret trou- 
vèrent plusieurs îles intéressantes. 

Le plus grand navigateur de la Fran- 
ce, Bougamville(vov./>/. Ufig* 1)» se 
signala par les plus Délies découvertes ; 
il indiqua, le premier, plusieurs îles de 
Tarchipel Dangereux (Pomotou), les 
lies des Navigateurs, de la Louisiadeet 
des Anachorètes; il retrouva les terres 
du Saint-Esprit et les îles de Salomon 
qui n'avaient pas été revues. Sa relation, 
pleine de savoir et de charmes , est un 
des plus beaux monuments du XVIII* 
siècle. Il fut puissamment secondé par 
le savant Commerson. 

La géographie du tiers du globe était 
couverte de ténèbres, lorsque l'immor- 
tel Cook ( voy. pL 1 , Jig. 2 ) com- 
mença ses voyages de circumnaviga- 
tion. Ce marin, aussi lieureux qu'm- 
trépide , parcourut trois fois le grand 
Océan. On lui doit la découverte de la 
Nouvelle-Calédonie, des nouvelles Hé- 
brides et des îles Sandwich ; et il s'im- 
mortalisa par les belles reconnais- 
sances de Taïti , de plusieurs autres 
îles, et des détroits de Torrès, de Cook 
et de Behring. Sir Joseph Banks , So- 
lander, Anderson et les deux Forster 
se sont dignement associés à sa gloire. 

L'illustre et infortuné Laperouse 
( voy. la. planche 1 ^Jtaure 3 ) marcha 
sur les traces de CÔok ; il fit, entre 
autres découvertes, celle de deux gran- 
des îles dans l'archipel des Navigateurs 
. ( Hamoa ) ; après quelques reconnais- 
sances du plus grand intérêt, il se 
perdit enfin sur les écueiis de Yani- 
koro. 

Vancouver, et surtout d'Entre- 
casteaux , chargé de découvrir les tra- 
ces de Laperouse , se distinguèrent par 
les plus importantes explorations. 
MM. de Rossel, Beautems-fieaupré et 
LabîUardière ont publié chacun une 
relation du voyage de d'Entrecas- 
teaux. 



De 1800 à 1804, Baudin et Flin- 
ders , l'un pour la France, l'autre pour 
l'Angleterre, furent cliargés d'explorer 
l'Australie. Les observations des na- 
turalistes qui accompagnaient Baudin 
(voy./?/. 1,/î^. 4), consignées dans 
l'intéressant récit de Péron, et les tra- 
vaux hydrographiques de Fiinders, vin- 
rent enrichir la science d'une foule de 
faits nouveaux. 

En 1804 et 1805, Krusenstern par- 
courut rOcéanie, et avec lui le pa- 
villon russe y .parut pour la première 
fois. Ce navigateur publia d'excellents 
mémoires sur ces régions. 

C'est à Kotzebiie que la géographie 
dut, en 1816, la €lécouverte de di- 
verses îles , notamment dans les Ca- 
rolines orientales. Les remarques du 
savant M. de Chamisso, Français, éta- 
bli en Prusse, et compagnon de Kotze- 
biie, forment un digne appendice aux 
travaux de cet illustre marin. M. Cho- 
ris, dessinateur de l'expédition, a joint 
à ses dessins des notes intéressantes. 

En 1823, MM. de Bougainville et 
du Camper, dans leur voyage de circum- 
navigation , parcoururent TOcéanie ; 
cet nnportant voyage n'a pas encore 
été publié, sauf un album précieux. 
MM. de Freycinet, Duperrey, Billing- 
hausen , Beechey et Liitké firent suc- 
cessivement d'utiles découvertes. Le 
premier rapporta de riches matériaux 
en histoire naturelle. M. Arago , frère 
du célèbre astronome, et dessinateur de 
l'expédition de l'Uranie^a publié sépa- 
rément ses observations sous le titre de 
Promenade autour du monde. Cette 
Promenade, fort agréable , est accom- 
.pagnée de aessins pleins de charmes. 
Les observations de Beechey sont du 
plus haut intérêt, ainsi que les travaux 
de MM. Liitké et Martens sur la Ca- 
roline, et ceux de M. Duperrey, dont 
MM. J. de Blosseville, d'Urville, Les- 
son et Garnot ont enrichi la relation 
par leurs doctes recherdies. 

En 1826, 27 et 28, CAstroUtbe, 
sous la direction de M. le capitaine 
Dumont d'Urville, sillonna les mers 
de rOcéanie. Sous le rapport géogra- 
phique, les résultats de cette expédi- 
tion ont été l'exploration de 400 heues 






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OCÉANIE. 



9 



des* côtes de ia Nouveile-Zeeland , de 
Tarchipel Viti, des îles Loyalty, et 
l'exploration de toute la partie méri- 
dicnale de la Nouvelle- Bretagne, de 
la partie septentrionale de la Nouvelle- 
Guinée, dans un développement de 
360 lieueâ , et des îles Vanikoro , Ho- 
goleou et Péliou. M. dTIrville eut la 
gloire d'élever à Vanikoro un monu- 
ment sur le lieu même où périt un ami 
de riiumanité , l'infortuné Lapérouse. 
Dans toutes ses opérations, il fut se- 
condé , avec autant de zèle que de ta- 
lent , par MM. Jacquinot, Lottin, Quoy 
et Gaymard. 

M/Morrell, Américain, et M. La- 
place , Français , ont visité , le pre- 
mier en 1829 et 30 , le second en 1830 
et 31 , quelques parties de l'Océanie. 
Le voyage de M. Morrell renferme 
quelques détails curieux et d'autres 
passablement exagérés; celui de M. 
Laplace offre de l'intérêt, et il est 
écrit avec élégance. 

Nous n'avons pas nommé quelques 
autres marins , dont les travaux re- 
commandables n'offrent pas le même 
intérêt que ceux des grands naviga- 
teurs ; cependant Bligli , Cowley , 
Spielberg , Padilla , Drake , Delcano , 
Cavendish, La Barbinais, Roggewein, 
Byron, Shortland, Pages, Surville, 
Marion , Crozet , Marchand , Forest , 
Meares , Turnbull , Edwards , Wilson , 
Malspina, Vbming, Portiok, Dixon , 
King, Hall et Dillon méritent notre 
estime par leurs travaux, leurs mal- 
heurs ou leurs efforts. 

La justice exige gue nous mention- 
nions aussi les marins français qui ont 
mérité l'estime de leur patrie, en agran- 
dissant son commerce. Depuis 1825, 
plusieurs capitaines au long cours ont 

Îiarcouru quelques parties de la Ma- 
aisie et le grand Océan. Nous nomme- 
rons MM. Roquefeuille , Duhautcilly, 
Chemisard, Jli. Desse, Darluc , de 
Beaufort, Dussumier; M. Rençud,qui 
a fait deux voyages autour du monde ; 
M. Lafond, que j'ai vu à Singhapora, 
à l'époque de mon naufrage , et qui a 
exploré plusieurs îles de la Polynésie 
et des philippines; enfin M. Amanieu, 
le seul marin qui ait tenté avec suc- 



cès la circumnavigation du globe, 
sur une frêle goélette. Je me sens heu- 
reux d'avoir pu consacrer ce peu de 
lignes à des officiers braves et in- 
struits dont les travaux devraient être 
mieux appréciés. 

Nous n oublierons pas les voyageurs 
en Océanie qui ont rendu aux sciences 
des services plus ou moins grands, et 

Î|ui souvent ont observé avec plus de 
ruit que les marins, attendu qu'ils 
ont généralement une instruction plus 
spéciale et toujours plus de loisir. Ces 
voyageurs ont souvent pénétré dans 
l'intérieur des terres, et étudié longue- 
ment les mœurs et les traditions des 
peuples, surtout quand ils parlaient 
leur langue. Les expéditions nauti(|ues 
au contraire ne font que d^s apparitions 
temporaires très-courtes sur le rivage 
qu'elles doivent explorer : leurs chefs 
ne peuvent guère s'interner chez les in- 
digènes, et manquent, par conséquent, 
l'occasion d*approfondir Thistoire na- 
turelle et l'anthropologie , les plus im- 
portantes de toutes les sciences aux 
yeux du voyageur philosophe. 

Nous avons déjà parlé de Marco 
Polo , en suivant l'ordre chronolo- 
gique. Les missionnaires catholiques 
ont été les premiers à explorer ia Ma- 
laisie et une partie de la Polynésie. 
Les PP. Clain , Cantova , Legobien , 
Zuniga , Taillandier , Duberron et 
Cortil, Gervaise , Bernardo de la 
Fuente, etc., ont rendu quelques ser- 
vices à la géographie et à Tidiomo- 
graphie, mais ils sont loin d'avoir eu 
le savoir de nos missionnaires en 
Chine et en Amérique. Les mission- 
naires protestants , américains et an- 
glais , Etiis , Bingham , Thurston , Ste- 
wart, W. Williams, Yate , Stack, 
H. Williams, R. Davis, Fleetcover, 
Jefferson, Threlkeld, Nott, et quelques 
autres, ont publié sur la Polynésie des 
relations peu étendues, mais intéres- 
santes. L'aventurier Mendez Pinto, et 
l'aventurier Beniowski , malgré leurs 
exagérations et leur peu de savoir, 
nous font encore gémir, dans des récits 

1)leins d'intérêt, 6ur leurs aventures et 
eurs mdlhemrs. Us ont d'ailleurs assez 
bien décrit les moeurs des peuples parmi 



10 



L'UNIVERS. 



lesquels ils se sont trouvés. Le célèbre 
poète Camoëns visita quelques parties 
de la Maiaisie, et sa muse a immor- 
talisé à la fois les héros de sa patrie, 
les contrées qu'il parcourut, et ses pro- 
près infortunes. Pigafetta, Gemeili 
Carreri , Forest et Sonnerat ont laissé 
quelques remarques utiles sur les Mo- 
luques et la Nouvelle-Guinée. M. Iç 
docteur Leyden a déployé un grand 
savoir dans ses rechercnes philologi- 
ques sur les îles Malaises. M. Marsden 
a parfaitement décrit la grande lie de 
Soumâdra. Java a eu dans sir Stamford 
RafHes un excellent historien. M. Craw- 
furd a répandu beaucoup d'érudition 
sur rArcnipel c^uil appelle Indien (la 
Maiaisie). Parmi les auteurs anciens, 
il faut nommer avec distinction Ra- 
dermacher, Rumph, Stavorinus , Va- 
lentyn, Argensoia , Wurmb, Poivre, 
Vilialobos, Bekmann, Meinungen,Wol- 
zongen et Raynal. Parmi les modernes, 
HorsHeld, Blum, Anderson, Crisp, 
Woodard , Vollangen, Graaf , Dalton, 
Temmink, Blancard, Bromm, Miller, 
Reinwarts, Hamilton, Milburn, le 
comte Hogendorp fils, le colonel Na- 
huijs, M. de Jouy, auteur célèbre de 
Sylia et des Ermites, le colonel Bo- 
neile,MM. Boze, Deschamps, Lesche- 
nault de la Tour , Duvaucel et Dyard 
ont illustré plusieurs parties de This- 
toire naturelle, Tidiomographie, le 
commerce ou les coutumes de divers 
peuples de la Maiaisie occidentale. 
MM. Gaudichaud , Grant;, CoUins , 
Broughton, Wentworth, (!5;!nningham, 
Mitchell, Brown, Oxlev, Évans,etc., 
ont enrichi la science d un grand nonv 
bre de faits sur TAustralie et la Tas- 
manie. MM. Mariner, Marsden , Leigh, 
F. Hall, Liddiard-Nicholas, Richard 
Cruise, John Savage, Kendall, Ëllis, 
Tombe, Johnson et le docte Meyen 
ont mis au jour des relations fort cu- 
rieuses sur Tonga, la Nouveile-Zeeland 
et une partie de la Polynésie. MM. le 
marquis de SainteCroix, Comyn et le 
colonel don Ildefonse de Aragon ont 
donné des documents exacts sur la sta- 
tistique d'une partie des Philippines. 
J'ai connu pfusieurs de ces n avia- 
teurs et de ces voyageurs ptetns de zèle 



pour la science. J'ai connu eneoreà'Ma- 
lakka, un Frani^ais, M. Tassin, qui a 
exploré l'intérieur de la péninsule de 
ce nom et ses riches mines; dans les 
ilesde Sounda, M. le comte de Vidua, 
savant archéologue; au Bengale, M. 
£. Chai^neau , digne neveu du célèbre 
mandarin cochiiidiinois de ce nom; 
h Manila, M. P. Genu, médecin instruit, 
et M. le docteur V. Godefroy, qui, 
après s'être livré long-temps avec succès 
à l'étude de l'histoire naturelle et à la 
pratique de l'art médical dans l'Inde 
et aux Philippines, est enfin de retour 
à Paris. II est à désirer que ces hono- 
rables voyageurs publient les résul- 
tats de leurs recherches dans diverses 
contrées de TOcéanie. 

Mais, outre les voyageurs, plusieurs 
savants distingués ont traité avec beau- 
coup de sagacité et sans quitter leurs 
pénates, différentes parties de TO- 
céanie. Le président de Brosse se pré- 
sente à leur tête ; il est suivi par le 
sage Fleurieu , qui nous lit connaître 
la reconnaissance d'une partie des îles 
de Nouka-Hiva, opérée en 1791 par 
MarclKind , capitaine de commerce. 
Blumenbach illustra plusieurs bran- 
ches de l'histoire naturelle de TOcéa- 
nie. Pinkerton , et surtout Malte- 
Brun, ont éclairé en partie sa géogra- 
Shie, et ont eu de dignes successeurs 
ans MM. W alkenaer, A. Balbi, Huot, 
de Larenaudière , Éyrrès , Maccar- 
thy , etc. M. Ernest de Blosseville , 
frère du savant navigateur de ce nom, 
a publié un ouvrage remarquable sur 
•les colonies pénales de l'Angleterre en 
Australie. M. Decaisne a présentée 
l'Académie des sciences des considéra- 
tions intéressantes pour la géographie 
botanique de l'île Timor. Burney, et 
surtout le savant Dalr^^mple, ont ré- 
digé des collections importantes de 
voyages. Après eux se placent Ramusio 
et les auteurs espagnols du f^iagero 
umve^aL V Histoire des f^oyages de 
Lahatpe est une mauvaise compilatioB 
d'un littérateur qui n'était pas géogra- 
phe; mais depuis Laharpe, la France 
a eu plusieurs recueils d'une utilité in- 
contestable : nous citerons V Histoire 
des f^oyages de M. le baron Walkeoa», 



OC*AîfIE. 



Il 



dont nous désirons rWemeni la coi^ 
tinuat<on ; la collection des f'oynges 
autour du monde par Bérenger; la 
Bibliothèque universelle des f'oijages 
de M. Albert Montémont; et, pour com- 
pléter la liste des ouvrages qui existent 
sur rOcéanie , nous citerons encore le 
Dictionnfùre géographique de Kilian , 
qui renferme plusieurs articles fort 
bien faits, ainsi que le Nouveau dic- 
tionnaire de M. Maccarthy, qui nous 
ont enfin délivrés de ces éternels Vos- 
gien , où Terreur semblait avoir pris 
racine; les Ànn<iles des Voyages ^ le 
Journal des f oyages , the Asiatic 
Journal, the Mlssionary Register, les 
Annales maritimes , la Revue mari" 
Urne et le Journal de la marine , et 
la Bibliothèque des Voyages, par Bou- 
clier de La Richarderie, ouvrage qui 
exigerait une seconde édition. 

Nous finirons ce chapitre en men- 
tionnant avec les plus grands éloges , 
la J^able des positions géographiques , 
par M. P. Daussy, les cartes générales 
ou détaillées de POcéanie, publiées 
d'après de Manevillette, d'Entrecas- 
teaux, Malespina, Duperrey, Krusen- 
Stern, d'Urville, Lutké, Arrowsmith, 
Horsburgh,Macluer, Ross, Robinson, 
Espinosa, Brué, Lapie, Burghaus, 
Van den Bosch, King, et quelques 
cartes détaillées qu'on trouve dans les 
atlas des derniers navigateurs. J'ai dd 
citer tous les vovaçeurs et auteurs qui 
ont écrit sur TÔceanie; mais je dois 
déclarer que je n'ai lu que ceux qui 
m'ont fourni des renseignements, que 
je citerai soigneusement dans le cours 
àt cet ouvrage. 

Quant à nous , qui avons consacré 
vingt- un ans de notre vis à sillonner 
les mers et à explorer les terres, qui 
avons parcouru pendant douze ans la 
plupart des contrées de l'Orient et de 
rinde , (^nton et Macao en Chine, les 
Philippines^ etc., et qui avons fait cinq 
voyages aans diverses parties de l'O- 
céanie, oij nous avons découvert deux 
îles (*) cft visité ^srears terres et plu- 

(*) Voyiei le nortveaii Dictionnafte giéo- 
graphtqiie de M. Maccarthy , la France lit- 
téraire , etc. Une de cet Iles a reçu le nom 



sieurs peuples et tribus, inoonnus en 
Europe , il ne nous est pas permis de 
nous iuger nous-méme; mais nous 
nous honorerons d'avoir obtenu pour 
nos travaux l'approbation du grand cir- 
eumnavigateur M. Dumont d'Urville, 
que nous avons insérée dans notre 
avant-propos et celle du savant géogra- 
phe et statisticien M. Adrien fialbi (*). 

niVIRlOKS OÉOGRAPBIQUES. 

Uancien monde nous offre trois 

{)arties ou divisions bien distinctes par 
eur position, leurs dimensions , et 
leurs formes, &insi que par leurs ca- 
ractères physiques et moraux. Dans 
la double Amérique, l'une et l'autre 
ont leurs traits particuliers, et l'Océa- 
nie présente également des divisions 
naturelles qu'on ne saurait confondre, 
bien qu'elles aient donné lieu à tant 
d'écrits et de propositions contradio- 
toires. Dans un mémoire géographi- 
aue sur l'Océanie , suivi de la classi- 
ncation des races d'hommes et des 
langues de ses innombrables îles , lu 
à la Société de géograpliie de Paris (**), 
j'avais séparé l'Océanie en cinq divi* 
sion^ savoir : 

1° La Malaisie ou Océanie occiden- 

du Tribun , l'aiilre de Riemi : elles sont 
situées dans rarchipd de Holoou Solou : on 
en trouvera la description au chapitre Holo 
dans la Malaisie. 

(*) V Nous avons les plus grandes ohliga- 
« tîons, dit M. Balbt (Abrégé de géographie, 
« Introd. , page 107) , à un voyageur célè- 
« bre , M. G. Louis- Domeny de Kienzi , qui , 
«dans ses )ongs et nombreux vovages, a 
« parcouru les cinq parties du monde, où 
« il a fait de savantes découvertes iiistori- 
«ques, anthropologiques, philologiques et 
« archéologiques. M. deRienzîen a rapporti& 
« plusieurs objets précieux , acquis depuis 
« son nâuFiage, qui a privé te monde savant 
« d*une des plus riches collections qu'un 
« voyageur eilt encore formée. Dans le corps 
«de notre ouvrage, nous avons souvent 
« signalé au lectetir fotit ce que nous devons 
« à cet intrépide explorateur.» 

(**) Dans la séance du r6 décembre i83r, 
rim pression de ce Mémoire fut votée à l'u- 
nanimité. 



12 



L'UNIVERS. 



taie. Elle renferme les tles nommées 
improprement Archipel Indien par 
les Anglais, qui, au reste, paraissent 
avoir adopté le nom parfaitement con- 
venable ae Malaisie, qu'on doit au 
savant naturaliste M. Lesson (*). Je 
proposais de donner à Bornéo, centre 
et toyer de cette division , le surnom 
de Mégalanésie ou grande île , parce 
qu'elle e§/; en effet la plus grande île 
au globe, et que le nom de Bor- 
néo (**), tout mutilé qu'il est, n'appar- 
tient qu'à une des principautés de cette 
vaste terre. 

2° La Micronésie ou Océanie sep- 
tentrionale, qui n'embrasse que les 
très-petites îles et rochers déserts , pa- 
raissant au sud , un peu au-dessous du 
tropique du Cancer, et s'élevant au nord 
hisqu'auprès du 40* parallèle. Elles sont 
bornées a l'ouest par les îles Borodino, 
et à Test par l'île Neker, vers le 167* 
degré de longitude occidentale. Le 
groupe de Mounin-Sima est le plus 
important de la Micronésie. 

3*» La Polynésie^ que je proposais de 
nommer Pléthonésie Tabouée , c'est- 
à-dire multitude d'îles consacrées par 
le Tcibou ( interdiction religieuse que 
nous expliquerons au chapitre de la re- 
ligion des peuples de l'Océanie ). Elle 
renferrnait les îles occidentales des 
Guedes ou Saint^David ou Freewill , 
l'île Nevil, le grand archipel des Caro- 
lines, y compris les îles Peliou et 
Matelotes, celui de Gilbert et Marshall , 
le grand Cocal et les autres îles de cette 
chaîne, et enfin toutes les îles de la 
mer du Sud ou du grand Océan, de- 
puis l'archipel d'Haouaï ou de Sand- 
wich , au nord , jusqu'aux îles de VÉ- 
véque et son clerc (***) au midi ; et 
depuis l'île Tikopia, près de Vanikoro, 
à l'ouest , jusqu^à l'île Sala (****) , à 

(*) J'aurais préféré le. mot iUfa/ajo/w/*, qui 
est plus conforme à Turthographe des indi- 
gènes de cette contrée, puisqu'on dit la lan- 
gue malayou , et non la langue malaise. 

(**) I.e nom de la Sultanie, dite de Bornéo, 
est Tarouni, et celui de Tile est Kalamatan. 

(***) Ces deux petites iles sont situées au 
sud de la Nouveile-Zeeland. 

(****) L'île Sala y ©ornez. 



/est, en s'approchant de l'Amérique. 
40 VOcéanie centrale, qui se com- 
posait de la Nouvelle-Guinée, à laquelle 
l'imposais le nom de Papauasie^ des 
îles adjacentes dites îles des Papous , 
et de toutes les îles à l'est et au sud- 
est, habitées par la race noire, telles 
?(ie les iles Salomon , Viti , Nouvelle- 
rlande, Nouvelle-Bretagne, sauf l'Aus- 
tralie, etc. 

5» VEndaménie ou Océanie méri- 
dionale. Sous ce nom je comprenais le 
continent de l'Australie ou Nouvelle- 
Hollande, l'île Van-Diemen, la Nou- 
velle-Calédonie, Mallicolo, etc., habi- 
tées exclusivement par des noirs fort 
laids et à formes grêles , bien différents 
des Papouas. Je chercherai à prouver 
au chapitre Anthropologie et Ethno- 
graphie, crue les noirs de l'Australie 
ou Nouvelle-Hollande et de la plupart 
des îles de cette division de l'Enda- 
ménie ( ç[ue les Anglais nomment 
Australasie, et M. le capitaine d'Ur- 
ville Mélanésie ) sont originaires de la 
Papouasie ou Nouvelle-Guinée. 

Je proposais enfin de remplacer le 
nom a' Océanie par celui de f^tUcané- 
sie, car cette cinquième partie du 
monde offre presque partoux des vol- 
cans ou des traces de volcans. 

Dans la séance du 5 janvier 1832, 
l'illustre navigateur M. Dumont d'Ur- 
ville lut un mémoire sur les îles du 
grand Océan , dans lequel , après avoir 
adopté ma deuxième division de la Mi- 
cronésie, il rétendit au sud et y com- 
prit toutes les îles Carolines. Il pro- 
posa de donner à l'Australie propre et 
aux archipels qu'on y a réunis , le nom 
de Mélanésie (*). 

(*) On peut voir à ce sujet le Bulletin de 
la Société de géographie de Paris (t. XVII, 
n° 5 , janvier i83a) , qui peut éclaircir cette 
matière, et le Mémoire sur les iles du grand 
Océan , dans le Voyage de V Astrolabe 
autour du monde, par M. le cap. Dumont 
d'Urville , t. II , 2* partie. Voici un entrait 
de ce Mémoire : 

« Nous imposerons , dit M. d'Urville , à 
« rOcéanie boréale le nom de Micronésie^ 
« qui ne diffère que par la terminaison de 
« celui de M. D. de Rienzi 



©CÉANIE. 



iZ 



Je n'ai pu me résoudre à accepter la 
diyisioo trop étendue de la Micronésîe, 
établie par M. d'UrvilIe , parce que, 
d'une part , je ne vois aucun rapport 
entre les îles Mounin-Sima et les Ca- 
rolines; d'autre part, parce que j'ai 
cru voir dans les Carolines et même 
dans les habitants des îles Guedes ou 
Saint-David ou Freewill (*), de vérita- 
bles Pol}niésiens , chez la plupart des- 
quels existe la Trinité taïtienne, Tin- 
fame société des aritoïs, le tatouage et 
même le Tapou^ sous le nom de Pe- 
nant aux Carolines, et de Emo aux 
îles Radak. J'ai de plus en ma faveur 
ropinion du savant M. de Chamisso, 
et celle de M. Liitké, navigateur dis- 
tingué , qui ont si bien jugé les peu- 
ples des îles Carolines. 

Au reste, nos divisions en litige h'of- 

«Tous voyez, messieurs, que les divisions 
« que je propose pour les iles de TOcéanie, 
« offrent des diflfénsnces essentielles avec 
« celles qui vous ont été indiquées par un 
« infatigable voyageur, M. de Kienzi. Sans 
« m'ériger en juge de son sysième , et tout 
« en proclamant qu'il a su , dans son inté- 
« ressaut Mémoire, présenter une foule de 
« faits curieux et nouveaux touchant les 
«peuples de TOcéanie, il me semble, si je 
« puis m*exprimer ainsi , que son système 
« est plus artificiel, et le mien plus naturel. 
« La nomenclature de M. de Rienzi, repo- 
« sant sur des divisions physiques et géomé- 
« triques , offre sans doule des coupes plus 
« régulières; mais la mienne, assujeuie à des 
« rapports plus ou moins intimes , mats toa- 
« jours positifs, entre les peuplades qui com- 
te posent chaque division , aura l'avantage de 
« rappeler, avec sa désignation, la nature et 
«c le caractère propre de ses habitants. Ainsi 
« Ton saura sur-le-champ que je veux trai- 
te ter des peuples cuivrés parlant une langue 
te commune et esclaves du tapou , ou des 
• peuples cuivrés parlant des langues diver- 
« ses et étrangers au tapou , ou enfin des 
<i noirs de l'Océanie, suivant qu*ou verra 
te paraître dans mon récit les désignalions 
« de Polynésiens, Micronésiens el Mélané- 
« siens. » M. d'Urviile s'est peu occupé de 
la première division, ou Malai$ie,dunt il n'a 
visité que quelques points. 

(*) Ces insulaires ressemblent, surtout 
par la taille et la couleur, ni us aux Taïtiens 
et aux Dayaks qu'aux Bissayas et aux Malais. 



frent que des différences de peu d'im- 
portance, géographiquement parlant, 
mais elles en ont davantage sous le 
rapport ethnographique. Personne, à 
mon avis, ne connaît mieux l'Océanie 
orientale et méridionale que M. le 
commandant d'Urville ; le grand vovage 
de l\4strolab€ parcourt le monde sous 
son pavillon , et sa vieille et imposante 
autorité ne saurait être balancée par 
celle d'un voyageur qui, grâce à son 
naufrage, n'a encore publié quedes frag- 
ments. Cet ouvrage d'ailleurs n'étant 
que le prodrome de mes longs voya- 
ges, ce ne sera qu'à regret que j'arbo- 
rerai quelquefois un nouveau pavillon ; 
mais j adopterai la division de la Mé- 
lanésie, proposée par ce grand navi- 
gateur, parce qu'après y avoir long- 
temps réfléchi , j'ai reconnu : l» qu'elle 
embrassait tous les pays exclusivement 
habités par des noirs océaniens, quoi- 
que appartenant aux deux races noires 
Papoua et EncUtméne, que j'ai dis- 
tingués plus haut; 2» que ces deux 
races étant répandues et mêlées dans 
des îles quelquefois éloignées de leur 
centre, il était trop difficile de les 
.rattacher géographiquement à une de 
mes divisions primitives de la Papoua- 
sieet de TEndaménie. En effet, les ha- 
bitants de Mali icolo sont Endamènes ou 
Australiens, ainsi que ceux de la Nou- 
velle-Calédonie, tandis que les naturels 
de l'île Van«Diémen ou Tasmanie ap- 
partiennent à la race papoua. Pour évi- 
ter cette difficulté géographique, et sim- 
plifier mon travail, j'adopte entièrement 
la division de Mélanésie de M. d'Ur- 
ville, et je renonce à mes deux divi- 
sions de Papouasie ou Océanie cen- 
trale, et d'Endaménie ou Océanie mé- 
ridionale. Mes trois premières divi- 
sions resteront telles que je les ai 
expliquées au commencement de ce 
chapitre. Dans la Mélanésie, qui rem- 
placera mes 4** et 5* divisions, la Nou- 
velle-Guinée seule cardera le nom 
de Papouasie (*), et la Nouvelle-Hol- 
{*) Dès le commencement de l'an 1827 , 
j'avais écrit à MM. Malit?-Brun et Abel Re- 
musat, pour les inviter à faire accepter le 
nom de Papouasie, que j'avais déjà imposé 
à cette grande terre. 



14 L'Uîfiyï:R«. 

lande oonserrera le nom d^ Australie. Sa surface, en suivant les bornes 

De plus, nous étendrons rOcéanie que nous lui avons imposées, forme 

îusqu'aux lies Andaman ou plutôt £n- plus de la moitié de la surtace du 

damen d'une part, et rîie&er^uelen de globe. Elle a ^n largeur 2,375 lieues 

Tautre. Les lies NicolKU* , Pmang et de 25 au degré, et 4,650 en longueur. 

Singhapoura, et les îles Saint-Pierre JNous lui donnerons pour limites as- 

ou Amsterdam et Saint-Paul s'y trou- tronomiques , au nord, les rochers qui 

veront comprises. existent aux approcîies du 40'' parallèle ; 

Npus considérf^'ons une partie de à Test, Ttle Sala au 107*" de^é de lon- 

rtle de Madagascar et de Formose, et gitude occidentale, et Tile Copper par 

la presqu'île de Malakka cooune des le 135' id.^ en remontant au nord; à 

colonies malaises. Touest les lies Endaraen à l'entrée de 

INous adopterons enfin les nomsem- la mer de Bengale; et suivant uae li- 

ployés par les indigènes, avec la syno- gne flexueuse au sud-ouest, ses limites 

nvmie des premiers découvreurs ou des s'étendront jusqu'à l'île Kcrguelen vers 

navigateurs les plus connus; car il le 67» de longitude orientale, et au sud 

faut bien le dire, par une injustice ré- elles se termineront aux îles de l'Eve- 

voltante, les derniers venus ont osé que et de son clerc, vers le 56° de la* 

changer le nom des premiers , et les titude méridionale. 

ont souvent remplaces par des noms Les quatre grarides divisions que 

de très-mauvais goût. Cook lui-même nous avons déjà signalées donneront à 

n'a pas été exempt de cette faiblesse. FOoéanie, en ne comptant que les ter- 

Il serait temps enlin que justice se fit, res, une surface (en corrvpte rond) 

et que le monde géographique ne fût d'environ 500,850 lieues carrées de 25 

pas aussi souvent bouleversé que la au degré, avec une population de plus 

monde politique. Justilions cette pro- de 25 millions ; surface et population 

position par un seul exemple. réparties comme il suit : 

Grâces aux six noms qu'il porte, 

ne sera-t-il pas bientôt impossfcie de ^u^^c^^^»' '°*'^*"°^- 

reconnaître l'archipel de Nouka-Hivay ^^b i^TiWtré. babiunts. 

qui est appelé, en son entier ou en m*«.at8i« . iou.w<) ai.aoo.ooo 

^ A' X i^A MM j ^ i.*i. j 1 MicKomsi» 1,250? ? 

partie, tantôt Mendoza, tantôt de la poL»»is». is,««o i.wo^ooe 

Bévolution, par ceux-ci les Marquises^ M<i^>iuB 3Si .uoo 2,im,wi0 

par ceux4à ff^ashingtonf On doit s'era- Total. ..boo.sso toui.25,i5o.ouo 
presser de simplifier la science , au lieu 

de l'embrouiller chaque jour davan- Ces estimations ne sont qu'approxi- 

tage. matives ; elles diffèrent de celles que 

Pour la plus grande intelligence de notre honorable ami ,'M. Adrien Bamî, 

rOcéarUey je prie mes lecteurs de relire a consignées dans son excellent Abrégé 

attentivement ce ctiapitre. et de re- de géographie; mais nous avons étenSu 

courir de temps en temps a ma carte la surrace de l'Océanie , et il n'est pas 

générJe et aux trois cartes partica- étonnant que nos estimations soient 

lières de ta Malaisie, de la Polynésie différentes : je suis loin, au reste, de 

et de la M.élanésie , gravées dans l'at- les croire exagérées. 

las de ÏVni»er€ pittoresque. Le olimat de l'Océanie est générale- 

i ment tempéré par les brises de terre 

UMiTEs ASTROwoMiQtEs. suRFiCBs, PO- et de mer , malgré sa situation int«r- 

Î^Vi^''^ ' ^"^^ ^ ''"^"^ ^'^^' tropicale , et on y trouve peu de lieux 

j insalubres. 

] L'jQcéanie est située entne l'Asie , Les villes les plus importantes de 

\ l'Afrique, l'Amérique méridionale et l'Océanie sont : dans la Malaisie, Bâta- 

; rOoéaii glacial antarctique, sans avoir via et Manila; dans la Polynésie, 

i aucune relation entre les trois con» Agagna (îles Mariannes), Matavaî et 

i tiuents précités. Uono-Rourou; dans la Mélanésie, 



OCÉANIE. 



IS 



Bori , la bak du bois de Sandal (ite 
Titi Levou), Sidmîy et Uobart^Towo, 

ato«RAIttlB FOUTIQOSST COLOSISAnON. 

DisoDfi HQ root de la géographie 
politique de TOcéanie. Les j>ossessionf 
aes Hollandais dans la Malaisie coinp'^ 
tenT environ dix oiiiiions d'habitants. 
Leur gouvernement vojrant les Anglais ~ 
s'établir daiis Tîle Mel ville, au nord de 
r Australie (ce qui semble annoncer 
riotentiôn d'avoir un |K)int opposé à 
Timor , qui leur ^rmette de prendre 
part au commerce des Moluoues, et 
peut-être de s'établir eu sud de la Pa- 

Sou;Bie); le gonvernemeet de Batavia, 
is-je , a décrété naguère la prise de 
possession de la côte sud - ouest de 
eette belle et vaste Papouasie. 

L£ Portugal ooeupe la partie nord* 
est de nie Timor et les deux petites 
Iles de Sabrao et de Solor , avec cent 
quarante mille habitants. 

L'Espagne, maîtresse de la plus 
grande partie de l'archipel des Philip*- 
pinea avee trois millions de sujete 
chrétiens ou idolâtres, l'hlspas^ cner- 
dbe à s'avancer dans l'intérieur de 
Leyte, de Samar <t de Mindoro, de 
Mindanao et de la Paragoua ( Pal»- 
wan. ) 

L'Angleterre possède Poulo-Pinang 
et Sinshapoura, l'ile Melvilleau nord, 
Norfolk à Test, 4 la Tasmanie au sud 
de l'Australie. Elle possède toute la 
côte orientale (Nouvelle-Galles du sud^ 
quek|Ues points au sud, k l'ouest et 
au nord de oe continent , presqu'.ausai 
grand que l'Europe, et qu'un j^ur 
peut-être elle ^oooiwera tout entier. 
Ses possessions en Océanie comptent 
environ deux cent mille sqjets, dont 
le nombre croît chaque jour , graoe 
à une habile adininistratioa. 

Toutes ces p^fiasances profitent de 
nos préjugea, de notre maladresse et 
de notre coupable incurie on matière 
de eolonisatieo ^ et la Trance n'a pas 
un pouce de terre dans cette immense 
Oceanie. 

Depuis la valx de I8J4 , la France 
a vu sortir de ses ports plusieurs ex- 
péditions. Leurs résultats scientiiiques 



sont honorables pour le gouyemement 
qui les ordonnait , les ehefs qui tes di- 
rigeaient , les savants qui en faisaient 
partie. Mais si la continuation de la 
paix permet enfin au gouvernement 
de s'occuper plus activement de nos 
intérêts et de notre commerce, si rétréd 
au-delà des mers, il doit le protéger dans 
i'Océanie, à Java, à Soumâura, aux 
Philippines , et surtout à Céièbes et à 
Bornéo. Qu'il jette les yeux sur quel- 
ques-unes de ces myriades dMes a l'o- 
rient deCélebes, que l'Angleterre, la 
Hollande et l'Espagne ont éjpar^néfs» et 
je lui indiquerai celles de Véguiou et de 
Sainte-Isabelle C) ) ^^ côte orientale de 
la Papou asie, et à l'ouest, la cote septen- 
trionale de fiornéo, qui deviendraient 
par nous un foyer de conunerce et de ci- 
vilisation pour I'Océanie, comme Alger 
pourrait l'être pour le nord et le centre 
de l'Afrique. On a dorme à peu près 
régaiitédedroitsauxliommesdecouieur 
libres ; détruisons progressivement l'es- 
clavage des noirs, après avoir insjtruxt 
et donné un inétier à chacun d'eux. 
<^oniscms ensuite les pays que j'ai 
cités, où la nature est si active et 
l'homme si indolent. Portons à ces 
terres vierges, sans souvenirs et sans 
célébrités, les lumières de la religion 
étemeUe^ ies bienfaits de la science, 
de la liberté et de l'égalité des droits, 
les instruments perfectionjoés de l'a- 
grioukure et de ruuiufitrie de l'Europe. 
Enrichissons-les d'abord des produc- 
tk>ns les plus utiles des deux mondes , 
qui changeront kur vie matérielle, et 
plus tard de rtmprimerie, qui a changé 
l'état moral de noine société. Que leurs 
relations avec nous reposent surees 
deux bases, éetianger les pensées, 
échanger les besoins. L'association et 
le progrès seront les plus sûrs moyens 
de rendre ces peuples meilleurs , et 
partant , plus heureux, ^e cherchons 
pas à les maîtriser, mais à les bien 
diriger, et leur avenir répondra aux 
destmées de la France. Des bords de 
la Moscowa aux sommets des pyra- 
mides, des champs de ia Louisiane 
aux rives du Criohna , la France a 

{*) Dans Tarchipel des îles Salomon, * 



16 



L'UNIVERS. 



ébranla le monde par de sanglantes 
conquêtes. Propager sa civilisation chez 
ces peuples que nous nommons sau- 
yages , c'est la seule conquête à la- 
quelle elle doive aspirer aujourd'hui. 
Je présente à mon pays une de ces 
pensées qui peuvent changer la face du 
monde. Faire marcher l'humanité dans 
des voies nouvelles et vers un but 
commun de bonheur, France, voilà 
ta mission ! ambitionne une gloire aussi 
pure! 

Dans aucune partie du globe, la 
France n'a fait autant de découvertes 
qu'en Océanie ; dans aucune autre , la 
France n'a aussi bien mérité l'estime des 
peuples ; et cependant, malgré cette 
prétendue ambition dont on ose l'ac- 
cuser, il n'existe pas d'Océanie fran- 
çaise, quoique l'on compte une Océanie 
anglaise, nollandaise, espagnole et 
portugaise. Nous avons pourtant sur 
ces contrées , autant qu'aucune des 
puissances qui y régnent, ce que la 
politique appelle des droits. Que le 
gouvernement français pèse dans sa 
sagesse tous les avantages de la colo- 
nisation (*) que j'ai proposée, et puisse- 
t-il exaucer les vœux d un citoyen, ami 
zélé de la justice et de l'humanité , et 
non moins ami de sa patrie ! 

AimrROPOLOGIB BT ETHNOGRAPHIE, 



BBS RACIS d'bOMMU, 1» X.X0K8 TAKiItIs, ST DU 
CAAACTiRIS BU BIVV^&BITTS rBO^LM XT TKiaVS. 

La science de l'homme , ou anthro* 
pologie, et la description des peuples, ou 
ethnographie , doivent tenir le premier 
rang , et ce n'est que par les voyages 
qu'elles peuvent devenir un jour exactes, 
mathématiques , dégagées de tout es- 

{>rit de système , le flambeau enfin de 
a géographie et de l'histoire. On s'est 
trop hâté de classer les caractères phy- 
siques et moraux des peuples , d'après 
des observations inexactes et incom- 
plètes. L'anthropologie et l'ethnogra- 
phie sont donc encore très- peu avan- 

{*) L'auteur a présenté à M. le comte de 
Kigny , ministre de la marine, un projet dé- 
taillé de colonisation océanienne. 



cées; et on ne doit pas s'en étonner , 
quand on a vu naguère Linné' et Buffon 
admettre l'existence des hommes à 
queue , et quelques savants refuser de 
croire à l'existence de peuples sans 
culte. 

Un savant naturaliste et voyageur, 
M. le colonel Bory de Saint -Vin- 
cent, a classé dans un ouvrage^ où 
le courage s'allie à l'érudition, les 
espèces qui constituent son genre 
homme. Après avoir fait les réflexions 
qui suivent, nous n'avons pas osé l'imi- 
ter. N'est-il pas vrai que la nature 
permet rarement que les espèces di- 
verses d'animaux procréent entre elles, 
sauf le loup et le chien , le chien et le 
chakal, l'œgagre (*) et la brebis, le 
pinson et le moineau, le serin et le 
chardonneret? N'est -il pas constant 
que , même la plupart du temps , les 
races, métives qui en résultent ne peu- 
vent se perpétuer et périssent ? Cepen- 
dant , nous avons vu dans les climats 
les plus opposés, le mélange des hom- 
mes les plus dissemblables par la taille, 
la couleur et même la conformation , 
enfanter constamment une postérité 
féconde. Ces réflexions nous ont donc 
forcé à ne considérer, dans la grande 
famille humaine, que des races et des 
variétés. 

LES MALA.IS. 

La race la plus étendue est celle des 
Malais. Ces peuples, marins et com- 
merçants, nous paraissent être origi- 
naires de la côte occidentale de la 
grande île de Bornéo ; et en cela nous 
ne partageons pas l'opinion du savant 
Marsden , qui place leur berceau dans 
le ci-devant empire de Menangkarbou. 
Ils conquirent la péninsule de Malakka, 
à laquelle ils ont donné leur nom , et 
ils colonisèrent vraisemblablement les 
côtes orientales de l'île de Madagascar 
et de l'île Formose. La plupart des états 
maritimes de Soumâdra, une partie des 
Moluques etdes JNicobars,Pinang, Nias, 
Sinçhapoura, Linging, Bintang, etc., 
sont habités par cette race. (Voy. la 
p/.9.) 

(*) Capra cegap^us , espèce de chèvre 
sauvage. ' 



OCÉANIE. 



ir 



LeâMalais, établis sur presque toutes 
les côtes de TOcéanie occidentale, sem- 
blent tenir à la fois des Hindous et 
des Chinois ; mais leur peau se rap- 

Î roche du rouge de brique foncé des 
llinois et des Caraïbes , et quelquefois 
du blanc ou du noir, grâce au mélanee 
des peuples. A Timor , on en voit ae 
rouges foncés et d'autres tannés ; à 
Bornéo ils ont le teint plus clair; à 
Ternati ils sont très-basanés et tirant 
vers le bistre. Les plus laids sont ceux 
de Linging, les plus beaux, ceux de 
Maïndanao, les plus braves ceux de 
Palembang. Les femmes sont assez 
jolies, propres, souples et très-lascives ; 
les plus belles sont celles de JNias, de 
Zamboanga, d*Iloilo, de Holo, de Java, 
d'Amboine, de Boulacan (*), de Ma- 
nila et de Formose : n*oublions pas 
que les femmes des deux derniers pays 
sont presque blanches. La grosseur de 
la tête des Malais est moindre que le 
septième de la hauteur ; leur nez est 
court , gros et quelquefois épaté ; leur 
bouche est très-large, même chez les 
femmes. Les Européens trouvent ces 
bouches monstrueuses , car la beauté 
est relative; les Chinois prétendent que 
nous avons des yetix de bœuf, et les 
yeux obliques et bridés des (Chinois 
nous paraissent hideux. Ce que je puis 
assurer de la grande bouche des Ma- 
lais , c'est que, si ce qui est utile est 
beau , leurs bouches sont fort belles. 
Je m'explique : l'air étant bien plus 
dilaté sous la zone torride que sous la 
zone tempérée, il est nécessaire que 
l'organe de la respiration soit plus 
étendu. Les Européens à la bouche 
étroite sont presque suffoqués dans 
la Malaisie à la moindre indisposition. 
Si la nature daignait répondre à tous 
nos pourquoi, nos systèmes sur le 
vrai , le b€»u, le bon , le bien , Futile et 
l'agréable, seraient souvent renversés. 
Les Chinois établis dans presque 
toutes les îles malaises s'y marient 
avec des femmes du pays, parce qu'ils 
ne peuvent en amener de Chine , et, 
de ce mélange, il résulte que beaucoup 

{*) Dans rile deLouçon, la plus gi-ande 
des Philippines. 

T Livraison. (Ogbanie.) 



deMalaisont les yeux bridés et obliques, 
comme les Chinois; mais, chose étran- 
ge ! nulle partceux-ci n'ont, pu répandre 
leur langue, excepté à Véguiou, tant 
elle déplaît à ces peuplades, dont la 
langue est aussi douce que Titaiienne 
et la portugaise. 

Les Malais ont la taille bien faite; 
leur stature est moyenne et carrée, 
et ils ont peu d'embonpoint; leurs 
pieds, quoiqu'ils man hent sans chaus- 
sure, sont très-petits. Le sagou, le 
riz , les épiceries et les poissons sont 
leur nourriture ordinaire. 

Les uns mâchent le bétel, mêlé avec 
la chaux vive, la noix d'arec et le 
tabac (ce mélange est nommé siri à 
Java); les autres, le gambir (*), qui 
leur rend le palais, la langue et les 
dents noirs, comme ceux d'un chien du'- 
nois , sans altérer leurs gencives. Le 
bétel et le gambir paraisst'nt très- 
sains et très-stomachiques, car les Ma- 
lais ont riialeine parfumée. L'habi- 
tude de mâcher le bétel est aussi en 
usage chez les Mélanésiens de la Pa- 
pouasie et de la ^ouvplle- Irlande. 
Dans les îles de Linging, Lingan, Bin- 
tang, Singhapoura, Pinang, S<>umâdra, 
Java, etc., ils ne vont j.unais nus, 
mais ils entourent leur corps d'un 
sarong, portent une veste, et un bon- 
net ou un mouchoir à la tête. A Java, 
l'homme noble, le orana kaya^y 
ajoute le manteau et quelquefois un 
bonnet appelé koulovk. Les prêtres 
seulement y sont habillés de blanc et 
portent une espèce de turban. Quoi- 
que un bon nombre de Malais soient 
musulmans, je n*en ai vu aucun qui 
rase entièrement ses cheveux. Ils sont 
en général marins, quelquefois pirates, 
artisans industrieux, adroits commer- 
çants. Orgueilleux et jaloux , libertins 
et perfides, mais braves et indépen- 
dants, hors des villes on les voit pres- 
que toujours armés du kriss , souvent 

(*} C*es( une substance fort asiringeiite 
qu*on extrait des feuilles du nauclea gamhir, 
grande piaule samienteuse. Le ganihir ou 
kino remplace avaniageusement le ffechou. 
Il contient beaucoup d acide gallique et de 
tannin, aussi remploie l-on en Cliine et 
à fialavia pour taouer les cuirs. 



18 



L'UNIVERS. 



empoisonné avec la résine du terrible 
pupas c.voy. les pL 10 cMl). 

Leur angle facial est un angle ouvert 
de 80 à 8â degrés. Peu d'entre eux 
ont Tangle de 8â à 90, comme on 
le trouve cijez quelques variétés eu- 
ropéennes. L'angle que nous avons 
pris est celui qui résulte de deux li- 
gnes, partant des dents incisives supé- 
rieures, et se rendant^ l'une au bas du 
front ou à la racine du nez, et l'autre 
au trou auriculaire. 

Les Javaiis et les Balinais ou Ba- 
iiens , intérieurs en tout aux JMalais ^ 
nous paraissent issus .des iiornéens 
et des Hindous; iious les considére- 
rons coinino hybrides ou mélangés. 
Les premiers ont. le teint jaune, les 
seconds sont plus blancs et mieux laits. 

LES POLYNESIENS ET LES DAYAS f). 

La seconde .race est celle des Poly- 
nésiens. Nous croyons avoir trouvé 
dans la race de? Dayas et autres 
peuples de Rornéo, le berceau des peu- 
ples malaisiens , mélanésiens et poly- 
nésiens. Leur teint blancrjaunâtre plus 
ou moins foncé, l'angle facial aussi 
ouvert que celui des Européens, la 
haute stature , la physionomie ré- 
gulière, le nez et le front élevés, les 
cheveux^ longs et. noirs, la beauté, la 
grâce , les usinières souples et lascives 
de leurs femmes, et surtout des dan- 
seuses, les rapports quoique altérés 
de leurs langues, l'habitude de l'agri- 
culture, de la chasse et de lapêcne,; 
l'habileté à construire leurs pirogues , 
et à fabriquer leurs ustensiles , leurs 
immenses cases , leurs croyances çeli- 
gieuses, les sacrifices humains ( voy. 
la /?/. 19 ), leurs coutumes et une sorte 
particulière de consécration ou tapou, 
tout indique la plus grande ressem- 
blance entre les l)ayas et les Poly- 
nésiens. La comparaison serait même 
plus exacte entre ceux-ci et les Tou- 
radjas et lés Bouguis de Célèbes ; mais 
les Touradjas et les Bouguis, chez les- 
quels les propriétés des grands et des 
prêtre^ont réputées sacrées, ainsi que 
dans l^^Polynésie et parmi les Dayas , 

(*) Léuif vérit;)ble nom est Vara et non 



nous paraissent, ainsi gue nous l'avons 
déjà dit-, appartenir à la race Daya , 
de même que les Balinais , les peuples 
des îles Nias, Nassau ou Poggy, lesïer- 
natis, les Guiloliens et ceux d'une par- 
tie des Moluques,de l'archipel de Holo, 
des îles Philippines et des f.es Palaos. 
Ces trois derniers surtout paraissent 
être originaires de Célèbes et de Bor- 
néo; mais la ressemblance des Taï- 
tiens , des Nouveaux-Zeelandais et sur- 
tout des Battas (*) avec les Dayas est 
frappante, selon le récit des voyageurs 
les plus dignes de foi. Nous ajouterons 
que leur langue forme en quelque 
sorte (**) le milieu entre la malayou et 
la polynésienne, et que les Malais et 
les J a vans des côtes de Bornéo les re- 
connaissent comme les aborigènes, les 
Orang-Benoa du pays. 

Il est facile de voir que la différence 
des climats , les communications avec 
les îles placées dans les différentes 
divisions de l'Océanie, de nouvelles 
relations , de nouveaux besoins , des 
aliments quelquefois opposés , l'in- 
fluence des peuples étrangers , et sur- 
tout le mélange des races noire et 
malaise avec celle des Dayas, ont dû 
introduire des changements notables 
entre ceux-ci et les peuples polyné- 
siens, et peuvent seuls expliquer tou-* 
tes ces nuances qu'on rencontre parmi 
les habitants de cette partie du monde. 
Ainsi le mélange des Lampouns ^ des 
Reyangs et des Cliinois, a donné aux 
premiers les yeux obliques des se- 
conds; ainsi la réunion des Nicoba- 
rièjn^ et des Andamens a fait de ceux- 
là des: mulâtres ; ainsi , dans les îles 
de Louçbn,de Soumâdra et dans l'ar- 
chipel des Carolines, s'est opéré le 
mélange de toutes les races de l'Océa- 
nie. Tous les Polynésiens ignorent 
l'usage de l'arc et des flèches comme 

C) Les Batlas descendent des Biadjous, 
tribu des Dayas. Les savants désignent quel- 
quefois les Hiadjous sous le nom de maicm, 
qui, en îiiudoustani, signifie montagnards, 

(**) Nous avons pris pour point de com- 
paraison la langue des Dayas-Marouts qui 
habitent le nord de l'île Bornéo, avec celles 
de Taïti , dllaouaï et de la NouyeUe-2^(y 
Und et le malavo» de Soumâdra. 



AUSTRALIEN , 




.'^^-//.■/.''-f^ to^-^ '^^.^^'^fCt^'J^.■£,^/f<^^ 






Meatizz. e von M^a-nila . 

Ta^al. 

Tatuirter KeuBeelacnder . 

Caroliner . 



♦ fr; 



OCÉAIVIE. 



Id 



instruments de guerre ; tous font usage 
de la boisson enivrante du kawuj 
et chez quelques-uns les lois^ de Xèr, 
tiquetteont déjà acquis un assez grand 
développement. . 

Les peuples de Haouaï, de Taïti 
et de Tonga , sont de tous les habi-. 
tants de la Polynésie ceux qui ont 
fait le plus de progrès vers la civilisa- 
tion. Les Nouveaux-Zeelandais réunis 
en peuplades peu considérables, et vi* 
vant sous un ciel plus âpre et sur un 
sol pauvre en ressources alimentaires,, 
sont beaucoup moins avancés. Mais 
leur population plus grande que celle 
des autres états polynjpsiens, leur éner- 
gie, leur activité et leur aptitude pour 
les arts et métiers , font espérer que 
leur civilisation plus tardive fera un 
jour des progrès plus rapides. 

LES ALFOURAS. 

Les voyageurs et les géographes 
nous représentent les M/auras ou 
Harafours comme une race à part ; ce- 
pendant ils ne constituent nulle part 
une race particulière: Ce moi, dans la 
langue des Dayas de Bornéo , signifie 
hommes sauvages; dans une partie de 
Bornéo qn les appelle aussi Pounams. 
Ainsi, dans les régions caucasiennes on 
donne le nom de Lesauis à tous les peu- 
ples montagnards. Il répond à celui de 
Bedahsou Veddahs(*), de Ule de Cey- 
lan, qui habitent les parties les plus 
inaccessibles des montagnes et surtout 
des forêts. Ceux-ci sont considérés 
comme aborigènes dans les différentes 
parties de cette île. Dans Tlnde, les 
«ihls, les Kallis , les Gonds , les Coulis , 
lesToupahs, lesieiratas (**), leslJogli- 
pourset les Garrolis du Bengale vivent 
dans le même état, et sont considérés 
également par les Hindous comme abo- 
rigène de cette vaste contrée. A Cey- 
«n, il existe en outre une race indomp- 

(*) Les Pourdnas mentionnent une Iribn 
sauvage de f^jradas qui vivait dans les forêts 
de THiiidostan. Ne serait-elle pas la tribu 
des Padœi , composée de chasseurs sauvages 
et dont parle Hérodote? 

(**) Le nom de cette tribu se donne aussi 
dnns l'Inde à tous les sauvages habitants 
flcs bui». 



tée au'on désigne sous le nom de 
HanwahrliedahSj qui vivent à la ma- 
nière des siuges. Accomimgné d'une 
escorte de Bedahs des environs de 
Ratnapoura, lorsque j'ai visité le pic 
Adam, en compagnie, de M. Layard , 
fils du collecteur de Colombo, i ai pu 
juger, à mes dépens, celte race de ban- 
dits stupides; mais je ne connais les 
Ram bah- Bedahs que par les récits des 
Bedahs, qui les placent infiniment au- 
dessous d'eux. 

Il est vraisemblable que la race noire 
a formé la population primitive de TO- 
céanie. Dans notre opinion, les Alfou- 
ras appartiennent , à peu d'exceptions 
près, à cette race que nous croyons 
endaniène, et qui était primitivemeiit 
disséminée dans la plupart de ces archi- 
pels où elle s'était étindue après avoir 
été cliassée de Bornéo. Cette île, qu'on 
pourrait regarder comme Vojfcitiagen' 
tiuni de TOcéanie, renfermait une race 
de noirs endamènes, et une autre con- 
nue sous le nom de Papouas. Ces Pa- 
pouas,qui n'existaient d'abord qu'à Bor- 
néo, ont vaincu et presque exterminé 
les Endamènes. Ils ont ensuite envahi 
les côtes des îles voisines, décimé les 
populations endamènes, et les ont en tin 
reléguées dans l'intérieur des terres, 
jusqu'à ce quljls aient été eux-mêmes 
vaincus par la race malaise. Dans l'in- 
térieur aes terres, on voit souvent la 
première race mêlée et confondue avec 
la seconde. 

Les naturels de la Malaisie ont ap- 
pliqué le nom d'Allburas, non aux 
hommes d'une seule couleur , car 
ils ne~ sont pas tous noirs, mais 
aux différentes tribus vivant dans l'é- 
tat sauvage. En eitet, les Altouras 
de Bourou sont cuivrés, les Battasou 
Alfouras deSoumadra sont d'un jaune 
foncé ; les Touradjas ou Altouras de 
Célèbes leur ressemblent, tandis que 
les Alfouras de Maïndanao, de Mm- 
doro, etc., sont d'un noir foncé, et ceux 
de Louçon et de Bouglas de deux nuan- 
ces noires, car ils sont mêlés d^Enda- 
mènes et de Papouas. Au reste, comme 
il est prudent de s'étayer de l'opinion 
de ses devanciers , je dirai que cette 
remarque a déjà été faite , mais seulo* ^ 



^ 



L'UNIVERS; 



ment pour les noirs de Tîle de Louçon, 
par elpadre Hernardo de la Ftienfe, 
jésuite espagnol. Voici la traduction 
de ses propres paroles : « Ces peupla- 
« des (les Alfouras de Louçon) se par- 
« tagent en deux races, dont lune 
« est plus semblable aux nègres que 
« Tautre (*). » • 

LB8 MÉLANÉSIENS DIVISÉS EN ENDÀMÈNES 
ET PAPOU AS. 

La troisième race, en classant les 
races d'après leur extension , est celle 
des Igolotés ou Papouas, qui dominent 
une grande partie de la Mélanésie. 
Nous les crovons originaires de la 
grande Ile de 'Bornéo, où ils existent 
encore. Cette race, dont la couleur est 
d'un noir jaunâtre , porte le nom 
d'fgolofé et de Dayer a Bornéo, nom 
qu'elle se donne elle-même à la Nou- 
relle-Guinée. Mêlés ou non , mais ha- 
bitant le même sol , les Papouas et 
les Endamens, les vainqueurs et les 
vaincus , occupent encore une partie 
de Louçon , de Mindoro , de Bouclas , 
de Maïndanao, de Timor, de Soumàdra , 
de Célèbes, de Java, quelques cantons 
de Madagascar et de l'intérieur de 
Formose , et autres îles sous le nom 
,de Aëtas, Negritos, Negrillos, Zaïn- 
bales, Fi.iguianes, Italones, Kalingas, 
Igorrotes, etc. (**). Il est important de 
rejnarqucr que les voyageurs confon- 
dent les Igolotés ou Pa|K)uas avec les 
Endamens ou noirs primitifs de la Ma- 
laisie , qu'on rencontre simultanément 
avec les premiers dans ses plus grandes 
îles (***). Je puis assurer mie les Pa- 
pouas sontpUis noirsque les Endamènes 
et que les Cbangallas de TAbyssinie, 
auxquels ils ressemblent, excepté par les 
cheveux , et qu'ils ont comme ceux-ci la 
physionomie agréable, et les formes ar- 

(*) Fid, Hervas, Catalogo délie lingue, 
p. 99; et VAritmetica délie ttazione conos* 
eiute. 

(**) A Soumàdra , on les dési|^e sous le 
nof^de Orang'karbou {Itommes lfuffles)\ i 
Madagairar, sous relui de Ftnzimbers. 

(***) Néaunioins les noirs de Ruuglas, de 
Panay et des autres îles Philippines, oui une 
teinte plus noii*e que tous les autres noirs 
que Qous avons vus eu Océan^. 



rondies. Je dois également observer que 
les Endamènes, du moinsceuxdela Pa- 
pouasie, et les Australiens de la terre 
d'Arnheimdans le nord de l'Australie, 
qui appartiennent aussi à la race enda- 
mène, sont plus laids, plus petits et plus 
agiles, et que leurs traits sauvages, 
leurs yeux hasards , leur teint fuliîîi- 
nèux ou enfumé, et leur maigreur les 
distinguent des Papouas. Malte- Brun, 
qui a été suivi par la plupart des géogra- 
phes, a consacré une grande erreur de 
son imposante autorité, en confondant 
ces deux races sous le nom de nègres 
océaniens. Ajoutons que leur couleur 
est beaucoup moins noire qiie celle des 
peuples noirs de l'Afrique. 

LES PAPOUAS. 

Le mot de Papoua est une altération 
de Poua-Poua , brun-brun ; c'est ainsi 
que les Maiaisiens désignent cette race. 
En s'avançant au nord, elle a dû s'éta- 
blirdans les îles Philippines, et au nord- 
ouest, dans la presqu'île de Malakka, où 
elle porte le nom de Semang. En s'a- 
vançant vers l'est, elle aura rencontré 
les hoirs endamènes de la Nouvelle- 
Guinée, qu'elle a vaincus, et de là 
elle se sera étendue dans les îles de la 
Louisiade, de la Nouvelle-Bretagne, 
de la Nouvelle-Irlande, dans Tarcmpel 
de Saloinon, dans Celui de Sainte- 
Croix ou de Quiros, dans les îles 
Loyalty et dans la Nouvelle-Calédonie, 
dans l'archipel de Viti , et jusque dans 
l'île de Van-Diemen. Le célèbre Cook 
eut connaissance à Taïti d'une tradi- 
tion qui constatait l'existence des Pa- 
pouas dans cette île , peu de temps 
avant son arrivée. A la Nouvelle-Zee- 
land, il existe un grand nombre de 
ces noirs. On en a remarqué à Oua- 
lan . à Hogoleou et à Goulaï dans les 
Carolines. Le capitaine Lutké , de la 
marine russe , a trouvé l'île Pounipet, 
une des plus grandes de cet archipel , 
entièrement habitée par eux. Obser- 
vons que les pirogues des Papouas de 
la Nouvelle-Guinée et de toutes les îles 
de la Mélanésie ont la même forme, 
ce qui indique une origine commune. 
Leur taille est assez grande; leur peau 
est noire et luisante, avec un huitième 



AUSTRALIEN. 




/ ->.. 



'c^.^^^ . 






Ton(JaLner . 

AifStralier a.tia |flHlC3insl&nd . 
l'^i inwohh er Ta.n na ' b . 



OCÉANIE. 



Si 



environ de jaune; leur an^le facial est 
au maximum de 69<*, et de 63 à 64* 
au minimum; leurscheveux sont noirs, 
ni lisses, ni crépus, mais laineux, 
assez fins, frisant beaucoup et natu- 
rellement ; ce qui di>nne à leur tête 
un volume énorme en apparence. Ils 
sont rarement tatoués, et, sauf ceux 
de Dori (*) , ils vont généralement nus. 
Les Hybrides de la Nouvelle-Guinée et 
de Vé'guiou soutiennent leur cheve- 
lure épaisse par un peigne en boisa long 
manche, et garni de trois, cinq, sept 
branches et plus. Ils ressemblent , par 
cette immense toisoTi ébouriffée, à ce 
charlatan qui vend de Thuile de Mang- 
kassar sur toutes les places de Par is ( voy- 
o/. 11). D'autres noirs, tels que ceux de 
la Nouvelle- Bretagne les laissent tom- 
ber sur les épaules en mèches nattées 
et peintes en rouge. Parmi les nom- 
breuses variétés de la race papoua, 
celle de Viti seuible occuper le premier 
rang, et celle de Tîle Van-Diemen et 
de Mallicolo le dernier. 

Je terminerai ce que j'ai dit de cette 
race par une observation que je crois 
digne de quelque intérêt. 

J'ai vu dans la Haute-Egypte plu- 
sieurs momies et plusieurs statues de 
Phta, d'Ousi;nandéi et deSésostris, 
dont Tangle facial était semblable au 
nôtre, et qui offraient un caractère par- 
ticulier. Le devant de la tête y était 
beaucoup plus déprimé ; le froîît plus 
incliné en arrière, ainsi que le nez, et le 
trou auditif plus élevé que ceux des Ku- 
ropéens, de manière que leurs oreilles 
étaient plus hautes que les nôtres. 11 
en est de même chez quelques Papouas. 

LES 1>AP0C-MALAIS. 

Du mélange des Malais avec les 
Papouas provient une variété hybride 
à laquelle on donne improprement le 
nom de Papous. Nous pensons qu'il 
faudrait les distinguer aes Papouas, 
en leur donnant le iiom de Papou- 
Malais j que nous continuerons de leur 
donner dans le cours de cet ouvrage. 
Ils habitent le littoral des iles Vé- 
guiou , Salouati, Gamen et Battanta, 

(•) Et non Dorey ou DorCTy. 



et la partie septentrionale de la Nou* 
velle-Guinée, depuis la pointe Sabelo 
jusqu'au cap de Dori. Ils ont em- 
prunté aux deux races dont ils des- \ 
cendent les habitudes qui les distin- 
guent : ainsi, les uns sont mohammé- 
dans , les autres adorent des fétiches. 
Leur jareon fourmille de mots malais. 
Leur taille est généralement petite ; et 
ils sont souvent infectés de cette hor- 
rible lèpre furfuracée qui règne géné- 
ralement chez les peuples de race 
noire de la mer du Sua. Leur angle 
facial est de 64° au minimum, et au 

maximum de 69**. 

> 

LES ENDAMÈNBS ET LES AUSTRAUBNS. [ 

La Nouvelle- Guinée ou Papoua- 
sie est, à mon avis, le foyer des Mé- 
lanésiens, quoique cette race vienne 
primitivement de Bornéo, ainsi que 
toutes les races de l'Océanie. 

Tous les naturels de la Mélanésie 
sont plus ou moins noirs-jfiunâtres ; 
mais, nous le répétons, Malte-Brun 
s'est trompé, en confondant tous les 
noirs océaniens en une seule race. Il en 
existe une autre qui , Quoique noire, 
est aussi distincte de celle des Papouas 
que la race bosjimane est distincte de 
celle des Qiffres : elle habite Tinté- 
rieur, et vraisemblablement le sud 
de la Nouvelle-Guinée. Cette race, qlie 
les Papouas nomment endamèn^ yXiom 
oui rappelle celui des noirs hideux 
des lies. Andainen, avec lesquels elle 
offre la plus triste ressemblance , a 
dû être très-nombreuse dans la Nou- 
velle-Guinée. Mais ces malheureux En- 
damens, devenus assez rares (*) par les 
persécutions et les guerres continuelles 
que -leur ont faites Tes Papouas, qui les 
surpassent en bravoure, en intelligence 
et en beauté ( relative, dii moins) y ont 
déserté la Papouasie. S'abandonnant 
aux flots sur de frêles canots, ils auront 
traversé le détroit de Torrès au nûlieu 
des récifs , et se seront établis dans le 
vaste continent de l'Australie, où cette 
race semble devoir s'éteindre, tôt ou 

(*) La plupart des Eudamènes de la Pa- 
pouasie , VHS par des européens , sont des 
captifs destinés à êu*e vendus. 



d2 



L'UNIVERS. 



tardj de même que .es naturels de TA- 
iï)^.rique, devant la population euro- 
péenne. Ainsi, partout le fort écrase le 
faible; et partout la race noire est op- 
primée par les races cuivrées , jaunâ- 
tres ou tannées, qui, à leur tour, sont 
subjuguées par les races blanches. 

Décrire les Australiens, c'est dé- 
crire les Enda mènes de la Papouasie. 
Lés Australiens sont, ainsi que les 
Endamènes, moins noirs que les noirs 
d'Afrique, mais ils sont d'une teinte 
plus jaunâtre. que les Papouas,et tirant 
vers la couleur de la suie vieille et 
terne. Plusieurs tribus ont une teinte 
bistre, faiblement jaune plutôt que 
noire; la boîte osseuse du Crâne pas- 
sablement ronde; le front fuyant en 
arrière ; les cheveux floconnés et non 
pas lisses, et ordinairement crépus. 
Leurs bras sont très-longs, et leurs 
jambes grêles encore plus longues ; ils 
sont généralement velus, mais plusieurs 
sont glabres; ils ont la bouclie d'une 
grandeur démesurée , le nez fort large 
et éoaté, les narines également larges, 
les dents un peu proclives, mais d'un 
bel émail. Chez quelques-uns la mâ- 
choire inférieure, très-avancée, leur 
donne beaucoup de ressemblance avec 
les Hottentots ; et leur visage, vu de pro- 
fil , est hideux d'animalité. Leur angle 
facial est très-aigu , et ne s'élève que 
de 60 à 6G°, tandis que celui de Vorang- 
houimiy auquel l'Australien n'est guère 
supérieur que par le langage , est géné- 
ralement de 62 à 6:»o. Ces êtres exis- 
tent sans mélange non seulement dans 
l'Australie, mais aussi àla Nouvelle- 
Calédonie et dans la piMp^^rt des îles 
de l'archipel du Saint-fcsprit , où ils se 
montrent dans toute leur difformité 
V voy. la pL 11 ), On les représente mé- 
fiants et timidc^idcins plusieurs tribus 
australienne^^ Dans la terre de Grant, 
ils sont vindicatiis, voleurs et perfides; 
on les dit aussi anthropopl>a^es. Usent 
une aversion constante 'pour les Eu- 
ropéens , et leurs nioeurs , * leu rs cou- 
îtumes et ..leur langage varient à l'in- 
fini. Leurs femines ont les hanches 
plus larges que lès hommes; elles 
ont' le sein énorme, flasque et pen- 
dant; maisf éUes sont moins hidausés 



que les hommes. Ces êtres misérables 
sont, dans le genre humain, ceux qui se 
rapprochent le plus de la brute. Ils vi- 
vent par couples ou en tribus, sans lois, 
sans arts , sans industrie , sans autre 
religion qu'un grossier fétichisme, sauf 

Suelques tribus qui croient au pouvoir 
'un esprit malraisant , et repoussent 
Texistence d'un être bon. Ils ne cou- 
vrent de leur cori)s que les épaules , 
sur lesquelles ils jettent une peau de 
kangarou (*) , et leur tête , qu'ils re- 
vêtent d'une étoffe grossière. Dans 
certaines parties du centre et dé l'ouest 
de l'Australie , et principalement de la 
^ terre d'Édels, le pays a paru plus beau, 
et les habitants ont paru moins diffor- 
mes à quelques Anglais ; mais, malgré 
nos longues recherches a ce sujet, nous 
n'oserons pas décider cette question , 
parce qu'ils ne l'ont pas décidée eux- 
mêmes, et que nous n avons du visiter 
ni ces parties, ni la JNouveJle- Galles 
méridionale. 

Les malheureux Australiens n'ont 
pas d'habitations, pas même de ten- 
tes. Ils disputent aux bêtes fauves 
le sol oii ils reposent. Ceux des envi- 
rons du port Jackson construisent des 
huttes , ou plutôt des espèces de nids, 
formés de branches entrelacées et re- 
couvertes d'écorces. Leur pays est si 
pauvre, qu'ils ne peuvent se nourrir 
que du poisson qui abonde sur les 
côtes, de quelques opossums (**) qrt'ils 
•tuent avec des piques en bois, et 
Td'oiseaux et écureuils volants, qu'ils 
•attrapent en grimpant sur les arbres. 
Ils se régalent , quand ils en trouvent , 
de miel sauvage et de gomme de mi- 
mosa, qu'ils aiment passionnément. 
Ils se servent de petites massues, ainsi 
que toutes' les tribus sauvages; ils 
connaissent l'usage du feu , et ne man- 
gent pas la chair des animaux crue, 
quoi qu'en disent quelques colons, tou- 
jours disposés à les dénigrer. Ils pos- 

(*) Quadrupède rongeur, delà famille des 
marsiiiiiâiMc ,• qm a les jambes de demère 
beaucoîtp {)tus longues que celles de devant, 
et dont la femelle a une poche sous le 
ventre. 

{*^ Quadrupède du geors Didelphe. 



OCÉANIE. 



as 



sèdent du moins trois qualités fort 
estimables ; Os chérissent leurs mères, 
leurs enfants et Ja liberté. Au reste, 
l'existence de ces êtres malheureux 
n'est pas lonsue. Parmi les tribus de 
TAustralie, Ta moins stupide paraît 
être celle des environs de Sidney, et la 
plus abrutie celle qui réside aux envi- 
rons de la baie des Verreries ( Gluss 
house's Bau ) , dans la Nouvelle- 
Galles méridfionale. Si on considère 
avec soin la grosseur de la tête et les 
protubérances des Australiens , leur 
agilité à grimper, leur corps velu, 
l'os frontal très-étroit et comprimé en 
arrière comme chez les animaux , et 
la conformation de leur glotte , tout 
rapproche des orangs-houtan les hom- 
mes de cette race, qui est devenue 
peut-être plus difforme depuis qu'elle 
est établie dans T Australie, parce que 
ce vaste rx)ntinent manque de plantes 
aiiiuentaires. Ces misérables tribus, 
ainsi que nous l'avons dit, semblent 
appartenir à une seule souche, celle 
des tkidarnènes. Les hommes qui la 
composent ne diffèrent guère que 
par les usages et le langage. Les 
uns possèdent un idiome doux et so- 
nore, qui n'a d'analogie avec aucun 
de ceux qui nous sont connus ; les au- 
tres (par exemple, dans la baie des 
Verreries) emploient un idiome plein de 
sifflements et de battements de langue, 
et dont certains mots appartiennent 
plutôt à la béte qu'à Thomme. 

Au lieu d'abrutir ces malheureux par 
des liqueurs fortes, et de les corrompre 
par les communications avec les dépor- 
tés, il serait juste, et par conséquent 
utile, de cultiver leurfainle in'elligence; 
mais les Kuropéens se contentent de 
faire périr les tribus paisibles en di- 
minuant leurs moyens de subsistance , 
ou d'exterminer les tribus farouches. 
Quel droit cependant avons-nous d'ar- 
racher à ces nommes une terre que le 
ciel leur a répartie pour y vivre a leur 
§ré , si ce n'est pas pour les faire jouir 
des bienfaits de la fraternité ? 

LES ALBINOS. 

Quant aux Albinos , aux hommes à 
loupes et à goitres, qu'on rencontre 



dans rOcéanie comme ailleurs, et à 
ces esclaves de l'Ile Nias, qui ont la 
peau blanchâtre et couverte d'écaillés , 
on ne doit les considérer (]ue comme 
des hommes affligés de difformités ou 
de maladies. Les habitants de Poulo- 
Nias sont souvent atteints de cette lèpre 
blanchâtre et affreuse qui infecte les 
Papouas , et dont les individus qui en 
sont affectés portent, dans l'île de 
Java, le nom de Kakerlaks. Malte- 
Brun a commis ime erreur grave, en 
prenant quelques-uns de ces mdividus 
pour une race. 

Pour me résumer , j'ai trouvé dans 
rOcéanie quatre races bien distinctes : 
la malaise y h polijjiésienne ou daya, 
Vendaméne et la papouay lesquelles 
ont donné naissance, par leur croise- 
ment, à un certain nombre de variétés. 

LES AITHALOPYGMl^KS, LES PITHÉKOMOR- 
PHE.S KT LES Ml^LANO-PYGMRES. 

A ce sujet , nous éprouvons la plus 
grande difiiculté pour classer quelques 
mdividus que nous avons vus sur la côte 
de Soumâara : les premiers formaient 
une famille composée de trois mem- 
bres; ils n'étaient pas tout à fait noirs, 
mais fuligineux; ils avaient les bras, 
les jambes et le reste du corps fort 
petits, et la tète extraordinairement 
grosse; leur taille ne dépassait pas 
quatre pieds six pouces (mesure de 
France). Ils vennient de l'intérieur du 
rovaume de Palembang, pays dont les 
habitants sont d'une rort belle taille; 
mais je ne pus comprendre s'ils appar- 
tenaient h une variété , ou s'ils étaient 
une famille de nains. Les seconds 
étaient d'une taille moyenne, et leur 
teint était très-k\sané ; leurs formes 
offraient beKUicoup de ressemblance 
avec celles des singes, et leurs C(îrps 
étaient entièrement couverts de longs 
poils : ils nous dirent qu'ils habitaient 
l'intérieur de Ménangkarbou, et qu'ils 
formaient une petite peuplade. 

Ces liommes appartenaient- ils à la 
racedes Endainèiies ou Australiens que 
nous avons décrits plus haut? Quoique 
leur couleur fdt moins noire, nouspen» 
obérions à les classer parmi les En- 
damènes. Seraient-ils une variété de 



18 



L'UNIVERS. 



empoisonné avec la résine du terrible 
oupas ( voy. les pL \0 et il ). 

Leur angle facial est un angle ouvert 
de 80 à 85 degrés. Peu d'entre eux 
ont Tangle de 86 à 90, connue on 
le trouve cliez quelques variétés eu- 
ropéennes. L*angie que nous avons 
pris est celui qui résulte de deux li- 
gnes, partant des dents incisives supé- 
rieures, et se rendant, Tune au bas du 
front ou à la racine du nez, et Tautre 
au trou auriculaire. 

Les Javaiis et les Balinais ou Ba- 
liens, inléricurs en tout aux Malais^ 
nous paraissent issus des Bornéens 
et des Hindous; itous les considére- 
rons connue hybrides ou mélangés. 
Les premiers ont le teint jaune, les 
seconds sont plus blancs et mieux laits. 

LES POLYNI^SIENS ET LES DAYAS f ). 

La seconde .race est celle des Poly- 
nésiens. ^ous croyons avoir trouvé 
dans la race de^ Dayas et autres 
peuples de Bornéo, le berceau des peu- 
ples malaisiens, mélanésiens et poly- 
nésiens. Leur teint blanc^jaunâtre plus 
ou moins loncé, l'angle facial aussi 
ouvert que celui des Européens, la 
haute stature , la physionomie ré- 
gulière, le nez et le front élevés, les 
cheveux longs et noirs, la beauté, la 
grâce , les manières souples et lascives 
ae leurs femmes, et surtout des dan- 
seuses, les rapports quoique altérés 
de leurs langues , Thabitudc de l'agri- 
culture, delà chasse et de la. pêche, 
l'habileté à construire leurs pirogues! 
et à fabriquer leurs ustensiles , leurs 
immenses cases , leurs croyances reli- 
gieuses, les sacrifices humains ( voy. 
la pL 19 ), leurs coutumes et une sorte 
particulière de consécration ou tapou, 
tout indique la plus grande ressem- 
blance entre les l)ayas et les Poly- 
nésiens. La comparaison serait même 
plus exacte entre ceux-ci et les Tou- 
radjas et lès Bouguis de Célèhes ; mais 
les J ouradjas et les Bouguis, chez les- 
quels les propriétés des grands et des 
prêtrei^ont réputées sacrées, ainsi que 
dans 14^ Polynésie et parmi les Dayas , 

(*) Leu* vériuble nom est Varà el non 



nous paraissent, ainsi gue nous Tavons 
déjà dit, a[)partenir à la race Daya, 
de même que les Balinais , les peuples 
des îles Nias, Nassau ou Poggy, lesïer- 
natis, les Guiloliens et ceux d'une par- 
tie des Moluques,de rarchipeideHolo, 
des lies Philippines et des f.es Palaos. 
Ces trois derniers surtout paraissent 
être originaires de Célèbes et de Bor- 
néo; mais la ressemblance des Taï- 
ticns , des Nouveaux-Zeelandais et sur- 
tout des Battas (*) avec les Dayas est 
frappante , selon le récit des voyageurs 
les plus dignes de foi. JNous ajouterons 
que leur langue forme en quelque 
sorte (*^) le nulieu entre la maiajfou et 
la polynésienne, et que les Malais et 
les JaVans des côtes de Bornéo les re- 
connaissent comme les aborigènes, les 
Orang-Benoa du pays. 

Il est facile de voir que la différence 
des climats , les communications avec 
les îles placées dans les différentes 
divisions de l'Océanie, de nouvelles 
relations , de nouveaux besoins , des 
aliments quelquefois opposés , l'in- 
tluence des peuples étrangers, et- sur- 
tout le mélange des races noire et 
malaise avec celle des Dayas , ont dû 
introduire des changements notables 
entre ceux-ci et les peuples polyné- 
siens, et peuvent seuls expliquer tou-' 
tes ces nuances qu'on rencontre parmi 
les habitants de cette partie du monde. 
Ainsi le mélange des Lampouns , des 
Reyangs et des Chinois, a donné aux 
premiers les yeux obliques des se- 
conds; ainsi la réunion des Mcoba- 
rièiïS et des Andamens a fait de ceux- 
là des: mulâtres ; ainsi , dans les îles 
de Louçon , de Soumâdra et dans l'ar- 
chipel clés Carolines, s'est opéré le 
mélange de toutes les races de l'Océa- 
nie. Tous les Polynésiens ignorent 
l'usage de l'arc et des flèches comme 

{*) Les Battas descendent des Biadjous, 
tribu des Dayus. Les savants désignent quel- 
quefois les Riadjous sous le ïiornAe. malem ^ 
qui, en îiiudoustani, signifie montagnards, 

(**) Nous avons pris pour point de com- 
paraison la langue des I)ayas-Marouts qui 
habitent le nord de Tile Bornéo, avec celles 
deTaïti, dllaouaï el de la Nouvelle-Zecy 
land et le malavou de Soumâdra. 



AUSTRALIEN 




' -^yr^ //.-f^^^ /ïZ^;^ ' .^y^^^z^ft^^.^^^^ ■ . 









Mefctizz.c von h/Tanila . 

Tatuirter Neuseelacnder . 
Carolmer . 



33 



L'UNIVERS. 



tard^ de même que «es naturels de l'A- 
i2>^.rique, devant la population euro- 
péenne. Ainsi, partout le fort écrase le 
faible ; et partout la race noire est op- 
primée par les races cuivrées , jaunâ- 
tres ou tannées, qui, à leur tour, sont 
subjuguées par les races blanches. 

Décrire les Australiens, c'est dé- 
crrre les Enda mènes de la Papouasie. 
Les Australiens sont, ainsi que les 
Endamènes, moins noirs que les noirs 
d'Afrique, mais ils sont d'une teinte 
plus jaunâtre. que les Papouas,et tirant 
vers la couleur de la suie vieille et 
terne. Plusieurs tribus ont une teinte 
bistre, faiblement jaune plutôt que 
noire; la boîte osseuse du Crâne pas- 
sablement ronde; le front fuyant en 
arrière ; les cheveux floconnés et non 
pas lisses , et ordinairement crépus. 
Leurs bras sont très-longs, et leurs 
jambes grêles encore plus longues; ils 
sont généralement velus, mais plusieurs 
sont glabres; ils ont la bouche d'une 
grandeur démesurée , le nez fort large 
et épaté, les narines également larges, 
les dents un peu prociives, mais d'un 
bel émail. Oiez quelques-uns la mâ- 
choire inférieure, très-avancée, leur 
donne beaucoup de ressemblance avec 
les Hottentots ; et leur visage, vu depro- 
(il , est hideux d'animalité. Leur angle 
fai^,ial est très-aigu, et ne s'élève que 
de 60 à 6G°, tandis que celui de Vorang- 
houimiy auquel l'Australien n'est guère 
supérieur que par le langage, est géné- 
ralement de 62 à 6^0. Ces êtres exis- 
tent sans mélange non seulement dans 
l'Australie, mais aussi à -la INouvelle- 
Calédonie et dans la pjjupart des îles 
de l'archipel du Saint-jiîsprit , où ils se 
montrent dans toute leur difformité 
V voy. la pL 1 1 ). On les représente nié- 
fiants et timide^ ^âns plusieurs tribus 
australienne*^ uaiis la terre de Grant, 
ils sont vindicatifs, voleurs .et perfides; 
on les dit aussi anthropopl)ases. Ils ont 
une aversion constante .^pour les Eu- 
ropéens , et leurs nv^eurs , * leurs cou- 
;tumes et ..leur langage varient à l'in- 
fini. Leurs . femines ont les hanches 
jplus larges que lès hommes; elles 
oht' lesein énorme, flasque et pen- 
dant; maisf éUes sont moins bidauses 



que les hommes. Ces êtres misérables 
sont, dans le genre humain, ceux qui se 
rapprochent le plus de la brute, ils vi- 
vent par couples ou en tribus, sans lois, 
sans arts , sans industrie , sans autre 
religion qu'un grossier fétichisme, sauf 

Quelques tribus qui croient au pouvoir 
'un esprit malraisant , et repîrassent 
l'existence d'un être bon. Ils ne cou- 
vrent de leur corçs que les épaules , 
sur lesquelles ils jettent une peau de 
kangarou (*) , et leur tête , qu'ils re- 
vêtent d'une étoffe grossière. Dans 
certaines parties du centre et dé l'ouest 
de TAustratie , et principalement de la 
•^ terre d'Édels, le pays a paru plus beau, 
et les habitants ont paru moms diffor- 
mes à quelques Anglais ; mais, malgré 
nos longues recherches à ce sujet, nous 
n'oserons pas décider cette question , 
parce qu'ils ne l'ont pas décidée eux- 
mêmes, et que nous tf avons du visiter 
ni ces parties, ni la JNouveJle- Galles 
méridionale. 

Les malheureux Australiens n'ont 
pas d'habitations , pas même de ten- 
tes. Ils disputent aux bêtes fauves 
le sol oii ils reposent. Ceux des envi- 
rons du port Jackson construisent des 
huttes , ou plutôt des espèces de nids, 
formés de branches entrelacées et re- 
couvertes d'écorces. Leur pays est si 
pauvre, qu'ils ne peuvent se nourrir 
que du poisson qui abonde sur les 
côtes, de quelques opossums (**)qn'ils 
•tuent avec des piques en bois, et 
Td'oiseaux et écureuils volants, qu'ils 
'âttra|)erit en grimpant sur les arbres. 
Ils se régalent , quand ils en trouvent , 
de miel sauvage et de gomme de mi- 
mosa, qu'ils aiment passionnément. 
Ils se servent de petites massues, ainsi 
que toutes" les tribus sauvages; ils 
connaissent l'usage du feu , et ne man- 
gent pas la chair des animaux crue, 
guoi qu'en disent quelques colons, tou- 
jours disposés à les dénigrer. Ils pos- 

(*) iQiiadrupède rongeur, delà famille des 
marsiiiiVâiik ,- qiri a les jambes de derrière 
beaucoup {)lus longues que celles de devant, 
et dont la femelle a une poche sous le 
ventre. 

(*^ Quadrupède du geors Didelphe. 



OCEANIE. 



as 



sèdent du moins trois qualités fort 
estimables ; ils chérissent leurs mères, 
leurs enfants et Ja liberté. Au reste , 
l'existence de ces êtres malheureux 
n'est pas longue. Parmi les tribus de 
l'Australie, la moins stupîde parait 
être celle des environs de Sidney, et la 
plus abrutie celle qui réside aux envi- 
rons de la baie des Verreries ( Glass 
Bouse's Bay ) , dans la Nouvelle- 
Galles méridionale. Si on considère 
avec soin la grosseur de la tête et les 
protubérances des Australiens , leur 
agilité à grimper, leur corps velu, 
l'os frontal très-étroit et comprimé en 
arrière comme chez les animaux , et 
la conformation de leur g;lotte , tout 
rapproche des orangs-houtan les hom- 
mes de cette race, qui est devenue 
peut-être plus difforme depuis qu'elle 
est établie dans l'Australie, parce que 
ce vaste continent manque de plantes 
alimentaires. Ces misérables tribus, 
ainsi que nous l'avons dit, semblent 
appartenir à une seule souche, celle 
des Kndarnènes. Les hommes qui la 
composent ne diffèrent guère que 
par les usages et le langage. Les 
uns possèdent un idiome doux et so- 
nore, qui n'a d'analogie avec aucun 
de ceux qui nous sont connus ; les au- 
tres (par exemple, dans la baie des 
Verreries) emploient un idiome plein de 
sifflements et de battements de langue, 
et dont certains mots appartiennent 
plutôt à la bête qu'à Thomme. 

Au lieu d'abrutir ces malheureux par 
des liqueurs fortes, et de les corrompre 
par les communications avec les dépor- 
tés, il serait juste, et par conséquent 
utile, de cultiver leur faible intelligence; 
mais les Européens se contentent de 
faire périr les tribus paisibles en di- 
minuant leurs moyens de subsistance , 
ou d'exterminer les tribus farouches. 
Quel droit cependant avons-nous d'ar- 
racher à ces nommes une terre gue le 
ciel leur a répartie pour y vivre à leur 
eré , si ce n'est pas pour les faire jouir 
des bienfaits de la fraternité } 

LES ALBINOS. 

Quant aux Albinos , aux hommes à 
loupes et à goitres, qu'on rencontre 



dans rOcéanie comme ailleurs , et à 
ces esclaves de l'île Nias, qui ont la 
peau blanchâtre et couverte d'écaillés , 
on ne doit les considérer que comme 
des hommes affligés de difformités ou 
de maladies. Les habitants de Poulo- 
Nias sont souvent atteints de cette lèpre 
blanchâtre et affreuse oui infecte les 
Papouas , et dont les individus qui en 
sont affectés portent, dans l'île de 
Java, le nom de Kakerlaks. Malte- 
Brun a commis ime erreur grave, en 
prenant quelques-uns de ces mdividus 
pour une race. 

Pour me résumer , j'ai trouvé dans 
rOcéanie quatre races bien distinctes : 
la malaise y la polynéaienne ou daya, 
Vendamène et la papoua^ lesquelles 
ont donné naissance, par leur croise- 
ment, à un certain nombre de variétés, 

LES AITHALOPYGMt^.ES, LES PITHÉKOMOR- 
PHES KT LES MÉLANO-PYGMÉES. 

A ce sujet , nous éprouvons la plus 
grande diniculté pour classer quelques 
mdividus que nous avonsvus sur la côte 
de SoumAara : les premiers formaient 
une famille composée de trois mem- 
bres; ils n'étaient pas tout à fait noirs, 
mais fuligineux ; ils avaient les bras , 
les jambes et le reste du corps fort 
petits, et la tête extraordinai rement 
grosse; leur taille ne dépassait pas 
quatre pieds six pouces (mesure de 
France). Ils venaient de l'intérieur du 
rovaume de Palembang, pays dont les 
habitants sont d'une rort belle taille ; 
mais je ne pus comprendre s'ils appar- 
tenaient à une variété , ou s'ils étaient 
une famille de nains. Les seconds 
étaient d'une taille moyenne, et leur 
teint était très-basané ; leurs formes 
offraient beaucoup de ressemblance 
avec celles des singes , et leurs corps 
étaient entièrement couverts de longs 
poils : ils nous-dirent qu'ils habitaient 
l'intérieur de Ménangkarbou, et qu'ils 
formaient une petite peuplade. 

Ces hommes appartenaient- ils à la 
racedes Endamèiiesou Australiens que 
nous avons décrits plus haut? Quoique 
leur couleur fût moins noire, nous pen- 
cherions à les classer parmi les En- 
damènes. Seraieut-ils une variété de 



L'UNIVERS. 



cette râïîe> Pôttî mettre nos lecteurs 
«n état de mieux juger cette question, 
«t pour compléter cet article, nous 
ïie saurions mieux faire que de répéter 
te passage de Texcellent abrégé de géo- 
graphie de M. Ralbi, où il a mentionné 
notre découverte : 

« M. L.-D. de Rienzi a vu lui*méme, 

Eres de la baie des Lampoungs, des 
ommes de très -petite taille qui ap- 
partiennent à la variété qu'il nomme 
AithMo'Pygmées, «Voilà donc, » dit-il 
dans son mémoire sur la classification 
des différentes races qui habitent 
rOcéanie , « Voilà donc , sur les places 
brillantes que traverse Téouateur , des 
hommes dont la taille peut être opposée 
ù celle qu'on attribue aux Lapons, aux 
Samoyèdes, aux Esquimaux et autres 
peuplés qui vivent au milieu des glaces 
et (les frnnas de la zone boréale. » 

« Cet infatigable voyageur a vu aussi, 
sur la côte orientale (*) de cette île, 
quelques individus que les naturels ap- 
pellent Oougoîis. ft Ils venaient, dit-îl, 
de rétat de Ménangkarbou. » Ces hom- 
mes appartiennent à la race qu'il pro- 
pose de nommer Pithékomorphes (ou 
a formes de sinçes), parce qu'ils offrent 
quelque ressemblance avec ces quadru- 
manes par leur corps couvert.de longs 
poils , 1 os frontal très-étroit et com- 

f)rimé en arrière, la conformation de 
eur glotte et leur peu de conception. A 
ce sujet , M. de Rienzi ajoute : « Ils ne 
surpassent guère les singes en intelli- 
gence , mais enfin ils sont hommes ; 
et, comme l'observe profondément Pas- 
cal, l'homme n'est, nulle part, ni 
ange, ni brute. « 

Outreces deux variétés, j'ai vu encore 
dans rile triangulaire de Panay (îles 
Philippines) une autre variété de vrais 
noirs de la plus jpetite taille, mais bien 
faits , auxquels j ai imposé le nom de 
MélanO'Pygmees, Ils vivent dans les 
bois et les montagnes. Leurs enfants 
portent le nom d'un arbre ou d'un ro- 
cher ; l'un se nomme Papayay l'autre 
Batouy etc. Leurs cheveux ne sont pas 
crépus comme ceux des Africains. Ils 
sont absolument nus et si légers à la 

: (*) Sur la côte d'Andragiri. 



course , qu'ils prennent souvent des ani- 
maux sans le secours de leurs flèches , 
et alors ils demeurent comme les cor- 
beaux autour du cadavre jusqu'à ce 
qu'ils l'aient dévoré. Ces hommes mè- 
nent* une vie fort paisible avec leurs 
femmes et leurs enrants, loin des Bis- 
sayas et des Espagnols. .^ 

LES SAUVAGES COMPARÉS AUX PEUPLES 
CIVIUSKS. 

J'ai déjà décrit plusieurs races et va- 
riétés d'hommes et plusieurs peuples 
plus ou moins civilisés et plus ou moins 
dégradés ; mais comme il sera encore 
souvent question des peuples sauvages 
dans notre ouvrage, j'ai cru devoir don- 
ner ici quelques considérations généra- 
les sur un sujet aussi intéressant pour 
l'anthropologie et l'ethnographie , com- 
parer l'homme dans ses divers états et 
donner mes conclusions. J'ai visîtéjadis 
quelques-uns des peuples et tribus sau- 
vages de l'Amérique , et récemment un 
grand nombre de ceux de l'Océanie. J'ai 
reconnu , en dépit de Rousseau , qu'il 
n'existait pas de peuples vraiment sau- 
vages, et que le soi-disant état de na- 
ture était un mot vide de sens. L'homme 
vit partout en société; la liberté est 
pour lui un moyen et non un but; il 
est né pour la perfectibilité. Nos ré- 
volutions font quelquefois rétrograder 
l'humanité , puis elle reprefid sa mar- 
che et perfectionne de nouveau. Je ne 
me suis donc servi du mot de satwages 
que pour être mieux compris ; j'aurais 
préféré nommer ces hommes, des en- 
fants demi- barbares. 

La reconnaissance des nations éleva 
des autels aux inventeurs de l'agri- 
culture et de l'industrie. Les philoso- 
phes grecs otit peint des plus noires 
couleurs les Celtes immolant tous les 
étrangers qui tombaient dans leurs 
mains, les Hyrcâniens jetant aux vau- 
tours les cadavres de leurs pères, et 
l'antre ensanglanté du Cyclope. Tacite 
et Rousseau, vivant dans un siècle 
corromnu, indignés de la corruption 
qu'ils flétrissaient en vain , cherchè- 
rent, pour faire honte à leurs compa- 
triotes , le premier chez les sauvages 
de la Germanie, le second che^ les 



[OCÉANÎE. 



sauvages de rAmérique, les modèles 
d'une société heureuse, telle quMls en 
avaient créé Fimage dans leur propre 
cœur; mais Tacite n*a pas dit que les 
Germains épousaient leurs sœurs et 
même les veuves de leurs pères, et 
qu'ils sacrifiaient des victimes humai- 
nes; et Rousseau a oublié de mention- 
ner le viol et Tanthropophagie des Amé- 
ricains. Quant à moi , oui écris This- 
toire et non le roman de Thomme, je 
n'ai point cherché un monde idéal dans 
les fables de Tâee d'or , et je ne l'ai 
trouvé que dans la jeunesse delà civili- 
sation de quelques nations privilégiées. 

Ces sauvages^ ces prétendus enfants 
de la nature m'ont offert, à quelques 
exceptions près , lés traits de la peur , 
de l'nypocrisie, du vol, des plus hon- 
teuses superstitions, de la plus ré- 
voltante férocité, et même de ranthro- 
pophagie.Les Dayas, les Oumbaîens, 
les Vitiens, les Battas", les Maïndanaens, 
les idaans, les Nouveaux-Zeelandais, 
les Hamoans, les Noukahiviens et 
d'autres Océaniens nous en fournissent 
la preuve. Leur physionomie expres- 
sive peint toutes les passions avec une 
mobilité difficile à saisir. Tantôt c'est 
la menace et la fureur; tantôt c'est 
une gaité folle; mais toujours elle 
conserve queloue chose de faux et de 
sinistre. La défiance et l'ingratitude 
sont au fond de leur caractère. Les 
présents excitent leur cupidité; ils es- 
sayent d'enlever par la force ce qu'on 
leur a refusé, sans que les dons qu'ils 
ont reçus leur inspirent le moindre sen- 
timent de justice ou de bienveillance. 
Us méconnaissent l'autorité même du 
père de famille; ils sont paresseux, 
vindicatifs; quelques-uns vont jusqu'à 
confondre leurs sœurs, leurs filles et 
leurs mères dans leurs brutales ardeurs. 

Chez eux les femmes sont générale- 
ment esclaves ; du moins elles ne sont 
considérées que comme des bêtes de 
somme, des animaux sans ame, desti- 
nés aux travaux les plus pénibles et les 
plus abjects. Je n'ai jamais vu un sau- 
vage en embrasser un autre de son 
sexe, ou même d'un sexe différent. Us 
ont quelques qualités physiques supé- 
rieures aux nôtres. Leur mémoire est 



prodigieuse; leur odorat, leur me^ 
leur ouïe deviennent par un continuel 
exercice d'une subtilité, d'une force, 
d'une finesse inconcevables à des hom- 
mes tels que nous , qui faisons si peu 
d'usage de nos facultés les plus pré- 
cieuses. La mousse des arbres, le 
mouvement du soleil et des étoiles, les 
traces des hommes ou des animaux, les 
dirigent à travers les forêts les plu» 
épaisses. Us connaissent si bien leur 
paysquephisieurs d'entre eux m'en ont 
tracé la carte sur le sable avec la plus 
grande exactitude. Us se communi- 
quent leurs idées par le tatouage ou 
autres signes hiéroglyphiques. Us sont 
généralement hospitaliers; vous êtes 
admis au repas de l'Océanien et de l'A- 
méricain sans qu'ils vous fatiguent de 
questions indiscrètes ou humiliantes : 
le premier partage avec vous ses cocos 
et son poisson , le second sa saaanUte 
et le gioier qu'il a quelquefois bien de 
la peine à se procurer ; le Polynésien 
vous régale du kawa , et l' Anîéri'cain 
fîime avec vous le calumet de la paix. 
Amant passionné de son indépendance, 
l'un et Vautre la préfèrent a tous les 
biens. Lesauva^en apas àpayercomme 
l'Européen , l'air, l'eau , le feu, les vête- 
ments, les aliments, sa naissance, sa 
correspondance, la permission de voya- 
ger, son mariage et jusqu'au coinde. 
terre où reposent ses cendres. Le sol 
qu'il habite produit des fruits sans cul- 
ture, et les eaux lui donnent abondam- 
ment du poisson. Mais si l'homme ci- 
vilisé n'était soumis qu'à des lois jus- 
tes ou à une bonne éducation ; si notre 
état social était enfin réformé ; devenus 
moins criminels et par conséquent 
plus justes, plus modérés, alors seu- 
lement nous serions plus heureux que 
ces sauvages trop vantés. Leurs forces 
corporelles, qu'on a tant exagérées, sont 
peu supérieures à celles des Européens, 
et leur intelligence est très-bornée: 
quelques-uns même, tels que les En- 
aamenes et les Axistraliens , ne sont 
guère supérieurs sous ce rapport aux 
orangs-houtan. C'est une chose triste 
à savoir , qu'à peine un sixième des 
parties habitables du globe est possédé 
par des nations agricoles et civilisées: 



L'UNIVERS. 



et encore que de degrés différents dans 
la civilisation ! 

Cependant les Taïtiens, les Caro- 
lins, les Tongas, les Aienziens (*) , les 
insulaires de Freewill et quelques au- 
tres qui vivent dans un état mitoyen 
entre la barbarie et la civilisation, ne 
doivedt pas être confondus avec les 
sauvages perfides et anthropophages 
dont nous avons parlé plus haut. Les 
Carolins et les Aienziens semblent être 
au printemps de leuc vie sociale. L'ai- 
mable simplicité qui règne dans leurs 
mœurs et dans leurs manières , ce pa- 
triotisme franc et généreux qui anime 
tous les cœurs et arme tous les bras, 
o£t)*ent un spectacle intéressant, un 
caractère de civilisation naissante qui 
semble condamner la corruption d'une 
civilisation trop avancée, le luxe, l'en- 
vie, l'égoïsme, la mollesse et la triste 
vanité de nos temps, et la vieillesse har- 
gneuse, avide et inquiète des empires 
européens , où régnent les espions , 
:les aélateurs, les provocateurs, les 
prostitutions, les débauches les plus 
effrénées, et les abominables flatteurs, 
qui disent encore aux pasteurs des 
peuples, ce qu'ils disaient aux Tibères, 
aux Nérons , aux Caligulas ; tout va 
bien , tandis que Tambition , l'intrigue, 
l'envie, la calomnie, la lâcheté mo- 
rale, le manque de patriotisme et de 
croyances, Tinjustice, la fausseté, la 
ruse, l'amour* désordonné de l'or et 
des voluptés, et l'égoïsme enfin, cette 
lèpre de notre temps , qui résume à lui 
seul tous les vices, sont, en morale, 
nos progrès les plus réels. 

Ces peuples adolescents de la Poly- 
nésie, plus heureux que nous, pour- 
raient, grâces aux progrès d'une civili- 
sation qui serait rondee par un légis- 
lateur philosophe, pourraient, dis-je, 
prétendre à de nobles destinées, à un 
état aussi heureux qu'il est permis à 
l'homme d'en jouir. Mais laissons une 
consolante hypothèse pour un triste 
positif, et occupons-nous de peindre 

(*) "Voyez la Dcacription de l'île Rienzi 
dans rarchipel de Hoio , elle est citée dans 
le noinrftau Dictioimaire géographique de 
:M.M«oaathy» etc. 



les hommes tels qu'ils sont et non 
tels qu'ils pourraient être. Ajoutons , 
pour conclure, que Thomme,. soumis 
aux lois et à la justice, est moins mal- 
heureux que ces sauvages, c^ui n'ont 
aucun ftein^ et chez qui une indépen- 
dance déréglée et de féroces supersti- 
tions produisent des vices et des crimes 
qui ne sont pas rachetés par de gran- 
des vertus , ae grands talents , de belles 
actions et des habitudes conservatrices. 

D'après tout ce que nous avons dit 
précàiemment, il est facile de voir que 
l'homme est né pour la société; que 
le prétendu état de nature est, malgré 
Rousseau , plus malheureux et moins 
naturel que l'état civilisé, et que les 
hommes qu'on appelle sauvages sont 
encore plus indisciplinables que nous. 
Cependant, de tous les sauvages , ceux 
qui, sous le doux ciel de lOcéanie, 
sont livrés aux travaux de l'agricul- 
ture et de la pêche , sont moins cruels 
et ont fait plus de progrès en civilisa- 
tion que les sauvages chasseurs de 
l'Amérique et les sauvages nomades 
de l'Afrique et de l'Asie. Pour dire 
toute la vérité, les paysans de l'Irlande 
et de la Basse-Bretagne, les uns et 
les autres d'origine celtique, ne m'ont 
point paru supérieurs à certains sau- 
vages ae rOcéanie. 

Mais pour apprécier ce snjet avec 
justice et justesse, il ne faut jamais 
oublier que sans l'anatomie et la phy- 
siologie de l'animal bimane, mammi- 
fère, omnivore, cosmopolite et raison- 
neur plutôt que raisonnable, qu'on 
appelle homme, être à la fois si su- 
blime et si bas , la métaphysique et la 
psychologie sont des sciences vaines ; 
que sans ridiomogra()hie on ne peut 
bien connaître l'histoire des nations, 
et que ces deux études très-différen- 
tes doivent s'appuyer l'une sur l'autre 
sans jamais se confondre. C'est par 
leur secours qu'on pourra mieux con- 
naître les peuples éloignés de nous. 
C'est en les enrichissant de produc- 
tions ou d'animaux utiles, et non pas 
en ravageant leur pays ; c'est en s ef- 
forçant de les instruire au lieu de les 
asservir, qu'on gagnera la confiance 
de nos frères , Pygmées ou Patagons, 



ociUnie. 



27 



noirs , fuligineux, jaunes , rouges , ver- 
dâtres, Wancs ou tannés, aux formes 
agréables ou aux formes de singes, 
disséminés sur le globe et surtout sur 
le grand Océan : ce n'est qu*ainsj 
qu'on pourra améliorer le sort de ces 
membres plus ou moins forts, plus 
ou moins éclairés , plus ou moins 
méchants de la grande famille du 
genre humain, mais qui tous gémissent 
et se déchirent sur ce globe étroit et 
misérable où nous ne faisons que passer. 
La France et l'Angleterre au XVIir 
et au XIX* siècle ont fait voyager des 
astronomes pour mesurer le globe, et 
découvrir les parallaxes de Mars et de 
Vénus; des navigateurs pour régler 
les longitudes en mer, calculer tes 
déclinaisons de l'aiguille aimantée et 
les variations du pendule, et des na- 
turalistes pour embellir nos jardins et 
augmenter nos collections. Quand pa- 
raîtra-t-il un nouveau Pythagore qui 
voyagera dans Tunique but a'étudier 
l'homme, ses races et leurs variétés? 
Favorisé par un Marc-Aurèle ou un 
Colbert, if irait observer l'Esquimaux 
pygmée au cerde polaire , le Patagon 
géant près du détroit de Magellan , le 
Bosjîman dans la Hottentotie, les Kî- 
nios à Madagascar, les Kimoïs dans 
l'empire d'Annam , les restes des mal- 
heureux Caraïbes dans la double Amé- 
rique, l'Endamène ou noir océanien 
dans les déserts sablonneux et embra- 
sés de la vaste Australie, le Polyné- 
sien dans les îles lointaines de la mer 
du Sud , et l'orang-houtan dans les fo- 
rets vierges de Bornéo. Alors , pour 
la gloire de son Mécène et pour l'in- 
térêt de la science et de l'humanité, 
il étendrait partout l'empire de la 
raison, et enrichirait sa patrie des 
bienfaits de la vérité ; et si ce voyageur 
philosophe devenait jamais législateur, 
il chercherait à réunir les esclaves de 
l'Asie et les hommes libies de l'Occi- 
dent, les républicains de l'Amérique 
et les serfs de POcéanie, sous les saintes 
lois de la charité universelle. 



L'ORANG-HOUTAN. 



Après avoir tracé le <»ractère et 
1<» moBurs ^ races d'hommes de PO- 



céanie, et avant de passer à Thistoire 
naturelle, et en particulier à la zoolo- 
gie de cette partie dii monde, nous 
avons cru devoir donner la description 
et l'histoire de l'orang-houtan (*), bi- 
mane qui tient le milieu entre Thom- 
me et le singe. Je commencerai par 
l'orang roux. 

J'ai vu sur un navire baleinier 
un jeune individu femelle de cette 
espèce , qui appartenait au capitaine 
et oui mourut en ma présence au bout 
de mil jours. Après sa mort, ie Tétu- 
diai de mon mieux. Son angle facial 
était de 60 à 65 degrés , c'est-à-dire 
peu inférieur à celui des Endamènes , 
des Australiens, des Bosjimans et des 
Hottentots dont nous avons parlé plus 
haut. Cet individu mort ressemblait à 
l'homme par l'estomîic , le foie, Iç cœur 
et le cœcum,un os hyoïde pareillement 
conformé, le même système dentaire, 
mais plus fort, les mains et les ongles 

Ï>lats. Il lui ressemblait encore par 
a. forme arrondie de sa tête et le vo- 
lume de son cerveau; mais sa glotte 
différait de la nôtre. Il n'avait ni la 
queue, ni les abajoues, ni le posté- 
rieur calleux de certains singes. Sa 
taille était de trois [iieds quatre pouces. 
J'ai possédé un véritable orang roux, 
environ trois mois; il avait été ren- 
contré au sud de la baye de Malodou 
(île de Bornéo), et pris clans une trappe 
d'oiï on l'avait tiré et amené à bord, 
avec peine. Je l'avais acheté 10 mat- 
tas y ou environ 40 francs. Il avait 
le nez large et plat, les yeux petits 
et enfonces, la mâchoire inférieure 
très-avancée, les oreilles élevées, le 
front déprimé et les os des joues sem- 
blables a ceux des Mongols ; les dents 
grandes et fortes, offrant quelque res- 
semblance avec celles du lion , la bou- 
' che très-large et couleur de chair , le 
visage grisâtre, la poitrine carrée, la 
face loneue et blême, un très-gros 
ventre, ae longs bras qui dépassaient 
(*) Et non pas orang-outang, ainsi que 
réciivenl les Européens. Le mol orang e«t 
malayou, il sigeifie homme , et Itoutan foret, 
tandis que le mot outang signifie dette. Ainsi 
orang -houtan se tnàvàx littéralement par 
homme de la forêt. 



2d 



L'UNIVERS. 



ses mollets (*) , beaucoup plus charnus 
que ceux des singes. Il était à {)eine 
adulte, et cependant sa taille était de 
quatre pieds de hauteur ; il se tenait 
ordinairement accroupi , la tête pen- 
chée sur la poitrine. Son corps était 
couvert d'un pelage roux fauve, assez 
long, excepté à Tmtérieur des mains, 
au ventre, au visage, aux oreilles et 
au sommet de la tête, qui était un peu 
chauve. 

Il avait été trouvé dans les bois 
ainsi que d'autres orangs, armé d'une 
espèce de bâton, semblable à celui dont 
se. servent la plupart des habitants de 
nos campagnes, et s'avançant ainsi ûè- 
rement contre les Dayas. Plus tard , il 
ne marchait guère qu'en s'appuyant à 
droite et à gauche , à une cloison, à un 
meuble, aux bastingages, aux mâts ou 
au cabestan du navire, et il grimpait 
lestement sur les vergues et dans les 
haubans. Il n'est pas exact de dire que 
ces bimanes ne peuvent se tenir de- 
bout, ainsi que l'a avancé le savant 
docteur M. Clarke Abell, qui a jugé, 
peut-être, de toute l'espèce par un seul 
mdividu faible et malade. 

L'orang roux diffère beaucoup des 
singes. Bagous {**) (c'est le nom que 
j'avais donné au mien) n'avait ni Tir- 
réflexion du macaque, ni la férocité 
du babouin, ni la malice, le caractère 
hargneux et les grimaces de la gue- 
non, ni la pétulance du maçot, ni la 
lubricité du cynocéphale, m la mal- 
propreté du sagouin ; il n'avait guère 
des nombreuses espèces de singes que 
la faculté imitative. 

Un Biadjou m'a dit que les orangs 
savent allumer du feu : mais ce qui est 
certain, c'est qu'ils savent se construire 
de petites cabanes qui leur servent 
d'habitations ; qu'ils savent ramasser 
des crabes et des mollusques au bord 
de la mer, casser des moules et des pa- 
telles sur un rocher, et jeter des cailloux 

(*) Les bras des Australiens de la terre 
d*AmbeiBi , qui sont cerlainement plus longs 
que les nôtres , ne le cèdent guère en lon- 
gueur à ceux de cet orang; mais leurs jambes 
■ont aussi grêles que les leurs. 

{**) Ce mot malayou signifie joli , gentil. 



dans des faclovos ou tridachnes (*) 
( bénitiers) pour les arracher sans dan- 
ger avec leurs mains et ensuite les 
manger ou les porter dans leurs caba- 
nes afin d'augmenter leurs provisions ; 
et que l'amour de ces êtres pour leurs 
femelles et pour leurs petits est vrai- 
ment admirable. 

i^o^ottô était docile, imitateur intel- 
ligent, affectueux envers moi et en- 
vers mon domestique qui le soignait. 
Son humeur était clouce , sa physiono- 
mie portait l'empreinte de la mélan- 
colie. L'orang est tellement brave dans 
ses forêts, qu il défie plusieurs hommes 
et' les terrasse; mais il s'assouplit fa- 
cilement à notre éducation. J'avais 
dressé le mien, sans peine, à plusieurs 
usages domestiques, et ses habitudes 
étaient naturellement propres. 

Bagous mangeait volontiers du lait, 
des légumes, du riz, des fruits, du miel . ' 
du poisson et de la viande. Il buvait 
beaucoup de thé, et il était excessive- 
ment friand de confitures Chinoises et 
surtout de sucreries. J'en mettais quel- 
quefois dans mes poches , et il ne tar- 
dait pas à me les voler. Il savait dé- 
boucher une bouteille, porter mon kar- 
pous (**) et mon turban ; fermait et ou- 
vrait la porte, faisait son lit; et comme 
il était très-frileux, il s'affublait de 
couvertures et de nattes au point d'en 
suer. Un jour qu'il avait mal à la tête, 
il la serra spontanément avec mon 
châle, et se coucha, l ne jolie danseuse 
daya, à laquelle il faisait ordinai- 
rement les yeux doux, ayant cherché 
à le consoler, il parut la supplier de 
le laisser seul et de ne faire aucun 
bruit autour de lui. 

Mon orang me servait à table; il pa- 
raissait fier et satisfait quand je le Mi- 
sais dîne^ avec moi ou fumer mon 
houka, et il buvait volontiers un verre 
de porto à ma santé ( voy. la pL 8 ). 
Alors il ressemblait assez par les ma- 

(*) Espèce d'huîtres dont quelques-unes 
pèsent plus de cent ti\Tes. Ccst la plus grande 
des coquilles connues. Il eh existe une vrai- 
ment gigantesque dans TégliseSamt-Sulpice, 
à Paris. 

(**) Sorte de bonnet malais. 



OCEANIE. 



» 



mères et par la taille à un petit Enda- 
mène (habitant primitif de la JNou- 
velle-Guinee) de l'âge de 15 à 16 ans, 
qui aurait été sourd et muet. 

L'intéressant Bagous n'avait qu'un 
défaut, celui d'être un peu voleur; 
mais il savait le faire oublier par d'ex- 
cellentes qualités. D'ailleurs, devais-je 
exiger d'un orang-houtan qu'il connut 
le droit de propriété , si peu respecté 
par un grand nombre d'hommes civi- 
lisés? L n autre désagrément que j'avais 
encore à supporter de lui, quoiqu'il 
fût indépendant de son caractère , c'est 
que toutes les fois qu'il voulait m'expri- 
mer sa joie , il faisait entendre un gro- 
gnement rauqiie comme celui du co- 
chon, précipité et rapide comme le 
claquement a'un fouet, en alongeant et 
liaussantà la fois la mâchoire inlérieure 
et la remuant avec vivacité. Ce gro- 
gnement insipide et désagréable me 
désenchantqit, malgré moi, de l'intérêt 
que je lui portais, a cause de sa gen- 
tillesse et de son bon naturel. J eus 
le malheur de le perdre à bord. Tout 
l'équipaate le regretta , et moi je le re- 
gretterai toujours. 

Une femelle de Tespèce des orangs 
roux fut amenée à Pans, en 1808. Na- 
poléon la fit venir aux Tuileries. Ce 
devait être un spectacle vraiment cu- 
rieux, que de voir le plus grand capi- 
taine des temps modernes, le dictateur 
de l'Europe , oublieux des soins de son 
vaste empire, observant gravement uïl 
être chétif et le caressant de cette 
même main qui ébranlait le monde. 
Que de réflexions dut faire le législa- 
teur de la France, s'il songea que cet 
être à conformation humaine était 
peut-être une espèce dégénérée d'hom- 
mes semblables à ceux qu'il échauf- 
fait des étincelles de son génie , et à 
Tajde desquels il accomplissait de si 
grandes choses ! Oh ! alors que l'huma- 
nité dut lui sembler misérable , en la 
voyant ainsi dégradée, et en même 
temps qu'elle dut lui sembler grande, 
en songeant à sa gloire! Le pauvre 
orang ne pouvait comprendre l'hon- 
neur qu'on lui accordait. On le désha- 
billa , la journée était froide , il prit 
un rhume, et mourut quelque temps 



après d'une fluxion de poitrine. Na- 
poléon avait appelé cette femelle, ma- 
demoiselle Desbois. 

Un orang mâle de la Malaisie fiit 
transporté en 1826 à Java, et de cette 
île à Londres , où il arriva heureuse- 
ment. Le docteur Clarke Abell, passa- 
ger, comme lui, à bord du vaisseau le 
César ^ s'est fait l'historien deson voya- 
ge. Quelques naturalistes lui ont donné 
le nom de Pongo AbelUL Cependant 
le pongo de Wurmb avait des abaioues ; 
celui-ci n'en avait pas, ainsi qu*on va 
le voir dans le récit du docteur Abell ; 
aussi il me paraît difficile d'admettre 
leur identité. « Lorsqu'il fut à bord 
(dit son biop[raphe), on chercha à s'as- 
surer de lui par une chaîne fixée à un 
câble; mais il réussit bientôt à déta- 
cher la chaîne, et il s'en fut sur le 
pont, la traînant après lui. Comme elle 
le gênait dans sa marche , il la roula 
deux fois autour de son corps , et en 
laissa pendre l'extrémité sur son épau- 
le. Quand ensuite il s'aperçut qu elle 
n'y tenait pas , il la plaça dans sa bou- 
che. On le laissa enfin circuler libre- 
ment dans le navire , et il devint fa- 
milier avec les matelots, qu'il surpas- 
sait en agilité. Ils faisaient la chasse 
après lui dans les cordages , et lui don- 
naient dans leurs jeux des occasions 
multipliées de déployer son adresse. 
Tant que nous restâmes à Java , il lo- 
geait dans un grand tamarin , près de 
mon habitation; le soir il préparait 
son lit, en entrelaçant de petites bran- 
ches de l'arbre et en les couvrant de 
feuilles. Pendant le jour, il restait cou- 
ché sur la poitrine, la tête avancée 
hors de son lit, pour observer ce qui 
se passait au dehors. Quand il aper- 
cevait Quelqu'un avec du fruit, il des- 
cendait pour en obtenir une portion. 
Cet animal était en général très-doux ; 
mais quand on l'irritait, sa colère 
n'avait point de bornes ; il ouvrait sa 
bouche , montrait ses dents , et mor- 
dait ceux qui l'approchaient : deux ou 
trois fois on eût pu croire que dans sa 
ra^e il allait se suicider. Lorsqu'on 
lui refusait quelque nourriture qu'il 
désirait ardemment, il poussait des 
cris aigus, s'élançait avec fureur dans 



TU 



L'UNIVERS. 



tardj de même que >es naturels de l'A- 
no-^rique, devant la population euro- 
péenne. Ainsi, partout le fort écrase le 
&ible; et partout la race noire est op- 
primée par les races cuivrées , jaunâ- 
tres ou tannées, qui, à leur tour, sont 
subjuguées par les races blanches. 

Décrire les Australiens, c'est dé- 
crire les Endamènes de la Papouasie. 
Les Australiens sont, ainsi que les 
Endamènes, moins noirs que les noirs 
d'Afrique, mais ils sont d'une teinte 
plus jaunâtre. que les Papouas,et tirant 
vers la couleur de la suie vieille et 
terne. Plusieurs tribus ont une teinte 
bistre, faiblement jaune plutôt que 
noire; la boîte osseuse du Crâne pas- 
sablement ronde; le front fuyant en 
arrière ; les cheveux floconnés et non 
pas lisses , et ordinairement crépus. 
Leurs bras sont très-longs, et leurs 
jambes grêles encore plus longues; ils 
sont généralement velus, mais plusieurs 
sont glabres; ils ont la bouche d'une 
grandeur démesurée , le nez fort large 
et épaté, les narines également larges, 
les dents un peu proclives, mais d'un 
bel émail. Chez quelques-uns la mâ- 
choire inférieure, très-avancée, leur 
donne beaucoup de ressemblance avec 
les Hotteutots ; et leur visage, vu de pro- 
fil , est hideux d'animalité. Leur angle 
facial est très-aigu, et ne s'élève que 
de 60 à 66°, tandis que celui de Voraîig- 
hmaaHj auquel l'Australien n'est guère 
supérieur que par le langage , est géné- 
ralement de 62 à 6i'>o. Ces êtres exis- 
tent sans mélan<5e non seulement dans 
l'Australie, niais aussi à la INoiivelle- 
Calédonie et dans la pjijpart des îles 
de l'archipel du Saint-|i)sprit, où ils se 
montrent dans toute leur difformité 
V voy. la pL 1 1 ). On les représente mé- 
fiants et timide^ Tdâns plusieurs tribus 
australienne*^ Dans la terre de Grant, 
ils sont vindicatiis, voleurs.et perfides; 
on les dit aussi anthropopïwges. lisent 
une aversion constante 'pour les Eu- 
r^ïpéens , et leurs uiOeors , * leurs cou- 
•oumes et ..leur langage varient à l'in- 
fini. Leurs femmes ont les hanches 
jplus lërges que lès hommes; elles 
otit'iesern énorme, flasque et pen- 
dant; maisf èU68 sont moins hfdauses 



que les hommes. Ces êtres misérables 
sont, datis le genre humain, cemc oui se 
rapprochent le plus de la brute. Ils vi- 
vent par couples ou en tribus, sans lois, 
sans arts , sans industrie , sans autre 
religion qu'un grossier fétichisme, sauf 

3ueiques tribus qui croient au pouvoir 
'un esprit malfaisant , et repoussent 
l'existence d'un être bon. Ils ne cou- 
vrent de leur corj)s que les épaules , 
sur lesquelles ils jettent une peau de 
kangarou (*), et leur tête, qu'ils re- 
vêtent d'une étoffe grossière. Dans 
certaines parties du centre et dé l'ouest 
de l'Australie , et principalement de la 
• terre d'Édels, le pays a paru plus beau, 
et les habitants ont paru moms diffor- 
mes à quelques Anglais ; mais, malgré 
nos longues recherches à ce sujet, nous 
n'oserons pas décider cette question, 
parce qu'ils ne l'ont pas décidée eux- 
mêmes, et que nous n avons pu visiter 
ni ces parties, m la Nouvelle -Galles 
méridionale. 

Les malheureux Australiens n'ont 
pas d'habitations , pas même de ten- 
tes. Ils disputent aux bêtes fauves 
le sol où ils reposent. Ceux des envi- 
rons du port Jackson construisent des 
huttes , ou plutôt des espèces de nids, 
formés de branches entrelacées et re- 
couvertes d'écorces. Leur pays est si 
pauvre, qu'ils ne peuvent se nourrir 
que du poisson qui abonde sur les 
côtes, de quelques opossums (**) qu'ils 
•tuent avec des piques en bois, et 
"d'oiseaux et écureuils volants, qu'ils 
•attrapent en grimpant sûr les arbres. 
Ils se régalent, quand ils en trouvent, 
de miel sauvage et de gomme de mi- 
mosa, qu'ils aiment passionnément. 
Ils se servent de petites massues , ainsi 
que toutes les tribus sauvages; ils 
connaissent l'usage du feu , et ne man- 
gent pas la chair des animaux crue, 
(juoi qu'en disent quelques colons, tou- 
jours disposés à les dénigrer. Ils pos- 

(*) (Quadrupède rongeur, delà famille des 
marsiï/ilâuk , q«i a les jambes de derrière 
beaiicoiip f)lus longues que celles de devant, 
et dont la femelle a une poche sous le 
ventre. 

(**) Quadrupède du genre Didelplie. 



OCÉANIE. 



1% 



sèdent du moins trois qualités fort 
estimables ; ils chérissent leurs mères, 
leurs enfants et la liberté. Au reste, 
l'existence de ces êtres malheureux 
n'est pas loneue. Parmi les tribus de 
l'Australie, la moins stupide paraît 
être celle des environs de Sidney, et la 
plus abrutie celle qui réside aux envi- 
rons de la baie des Verreries ( G/ass 
Nouse's Baij ) , dans la Nouvelle- 
Galles méridionale. Si on considère 
avec soin la grosseur de la tête et les 
protubérances des Australiens , leur 
agilité à pimper, leur corps velu, 
l'os frontal très-étroit et comprimé en 
arrière comme chez les animaux , et 
la conformation de leur glotte, tout 
rapproche des orangs-houtan les hom- 
mes de cette race, qui est devenue 
peut-être plus difforme depuis qu'elle 
est établie dans l'Australie, parce que 
ce vaste cx)ntinent manque de plantes 
alimentaires. Ces misérables tribus, 
ainsi que nous l'avons dit, semblent 
appartenir à une seule souche, celle 
des Kudarnènes. Les hommes qui la 
composent ne diffèrent guère que 
par les usages et le langage. Les 
uns possèdent un idiome doux et so- 
nore , qui n'a d'analogie avec aucun 
de ceux qui nous sont connus ; les au- 
tres (par exemple, dans la baie des 
Verreries) emploient un idiome plein de 
sifilements et de battements de langue, 
et dont certains mots appartiennent 
plutôt à la bête qu'à Fhomme. 

Au lieu d*abrutir ces malheureux par 
des liqueurs fortes, et de les corrompre 
par les communications avec les dépor- 
tés, il serait juste, et par conséquent 
utile, de cultiver leur faible in * elligence; 
mais les Européens se contentent de 
faire périr les tribus paisibles en di- 
minuant leurs moyens de subsistance, 
ou d'exterminer les tribus farouches. 
Quel droit cependant avons-nous d'ar- 
racher à ces nommes une terre que le 



LES ALBINOS. 



Quant aux Albinos , aux hommes à 
loupes et à goitres, qu'on rencontre 



dans rOcéanie comme ailleurs, et à 
ces esclaves de l'Ile Nias, qui ont la 
peau blanchâtre et couverte d'écaillés , 
on ne doit les considérer que comme 
des hommes affligés de difformités ou 
de maladies. Les habitants de Poulo- 
Nias sont souvent atteints de cette lèpre 
blanchâtre et affreuse oui infecte les 
Papouas , et dont les individus qui eu 
sont affectés portent, dans l'île de 
Java, le nom de Kakerlaks. Malte- 
Brun a commis cme erreur grave, en 
prenant quelques-uns de ces mdividus 
pour une race. 

Pour me résumer , j'ai trouvé dans 
rOcéanie quatre races bien distinctes : 
la malaise y Vàpolyiiésienîie ou dayùj 
ïendaméne et la papoua, lesquelles 
ont donné naissance, par leur croise- 
ment, à un certain nombre de variétés. 

LES AITHALOPYGMÉES, LRS PITH^.KOMOR- 
PII ES KT LES MftLANOPYGMÉES. 

A ce sujet , nous éprouvons la plus 
grande difliculté pour classer quelques 
mdividus aue nous avons vus sur la côte 
de Soumâora : les premiers formaient 
une famille composée de trois mem- 
bres; ils n'étaient pas tout à fait noirs, 
mais fuligineux ; ils avaient les bras , 
les jambes et le reste du corps fort 
petits, et la tète extraordinai rement 
grosse; leur taille ne dépassait pas 
quatre pieds six pouces (mesure de 
France). Ils venaient de l'intérieur du 
rovaume de Palembang, pays dont les 
habitants sont d'une fort belle taille; 
mais je ne pus comprendre s'ils appar- 
tenaient à une variété, ou s'ils étaient 
une famille de nains. Les seconds 
étaient d'une taille moyenne, et leur 
teint était très-basané ; leurs formes 
offraient beaucoup de ressemblance 
avec celles des singes , et leurs corps 
étaient entièrement couverts de longs 

foils : ils nous dirent qu'ils habitaient 
intérieur de Ménangkarbou, et qu'ils 
formaient une petite peuplade. 

Ces honmies appartenaient-ils à la 
racedes Endamèiies ou Australiens que 
nous avons décrits plus haut? Quoique 
leur couleur fût moms noire, nous pen- 
cherions à les classer parmi les En- 
damènes. Seraient-ils une variété de 



36 



L'UNIVERS. 



dos : deux hommes vigoureux eurent 
chacun assez à faire a lui serrer les 
pieds , un troisième à lui tenir la tête , 
et un quatrième à lui repasser le collier 
par-dessus la tête et à le fermer mieux. 
Dans rétat de liberté, l'animal avait, 
entre autres choses, ôté le bouchon 
d'une bouteille contenant un reste de 
vin de Malaga, qu'il but jusc^u'à la der- 
hière goutte , et remit ensuite la bou- 
teille a sa même place. 

«H mangeait presque de tout ce qu'on 
lui présentait. Sa nourriture ordinaire 
était du pain , des racines , particuliè- 
rement des carottes jaunes, toutes sor- 
tes de fruits, et surtout des fraises; 
mais il paraissait singulièrement friand 
de plantes aromatiques, comme du per- 
sil et de sa racine; il mangeait aussi 
de la viande bouillie ou rôtie et du 
poisson. On ne le voyait point chasser 
aux insectes, dont les autres singes 
sont d'ailleurs si avides. Je lui pré- 
sentai un moineau vivant, il en goûta 
la chair et le rejeta bien vite dans la 
ménagerie ; et lorsqu'il était tant soit 

§eu malade , je l'ai vu manger un peu 
e viande crue , mais sans aucune 
marque de goût. Je lui. donnai un œuf 
cru , qu'il ouvrit des dents et suça tout 
entier avec beaucoup d'appétit. Le rôti 
et le poisson étaient ses aliments fa- 
voris. On lui avait appris à manger 
avec la cuiller et la fourchette. Quand 
on lui donnait des fraises sur une as- 
siette, c'était un plaisir de voir comme 
il les piquait une par une et les portait 
à sa bouche avec la fourchette, tandis 
qu'il tenait l'assiette de l'autre main. 
Sa boisson ordinaire était l'eau ; mais 
il buvait volontiers toutes sortes de vin, 
et principalement le malaga. Lui don- 
nait-on une bouteille , il en tirait le 
bouchon avec la main , en buvait très- 
bien à la régalade, de même que dans 
un verre à bière , et cela fait , il s'es- 
suyait les lèvres comme une personne. 
Après avoir mangé, si on lui donnait un 
cure-dent, il s'en servait au même usage 

3ue nous. Il tirait fort adroitement 
u pain et autres choses hors des poches. 
On m'a assuré qu'étant à bord du na- 
vire , il courait librement pnrnii l'équi- 
page, jouait avec les uiat bts, et 



allait quérir xomme eux s£[ portion à 
la cuisme. 

« A l'approche de la nuit il allait se 
coucher; u ne dormait pas volontiers 
dans sa loge, de peur, a ce qu'il me 
parut, d'y être enrermé. Lorsqu'il voû- 
tait se coucher , il arrangeait le foin 
de sa litière, le secouait bien, en ap- 
portait davantage pour ibrmer son 
chevet , se mettait le plus souvent sur 
le côté, et se couvrait chaudement 
d'une couverture, étant fort frileux. 
De temps en temps, nous lui avons 
vu faire une chose qui nous surprit 
extrêmement la première fois que nous 
en fûmes témoins. 

« Ayant préparé sa couche à l'ordi- 
naire , il çrit un lambeau de linge qui 
était auprès de lui , l'étendit fort pro- 
prement sur le plancher , mit du foin 
au milieu, en relevant les quatre coins 
du linge par-dessus, porta ce paquet 
avec beaucoup d'adresse sur son lit 
pour lui servir d'oreiller , tirant en- 
suite la couverture sur son corps. Une 
fois, me voyant ouvrir à la clef et 
refermer ensuite le cadenas de sa 
chaîne, il saisit un petit morceau de 
bois , le fourra dans le trou de la ser- 
rure, le tournant et retournant en tout 
sens, et regardant si le cadenas n^ou- 
vrait pas. * ♦ 

«A son arrivée, l'animal n'avait point 
de poils , si ce n'est du noir à la partie 
postérieure du corps, sur les bras, les 
cuisses et les jambes. A l'approche de 
l'hiver, il en acquit beaucoup; le 
dos, la poitrine et toutes les autres 
parties du corps étaient couvertes de 
poils châtain clair : les plus longs 
avaient trois pouces. 

« Il vécut près de six mois en Hol- 
lande , et après sa mort on le plaça 
dans le musée du prince d'Orange. » 

François Pyrard raconte qu'il existe 
dans la province de Sierra-Leorie une 
espèce d'animaux , gros et membrus , 
nommés baris , dont la sagacité est si 
grande et l'instinct si docile , que Idrs- 
ou'on les élève et qu'on les instruit 
dès leur enfance, ils rendent les mêmes 
services qu'une personne; qu'ils mar- 
chent ordinairement sur les deux pattes 
de derrière seulement; qu'ils manient 



OCËAJNIE. 



87 



adroitement le pilon , et broient dans 
un mortier, à l'aide de cet instrument, 
ce qu'on leur donne à piler; qu'ils vont 
puiser de l'eau à la rivière dans de 
petites cruches et les rapportent sur 
leur tête ; mais qu'arrivés sur le seuil 
de la porte, si on ne les dâ)arrasse de 
ce fardeau , ils le jettent à terre , puis, 
qu'en voyant la cruche vidée et brisée, 
ils se mettent à pleurer et à se la- 
menter. 

Le bari dont nous parle Pyrard se 
trouve aussi désigné par les noms 
&€njoko y de qîtojas-mortts et qiHnO' 
tnorrou: il se rapproche singulière- 
ment de l'homme par ses formes et par 
son humeur. 

Barbot prétend qu'on tire un grand 
avantage, sur la côte de Guinée, de 
l'adresse de Torang-houtan, en l'em- 
ployant à divers travaux domestiques, 
par exemple, à tourner la broche et à 
soigner le rôti ; ce qu'il fait avec une 
dextérité étonnante. 

Je raconterai deux anecdotes fort 
singulières sur l'orang-houtan , qui 
était, je pense, beaucoup plus répan- 
du (*) autrefois qu'il ne Test aujour- 
d'hui. Arrien, je crois, dit qu'Alexandre 
en rencontra dans l'Inde une troupe 
formidable, et qu'en la voyant il fit ran- 
ger ses phalanges en bataille, et s'ap- 
prêtait a les combattre , pensant que 
c'était une armée ennemie, lorsque 
Taxile lui représenta que le vainqueur 
de la Perse et de l'Inde allait se me- 
surer avec des Cercopithèques ( c'est v 
ainsi qu'ils sont nommés par les plus 
célèbres géographes de l'antiquité ; voy. 
Strabon, liv. 15, édit. in-folio ). Mais 
il est facile de reconnaître dans le 
texte même , qu'il ne s'agit ici que 
de l'orang-golok. Les Cercopithèques 
n'ont que la moitié de la taille de 
l'homme, marchent à quatre pattes, 
ont une longue queue, et ne savent 

(*) Il parait quil existait dans les Goi*ga- 
des, que nous appelons aujourd'hui les îles 
du cap Vert, car ces Gorilles qu'Hannon, 
fameux navigateur carthaginois, y tua 336 
ans avant J.-C. , et quil regardait comme 
des femmes sauvages, n'étaient vraisembla- 
blement que des orangs-houtan femelles. 



certainement pas se ranger par ordre 
en bataille. Le nom des Cercopithè- 
Ques est appliqué maintenant aux gue- 
nons , dont l'angle facial est de 60 à 
60 degrés^ 

L'auteur d'un ouvrage tibétain traduit 
en langue mongole, et du mongol en 
français par M. Klaproth, et qui traite 
de l'origine des progrès de la religion de 
BouddKcf, dans l'Inde et dans d autres 
pays de l'Asie, raconte le trait suivant: 
« Après que la véritable religion de 
« Cnakiamouni eut été répandue dans 
ce l'Hindoustan et chez les barbares 
« les plus éloignés, le ffl*and- prêtre 
« et chef de la croyance bouddhiste , 
« ne voyant plus rien à convertir en- 
« tre les hommes , résolut de civiliser 
« la grande espèce de singes appelés 
<^ jahtcha ou raktcha y d'introduire 
« chez eux la religion de Bouddha , 
« et de les accoutumer à la pratique 
« des préceptes, ainsi qu'à l'observa- 
« tion exacte des rits sacrés. L'entre- 
« prise fut confiée à une mission, sous 
« la direction d'un prêtre regardé 
a comme une incarnation du saint 
« Khomchim-Botisato, Ce prêtre réus- 
« sit parfaiteisent , et convertit une 
« prodigieuse quantité de singes à la 
« croyance indienne. » 

Ces raktchas n'étaient-ils pas des 
orangs-houtan et non des singes ? Ne 
pourrait-on pas en dire autant du fa- 
meux singe Hanoumân, chef d'une ar- 
mée de singes qui secourut Rama , 
dans la guerre que ce prince fît à Râ- 
vana , roi de Lanka ( Ceylan ) ; guerre 
qui est devenue le sujet au Ramayana, 
chef-d'œuvre de Valmiki , le premier 
poète de l'Hindoustan; à moins que 
celui-ci n'ait voulu désigner sous le 
nom de singes les tribus sauvages de 
cet admirable pays ? 

Les faunes, les satyres, les sylvains, 
les aegypans, les saguires et autres 
monstres, composés d'homme et d'a- 
nimal, à gui les filles de Paul-Émile 
et de Phocion rendirent hommage, n'é- 
taient peut-être que des orangs-houtan. 
Leur nez aplati , leur vigueur et leur 
libertinage sont des traits caractéris- 
tiques qui semblent appuyer cette gé- 
néalogie. Dans la suite les poètes don* 



9S 



L'UNIVERS. 



aaAt Peflflor à leur iiiiagloAtk»B, diar- 
gèr^it le portrait de rhomaie des bois, 
€t iâi do&nènnt des pieds de chèvre, 
une ^eue et des coroes; niais le type 
primordial resta, el; le philosofi^le 
recoBBaît jusque dans les monuments 
les plus aéfîgurés par Timcigination 
d^Gvide et les pinceaux des peintres 
ft 4e» flcttlj^urs |;reGs. 

Les andens ne sachant ^iieile ori- 
gine donner aux sylvatns et aux sa- 
tyres, suppoBèrefit qu'ils étaient issus 
ées dieux. 

Les Dayas , les Malais et les Bou- 

fois supposent que les orangs sont des 
ommes que Dieu a condamnés à la 
dégradation , et a privés de J'usafçe de 
la parole potbr leur faire expier quel- 

2ue erime inoonnu. Quelques noirs 
'Afrique prétendent q&e œ sont des 
paiesseux qui ont fui dans les forêts et 
refusent de parler pour n'être pas 
Giflés de travailla. D'autres noirs pré- 
tenoent, au contraire, que les orangs- 
boutan sont issus d*un singe et d'une 
négresse ; mais cette question des métis 
donnerait deux problèmes à résoudre 
au lieu d'un seot. 

D'après cette idée, quelques auteurs 
oust conjec^ré de leur coté, que ces 
enfants qu'on a trouvés depuis deux siè- 
cles, vivant à quatre pattes, avec les 
loups et les ours , dans les grandes 
forets de l'Europe, et ayant perdu 
peu de leur stupidité dans la société 
où ils furent placés , pourraient bien 
avoir eu pour pères des orangs-houtan. 

Le premier de ces sauvages, dont 
l'histoire fasse mention, est cdui qu'on 
trouva en ld44, dans les forets de la 
Hesse : il vivait avec les loups , et on 
lui en donna le nom. Quand on eut 
réussi à lui faire entendre quelques 
mots d'allemand, il dit hautement à 
la eoor d^ {nrinoe Henri, qu'il aime- 
rait bien mieux rt^urner avec les 
loups que de vivre avec les l}ommes. 

-En 1^7 , on rencontra dans les bois 
de ririande un homme -quadrupède, 

lui bêlait comme les moutons ; au lieu 

le confier son éducation à un philoso- 
phe, on le romit à des saltimbanques, 
qui le montrèrent pour de l'atgent 
«ans les foires de la Hollande. 



l 



Kous avons en enfin m Fram je 
fameux sauvage de rAveyroniqui ft'a 
guère surpassé ses aînés. 

Nous terminons ici l'histoire de l'o- 
rang, eue nous nous sommes efforcé 
de rendre aussi complète que le du- 
dre de cet ouvrage nous l'a p^mis. 
Pour résumer notre opinion à leur 
égaid , nous dirons que les jeunes of- 
frent plus deressemt)iattce avec l'hom- 
me que les vieux, quoique ceux-ci 
aient le ventre moins gros que les 
premiers. Cet être siiigidier nous seœ- 
nle former un genre à part, le genre 
que nous croyonsdevotr nommer ètma- 
ne^n$hrapomarphe, Vixtam n'a pas 
le son de la parole , quoiqu'il paraisse 
GomprendfV! jusqu'à re]q)ressioii de no- 
tre physionomie. S'il parlait, nous ne 
ferions aucune difâculté 4e le placer 
au-dessous de la i^qpart des races 
d'hommes oaucainenne, nKHigolej amé- 
ricaine, maljiise et polynésienne; mais^ 
nous le considérerions comme ^al aux' 
individus de la race endamène ou aus- 
tralienne, et de la hottentote, et à ceux 
de là variété boi^imane, ou plutôt salb, 
variété la plus abrutie de la race hott^- 
tote. Les crétins des Alpes, des Pyrénées 
et du Caucase, m'ont paru plus machi- 
nes que mon orang;car ^fi^^oc» aurait 
pu sans {$eine servir de domestique et 
d'ouvrier, et remplacer le tyran et le 
plus méchant des animaux, cest-^à-dire 
Itiomme , dans tous les cas ou l'homme 
ne fait qu'exécuter les pensées d'un 
homme ordinaire. 

Je me félicite de pou vxihr citer à 
l'appui de mon opinion celle du savant 
et respectable docteur Vrolik. « Le 
« champanzé , dit-il , est plus supérieur 
« au Hottentot, et celui-ci est htoi 
« plus au-dessous du nègre que la brute 
« n'est au-dessous de lui. » 

Un admirable écrivain , dont le génie 
méconnut souvent la nature ^ et se 
trompa sur l'organisation et les rap- 
ports des êtres , Bulfon a dit : « La 
langue et tous les organes de la voix 
sont les mêmes que dans l'homme chez 
Torang-houtan, et il ne parle pas. Le 
cerveau est absolument de la même 
fornoe et de la n»ême portion, f^ œ- 
pendant il ne pense pas. Y a-t*îl i^e 



OCEANIE. 



AUSTRALIE iq. 



tÛ 

"ni 




<_><^i.^?*w.^^^ -<sv^ 



-^^^^'-^^^C^-^t^. 



"VV^a. B B erli o b © . 



OCÉANIE. 



preuv^ p^us évid^jyte quie la no^tièrp 
leute, quoique ^rfatU^ment organisée^ 
ne peut pmlaîre ni la peâsée ni la 
pareie qui ei) est lê signe , h moins 
qu'elle iw loit animée par un prtncif)^ 
supérieur. » Mais s'il m'est permis 
d'eni6tt|;é une opinion opposée a ioelle 
du Plinê français, Iob organes de la 
voix ne sont pas exactement, sétnbja- 
l)Ies daiis l'Oriàûg <$ 4^âs i'iiojaime:, 
les jpochies thyrc^iennes du premier 
sont plaeées au-dévant du larynx , dp 
maniefe à ce qUe fi^lx k^^ tkOrjt de 
la glotte sV «agouffîrant, furoduit un 
mouvement .sourd , vague et raUque, 
qui Veïjap^$ 4'âyoir jamais un ïmr 
gage articulé. Sans cotte dif&reace^ 
rorang eût sans doutç exprimé sa pea- 
sée dans une lahgixù claire, distincte 
et logique, àiiisî que l'honmae. D'ail- 
leurs la parole n'e^t ^^ m» preuve 
iofailiit^le d'un principe supérieur om^^ 
mant ^ ^atiàrje, &xr ks^ pitrroquets 
parlent tmrd^^cUajïmï. lA nature 
de l*m^ se rai^l!Qch^ die ceik 4e 
l'homme. On n'a trouvé nulle part le 
moindre débris des individus de ce 
genre à F^t^ fossile, même parmi iéi 
pétnliçatioiifi ou les dépots les plus 
raod^m^. Ainsi, conformément aux 
loix de la gépipgie et au témoignage 
de la 3fi)^, Torang, de même que 
l^homme, ^t au noiKmre des animaux 
gui oat été lesderiiiers créés sur notre 
globe. 

fivo&oofufms. 

L'06éa^#«tit|Nresque entièrement 
composée d'iies , doit avoir un petit 
nombre de grands fleuves. 11 serait 
pourtai^t téméraire d'assurer que le 
grand Q^tinept de l'Australie et la 
Papouasie n'offre aucune grande ri- 
vière, ainsi qm Tont fait plusieurs 
géogra[^es. JNous attendrons de nou- 
velles e^oratioQS, pour ne pas por- 
ter un jugement précipité. 

Le Brisbaae et ie Hawtoburj pa« 
raissent être, jusqu'<à ce jour, les 
deux plus grands fleu^ves de l'Austra- 
lie; rindr^giri de Soumâdra; le Sdo, 
ou Renç-Awan , de Java ; le Pelendji, 
de Mindanao; le Tajo, de Luçon; k 
Chiorana, de Célèb'es. Mais te {^us 



^ii 



;rpnd fleuve deJ'Qcéani(»#^ ineM^fcesr 
abiemeht, jusqti'q ce jour (jlu moine t le 
IÇappouas et fsnsjuiite le Bendjermafi- 
sin , (ous aeux dans I9 grande Ue de 

Êornéo, ou plutôt ICalamayt^n* Le^ 
es 4^ cettjs prtie du fnp|[^e ne peu^ 
yqijt être cdmparés, ;>ptfr retendue # 
ceux des âuâ-es 4<vismB$ du dobe; 
mais nous n en oonnaisapn^ pas jrausa 
ârqpd qua i§ )lim * Baflou , situé 
dans la uartje nord-eM; de Bornéo, et 
auqu^ les naturels donnent le nom 
.de mer. Après celMï^à ^ il ;aut nonkmer 
Je pandP-noateyou, dans l'intérieur 
de la même ne; ensuite le Juaout- 
ponao, ^ans le diitriet 4^ Priaman, 
à Soumâdra , ^ le Pandgil , dans le 
npr4 de cette lié ; ie Mânw)ao, à Main- 
danab ; le Vay, à Lu^n ; te Tapara- 
Karadia, à Célèbes; le lac Arthur* 
dans la Tasmanie; et le Roto-Doua, 
dans rtle eept^mti'ionale de ia Kouvelle- 
Zeeland- On dit qu'un ^^rand lac vient 
4'étre déewveft daps l'Australie 1 et 
qu'une grande rivière, découverte ^a* 
lemef it de^j^is peu , et ou^on a nomiaée 
la Aîurraj, se jette «ans os laa ii»* 
mense, qui communique a?ec ia mer, 
près du golfe de Saint-Vinoeai 

Le navigateur en Qoéanie est té- 
mo'm parfois des phénomènes Us pia3 
extraordinaires : d'horribles troiDoes , 
d'affreux typl^ons bouleversent la ter- 
re et l'Océan (vojr. pi. 20 ). On rencon- 
tre tantôt une nier de feu, produite 
par les exhalaisons lumineuses des 
eaui, ou une iner.d^ lait^ résultant 
d'un courant d'ea^ blaoehâtre {*)i 
dans l'espace oonaiMris entre Célèbes , 
la Papouasie. et les M^^luq^es ; tantôt 
des crustacés microscopiques teignent 
en rouge uiie mer qu'on nomme alors 
mer dje $ang; tantôt les oeufs de cer- 
tains animaux mairias , d*une eouieur 

(*') Ce phénomène a lieu surtout aux mois 
de juin , août ,et septembre. Celte mer blan- 
che périodique couvre stirtout la surface 
èi\ bassin oA les îles de Banda sont situées. 
Etfe répand la nuit une clarté qui la fait 
confondre avec Phorizon ; son boidHonne- 
ment fait disparaître tes poissoBf tant qu'elle 
est agitée, et devient dan|;ereuse pour Itvs 
navires, (^etle eau vient des cotes db U Pa- 
pouasie et du çolfe .deX-larpeirinricy 



40 ' L'UNIVERS. 

grisâtre , forment des mers de bOUS- ^ Goonong-PaMamou, q«« les Enropéent 

sière, aux environs de la Papouasie uT™ptX'„!!^::::;.v.::::::::: 2.JS 

et près des cotes septentrionales de Le» monules pIusélerésdeJaTane s'ëlè- 

TAustralie. Mais le plus erand de ces ▼«»* p»» ^ p'"* ^ 2.000 

phénomènes, c'est la phosphorescence ^^;"r!.''^T!^.!^.™'*!:^"^"^: i,4oo^ 

de ces mers. Ici les vagues OnduleU- Lemom AIvay.roicandinsi'îieLoçonaux 

ses se déploient en écharpes d'argent ; PhHippîne» i ,700 

là, des (toite «îintillantes sen&lent L'r„rcI";;„trri;Kiï;»(aVpri; ''*'* 

répeter les étoiles du ciel; la, une rauteur) environ !....,.... eoo 

bande de lumière vaeillante semble l* mont umpo-Baun à céWbcs 1,200? 

couvrir le sein des flots ; là encore des ^J.\'.t"."?..;Vuf;;i;.d.u4::: '^ 

leUX étinCelantS s'exhalent sur leur Dans la Poi.TKisiB,leTolcan(UeAssomp 

surface : et des êtres chétifs , de sim- *'<>") ■"« Marianne». . i.ooo? 

pies zoophytes mous produisent tou- î^ ZLÎ'iZ'iS'f iî'! "r."^;::::: %^^ 

tes ces merveilles ; tandis que le roroéna ( îie Taïti ) i ,705 

physétère , le douyong , l'éléphant ma- '^ P'^^ Egmont dans Ikana-Mawi (Nouvelle- 

m, le cachalot et (Pautres énormes B.^rplrn;m;«i;f.i: .;;;«». 1;^ 
cétacés , mêlent leurs épouvantables Dans la mslahészb, le pic à rest de la ri- 
mugissements aux voix tonnantes des ^'*" <^«» Cyjnc» (Australie) I,«00? 

tempêtes. 

Dans un travail spécial , j'ai compté 

GÉOLOGiB ET OROGRAPHIE. sur toutc la surfocc du flobc, 657 vol- 

Les innombrables îles de l'Océanie <^i^s éteints, on en ignition, dont 63 

n'appartiennent pas généralement à P<)ur l'Océanie. Je signalerai les prin- 

une formation primitive , et elles cjpaux dans les descriptions particu- 

sont, à guelques exceptions près, lieres. 

des produits volcaniques. Dans nulle Les ^^i^ts et les courants qui régnent 
autre partie du monde on ne compte ^^^l'^s ce vaste océan , suivent le mou- 
autant de volcans; nulle part la sur- vement général de l'atmosphère et de 
face du globe n'est plus hérissée d'iné- ^^ "^^i* de l'est à l'ouest. Chaque île 
galités. Les chaînes de montagnes ont ^ s®s brises de mer et de terre : les 
une polarité et une direction remar- "«es pendant le jour, les autres pen- 
quable du nord au sud, et vers le <^a»t la nuit; ce qui rafraîchit con- 
miiieu elles présentent une grande stamment les terres équatoriales ou 
courbure de l'ouest à l'est. La plus intertropicales, 
longue et la plus haute traverse la L'Australie, véritable continent de 
Papouasie. Là , les montagnes sont l'Océanie^ offre au midi une pointe 
entassées sur des montagnes , que sur- haute,'qui semble se continuer dans une 
montent d'autres montagnes , couver- chaîne de montagnes s'étendant assez 
tes de neiges éternelles. Une chaîne loin vers le nord. Elle paraît compren- 
importante commence aux îles des ^^^ toutes les variétés de formations 
Andamens et de Nicobar^ forme les géologiques : la primitive, la secon- 
fles de Soumâdra , de Java , de Timor, ^aire et la volcanique, 
et passe vraisemblablement dans l'Aus- , Les hautes îles ressemblent de loin 
tralie par le cap Diémen. Dans la à de grandes montagnes qui s'élancent 
Mélanesie, les îles Salomon sont cour- <lu milieu de l'Océan : plusieurs sont 
bées du sud-est au nord. Tous les si hautes, que leurs sommets sont rare- 
archipels de la Polynésie sont dirigés ment sans nuages. Celles qui sont 
du nord au sud. Voici les points les entourées d'un récif et d'une plaine 
plus culminants du système de l'oro- fertile le long des bords de la mer, 
graphie océanienne : ont communément une pepte plus 
-. , -- -, ,. , ^ „ . . , douce , au lieu que les autres ont un 

Dans la Malaisi. la chaîne de Soumâdra présente : popompmpnt hriiîmiP 

LeGomioii«.Kosoumbra,dontlabauteure8t toises. eSCarpcment DrUSqUC. 

«i«: 2,350 Toutes les lies basses du tropique 



OCÉANIE. 



41 



semblent avoir été produites par des 
aDÎmaux ressemblant aux polypes, 
ou à des lUhophytes^ espèce de zoo- 
phytes composés de substances pier- 
reuses de forme végétale (voy. pi. 7). 
Ces animalcules élèvent peu a peu 
leurs habitations aundessus (rune base 
imperceptible, qui s'étend de plus en 
plus à mesure que la construction s'é- 
lève davantage; ils emploient pour 
matériaux une espèce de chaux, mêlée 
de substances animales. On peut avan- 
cer que les îles de la Polynésie sont 
presque toutes madréporiques et volca- 
niques. 

Bornéo, Cclèbes, la Tasmanie, la 
Papouasie et la plupart des îles depuis 
cette grande terre jusqu'à la Nouvelle- 
Zeeland paraissent appartenir au systè- 
me de formation primitive. En France, 
par 46<» de latitude nord , la ligne des 
neiges perpétuelles se trouve à la hau- 
teur d'environ 1500 toises au-dessus 
du niveau de la mer. Sur le pic de Teyde, 
à l'île de Ténériffe , par Jes 28« de 
latitude liord , on rencontre de la neige 
à la hauteur de 1800 toises. Le mont 
Egmont, dans la Nouvelle-Zeeland , 
gît par environ 39° de latitude sud ; 
mais, comme on éprouve toujours 
dans les latitudes australes un froid 
beaucoup plus vif que dans les degrés 
correspondants deThémisphère boréal , ' 
il est présumable (jue le climat du 
mont Egmont est égal à celui de la 
France , et , par conséquent , aue la 
ligne des neiges perpétuelles est a 1300 
toises. Comme la neige paraît occuper 
un tiers de sa hauteur, la montagne 
sera donc élevée de 1845 toises , ce 
qui est un peu moins que le pic de 
Ténériffe, haut de 1904 toises. Les 
sommets des autres montagnes, dans 
l'intérieur de la Nouvelle-Zeeland, 
tant au canal de la Reine- Charlotte 
qu'à la baie Dusky, paraissent cou- 
verts de neiges étemelles. 

£q longeant la côte de la baie Dusky 
au mois de mai de Tannée 1773 , le 
grand observateur Forster vit tous les 
sommets des montagnes couverts de 
neige, et remarqua la même chose, 
au mois d'octobre de la même année, 
de l'autre côté de llle méridionale, 



lorsque les vents contraires le porté* 
rent au loin le long de la côte sud- 
est, presque jusqu'à rtle Banks ; ce qui 
lui prouva que ces montagnes forment 
une chaîne continue qui se prolonge 
à travers toute l'île du sud, et qu'elfes 
n'ont guère moins de 1600 à 1800 toi- 
ses de hauteur. Forster conjecture, 
avec assez de probabilité, qu'une si 
longue chaîne renferme des veines 
métalliques aussi riches qu'utiles. 

La montagne située au milieu de 
la grande^ péninsule de Taïti ou de 
Tobréonou , est une des plus hautes 
des îles du Tropique : dans plusieurs 
endroits sa pente est aisée; elle est 
entrecoupée par un grand nombre de 
vallées très-profondes, qui convergent 
vers le milieu de l'île, ou se trouve le 
sommet le plus élevé, éloigné, d'après 
une estimation très-exacte , d'environ 
sept milles de la pointe Vénus. En ad- 
mettant l'exactitude de ces données , 
il s'ensuivra, d'après les calculs de 
la trigonométrie , que cette montagne 
a 1325 pieds de hauteur. 

Il est évident que les îles tropicales 
de l'Océanie jouissent depuis long- 
temps de leur fertilité actuelle; mais 
les parties les plus méridioilales de la 
Nouvelle-Zeeland , le groupe Macqua- 
rie, etc. , se trouvent encore dans cet 
état informe où elles sont originai- 
rement sorties du chaos, avec cette 
différence, que le sol devient meilleur 
et plus fécond à chaque pas que l'on 
fait depuis le pôle, vers des climats 
plus doux , où le soleil exerce son in- 
fluence bienfaisante. 

TREMBLEMENTS DE TERRE. 

Les tremblements de terre les plus 
fréquents ont lieu dans les pays vol- 
canisés , au milieu des volcans et dans 
leur voisinage. Les phénomènes qu'ils 
produisent , compares à ceux des vol- 
cans , portent à les regarder comme 
les effets d'une même cause , les feux 
souterrains. S'il se forme un nouveau 
volcan, les tremblements cessent, ou 
ne se font sentir que dans les érup- 
tions violentes. C'est ce qu'on a oo- 
;servé lors de la formation des volcans 



42 



L'U*MVKtlS. 



de Montç-JSfiiovo • près de r^ajplBS, at 
de Jorulo , dans le Mexique. 

Les tremWéinents de ferre sont or- 
dinûifement précédé!^ par des bruits 
sourds , des mugissements sotiterraia3 
très-forts , et souvent par des émana- 
tions gazeuses. Les animaux avertis- 
sent des tremblements par leur iaquié- 
tude et leurs cris , soit jparce au'étant 
plus près de la terre îb entendent mieux 
le bruit qui les précède, soit parce 
que leurs Organes reçoivent riiîipres- 
sion de qudque gaz. Â Max)ila, à la 
suite d'un violent tremblement, les 
herbes qui couvraient ïes savanes voi- 
sines acquirent des propriétés nuisi- 
bles, et un morne voism du volcan 
éprouva quelque dian^ement dans sa 
configuration. A Coumana, une demi- 
heure avant la catastrophe , on sentit 
une forte odeur de soufre près de la 
colline du couvent de Saint-François, 
et ce fut là que le bruit souterrain fut 
le plus fort. On vit en même temps 
paraître des flammes sur les bords d a 
Rio ManzanarèS et dans le gollè d^ 
Cariaco, 

Le foyer des tremblements paraît 
être à une grande distance de la sur* 
face du globe ; quelquefois on les res- 
sent dans les mines sans qu'on s'm 
aperçoive à Tèxtérieur. 

Les secousses des tremblements de 
terre qui ne sont pas toujours suivies 
d'éruptions de ïlanjmes, ouvrent des 
cavernes remplies d'eaux, e^ ces eaux 
entraînent des trachytes broyés, des 
argiles, des ponces, et d'autres matières 
incohérentes. C'est là ce qu'on pour- 
rait appeler des explosions boueuses, 
selon Kellian. 

VOLCANS. 

Les volcans agissent à de grandes 
profondeurs, ainsi que le prouvent les 
roches primitives de granit, de gneiss 
et de micaschiste, qu'As lancent. Sloins 
ils sont élevés, et plus leurs éruptions 
sont fréquentes. Ils paraissent tous si- 
tués dans les trachytes , roche por- 
phyroïde à feldspath vitreux^ j)riree de 
quartz, qu'on nommait anciennement 
porphyre trapéen. I-.e système des 
basaltes est le j)lus souvent éloigné 



des volcans qui scat enoor« eji a^ivjk 
té , et les colline^! basaltique^ paraia- 
sent d'une formation volcaniqMe plus 
ancienne. 

La position des volcans en activité, 
au voisinage d« la mer, est très-re- 
marquable, surtout lorsqu'on observe 
qiril y a des volcans sous - marins , 
aont rexistence a été ûonstatée réeeqi- 
ment par Tîle JuIiCy qui 9 paru et dis- 
paru dans la Méditerranée en tS^i{*), 
Les nuigissements et les bruits souter^- 
rains , 1 apparition ou rdMgmentation 
de la fumée sont les premiisrs symptô- 
mes des crises volcaniques. Bientôt le 
bruit devient plus fort ; la terre trem- 
blé , ébranlée par de terribles secous- 
ses; la funiée redouble, s'épaissit, s« 
iliélange de cendres, s'élève ^ colon- 
nes , se condense en nuages! Bientôt 
des pierres incandescentes et des nias- 
ses en fusion sortent du volcan avec 
une explosion épouvantable et retom- 
bent autour du cratère. Cq^erMiaat les 
secousses et les tremblements conti- 
nuent et redoublent ; la mati^ fon- 
due se soulève , monte dans le cra- 
tère , et, en débprdai^t , se réjiand sur 
les flancs du vi^lcan. Souvent, lorsque 
la lave s'élève , les puois s'entr'ou- 
vrent, et elle iajiiit par c^s no^ivelles 
issues. Au milieu dés torrents de feu^ 
d'énormes courants d'eau et de bo«e 
sortent quelquefois des volcaps; des 
gaz méphitiques se répandent dans le$ 
lieux enfonce. Après l'éniptioo, les 
tremblements odssetd , les explosions 
et les déjections diminuent, et Le vol- 
can semble |ouir d'un instant de repos ; 
mais bientôt un nouvel accès repro- 
duit les mêmes phénomènes. Enfin , 
après un temps plus où moins consi- 
dérable , la crise cesse entièrement. 

On a vu souvent des poissons lancés 
par des volcans, narce qu'As vivent 
par milliers dans les lacs souterrains, 
et parce qu'an moment des gra^Fi^es 
éruptions ils sortent par des «rêvasses, 
entraînés j^ar l'impulsion de l'eau 
bpœuse qui descend sur la pente des 
montagnes. Le volcan {)resque éteint 
A'Imbabura (aujourd'hui départeaiai^t 



ÛCtXlSll&^ 



de rÉq»ateiir) 9 vomi eal691 une si 
grande quantité àt petits poisscas 
connus dains le pays sous le nom de 
PrencuUUas, qoàd les fièvres putride^ 
qui régnaient a cette épooue furent 
attribuées aux miasmes qu exhalaient 
ces poissons. 

Les plus grands TOlcans du monde 
connu sont le Popocateptl au Mexique, 
qui s'élève à 55Ô0 mètres, etl'Anti- 
sana à 6000 mètres. La grande mon- 
tagne ignivome du Chimborazo atteint 
6700 mètres, mais Cest un immense 
dôme trachitîque qui n'a jamais été vu 
en éruption. Le Gounong-A{M dans le 
groupe de Banda , celui de Barren dans 
nie de ce nom, et celui de Tomboro 
dans nie de Soumbawa, occupent neut- 
être le premier rang dans les volcans 
(te rOceanie. Le Keraouia dans llle 
de Haoua! offre la singularité fort 
remarquable de 41'étre point situé au 
somm^ d'une montagne, mais dans 
une plaine d'une élévation médiocre. 
Le continent austral ( TAustralie ou 
NoureHe- Hollande) , terre des mons- 
truosités et des êtres les plus bizar- 
res, offîre une singularité non moins 
remarquable d'un volcan sans cratère 
et sans laves, et qui lance continuelle- 
ment des flammes. 

SALfifiS. 

Dans qiiek|oc8 emitrées , mi voit «or* 
tir du sol ées jets d'eau poussés pat 
des gaz et chapes de boues , en ger* 
bes, s'élever jusqu'à 60 niàtres de 
hautewr , accompagnés de détoiiatî<ms, 
de vents j de sifflements et de bruits 
Bouterralns , et lancer quelquefois 
à quelques mètres ^ dietance , des 
pienres pesant phisieurs quintaux. On 
donne le nom de salses (*) à œs boues 
àéposées dans tes environs , et prind- 
pmement astour des ouverturasqui les 
ont vomies. Elàts forment des espèœa 
de petite ontères qui r{qq)elknt, su? 
mte échelle extrêmement petite, l'idée 
des cdnes volcaniques. Il en existe un 
à Timor, un à Kiambfng ent»e Simao 
ee Timor, un à Jaiva, un dans la pre- 

(•) On leur donne le nom de salses , parce 
que l'eau et la boue que jeUe»t ces préten- 
dus volcans sont salces. 



vînce de Carthaflène en Amérique, un 
à Tourbaco au Mexique, un autre près 
d*Agri^ente en Sicile, un autre encore 
dans Ta presqu*tle d*Okerena. non 
loin de Bakou, etc. Mpis 11 faut 
bien distinguer les éruptions des salses, 
au'on nomme improprement volcans 
d'eau , d'air et de bouc , avec les érup- 
tions boueuses vomies par de vérita- 
bles volcans. L'importance et les im- 
menses résultats ae» éruptions volca- 
niques sorit d'une nature bien diffé- 
rente de celle de ces petits cratères 
de salses qui ne paraissent tenir qu'à 
des dégagements qui viennent des cou- 
ches les plus superûcielles de la terre, 
où des combinaisons cbimiques, pro- 
duites par Tintroduction d'une eau 
saturée de chaleur et de certains £az, 
sujQlsent pour produire ce phénomène. 

HÉStLTAT HTPOTHÉTIQCE HBS EFFETS PftO- 
nHITS FAR LBS VOLCAMS ET LRS POLYPES 
StJR MOTHfi QliOBE ET PAIKUIPAUBMCHT 
SUR LA POLYNÉSIE, 

Nous avons dit que l'Océanie nous 
paraît éire, presque en entier, le ré- 
sultat de produits volcaniques. Les 
volcans ont cessé 4e brûler dans l'in- 
térieur de l'Asie et en Auvergne, en 
Vivarais , dans l'Irlande , dans le 
Luxembourg , sur la riye gauche du 
Rhin, et dans d'autres contrées. 
Bans l'Océan atlantique il n'y a de 
volcans quç ceux de l'Islande; dans 
la Méditerranée que l'Etna, Strom- 
boli et le Vésuve ; et cette mer pré- 
sente, dans presque toutes ses îles, 
des cratères sans feux. La puissance 
volcanique est éteinte sur le conti- 
nent de l'Aftique, où elle ne paraît 
pas avoir jamais été fort étendue, 
et dans le sud^est de l'Asie , sauf l'île 
de Owlan , où iSle brûle encore. 
Elle s'éteint en Europe et au cen- 
tre de l'Amérique, quoîqii'dle règne 
encore dans les Coidîiièpps ; elle brdie 
avec plus de furie à Soumftdra , à Java, 
aux Moluques, aux Phftit)pine8, en un 
mot , dans toute la Malaîsie ; elle est 
plus grande encore d^ns la Microucsie 
et dans la Polynésie; elle se trouve à 
rétat sous-marin dans le grand Océan, 
ou Océan pacifique, pu «uer du SuA^ 



44 



L'UJSIVERS. 



etle a formé des lies à rextrémité delà 
Polynésie orientale, et vers les côtes 
occidentales de l'Amérique qui confi- 
nent avec elle. Enfin, dans cet im- 
mense océan Pacifique, berceau de 
rOcéanîe, dont Vulcaih est le véri- 
table père ( ce qui m'avait fait propo- 
ser d'appeler Vulcanésie cette 6* 
partie du globe , oui mériterait mieux 
que l'Amérique , le nom de Nouveau- 
Monde), il y a beaucoup de volcans 
sous-marins, sans indices de terres 
ou de rochers à la surface des eaux. 
Par toutes ces raisons, nous pen- 
sons que la nature souterraine est au 
plus fort de son travail dans la Malai- 
sieet la Micronésie; qu'elle ira, enfan- 
tant des terres , principalement dans 
la Polynésie, jusqu'à ce qu'elle ait for- 
mé, de concert avec les polypes, un vaste 
continent ; que l'Australie est le con- 
tinent le [MUS récemment formé; et 
que l'Amérique, l'Europe et même 
1 Asie et l'Afrique" ont été jadis dans 
l'état insulaire (*). Mais si on nous de- 
mandait en quel temps ces grandes 
divisions de notre planète sont sorties 
des eaux, comme le sol des îles océa- 
niennes , et à quelle époque leurs 
volcans ont cessé dé brûler, ce serait 
la matière d'une importante, mais 
longue discussion, dans laquelle le 
cadre trop rétréci de V Univers pitto- 
resque ne nous permet pas d'entrer. 

HISTOIRE NATURELLE. ;. - 
MINER ALOGIB. 

On ne peut former un tableau complet 
des richesses minérales de l'Océanie, 
puisqu'on ne connaît qu'imparfaite- 
ment l'intérieur de ses terres ; mais 
on peut assurer c[ue Bornéo possède 
les plus riches mines de diamants du 
globe; que les Philippines, Célèbes, 
Timor, sont riches en mines d'or; que 
l'étain abonde à Banka , à Soumâdra , 
à Billitoun, Liiigan et Célèbes; qu'on 
rencontre souvent le plomb et le cuivre 

{*) L'illusti'e Laplace , qui nous honorait 
de ses conseils et de son amitié, nous semble 
avoir démontré par ses savants calculs l'in- 
fularité primitive de l'ancien monde. 



à Loucon, Timor, Soumâdra et dans la 
Nouvelle-Galles méridionale; le fer à 
Bornéo, à Soumâdra, à Billitoun, à 
Célèbes et dans la Tasmanie; le sel 
à Java, Bali et Célèbes; le soufre 
dans cette dernière et dans les îles 
imperceptibles de la Micronésie, et 
enfin , le charbon de terre à Soumâ- 
dra, à Java et dans quelques îles 
moins grandes, ainsi qu'à la Nouvelle- 
Galles et dans la Tasmanie. Dans quel- 
ques-unes enfin, on trouve des marbres 
et des pierres précieuses. 

Les mines d'étain de l'île de Banka, 
dans l'Océanie hollandaise, donnent, 
année commune , 68 pour cent , et sont 
d'une exploitation très-facile, surtout 
lorsqu'on les compare à celles du Cor- 
nouailles, en Angleterre, regardées 
cependant comme les plus prodiictives 
de l'ancien continent. Malgré l'imper- 
fection de leur exploitation , les mines 
de Banka rapportaient 66,000 pikles (*) 
d'étain en 1750. Ce produit, selon 
M. Crawfurd, était tombé à environ 
10,000 pikles, depuis 1799 jusqu'à l'é- 
poque de l'occupation de Java par les 
Anglais. En 1817, il s'était déjà élevé 
jusqu'à 35,000 pikles, ou 2083 ton- 
neaux anglais, égalant, par consé- 
quent , la moitié du produit de toutes 
les mines du Cornouailles à la même 
époque. Pendant mon s^our dans la 
Malaiisie, cette production a encore 
considérablttnent augmenté. M. Craw- 
furd estime à 88,362 onces anglaises , 
laguantitéd'orretiréeannuellementdes 
mines de Matrado, dans l'île de Bor- 
néo, exploitées par environ 6000 Chi- 
nois. On verra à l'article Bornéo , que 
mon estimation estplus élevée. Il porte 
à 35,530 onces , le produit des mines 
de ce métal dans le pays des Battas , 
dans lepavsdeMenangkarbou et dans la 
sultariie d'Achin ; et il évalue à 30,973 
onces tout l'or recueilli annuellement 
dans les îles Célèbes , Timor et autres 
parties de cette division; ce qui donne, 
pour toute la Malaisie, un total de 
154,865 onces, équivalant à 4700 kilo- 
grammes , ou à une valeur d'environ 

(*) Le pikle fait un peu plus de laS liv. 
poids de France, 



OCEANIE. 



45 



2,980,000 piastres d'Espagne, c'est-à- 
dire, environ 15 millions de francs. 
On voit par là que la Malaisie doit 
occuper une place distinguée parmi 
les contrées les plus aurifères du globe. 
On a trouvé , dans quelques vallées 
des cantons aurifères de Célèbes , des 
morceaux d'or pur dans leur gangue, 
du poids de 4 et un autre de 12 li- 
vres. 

Les territoires de Benjermassin et 
de PoDthiana, dans l'île de Çornéo, les 
monts cristallins, au nora de cette île , 
et quelques vallées dans celle de Cé- 
lèbes, offrent, avec l'Inde, le Brésil 
et l'Oural, les seules contrées connues 
du globe où l'on ait encore trouvé 
des diamants. Les plus riches mines 
sont situées dans les environs de Lan- 
dak,dans l'île de Bornéo. Les Dayas, 
ou les indigènes de ce pays, sont les 
seuls oui les exploitent, et leurs pré- 
cieux produits sont taillés et polis par 
les Bouguis étaJ)lis dans cette île. 
Cest dans les mines de Landak qu'on 
a trouvé un des plus gros diamants 
connus, après celui que possédait 
le Grand-Mogol , au temps de Taver- 
nier. 

BOTANIQUE. 

La végétation est admirable dans 
toute rOçéanie (*) ; mais celle de la Po- 
lynésie et d'une partie de la Mélanésie 
est loin d'offrir les richesses de 
la Malaisie. Cependant les côtes <de 
Taïti présentent en abondance l'arbre 
à pain, le bananier, le cocotier et 
\inocarjms edulis , dont les habitants 
mangent le fruit , semblable à la châ- 
taigne par la forme et le goût. L'inté- 
rieur de cette île possède oes eugenies, 
des mimosa, des bambous et des pal- 
miers; et ses montagnes offrent plu- 
sieurs espèces de grandes fougères. 
Dans les archipels de Viti, de Tonga et 
deHaraoa, ou plutôt Samoa , la végé- 
tation offre beaucoup de rapport avec 
celle de Taïti ; mais dans leurs épaisses 

(*) On peut compter environ 7 h 8000 
plantes dans toute rOcéanle, dont plus de 
4000 pour TAnstralie, et environ 75.000 
dans le reste du {^lube. 



forêts brille Fimmense palmier para- 
sol ( corypha umbracutîfera) , qu'on 
ne voit pas à Taïti , mais qu'on trouve 
dans la Malaisie. Jl forme une colonne, 
terminée par des feuilles en éventail 
gui servent de toits aux cases des in- 
digènes. A l'ombre de ces bois crois- 
sent le tacca pinnatijîday le sac- 
ckarum spontanseum , le mussaenda 
frondosa , et Vabrus precatorius , 
dont les graines pisiformes d'un beau 
rouge de corail , marquées d'une tâche 
noire, ornent le cou et les bras des 
belles polynésiennes. Le sandal se 
trouve a Haouaï , à Taïti et à Nouka- 
Hiva. Toutes ces plantes croissent na- 
turellement ; et c est sans doute parce 
que la nature a été si géfiéreuse en- 
vers les habitants des régions inter- 
tropicales, qu'ils sont généralement in- 
dolents , apathiques et rarement ambi- 
tieux. Cependant ils cultivent quelques 
plantes , telles que les patates douces, 
jes ignames et les deux espèces de 
choux caraïbes. Ils possèdent un fruit 
exquis , l'évi ou pomme de Cythèrc, 
sjxmdias cytherea, le mûrier à pa- 
pier (*), la plante qui enivre les pois- 
sons (voy. \dipL 2), le vaquois, pa»- 
danus odoratissimay dont les feuil- 
les servent à tresser ces belles nattes 
gu'on doit à T industrie des insulaires 
de la mer du Sud. IN'oublions pas le 
tOy canne à sucre de Taïti, qui four- 
nit le sucre le plus estimé, et le kc^ 
wa (**) , boisson spiritueuse, qu'on 
obtient en faisant digérer de l'eau sur 
les grosses racines du poivrier enivrant 
{piper methysticum) j et une espèce 
de coton {gossymum reUgiosum) dont 
on fait un grand usage. Presque toutes 
ces plantes se retrouvent dans la Nou- 
velle-Calédonie, dont les montagnes ont 
plus de 2400 mètres de hauteur: quel- 
ques-unes renferment des melaleucas et 
autres arbres de petite dimension, quoi- 
qu'ils soient gigantesques dans les 

(*) Broussonetia papyrifera, 

(**) Il y a identilé entre ce motel le mot 
havoua, café des Arabes, qui se prononce 
de la même manière. Os deux boissons sont 
scMvii'S rliandes. Il es! probable qiu* les Ara- 
bes oui autrefois navigué dans la Polynésie. 



46 



L'UNlVËRS. 



l 



{)lafnes. Les pandantis, les herUieray 
es bonnets cstrrés^barrifigtaïua, éten- 
dent leurs branches au-dessus des eaux. 
La Papouasie offre des trésors au 
botaniste : rieu n'approche de la ma- 
jesté imposante de la nature dans ses 
vastes et épaisses forêts ; mais ces fo- 
rêts impénétrables ne seront pas dé- 
crites de long-temp. Cependant nous 
pouvons nommer tes orchidées et les 
fougères parasites , qui s*y établissent 
sur le tronc des cocotiers et des caryo- 
ta urens. Parmi les arbres principaux H 
faut distinguer Tébénier, le canari, 
Farbre à jpam , le sa^outier , le musca- 
dier uviforme, Tarekier, le tectona 
Tandis {nrhre h tek), précieux pour 
la construction des navires, le lingoa, 
le hoïs 'de fer et le casuarina , dont 
les sauvages font leurs lances , leurs 
instruments les plus pesants et sur- 
tout les casse- têtes {aîto à Taïti) des- 
tinés aux combats, et le cycas circi- 
naUs, végétal ambigu qui semble tenir 
le milieu entre les grandes classes na- 
turelles des monocotj'lédons et des 
dicotylédons, dont lesPapouas man- 

fent avec délices les amandes grillées. 
<es plantes de la Papouasie habitent 
aussi la Nouvelle-Calédonie. 

Les tles JViariannes , les îles Pélîou 
et les îles Carolines , étalent en outre 
la plupart des productions de la Poly- 
nésie , les orangers , les citronniers , la 
canne à sucre , le curcuma et le bam- 
bou. 

Le saltdal blanc ^ arbre odoriférant^ 
est très-commun aux îles Nouka-Hiva. 
Viti et Haoua!. La Nouvelle-Zeeland 
et rîle Norfolk nous ofï^nt ce Un 
précieux (jt>/ior??tfttm tenax)^ le plus 
i)eau du monde, et dont les larges 
feuilles fournissent une filasse aussi 
fine que la soie; le myrte à thé, et 
une espèce de pin dont lés feuilles gué- 
rissent le scorbut (voy. hpL 4). 

Partout où Ton aperçoit des récifs de 
corail, on voit les hruffuiera s*établir 
dans rèau salée, et \epandanm odorant 
envahir les rochers ou le sable du riva- 
ge. Enfin la mer fournit Vacar-agar^ 
espèce de fucus qui est solukle dans 
Teau et qui y fprme une matière gélat^ 
neusedont les Chinois se servent au lieu 



du sucre, à cause de son bon marché. 

A la Nouvelle- Irlande (Mélanésie), 
on trouve Parbre à pain, et le poivrier- 
cubèbe y croit à I ombre des forêts. 

Dans l'Australie la botanique offre 
les formes les plus élégantes, les plus 
variées et les plus insolites. Le me- 
trosideros donne la plus belle fleur de 
ce continent, mais les arbres ont peu 
d'ombrage, point de fraîcheur, et leur 
verdure est sombre et monotone. La 
nature lui 'a refusé les plantes alimen- 
taires. Le cocotier, commun dans la Ma- 
laisie et la Polynésie, n'a pu v pousser 
des racines, et lepkormium lenax n'a 

{m s'y naturaliser. On y trouve seu- 
ement le sagoutier , le ciiou palmiste , 
des racines d'arum et une espèce de 
bananes sauvages. Les malheureux in- 
digènes se nourrissent de quelques 
racines de la fougère comestible , de 
semences d'une sorte de pandanusy 
de souches du xanthwrea^ de quel- 
ques tubercules et des gommes de 
mimosa. Quand ils en manquent, ils 
vivent d'insectes, de crabes, d'opos- 
sums ou de lézards qui ont a peine 
senti la chaleur du feu. Mais les An- 
glais y ont naturalisé pour leur usage, 
entre autres plantes, rorge , le blé et 
le maïs, qui rend deux cents ibis la se- 
mence, 1 abricotier , le pêcher, etc. Le 
xanthorrea-y le Upto spermum (*) , 
le melaleuea y le casuarina y le dacri- 
dium aux fleurs presque microscopi- 
aues , sont les arbres les plus précieux 
de ce pays; d'autres dont le bois est 
veiné de toutes couleurs offrent d'im- 
menses avantages à i'él)énisterie, ainsi 
que le cèdre rouge {cedreîa austra- 
as) (Juî fournit des planches d^uae 
couleur rougeâtre. Cunningham y a 
découvert un eucalyptus qui fournit 
une maane sucrée, analogue à celle 
de l'Inde. Le castanospermum et le 
caladiiim macrorkyzum y en temps 
de disette, pourraient fournir une res- 
source alimentaire. L'écoroe de Yki- 
biscus heterophyUus pourrait servir 
à fabriquer des cordages. On doit etter 
encore le Jltnderm australis (voy. la 
pi. 3) , et le singulier cqitbalote, plante 

(*) C'est Vencaljrptus rohustus. 



précieuse dafis ce dimat sec, et dont 
les feuiiies, en forme de godet, sont 
toujours remplies d'eau. On y trouve 
plusieurs es|)eces d'eucalyptus, dont 
une s'élèTe jusqu'à deux cents pieds dO 
baut n. L'eucalyptus, au reste, se 
trouve aussi dans quelques-unes des 
îlesMoiuques, et le melaleuca à Timor 
et à Amboinâ. Les protiacées , les res« 
tiucées , les épicradées et led caiistis, 
dont les fleurs sont hermaphrodites, 
n'existent que dans T Australie ou dans 
I hénûspbêre austral. 

Mais c'est dans la Malaisie qde la 
végétation se montre dalis tout son 
luxe et sa splendeur. Cest là que crois- 
sent les plantes les plus utiles et les 
plus précieuses. Cest sous le beau 
cid de ces lies fortunées que s'élèvent 
lyissoearpui monogynus aux fleurs 
élégantes, te cmaonia thyrsiflorOy 
ornement des forêts, le canarium com^ 
munsy Vaverrhoa carambola, le cœut 
de boeuf, et diverses autres aniona- 
cées,et ée gracieux arbustes, tels que 
le bois de la Chine , Vagati grandi- 
flora. Valfroma angmtay Verythiina 
coramdendrony etc., etc. C'est ici 
que le muscadier, le giroflier et le can- 
nellier exhalent leurs parfuips. Le poi- 
vre, le camphre, le coton ,.Ie gingem- 
bre, le café , le riz qui vient dans l'eau 
et le riï qui croît sur les montagnes, 
le tabac , Varek , le bétel , te gambir, 
le bambou, te rotang, te sagoutier, 
l'arbre à pain , l'arbre à sucre ou dja- 
gri , et i*arbre qui donne le benjoin 
odorant, sont aussi des produits de 
cette division océantenne. On y trouve 
la mangue sucrée, te mansoustan, le 
ranaboutaii (espèce de litchi), Todo- 
ratite eug^nie, la banane savoureuse, le 
poparer (voy. \^pL 2) , le jaquier, te 
WaViér. le dourian , le tamarinier, 
dont le miit éteint les ardeurs de la 
fîèvrie, la grenade, te pampelmousse 
et roranger. PariDi les fleurs on peut 
distinguer Vampi-ampiy le beau ma- 
9!^oUa, et la raflesiêiy plante para- 
site, d'une stnicture insohte et la plus 
grande de toutes les fleurs , mais dont 

(*) Ce genre est très-rapproché des me^ 
Mleucas, 



OCÈANIÉ. 47 

l'odeur est repoussante. Je oiteral ëga* 
lement la riantiana disticha (*), plante 

Srécieuse. î/auteur, qui l'a découverte 
ans l'ile de Bintang, l'a donnée, en l'ac- 
compagnant d'une description , à l'A* 
cadémie de médecine, dès son arrivée à 
Paris , lors des ravages du choléra en 
France. Cette plante ainsi que le mda- 
leuca , dont on extrait le miniakkayou- 
pouH (extrait du bois blanc) , est fort 
utile dans l'emploi des remèdes curatifs 
de cet horrible fléau. Mais à côté des 
plus belles fleurs, des aromates tes plus 
précieux, des plantes les plus salutai- 
res, croissent tes plus redoutables poi- 
sons. A Java, à Bornéo et à Célèoes, 
te terrible oupas (^*), arbre du eenre 
antiare de Lescbenaut, fournit un 
horrible poison. Sur les rivages de l'île 
Company, vers la cote septentrionale 
de l'Australie , croît une seconde es- 
nèce de ce genre observée dans les 
lieux pierreux , par Robert firown,qui 
l'adésignéftsous le nom de antUxrU md* 
crophyllay c'est un petit sous-arbris- 
seau, remarquable par la grandeur de 
ses feuilles , et dont cet habile bota- 
niste a donné une bonne description 
et une excellente figure dans «es Ce* 
fierai remarks, t. V, p. 70. 

EOQLOGÎB. 

■AllMltitCS. 

Le règne animal offre peu de traits 
de ressemblance dans les quatre divi- 
sions de l'Océanie. On conçoit que les 
grandes espèces n'ont pu se répandre 
dans les petites îles de W Polynésie. 
Il n'y a que te chien , te cochon , le 
chat , le rat et la poule qui y existas- 
sent dans l'état de domesticité avant 
Cook et Bougciinville. 

Les forêts des grandes îles de Sounda 
et de Bornéo nourrissent tes orangs , 
les gibbons et tes différentes espèces 
et variétés de ces deux genres. Mais ce 
n'est, je croîs, qu'à Bornéo qu'on ren- 
contre te pongo, espèce d'orang à tétè 
pyramidale de la nuque au museau, 
et dont la force est supérieure à celle 
de six hommes. 

(*) Nous la déta-îrons à Vàrfltée Biàfan^. 
(**) Nous le décrirons à l'article Célèbes. 



4d 



L'UNIVERS. 



Un grand nombre d^espèces de sin- 
ges fréquentent les îles de TOcéanie. 

Leskangarous, les phalangers, les 
opossums, les kasoars, et quelques 
autres espèces, sont communs a l'Aus- 
tralie et a quelques points de la Malai- 
sie. Buffon a confondu les trois pre- 
miers avec les sarigues. 

Lewombat, dont la chair est bonne 
à manger , et qu'on pourrait natura- 
liser dans nos basses-cours, existe plus 
particulièrement dans les îles du détroit 
de Bass. 

Le rhinocéros unicome de Soumâ- 
dra et le rhinocéros bicorne de Java 
vivent dans les forêts les plus solitai- 
res de ces deux îles , et le bicorne dans 
Bornéo. L'éléphant, le tigre et le 
maïbay ou tapir bicolor de Malakka, 
se retrouvent a Bornéo ainsi qu'à Sou- 
mâdra. 

Il existe dans presque toute la Ma- 
laisie des buffles et une race de che- 
vaux , bons, quoique petits. 

L'ours noir ou malai, l»poro-épic, 
la civette et la loutre sont assez nom- 
breux dans l'intérieur de Soumâdra, 
de Java et dans le nord de Bornéo. 
Forest dit que l'éléphant vit aussi dans 
la petite tle de Holo; mais comme il 
n'assure pas Yy avoir vu , il est pro- 
bable qu'il a répété un conte des na- 
turels qui l'ont induit en erreur. 

Bornéo et les îles de Sounda sont la 
patrie des élégants chevrotains,napou, 
kantchil et pélandok , et de la jolie an- 
tilope noire et à crinière grise , kam- 
hing-houtan des Malais. C'est encore 
à Bornéo , |[ Célèbes et même à Bou- 
rou qu'on trouve le babi-roussa (co- 
chon-cerf), le zebou , ou bœuf à bosse, 
ou plutôt à loupe graisseuse, et le bi- 
zarre phalanger.Le buffle, soit sauvage, 
soit domestique, existe dans presque 
toute la Malaisie. 

Les phoques et l'éléphant marin , le 
gigantesque cachalot, dont la gueule 
est monstrueuse, ledouyoung, amphi- 
bie singulier, et d'autres mammifères 
aquatiques , peuplent les solitudes des 
mers océaniennes. 

Dans différentes îles et surtout dans 
les cavités des rochers de la Nouvelle- 
Irlande, on rencontre une énorme rous- 



sette, mammifère ailé, et j*aî trouvé 
la roussette ordinaire et le tagouan 
ou grand écureuil volant dans l'île de 
Singhapoitra et dans celle de Bintang. 

Les galéopothèques (deuxième tribu 
du genre cheiroptère) , qui grimpent 
sur les arbres comme les chats, et 
voltigent comme les oiseaux, existent 
à Ternate et aux îles Philippines. Les 
Bissayas les nomment Cologo et Ca- 
gouangy lesTagales et les Pampangans 
Gigoua, 

Dans les îles situées entre Bornéo 
et la Papouasie, vit le baU-houtan 
(cochon des bois). Dans la Papouasie 
et dans les îles des Papous , on doit 
remarquer le chien-papou qui y vit 
sauvage ou demi-sauvage, suivant le 
degré de lumières des indigènes, dont 
il est plutôt l'associé que le serviteur. 
On trouve encore dans l'Australie un 
chien qui n'aboie jamais, mais il n'ac- 
compagne plus l'homme sur la terre 
de Diémen. 

Les animaux de l'Australie se dis- 
tinguent presque tous par un caractère 
de marsupialité, ou double poche, 
sauf le phoque, la grande cnauve- 
souris ou roussette (*), et le chien. Les 
dasyures sont des animaux carnivores, 
dont quelques-uns , de la taille d'un 
fort renard , sont funestes aux trou- 

§eaux ; mais ils paraissent contînés 
ans la Tasmanie, saof un petit nombre 
qu'on dit avoir rencontrés au-delà des 
montagnes bleues. Le wombat, qui 
ressenible , en petit, à un ours, fournit 
un mets excellent. Le koala ^ ou pares- 
seux des colons , est de la grosseur 
d'un chien : il grimpe sur les arbres 
pour se nourrir de feuilles. Le kassum 
est un petit animal qui vit d'insectes. 
Le kangarou , dont les deux pattes de 
derrière sont plus longues que celles 
de devant , et dont la taille est de 5 

f)ieds de longueur, dépasse à la course 
es chiens les plus agiles , et peut les 
terrasser d'un coup de sa queue. 

(*) On doit distinguer ces cbauve-souris 
frugivores du vampire , espèce de phyllo- 
stome dont on a fait le type d'un sous-genre 
particulier parmi les chauve-souiis insecti- 
vores. 



OCÉAJNIÉ. 



49 



ORNITHOLOGIE. 



Les timides mégapodes, de la tribu 
des gallinacées (*), et lekasoar, armé 
d'un casque, donnent un caractère 
particulier à l'ornithologie des Molu- 
ques. Ce kasoar se retrouve aussi 
aux îles de Sounda ; mais celui de 
l'Australie est privé du casque. On 
voit, à Soumâdra, un faisan de la 
plus rare beauté, et l'angang ou oi- 
seau rhinocéros , qui porte sur son bec 
une espèce de corne. Ce n'est qu'en 
Australie qu'on trouve le kasoar sans 
casque etiepsittacus/ormosîis. Les 
perroquets et les kakatouas fatiguent 
de leurs cris rauques les antiques et 
impénétrables forets de la Papouasie; 
mais , dans cette contrée majestueuse 
la vue est réjouie à l'aspect du grand 
oiseau de paradis (**), qui s'élance 
comme un ballon, et auquel les plu- 
mes placées au-dessous des ailes 
servent de parachute (voy. o/. 3). Là 
et aux îles Arrou brillent différentes 
espèces de ce ravissant oiseau et , en 
outre , le lori , dont les teintes rou- 
ges si variées surpassent en splen- 
deur celles de la plus belle tulipe; 
le papoua, dont le pi v mage d'azur se 
mêle à l'azur des cieux; le maînat- 
maïnouy au plumage d'un bleu foncé 
métalligue, aux pattes, au bec et à la 
queue a'un or brillant, et qui est mar- 
qué d'une grande tache blanche au mi- 
lieu de ses rémiges. On voit à Java et à 
Soumâdra le maïnat-gracula ^ dont la 
docilité surpasse celle de toutes les 
espèces de perroquets. Il montre la 
j'ius grande aptitude à retenir les airs 
et les paroles que son maître lui ap- 
j.rend , et il les répète à son moindre 
désir. Son plumage, d'un beau noir, 
1 éHéchit toutes les couleurs primitives 
lie la lumière, qui vient se décomposer 
sur les prismes fidèles de sa robe de 
deuil. Dans l'Australie, le loriotprince 

(*) Il diffère peu des mégapodes qu'on 
trouve à Végoiou, à Boni et aux Mariannes. 

(**) On y trouve différentes espèces de ces 
magnifiques oiseaux. Nous les décrirons 
quand nous aborderons la Papouasie et les 
lies Arrou. 

4* Livraison. (OcÉANiE.) 



régent a la livrée mi-partie de jaune, 
d'or et de noir de velours. Le cycne, 
blanc en Europe, et le kakatoua, manc 
en Chine et dans les Moluques, sont 
noirs dans cette étrange région. On y 
voit des perruches de toute taille et 
de toute couleur, et les bruyants 
martin-chasseurs et le moucherolle 
crépitant, dont le cri imfte, à s'y 
méprendre, le claquement d'un fouet. 
A la Nouvelle-Zeeland se pavane le 
nestor, autre espèce de perroquet qu'on 
n'a pas encore retrouvée ailleurs. Le 
calao noir, au bec semblable à une 
corne de bélier , au cou jaune et à la 
queue blanche, fréquente le port pit- 
toresque de Dori. Il se nourrit de 
muscades, et il est bon à manger quand . 
il est jeune. On le rencontre à Véguiou 
et à Céram. Le cassican habite les îles 
de Norfolk et de la Nouvelle-Calédonie. 

Dans l'île d'Amboine, le martin- 
pêcheur étale avec grâce son plumage 
d'un vert sombre. A Taïti, on voit 
avec surprise l'oiseau des tropiques, 
la frégate , oiseau de passage , et le 
manchot de la zone glaciale , dont une 
espèce particulière, Vaptenodites pa- 
pua y à'étend jusqu'à la Papouasie et 
aux îles des Papou». On trouve dans 
presque toute la Malaisie différentes 
familles de pigeons, et surtout le pi- 
geon Q coup de poignard , et le ga- 
léopithèque, ainsi que la salangane, 
qui avale l'écume de la mer , ou plutôt 
le frai de poisson , délayé de manière 
à former une espèce de colle pour 
construire ces nids que les Chinois re- 
cherchent tant. 

Bornéo , dont l'ornithologie est si 
riche et si peu connue, renferme des 
paons magnifiques, des coqs recher- 
chés pour les combats , et cet étrange 
poivrier, oiseau curieux, dont nous 
donnerons la description à l'article 
Bornéo, car nous ne l'avons trouvée 
nulle part. 

On recherche à Haouaï \% mohos, 
nuancé des plus brillantes couleurs , 
et le héorotaire, dont le plumage, 
d'un rouge foncé , sert à parer le man- 
teau des rois indigènes. Dans plusieurs 
îles sont des merles fort beaux. Le 
merle à cravate frisée de la Nouvelle* 



60 



L'UNIVERS. 



Zeeland et de l'Australie sont fort 
bizarres; leur langue ressemble à un 
pinceau. N'oublions pas Tépimaque 
royal, dont le plumage réunit Téme- 
raude et le rubis, le jais et le saphir; 
ni le coucou de Maîndanao, dont le 
noir, le gris, le roussâtre, le iaune et 
le vert dore forment réçulierement 
un damier volant; ni la colombe verte 
de Holo, qui brille du plus vif éclat. 
Le dragon existe principalement à 
Java, ainsi que la picade musicale, 
dont le cri est semblable au son d'une 
trompette. 

COUP D'OHL SUR L'ERPÉTOLOGIE. L'ENTO- 
MOLOGW, L'iCHTTOLOOIB, LA. CONCHTO- 
Wam, hk ZOOPHTTOLOeiE, «tc 

Le crocodile biporcatus ( à deux 
arêtes), existe dans toute la Malaisie, 
dans la Pappuasie, aux lies Yiti (Mé- 
lanésie), etc.; mais il n'est plus re- 
présenté a la Noùvelle^Irlande que par 
un grand toupinambis , dont la peau 
sert à rèc'ouvrir le bruyant tam-tam. 
On confond souvent , et mal à propos, 
le crocodile biporcatus de TOcéanie 
avec le caïman {alligator )• dont l'A- 
mérique est la patrie, avec le chamsès 
du Nil ( l'ancien crQpodile ), et le gavial 
de l'Asie, bien que ces sauriens offrent 
entre eux des différences remarqua- 
bles ; de même qu'o^n confond le python 
de la Malaisie avec le boa constrictoi'y 
qui ne diffèrent pas moins. Les rep- 
tiles-marins nous i)araissent avoir été 
créés avant les reptiles terrestres, dont 
nous allons parier. 

On trouve le lacerta vitatta depuis 
Amboine iusqu'à la Nouvelle-Irlande , 
et l'hémiaactyle à Taïti et à Borabora. 
Le lézard de maison est très-com- 
mun. Le grand igouane existe aux 
Philippines , et la diair de ce reptile 
est un mets techeçclié. Les forêts de 
la Malaisie sont infectées par le python 
colossal (Voy. pt 4) , serpent redou- 
table, qui, enlacé autour du tronc 
d'un arbre, attend à l'affût sa victime, 
s'élance sur elle, Tentoura, la presse, 
l'écrase dans ses replis tortueux , et 
la. broie avec ses dents meurtrières. 
Le genre amplîcéphale , à tête de 
carlin, forme au moins quarante-cinq 



espèces de serpents particuliers à Java, 
où l'on trouve les plus beaux serpents 
de l'Orient. La morsure de la Tipère 
verte y est le plus subtil des poisons. 

Les tortues vertes abondent à la 
terre d'Arnheim et au fond du golfe 
de Carpentarie. Les tortues qui don- 
nent le caret (écaille) sont nom- 
breuses, et forment, ainsi que le tripan 
( holothurie de mer), une des branches 
principales du commerce des Malais , 
des Bouguis , des Biadjous et des Ca- 
rolins avec les Chinois. Depuis quel- 
ques années, les Européens et les ba- 
leiniers américains se livrent, dans 
une grande partie de là Polynésie et de 
la Mélanésie , à ce commerce infini- 
ment lucratif. 

On trouve dans la Afalaisie des ho- 
mards , des inachus etdés crabes d'une 
grandeur remarquable. Dans TAustra- 
Iie les crabes se distinguent par leur 
couleur bleue. 

Les myriapodes, en malayou aU- 
pan, connus vulgairement sous le nom 
de cent-pieds ou mille-pieds , désolent 
les jardins de la Malaisie. Les scor- 
pions et les scolopendres sont nom- 
breux à la Nouvelle-Irlande. A Java , 
la blatte kakerlagor et de petites four- 
mis rousses s'insinuent partout, dévo- 
rent et détruisent tout. 

Dans la vaste Malaisfe les papillons 
brillent des plus belles couleurs. Les 
diptères , tels que les mousquites , etc., 
sont peu nombreux en espèces, et ils 
sont (fautant plus rares qu'on s'éloigne 
des grandes terres. On rencontre le 
velia oceanica sur la surface du Grand- 
Océan. Dans plusieurs tles de la Ma- 
laisie, et particulièrement dans celle 
de Soumâara, on rencontre l'insecte 
qui donne la laque dont on fait ce 
vernis précieux, que nous sommes 
obligés d'emprunter, ainsi ^e tant 
d'autres dioses, aux Chinois indus- 
trieux. 

Sur les côte» de la Papouasié et des 
Moluques vivent les singuliers phj^l- 
losomes, les abîma et les smerdis, 
dont les feux perpétuels font étinceler 
l'Océan. 

Les poissons d'eau douce sont abon- 
dants en Océanie. Une espèce de carpe 



POISSONS ET SERPENT. 



FISCHE UMD AMPHIBIEN. 







/ f-^-^y^^f^t^ ^^c^^nU^a^. 



L ©j^erfi a cli'. 
H am m orfi a cli . 
Ostracio Trxcor3QÎ8 
Ries en -^IVilioii. 



ZOOPHYTES. 



PFLANZENTHIEBJE . 




2, -^^K«'««*<<*«^^>«/<^^*^*W!'^. 

4-- 



Cnvierî a 

TJr i vere i 1) ran cli a 

PlvvB aopKorA, 



COQUILLAGES. 



MUSCHELN. 







Haliotide . 

MaLTmorfaT'biSer Turbo. 
Tridacne. 
d'Urvillèa Aplveia . 



OCÉANIE. 



5i: 



et le pomfretsont les plus estimés. Mais 
c'est surtout dans les mers que four* 
millent les poissons; plusieurs sont 
excellents à manger, et la beauté de 
leurs couleurs surpasse la nouveauté 
de leurs formes. On y voit les trigles* 
lyres, les scorpènes, des marteaux 
bizarres, les jolis petits scinques des 
Moluques, aux raies dorées et à la 
queue azurée, les brillants balistes, 
les serrans et les chelmons dont l'é- 
clat est fantastique ; ainsi qae la chi-» 
mère antarctique, qu'on voit près dû 
cap de Bonne-Ëspérance et qu'on re» 
trouve au cap sud de Van-Diémen. Le 
cofûre triangulaire et le coryphène res- 
plendissant, le requiu toujours affamé, 
et renapereur ou espadon , armé d'une 
scie, s y livrent d'affreux combats. 

On trouve souvent de belles espèces 
de coquillages. Aux îles de l'Amirauté , 
les habitants attachent à l'extrémité 
de leurs parties naturelles la coquille 
bulla ooum^ ou ovule, tandis que le 
reste du corps est entièrement nu. 
On rencontre dans presque toutes les 
mers de l'Océanie l'arche, la vistisre, 
différentes espèces de porcelaines, r ha- 
liotide,les turbos marorés {voy.pl. 6), 
la cérithe blanche, le cadran escalier, 
la mitre épiscopale, la conque du 
triton, qui sert de trompette de guerre; 
le murex chicorée, la narpe, Thuttre 
perlière , etc. Dans les baies paisibles 
des Moluques , naissent et se dévelop- 
pent de belles coquilles : le scalata, 
d'une blancheur éclatante , et que les 
amateurs recherchent tant, la cari- 
naire vitrée, les nautiles papyracés, 
l'argonaute flambé et la volute éthio- 
pienne. 

Dans l'Australie, dans la Papouasie, 
les Mohiques et autres îles, on ren- 
contre des hélices aussi délicates que 
jolies , de grandes tridacnes et des hip- 
popes (voy. p/.6), Taplysie d'Urvilie 
et antres mollusques. 

Les araignées ne sont pas rares dans 
ces contrées encore si peu connues. 
Les sai^sues de l'Australie pourraient 
être utiles à la médecine , et les eaux 
croupissantes renferment souvent des 
in/usoires curieux. 

On y rencontre les entozoaires, ou 



vers intestinaux, qui ne pnraissent pas 
des animaux végétants, malgré la place 
^e leur assigne l'illustre Guvier; des 
echinodermes ; des actinies et des po» 
ly[>es, êtres singuliers qui ont une 
puissance de reproduction telle qu'on 
peut les couper transversalement ou 
verticalement, et que chaque tronçon 
donne naissance à un nouvel animal; 
les tribus madr^riques de coralines 
éponges , sans oreane digestif, et ne 
vivant que par l'absorption corticale) 
des astéries , de» gorgones ,, des 
méduses, zoophytes jouissant en tout 
temps de la sensibilité et du meuve* 
ment volontaire, et qui font de ces 
animaux-plantes des êtres fort singu* 
liers. 

MONOTRÉHES. 

Il existe en Australie des animaux 
vraiment extraordinaires qu'on a nom- 
més d'abord paradoxaux et dont on a 
fait auiourd'nui le genre monotré- 
me. Tels sont Yéchidné, dont les niâ« 
choires sont dépourvues de dents, 
et dont la langue' est extensible com- 
me celle du tourmilier ; et surtout 
l'ornithorynque, qui appartient , pour 
ainsi dire, à tous les genres. U ferme 
la nuance entre les phoques et les 
oiseaux ; ses pieds réunissent des Aa- 
geoires à des griffes, sa mâchoire se 
termine en bec de canard, et sa 
structure interne le rapproche des 
squales et des reptiles. Il a envirmi 
un pied et demi de Ions , et il habite 
ordinairement les lacs d^a douce* 

M. Mekel pense qu'il est seulemoit 
mammifère , et par consmient lacti- 
fère ; le savant M. Geonroi - Saint- 
Hiiaire, qu'il est ovipare. Si nous 
osions émettre notre humble opinion « 
nous serions porté à croire que l'or- 
nithor}iique a une double nature evi- 
parique et mammifère, quoique ce 
singulier arrangement anatomique ne 
se soit rencontré nulle autre part. 
Mais la plupart des êtres dan^ l'Aus- 
tralie ont un caractère opposé à celui 
de leurs congénères du reste du globe. 
On découvre enfin auelquefois en Ooéa^ 
nie des fossiles tels que des antholi- 
thés, des entomolithes, des erustaci** 



5S 



L'UNIVERS. 



tes, des idityolithes, des amphibioli- 
Hies, etc. Un capitaine booguis, peu 
fnstrait, iiestyrai , nous a assuré qu'à 
Sainte-Isabelle, une des tlesSalomon, 
on trouvait de nombreux débris de 
corps marins et de quelques fossiles 
de grands quadrupèdes , si nous Pavons 
bien compris. Il nous donna le Ubia 
d'en énorme mammifère qui nous a 
paru être le mammouth, animal anté- 
diluvien. Nous l'avons donné gratui- 
tement au Muséum d'histoire naturelle 
avec une dent de mastodonte , un tronc 
de palmier volcaoisé trouvé dans un 
eratere de Ttle Gélèbes, et un grand 
nombre d'autres objets curieux. Ne 
pourrait-on pas dire, au sujet de ces 
fossiles, que si des races d'animaux 
sont éteintes, notre époque assiste 
peut-être à de nouvelles créations? 

Nous entrerons dans des détails sa- 
tis&isants sur les diverses branches 
de l'histoire naturelle, en décrivant 
successivement les quatre divisions de 
rOoéanie, et principalement la Malaisie, 
la plus riche de toutes. 

AEUGION. " 

Tous les cultes ont des sectateurs 
en Océanie. La religion de Moham- 
med y est la plus suivie ; elle est pro- 
fessée par les Javanais, les Malais de 
Soumâora , de Bornéo , des Moluques, 
les Bouguis , les Mangkassars , les 
Maîndanéens, les Holoans, les Lam- 
poungs et les Reyans. Le point le plus 
oriental où elle se soit répandue , est 
la partie occidentale de la Papouasie. 
J'ai vu plusieurs navires appartenant 
à l'illustre Mohammed Ali , vice-roi 
d'Egypte , transporter des Javanais et 
des Bouguis pour faire le pèlerinage 
de la Mecque. 

Le brethmanisme n'est professé que 
par quelques peuplades de l'intérieur 
de Java et par la plus grande partie 
des insulaires de Madoura et de Baii. 

Le polythéisme y le panthéisme, 
une espèce de sabéismey et le plus 
grossier/^^tc^i^m^ se partagent toutes 
les autres tribus océaniennes. Quel- 
ques peuplades de Bornéo, de Louçon, 
de l'Australie et de la Tasmanie, n^ont 



aucune eqièce de rdigion, et la plu- 
part des Mélanésiens n'ont d'autres 
cropnoes que Pexistenoe de mauvais 
génies et une idée vague d'une nou- 
velle vie. Quelques tribus des Caro- 
Imes adorent une espèce de trinité , 
sous le nom d'Alouéhp , Lagveleng et 
OU/at. Les dieux principaux de la 
Nouvelle-Zeeland sont NovA-AUma , le 
maître du monde, le père; Dieu le 
fils, et Dieu l'oiseau ou l'esprit. Tou- 
tes les autres divinités sont subordon- 
nées au père; mais chaque naturel a 
son atxmiy espèce de divinité secon- 
daire qui répond assez exactement à 
l'ançe gardien des chrétiens. Telle était 
aussi la croyance des Taîtiens, avant 
que les missionnaires anglicans les 
eussent convertis à leurs dogmes. Les 
églises catholique, calviniste et angli- 
cane, comptent un grand nombre de 
croyants dans les quatre divisions de 
rOcéanie. Le bouddhisme y est pro- 
fessé par une partie des habitants de 
l'île Bali , et par tous les Chinois éta- 
blis dans la Malaisie, qui sont restés 
fidèles à leurs mœurs, à leur costume 
et à leur culte. 

msTiTunoNs religieuses. 

Nous emprunterons à M. Lesson 
quelques li^es sur l'importante et 
singulière institution du tabou en 
usage dans toute la Polynésie , et qui 
caractérise ses habitants'. « Avant l'ar- 
« rivée des Européens dans leurs îles, 
« ces peuples étaient esclaves de la ter- 
« ribie superstition du tabou , qui 
« leur imposait une foule de priva- 
« tions, e{ qui a coûté la vie a tant 
« d'innocents. Cette loi barbare dé- 
« fendait aux femmes , sous peine de 
» la vie, de manger du cochon , des 
« bananes et des cocos, de faire usage 
« du feu allumé par des hommes, et 
« d'entrer dans 1 endroit où ils man- 
« gent. Le prédécesseur du fameux 
« Taméhaméha (*) était tellement ta- 
« bon , qu'on ne devait jamais le voir 

(*) On ne peut guère rendre les sens de 
ce mot en français que par celui àHrUerdie- 
tion reRgicuse. 



.^^ 




-iV 

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Kl • 



c 
.14 t. 







o 
o 



OGÉANIË. 6S 



« pendant le jour, et que Ton met- 
« tait à mort impitoyablement quicon- 
« que l'aurait vu un instant , ne fût- 
ci ce que par hasard. » Ajoutons de plus 
grands détails que nous emprunterons 
a un article publié naguère par M. le 
commandant d'Urville, un des pl'is 
savants navigateurs dont la France 
puisse s'honorer. 

« Le tahauy ou plus correctement ta- 
pou à la Nouvelle-Zeeland , est une 
superstition bizarre et vraiment carac- 
téristique pour tous les peuples de la 
race fjolynésienne, depuis ces grandes 
îles, jusqu'aux îles Haouaï, dont la 
direction suit une zone inclinée à la 
méridienne, et dont les habitants par- 
lent tous une langue commune aans 
son origine. Sans nul doute, le but 

f)rimitif du tapou fut d'apaiser la co- 
ère de la divinité, et de se la rendre 
favorable, en s'imposant une privation 
volontaire proportionnée à I^l gran- 
deur de l'offense ou à la colère pré- 
sumée de Dieu. Il n'est guère de sys- 
tème de religion où quelque croyance 
de ce genre n'ait pénétré , où elle- 
n'ait été caractérisée par des actes 
plus ou moins extravagants. En tout 
temps et en tous lieux, l'homme a 
presque toujours fait son dieu à son 
image, et lui a prêté naturellement 
ses passions et ses caprices. Il a d'ail- 
le^iirs jugé plus facile et plus prompt 
d'expier ses crimes et ses offenses en- 
vers la divinité, par des privations 
temporaires qui dégénèrent souvent 
en une vaine forme, que de chercher 
à lui plaire en devenant meilleur et 
en faisant du bien à ses semblables. 
Il est inutile de citer des exemples de 
cette déplorable erreur ; Thistoire re- 
ligieuse de la plupart des peuples n'est 
guère qu'un long et triste recueil de 
toutes les folies de l'homme. 

Plus que tout autre habitant de la 
Polynésie, le Zeelandais est aveuglé- 
ment soumis aux superstitions du ta- 
pou, et cela sans avoir conservé en 
aucune façon l'idée du principe de mo- 
rale sur lequel cette pratique était 
fondée. Il croit seulement que le ta- 
pou est agréable à Vatoita (Dieu), et 
«ela lui sufïit comme motif détermi- 



nant : en outre , il est convaincu que 
tout objet , soit être vivant , soit ma- 
tière inanimée, frappé d'un tapou 
par un prêtre { voy. la pL 17 ), se 
trouve des lors au pouvoir immédiat 
de la divinité, et par là même inter- 
dit à tout profane contact. Quiconque 
porterait une main sacrilège sur un 
objet soumis à un pareil interdit, pro- 
voquerait le courroux de Vatoua, qui 
ne manquerait pas de l'en punir en le 
faisant périr, non-seulement lui-même, 
mais encore celui ou ceux qui auraient 
violé le tapou. C'est ainsi que l'atoua 
se vengea, dit-on, sur le voyageur 
Nicholas, du sacrilège que cet An- 
glais avait commis en maniant un pis- 
tolet taboue , pour avoir servi au chef 
d'Ouatara à l'époque de sa mort. 

Mais le plus souvent les naturels 
s'empressent de prévenir les effets du 
courroux céleste en punissant sévère- 
ment le coupable. S'il appartient à 
une classe élevée, il est exposé à être 
dépouillé de toutes ses propriétés, et 
même de son rang , pour être reléî;ué 
dans les dernières classes de la société. 
Si c'est un homme du peuple ou un 
esclave, souvent la mort seule peut 
expier son offense. 

Pour concilier certaines idées de 
justice avec le respect dû aux règle- 
ments dn tapou , le chef Touai me 
disait que ses compatriotes avaient ar- 
rêté que les étrangers seraient excu- 
sables d'y manquer quand ils se trou- 
veraient pour la première fois chez 
eux, mais que leurs fautes ne seraient 
pas tolérées dans un second voyage. 
Un mot du prêtre, un songe, ou quel- 
que pressentiment involontaire , don- 
ne-t-il à penser à un naturel que son 
dieu est irrité, soudain il impose le 
tapou sur sa maison , sur ses champs, 
sur sa pirogue, etc., c'est-à-dire gu'il 
se prive de l'usage de tous ces objets, 
malgré la gêne et la détresse auxquel- 
les cette privation le réduit. 

Tantôt le tapou est absolu et s'ap- 
plique à tout le monde; alors per- 
sonne ne peut approcher de l'objet ta- 
poué sans encourir les peines les plus . 
sévères. Tantôt le tapou n'est que 
relatif, et n'affecte qu'une ou plu- 



L^UWIVERS. 



sieurs personnes déterminées. L'îndî- 
tidu soumis personnellement à l'ac- 
tion du tapou est exclu de toute 
communication avec ses compatriotes; 
il ne peut se servir de ses mains pour 
prendre ses aliments. Appartient-il à 
fa classe noble, un ou plusieurs ser- 
viteurs sont assignés à son service, 
et participent à son état d'interdiction ; 
n'est-il qu'un homme du peuple, il 
est obligé de ramasser ses aliments 
avec sa bouche , à la manière des ani- 
maux. 

On sent bien que le tapou sera d'au- 
tant plus solennel et plus respectable 
gu'il émanera d'un personnage plus 
important. L'homme du peuple , su- 
jet à tous les tapous des divers chefs 
de la tribu, n'a guère d'autre pouvoir 
que de se l'imposer à lui-même. Le 
rangatira , selon son rang , peut assu- 

Settir à son tapou ceux qui dépendent 
le son autorité directe. Enfin , la tribu 
tout entière respecte aveuglément les 
tapous imposés par le chef principal. 
D'après cela , il est facile de pré- 
voir quelle ressource les chefs peuvent 
tirer de cette institution pour assurer 
leurs droits et faire respecter leurs 
volontés. C'est une sorte ae veto d'une 
extension indéfinie, dont le pouvoir 
est consacré par un préjugé religieux 
de la nature la plus mtime. Aux siè- 
cles d'ignorance, les foudres spiri- 
tuelles ou Vatican n'eurent pas des ef- 
fets plus rapides, plus absolus sur les 
consciences des chrétiens timorés , et 
leurs décrets n'obtenaient pas une 
, obéissance plus explicite que ceux du 
tabou en Polynésie, et surtout à la 
Nouvelle-Zeeland. A défaut de lois 
positives pour sceller leur puissance , 
et de moyens directs pour appuyer 
leurs ordres, les chefs n'ont d'autre 
garantie que le tabou. Ainsi , qu'un 
chef craigne de voir les cochons, le 
poisson, les coquillages, etc., manquer 
un jour à sa tribu par une consom- 
mation imprévoyante et prématurée 
de la part de ses sujets, il imposera le 
tapou sur ces divers objets, et ciela 
pour tout le temps qu'il jugera con- 
venable Veut-il écarter de sa maison, 
de ses champs, des voisins impor- 



tuns, il taboue sa maison, ses champs. 
Désire-t-il s'assurer le monopole d^m 
navire européen , mouillé sur son ter- 
ritoire , un tabou partiel en écartera 
tous ceux afec qui il ne veut point 
partager un commerce aussi lucratif. 
Est-il mécontent du capitaine, et a-t-il 
résolu de le priver de toute espèce de 
rafraîchissements, un tabou interdira 
l'accès du navire à tous les hommes 
de sa tribu. Au moyen de cette arme 
mystique et redoutable, et en ména- 
geant adroitement son emploi , un 
chef peut amener ses sujets à une 
obéissance passive. Il est bien en- 
tendu que les chefs et les arikis, ou 
prêtres, savent toujours se concerter 
ensemble pour assurer aux tapous 
toute leur inviolabilité. D'ailleurs, les 
chef5 sont le plus souvent arikis eux- 
mêmes , ou du moins les arikis tien- 
nent de très-près aux chefs par les 
liens du sang ou des alliances. Ils ont 
donc un intérêt tout naturel à se sou- 
tenir réciproquement. Le plus souvent 
ce tabou n'est qu'accidentel et tempo- 
raire. Alors certaines paroles pronon- 
cées, certaines formalités en détermi- 
nent l'action , comme elles en suspen- 
dent le pouvoir et en déterminent la 
durée. Nous n'avons que très-peu de 
données à l'égard de ces cérémonies ; 
il est sans doute réservé aux mission- 
naires de lever un jour les ténèbres 
qui enveloppent ce sujet. 

Seulement iî m'a semblé que, pour 
détruire l'effet restrictif du tabou , le 

Srincipe de la cérémonie consistait 
ans l'action d'attirer et de concen- 
trer sur un sujet déterminé , comme 
une pierre, une patate, un morceau 
de bois, toute la vertu mystique éten- 
due d'abord sur les êtres taboues ; 
nuis , à cacher cet objet dans un lieu 
a l'abri de tout contact de la part des 
hommes. 

Jusqu'ici, M. !Nicholas seul nous a 
cité un exemple de ces rits mystigues, 
ceux dont il tut témoin quand Wirria, 
après beaucoup d'instances, consentit 
à se dessaisir en sa faveur du peigne, 
taboue qui avait servi à ce cher pour 
se couper les cheveux. 
Mais il faudrait des explications mo- 



OCÉANIE. 



tirées de ces différents rits, pour se 
faire une idée exacte des opioions re- 
ligieuses de ce peuple. 

Certains objete sont essentiellement 
tapous ou sacrés par eux-mêmes, oom« 
me les dépouilles des morts , surtout 
de ceux qui ont occupé un rang dis- 
tingué. Dans rhomme, la tête Test 
au plus haut degré, et par conséquent 
les cheveux qui lui appartiennent. 
C'est une grande affaire pour ces in- 
sulaires que de se couper les cheveux; 
quand cette opération est terminée ^ 
on veille avec un soin extrême à ce 
que les cheveux coupés ne soient pas 
abandonnés dans un lieu où Ton pour- 
rait marcher dessus. L'individu tondu 
reste taboue durant quelques jours, 
et ne peut toucher à ses aliments avec 
ses mains. M. Savage, qui ignorait 
la véritable cause de cette restriction, 
l'attribuait à un motif de propreté. 
Il en est de même de la personne ^ui 
vient d'être tatouée, car l'opération 
du moho ou tatouage entraine égale- 
ment un tapou de trois jours. C'est 
pour la même raison que ces sauvages 
ne peuvent souffrir aucune sorte de 
provisions dans leurs cabanes, surtout 
de celles qui viennent d'êtres ani- 
més, comme viande, poisson, cof^uil- 
lages , etc. ; car si leur tête venait à 
se trouver, même en passant, sous 
un de ces objets, ils s'imaginent qu'un 
pareil malheur pourrait avoir des sui- 
tes funestes pour eux. M. Savage, le 
premier , remarqua que ces insulaires 
ne s'asseyaient qu'avec beaucoup de 
répugnance sous des filets charges de 
pommes de terre. Les premiers Eu- 
ropéens oui les visitèrent mirent à 
profit cette superstition pour se dé- 
barrasser de l'importunité de leurs 
hôtes : pour cela , ils n'eurent qu'à 
suspendre au plafond de leurs caba- 
nes un morceau de viande. 

De ce moment les naturels n'eurent 
sarde d'en approcher. Ce préjugé est 
tellement enraciné chez eux , cjue cer- 
tains chefs faisaient quelquefois diffi- 
culté de descendre dans les chambres 
des navires, parce qu'ils redoutaient 
qu'on ne vhit en ce moment à passer 
par-dessus leur tête en se promenant 



55 

•Ut le pont. Jamais il ne l6«r «privt 
de prendre leurs repas dans Tintérieur 
de leurs maisons , et ils ne peuvent 
souffrir que les Européens prennent 
cette liberté chez eux. Si ceux-ci oilt 
besoin de se rafraîchir, ils soat obli- 
gés de sortir de la cabane pour avaler 
un verre d'eau ou de tout autre li- 
quide. 

C'est un crime oue d'allumer du feu 
dans un endroit ou des provisions se 
trouvent déposées. 

Un chef ne peut pas se diaoffer au 
même feu qu^un nomme d'un rang 
inférieur; il ne peut pas même allu- 
mer son feu à celui d'un autre : tout 
cela sous peine d'encourir le eourroux 
de l'atoua. 

Les malades atteints d'une maladie 
jugée mortelle , les femmes près d'ac- 
coucher, sont mis sous l'empire du 
tapou. Dès lors ces personnes sont re- 
léguées sous de simples hangars en 
plein air, et isolées cle toute commu- 
nication avec leurs parents et leurs 
amis. Certains aliments leur sont ri- 
goureusement interdits; quelquefois 
ils sont condamnés pour plusieurs 
jours de suite à une diète absolue, per- 
suadés que la moindre infraction à ces 
règles causerait à l'instant même leur 
mort. Riches, les malades sont assis- 
tés par un certain nombre d'esclaves, 
qui, de ce moment, partagent tontes 
les conséauences de leur position; 
pauvres, ils sont réduits à la situa- 
tion la plus déplorable , et contraints 
de ramasser avec leur bouche les vi- 
vres qu'on leur porte* L'accès des ca- 
ses ou des malades taboues est aussi 
rigoureusement interdit aux étrangevs 
qu'aux habitants du pays. 

Cest ainsi que M. Nicholas nous 
dépeint l'état ou se trouva Douatara^ 
du moment où sa maiadie ftit décla<* 
rée mortelle. 

Vatoua s'était établi dans son es* 
tomac, et nul pouvoir humain n'edi 
pu l'en chasser. Douatara était rigou- 
reusement séquestré de toute commua 
nication av^c les priâmes , et M. Ni- 
cholas eût été massacré sur-le<;hamp 
s'il eût voulu violer le tapou. Par 
une exceptipn spéciale , M. Marsden 



56 



L'UNIVERS. 



s: 



lUt jouir de ce privilège, en son 
ionble titre d*ariki et de tohounga 
( prophète ) ; encore cela n'eût peut- 
éxre pas suffi, s'il n'eût menacé les 
naturels de canonner Rangui-Hou, 
dans le cas où ils eussent persisté 
dans leurs refus. L'atoua, disaient-ils, 
était occupé à dévorer les entrailles 
de Douatara. et ce chef périrait 
( mate mac ) des qu'elles seraient tou- 
tes dévorées. Pour mieux le soustraire 
à tout rapport avec les étrangers, ses 
amis voulaient d'avance le transporter 
sur l'île isolée où il devait être in- 
humé; mais Douatara les en empê- 
cha au moyen d'un pistolet dont il 
était armé, et dont il les menaçait 

2uand ils voulaient s'approcher de (ui. 
Quelque temps avant sa mort, ses 
femmes et ses parents veillaient au- 
tour de lui , et attendaient en silence 
le rdoment où il allait expirer. Le prê- 
tre ne le quittait pas non plus; il 
veillait à l'accomplissement- de toutes 
les cérémonies requises en pareille 
circonstance, et ne permettait pas que 
rien se fît sans son entremise. Ils 
croyaient en général que là mort de 
Douatara avait été causée par les priè- 
res de Ware, qui s'était ainsi vengé 
de ce chef, pour les coups de fouet 
qu'il en avait reçus. 

Tous les ustensiles qui ont servi 
à une personne, durant sa maladie, 
sont taboues , et ne peuvent plus 
servir à nulle autre au monde : ils 
sont brisés ou déposés près du corps 
du défunt. 

A la mort de Douatara, les mis- 
sionnaires furent oblisés de renoncer 
aux vases dans lesquels ils lui avaient 
apporté des vivres ou des potions. 

Tout homme qui travaille à con- 
struire une pirogue ou une maison 
est soumis au tapou; mais, en ce cas, 
l'interdiction se réduit à lui défendre 
de se servir de ses propres mains pour 
manger; il n'est pas exclu de la so- 
siété de ses concitoyens. 

Les plantations de patates douces , 
ou koumaros, sont essentiellement 
tapous, et l'accès en est soigneuse- 
ment interdit à qui que ce soit , du- 
rant une certaine période de leur crue. 



Des hommes sont préposés à leur 
garde , et en éloignent tous les étran- 
gers. De grandes cérémonies accom- 
pagnent toujours la plantation et la 
récolte de ces précieuses racines. Pour 
les planter, les chefs se revêtent de 
leurs plus beaux atours , et procèdent 
à cette importante opération avec toute 
la gravité possible. Un de ces chefs , 
voyant un jour le ciel sillonné de nua- 
ges blancs, disposés d'une façon par- 
liculière , fit observer à M. Kendall que 
l'atoua plantait ses patates dans le ciel, 
et qu'en sa qualité d'atoua sur la 
terre , il devait imiter l'atoua du ciel 
en ces occasions. 

Lorsque je visitai le village et les 
forêts de Kav*ra-Kawa, dit M. d Urville, 
toutes les instances, tout le crédit du 
missionnaire qui m'accompagnait, ne 
purent obtenir des naturels la permis- 
sion de nous laisser passer en vue de 
ces cultures sacrées. On se condamne 
au tapou, au départ d'une personne 
chérie , pour attirer sur elle la pro- 
tection de la divinité. La mère de 
Changui se taboua lorsque ce chef 
partit pour l'Angleterre, et une femme 
était chargée de la faire manger. Alors 
le tapou représente assez bien ce que 
quelques dévots catholiques entendent 
par le mot vceu. 

Quand une tribu entreprend la 
guerre, une prêtresse se taboue; elle 
s'interdit toute nourriture durant 
deux jours; le troisième, elle accom- 
plit certaines cérémonies , pour attirer 
la bénédiction divine sur les armes de 
la tribu. 

Il est des saisons et des circonstan- 
ces où tout le poisson qu'on pêche 
est tapou, surtout quand il s'agit de 
faire les provisions d'hiver. La, on 
retrouve le but politique qui fit insti- 
tuer les carêmes , et autres abstinences 
semblables, en Europe et ailleurs. 

Un jour, M. Kendall ayant offert 
du porc à Waraki, qui était venu le 
visiter tandis qu'il dînait, ce chef en 
mit un morceau entre ses dents, fit 
une longue prière , et le jeta ensuite ; ' 
puis il dit qu'il allait manger comme 
a l'ordinaire. C'est par le tapou que 
les Zeelandais scellent un marché 



OCÉANIE. 



67 



d'une manière inviolable : quand ils 
ont arrêté leur choix sur un objet 
quMls n'ont pas le moyen de payer 
sur-le-champ, ils y attachent un fil, 
en proférant le mot tapou; on est 
certain qu'ils viendront le reprendre 
dès qu'ils pourront en livrer la va- 
leur. 

Le tapou joue ainsi le rôle le plus 
important dans l'existence du Nouveau- 
Zeelandais. Il dirige, détermine ou 
modifie la plupart de ses actions. Par 
le tapou, la divinité intervient toujours 
dans les moindres actes de sa vie pu- 
blique et privée, et l'on sent quelle 
influence une telle considération doit 
avoir sur l'imagination d'hommes pé- 
nétrés, dès Itur plus tendre enfance, 
d'un préjugé aussi puissant. M. Nicho- 
las paraît être le premier voyageur 
qui ait bien saisi toute la valeur et tou- 
tes les conséquences du tapou chez les 
!Nouveaux-Zeelandais; voici ce qu'il dit 
à ce sujet : 

« Pour suivre la valeur du tapou dans 
« ses acceptions nombreuses et va- 
« riées, il faudrait détailler minutieu- 
«c sèment toutes les circonstances de 
« l'économie politique de ces peuples; 
« tâche au-dessus de mes forces. Il 
« règle non-seulement leurs institu- 
ée tions, mais encore leurs travaux 
<c journaliers , et il y a à peine un seul 
« acte de leur vie auquel cet impor- 
n tant dissyllabe ne se trouve mêlé. 
<t Bien que le t(^pou les assujettisse, 
« comme on a pu voir, à une foule 
« de restrictions absurdes et pénibles, 
« il est néanmoins fort utile, par le 
R fait, chez une nation si irrégulière- 
« ment constituée. £n l'absence des 
'< lois, il offre la seule garantie ca- 
« pable de protéger les personnes et 
« les propriétés, en leur donnant un 
« caractère authentique que personne 
« n'ose violer : sa puissante influence 
a peut même arrêter les pillards les 
« plus cruels et les plus avides. » 

Les Nouveaux -Zeelandais croient 
fermement aux enchantements, qu'ils 
nomment makautou. C'est une source 
intarissable de craintes et d'inquiétu- 
des pour ces malheureux insulaires , 
car c'est à cette cause qu'ils attribuent 



la plupart des maladies ^'ils éprou- 
vent, des morts qui amvent panai 
eux. Certaines prières adressées à 
l'atoua , certains mots prononcés d'une 
manière particulière, surtout certaines 
grimaces, certains gestes, sont les 
moyens par lesquels ces enchantements 
s'opèrent. Nouvelle preuve que partout 
les hommes se ressemblent plus qu'on 
ne pense. 

Toutes les fois que les missionnai- 
res , pour démontrer aux naturels 
l'absurdité de leurs croyances touchant 
le tapou et le makoutou, leur ont 
offert d'en braver impunément les 
effets dans leurs propres personnes , 
les Zeelandais ont répondu que les 
missionnaires , en leur qualité d^arikis, 
et protégés par un Dieu très-puissant, 
pourraient bien défier la colère des 
dieux du pays; mais que ceux-ci tour- 
neraient leur courroux contre les 
habitants , et les feraient périr sans 
pitié, si on leur faisait une semblable 
insulte. 

Les songes, surtout ceux des prê- 
tres, sont d'une haute importance 
pour les décisions de ces sauvages. 

On a vu des entreprises, concertées 
depuis long-temps, arrêtées tout à 
coup par 1 effet d'un son^e, et les 
guerriers reprendre le chemin de leurs 
foyers , au moment où ils se repais- 
saient de l'espoir d'exterminer leurs 
ennemis, et ae se régaler de leurs 
corps. Résister aux inspirations d'un 
songe serait une offense directe à 
l'atoua qui l'a envoyé. 

M. Dillon ne put se débarrasser des 
importunités d'un naturel qui voulait 
s'embarquer sur son navire pour se 
rendre en Angleterre, qu'en assurant 
à cet homme qu'un songe lui avait 
annoncé qu'il périrait infailliblement 
s'il entreprenait ce voyage. 

Les Zeelandais rendent de grands 
honneurs aux restes de leurs parents , 
surtout quand ils sont d'un rang dis- 
tingué : d'abord on garde le corps 
durant trois jours, par suite del'dpi- 
nion que l'ame n'abandonne définitive- 
ment sa dépouille mortelle que le 
troisième jour ; le corps est revêtu de 
ses plus beaux habits, frotté d'huile. 



58 



L'UNIVERS. 



orné et paré coittme de son vivant. Les 
^rents et amis sont admis en sa pré- 
sence, et témoignent leur douleur par 
des pleurs, des cris, des plaintes, et 
notamment en se déchirant la figure 
et les épaules, de manière à faire jaillir 
le sang. Plus encore que 4es hommes, 
les femmes sont assujetties à ces, dé- 
monstrations cruelles de sensibilité. 
Malheur à celles qui viennent à perdre 
consécutivement plusieurs proches pa-» 
rents! leur figure et leur gorge ne 
seront long-temps qu'une plaie san- 
glante , car ces démonstrations se re- 
nouvellent plusieurs fais pour chaque 
personne. 

Au lieu de laisser le cadavre étendu, 
comme en Europe, les membres sont 
ordinairement ployés contre le ventre, 
et ramassés en paquet ; le corps est 
ensuite porté et inhumé dans quelque 
endroit isolé, entouré de palissades et 
taboue. Des pieux , des croix ou des 
figures sculptées et rougi es à Tocre, 
annoncent la tombe d'un chef : celle 
d'un homme du commun n'est indi- 
quée que par un tas de pierres. Ces 
tomb^ portent le nom de oudoupa^ 
maison ae gloire. 

On dépose sur la tombe du mort 
des vivres pour nourrir son waidoua 
(esprit); car, bien qu'immatériel, il 
est encore , selon la croyance de ces 
peuples, susceptible de prendre des 
aliments. Un jeune homme à toute 
extrémité ne pouvait plus consommer 
le i)ain qu'un missionnaire lui offrait, 
mais il le réserva pour son esprit, 
qui reviendrait s'en nourrir, disait 
le moribond, après avoir quitté son 
corps , et avant de se mettre en route 
pour le cap Nord. 

Un festin général de toute la tribu 
termine ordinairement la cérémonie 
funèbre; on s'y régale de porc, de 
poisson et de patates, suivant les 
moyens du défunt. Les parents et les 
amis des tribus voisines y sont conviés. 
Le corps ne reste en terre que le 
temps nécessaire pour que la corrup- 
tion des chairs leur permette de se dé- 
tacher facilement des os. Il n'y a pas 
d'époqu€ fixe pour cette opération, 
car cet intervalle paraît varier depuis 



trois jusqu'à six mois , même un an« 
Quoi qu'il en soit, au temps désigné, 
les j[)ersonnes chargées de cette céré* 
monie se rendent à la tombe , en re* 
tirent les os, et les nettoient avec 
soin : un nouveau deuil a lieu sur ces 
dépouilles sacrées; certaines cérémo- 
nies religieuses sont accomplies; enfin, 
les os sont portés et solennellement 
déposés dans les sépulcres de la fa- 
mille. Ce sont des caveaux ou des 
grottes formées par la nature ; les os- 
sements y sont communément étendus 
sur de petites plates-formes, élevées 
à deux ou trois pieds au-dessus du 
sol. 

Il parait qu'il y a des circonstances où 
les cadavres ne sont point inhumés , et 
où ils sont conservés dans des coffres 
hermétiquement fermés , ou déposés 
de suite sur des plates-formes, comme 
on le fit pour le père de Wiwia, 
pour cet enfant que M. Cruise vit à 
KaWera-popo, et sans doute aussi pour 
le corps deKoro-Koro. Probablement 
cela ne se pratique que pour les corps 
qui ont été préparés après la mort, 
et dont on ne craint point la putré- 
faction , tandis que pour les autres , on 
attend que la chair puisse se détacher 
des os , par un séjour suffisant dans la 
tombe. 

Non-seulement les restes des morts 
sont essentiellement taboues, mais, 
en outre, les objets et les personnes 
employés dans les cérémonies foné- 
raires sont assujettis au tapou le 
plus rigoureux. Avant de rentrer dans 
le commerce habituel de leurs com- 
patriotes, ces personnes ont à subir 
des purifications particulières, dont la 
nature et les détails nous sont encore 
inconnus. 

La cérémonie de relever les os des 
morts joue le plus grand rôle chez 
ces sauvages. Les parents n'ont acquitté 
leurs devoirs envers leurs enfants, les 
enfants envers leurs parents , et les 
^oux entre eux , qu'après avoir ac- 
compli cette indispensable opération. 
D'après l'idée que j'ai pu m'en former, 
l'enterrement ne serait qu'un état pro- 
visoire pour donner au corps le temps 
de se dépouiller de sa, partie corrup- 



OCÉANIE. 



/» 



tîble et impure; Tétat de repos défi- 
nitif, pour le défunt, n'aurait lieu que 
du moment où ses os seraient déposés 
dans le sépulcre de ses ancêtres. 

Ces naturels bravent les périls les 
plus grands, les fatigues les plus pé- 
nibles, pour rendre ces devoirs à une 
personne gui leur est chère, quelle que 
soit la distance où elle' aura péri, 

Sourvu seulement qu'ils aient Fespoir 
e réussir. Les parents ont toujours 
eu soin de réclamer les os de leurs en- 
fants qui sont morts pendant leur sé- 
jour à Port-Jackson ; la possession de 
ces dépouilles chéries calme leurs re- 
grets. 

C'est faire un outrage sanglant à 
une famille, à une tribu, que de vio- 
ler la tombe et de profaner les restes 
d'un de ses membres : le sang seul 
peut laver une pareille injure. Le chef 
Chongui exerça une vengeance terrible 
sur les habitants de Wangaroa, qui s'é- 
taient permis de violer la tombe de 
son beau-père. M. Marsden , mission- 
naire à la Nouvelle-Zeeland , raconte 
ainsi ce fait : 

« Je revis Chongui au retour de son 
expédition. Je lui demandai des nou- 
velles.. Voici le récit qu'il me fît : 
Quelque temps avant son vojage vers 
le cap Nord, on lui avait dit que les 
habitants d'un lieu peu éloigné de 
Wangaroa avaient enlevé les os du 
père de sa femme , du tombeau sacré où 
ils étaient déposés, pour en faire des 
hameçons. Mais il ne voulut pas ajou- 
ter foi à ce rapport, sans avoir d'abord 
examiné lui-même le sépulcre. S'y étant 
transporté , il n'y trouva plus que quel- 
ques cotes et la partie supérieure du 
crâne, qui avait été brisé. Les os des 
bras et des mains, ainsi que ceux des 
mâchoires, avaient été mis en pièces, 
et transformés en hameçons. Désor- 
mais sûr du fait, il marcha vers le 
village où demeuraient ceux qui avaient 
commis le sacrilège ; s'étant approché 
d'eux en plein iour , et à portée de 
fusil, il leur déclara qu'il \enait pour 
les cfaâtier d'avoir violé le sépulcre ou 
les os de son beau-père avaient été 
déposés , et d'avoir fransformé ces os 
en hameçons. Ils reconnurent leur 



tort et la justice de la conduite de 
Chongui : alors, sans entrer dans le 
village , celui-ci fit feu sur eux , et tua 
cinq nommes ; sur quoi le parti atta- 
qué le pria de cesser le feu , alléguant 
que la mort de ceux qui venaient & suc- 
comber était une expiation sufGsantc 
pour l'offense commise. Changui ré- 
pondit gu'il était satisfait, et raffaire 
rut ainsi terminée du consentement des 
deux parties. 

« Cnongui m'interpella pour savoir 
si nous ne regardions pas comme un 
crime grave de profaner les sépulcres 
des morts , et ae faire de pareils ou- 
trages à leurs restes, et si ce peuple, 
qu'il venait de châtier, n'avait pas 
mérité, par ses crimes, la peine qu'il 
lui avait infligée. Tout en admettant 
qu'il était juste de punir de pareils 
outrages , je répondis que j'étais fâché 
qu'il eût péri du monde, et que je 
craignais que ce qu'avait fait Chongui 
n'excitât ses adversaires à venger la 
mort de leurs amis. Choneui répliqua 
qu'ils n'étaient pas capables de faire 
la guerre contre lui, et qu'en consé- 
quence il était tranauille. » 

Les cadavres des nommes du jpeu- 

Sle sont enterrés sans cérémonie. Ceux 
es esclaves ne peuvent jouir de ce 
privilège; ils sont jetés à l'eau ou 
abandonnés en plein air. Quand les 
esclaves ont été tués pour crimes, 
vrais ou prétendus, leurs corps sont 
quelquefois dévorés par les hommes de 
la tribu. 

Une des coutumes les plus extraor- 
dinaires de la Nouvelle-Zeelandj c'est 
qu'à la mort d'un chef, ses voisins se 
réunissent pour venir piller ses pro- 

Î)riétés , et chacun s'empare de ce qui 
ui tombe sous la main. Quand c'est 
le premier chef d'une tribu qui vient 
de mourir, la tribu tout entière s'at- 
tend à être saccagée par les tribus 
voisines. Aussi, c'est pour elle un 
moment d'alarme et ae désolation 
universelle. A moins qu'elle ne soit 
puissante, et qu'elle ne compte un 
erand nombre ae guerriers disposés à 
la défendre , la mort d'un chef entraîne 
souvent la ruine de sa peuplade. 
Peut-être les ennemis ou les voisins 



eo 



L'UNIVERS. 



d'une tribu choisissent-ils de préférence 
cette occasion pourToppriraer, parce 
qu'en ce moment, outre la perte de 
son chef, ce qui doit naturellement 
affecter le moral de la tribu , un devoir 
rdisieux et sacré commande aux en- 
fants , et à tous les parents du chef, 
de se livrer à un deuil absolu , ce oui 
les empêche, par conséquent, de veiller 
à leur propre défense. » 

Nous parlerons des autres institutions 
religieuses à mesure que nous décri- 
rons les différentes contrées océa- 
niennes. 

DU GOUVERNEMENT ET DES PRÊTRES. 

L'Océanie présente toutes les mé- 
thodes gouvernementales ; mais ce qui 
la caractérise, c'est que partout le 
mode y est plus ou moins féodal : dans 
les empires despotiques de Sourakarta 
etdeDjokdjokarta, le pouvoir suprême, 
ainsi que les institutions politiques, 
offrent des formes diverses. Dans la 
Malaisie, cesontdes monarchies élec- 
tives, dont le chef est choisi par une 
aristocratie héréditaire qui en restreint 
l'autorité , ainsi que dans la presqu'île 
de Malakka, en Asie et en Afrique, dans 
la grande île de Madagascar, où cett« 
espèce de gouvernement a été vrai- 
semblablement naturalisée par les Ma- 
lais. Dans l'archipel des Moluques, 
chez les Dayas de Bornéo , et autres 
peuples, chaque famille isolée forme 
une petite société dont le clief ne re- 
connaît aucun supérieur. Dans la Po- 
lynésie , où le fécxialisme se retrouve 
avec de grandes nuances , la noblesse 
forme une caste séparée, dont l'orgueil 
est insupportable, et qui tient le peu- 
ple dans un abaissement difîicile à 
concevoir. Les rois et chefs électifs 
de Passoumah et des Reyangs , dans 
Plie de Souniâdra , ceux de Bornéo , 
Célèbes, Maïndanao, Timor, Ro tourna, 
et des îles de Noukahiva, ont une 
autorité fort limitée; mais les chefs 
des Carolines, de Peliou, deRadak, 
de Haouaï , de Tonga, de Taïti et autres 
îles , sont de véritables despotes. 

Les prêtres musulmans et chrétiens 
ont une assez grande influence dans 



la Malaisie; mais celle des prêtres 
polynésiens était immense chez ces 
peupl«87 et particulièrement dans les 
archipels de Haouaï et de Taïti , avant 
l'introduction du christianisme dans 
ces deux contrées. Dans plusieurs îles 
ils joignent le glaive à l'encensoir. A 
Viti , ils sont au-dessus des rois. Les 
sacrifices humains, commandés encore 
aujourd'hui par ces nouveaux Calchas 
à la Nouvellc-Zeeland et ailleurs, 
sont la triste preuve de leur puissance. 
Le sacerdoce est inconnu chez la plu- 
part des Malaisiens. 

INDUSTRIE, COMMERCE ET HISTOIRE DU 
COMMERCE EN OCÉANIE. 

Sous le rapport du commerce, et 
surtout tie l'industrie, la différence 
entre les divers pays de l'Océanie est 
fortement tranchée. LesTagales, les 
Bissayas, les Dayas, les Javans se 
livrent avec succès à l'agriculture ; les 
Bouguis, les Malais, les Holoans, à la 
navigation; les Célébiens, lesTagales, 
le Balinais et les Javanais, à l'art du 
tisserand et du bijoutier ; ceux de Sou- 
mâdra principalement excellent dans 
les ouvrages d'or et d'arsent en fili- 
grane. Les Carolins fabriquent de 
beaux tissus de l'écorce du milrier ; 
les Javans savent tailler et polir le 
diamant et les pierres précieuses. Les 
Européens ont établi dans la Malaisie 
des usines , des sucreries , des indigo- 
teries, des manufactures, des ate- 
liers. Les Polynésiens, et ceux de 
Rotouma surtout, font de belles nat- 
tes ; ceux de la Nouvelle-Zeeland , de 
beaux manteaux; et la sculpture de 
leurs pirogues , de leurs pagayes (*) 
et de leurs tambours , sont des chefs- 
d'œuvre d'élégance. Il en est de même 
des habitants de la Nouvelle-Bretagne 
et des îles Salomon. Les Dayas enten- 
dent l'exploitation des mines. 

T-.'industrie des Mélanésiens ne se 
distingue guère en général de celle des 
orangs-houtan ; cependant l'art du 
potier, inconnu des Polynésiens, est 
cultivé par les Papouas du port Dori. 

(*) Uames. 



OCEANIE. 



61 



Dans l'Australie , le commerce est 
nul parmi les indigènes. 

Le commerce le plus considérable 
S8 fait dans la Malaisie; les Javanais, 
les Bouguis, les Mangkassars et les 
Malais paraissent s'y être livrés dès 
la plus haute antiquité , et on connaît 
leurs relations avec les Arabes durant 
le moyen âge. Les Carolins occiden- 
taux fréquentent le port de Guaham, 
dans la Micronésie , et y échangent 
leurs productions avec celles des Ma- 
riannais et des Espagnols des Philip- 
pines. Dans la Polynésie, les Nouveaux- 
Zeelandais échangent leur précieux 
ftjrmmm tenax ( espèce de hn ) avec 
les Anglais établis dans l'Australie ; et 
le port de Hono-Rourou, aux îles 
Haouaï, est le marché des Américains, 
qui font le commerce des États-Unis 
avec la Chine, et qui exportent beau- 
coup de bois de sandal de Haouaï pour 
ce grand empire. Mais ce sont les Chi- 
nois gui font le plus d'affaires en 
Océanie. Leur commerce avec la Ma- 
laisie surpasse d'un tiers celui même 
des Anglais. 

Les principales places commerçantes 
de rOcéanie sont : Batavia, Manila, 
Amboina , Coupang, Dilli, Mangkas- 
sar, Sourabaya, Samarr-ng, Rhiou, 
Singhapoura, Pinang, Manado, Achin, 
Bevouan, Dori, Hono-Rourou, Ma- 
tavaï et Papeïti ; les îles Pomotou et 
Nouka-Hiva,SidKey et Hobart-Town, 
la baie des Iles , et Houkianga, dans la 
Nouvelle-Zeeland. 

Toutes les mers de l'Océanie sont 
fréquentées par les baleiniers qui y font 
la pêche du cachalot. Dans les îles aus- 
trales de Macquarie , etc. , ces ba- 
leiniers se livrent à la chasse des pho- 
ques. 

Nous allons esquisser l'histoire des 
établissements de commerce les plus 
importants. 

Les Portugais, sous les ordres du 
grand Alphonse d' A Ibuquerque, visitè- 
, rent, pour la première fois , les parages 
de Java et de Soumâdra pendant l'an- 
née 1510. Ce héros conquit la ville de 
Malakka en 1511 ; il fit annoncer cet 
événement aux principales nations de 
l'Asie et des îles Malaises , en les in- 



vitant à continuer leurs relations com- 
merciales avec cette place importante; 
il leur promit sa protection , et fit 
partir, pour répandre cette nouvelle, 
Antoine de Abreu, avec trois navires, 
que des marchands malais et javanais 
accompagnèrent. Abreu se dirigea vei-s 
Java et Tes Moluques; il débarqua au 
port d' Agaçai, que ron croit être G risse 
a l'extrémité orientale de Java: il con- 
tinua sa navigation vers Amboine, la 
principale des îles Moluques ; il prit 
possession , au nom du roi de Portugal, 
de toutes les contrées oiî il relâcha. Un 
de ses navires fit naufrage au retour; 
l'équipage se sauva à Banda , et la 
cargaison , après un second naufrage, 
fut envoyée a Malakka. 

Pendant les années 1520 et 1521 , 
Antoine de Britto, commandant une 
flotte de six navires, fut envoyé aux 
Moluques; il relâcha pendant rfix-sept 
jours à Agaçai, et fit reconnaître l'île 
de Madoura par un de ses navires : 
mais le capitaine qui le commandait 
eut l'imprudence d'aller à terre sans 
précaution , il fut fait prisonnier et le 
gouverneur d' Agaçai paya sa rançon. 
Quatre autres bâtiments portugais* ar- 
rivèrent aux Moluques, presqu au mo- 
ment ou l'escadre de Britto y débar- 
quait des troupes. Les Portugais y 
apprirent avec autant d'étonnement 
que de chagrin l'arrivée de l'amiral 
espagnol Hernando de Magallhaës, qui 
avait doublé le cap de Horn , et qui 
se trouvait alors aux Philippines. 

Vers cette époque, les Portugais 
firept avec le roi de Sounda , appelé 
plus tard roi de Bantam, un traité 
pour l'achat du poivre. Jean de Bar- 
ros, qui passa ensuite au service d'Es- 
pagne, nous a laissé une description 
de l'île de Java. Il nous apprend qu'elle 
était divisée en deux contrées bien 
distinctes, celle de Sounda dans la 

Sartie occidentale, et celle de Java 
ans la partie orientale de l'île. Les 
côtes furent visitées pour la première 
fois par les Siamois, vers Tan 800 de 
l'ère vulgaire; ils allaient de Siam à 
Mangkassar , et avaient naufragé à , 
Bail , d'où ils furent transportés à j. 
Java. 



69 



L'UIXIVERS. 



Les Portugais fiirent les domina- 
teurs de tous ces parages pendant en- 
viron quatre-ving1>dix ans. Vers 1595, 
un négociant hollandais, appelé Hout- 
inan, était en prison cour dettes à 
Lisbonne : il avait appris le secret de 
la navigation et du commerce des Por- 
tugais dans les îles de Sounda; car 
à cette épocpie, il y avait peu de rela- 
tions imprimées sur les Indes, et peu 
de moyens de s'instruire dans la ma- 
rine. Il proposa à ses compatriotes de 
Hollande de leur découvrir cet impor- 
tant secret , si l'on voulait payer ses 
dettes. Sa proposition fut acceptée à 
Amsterdam. Le premier voyage des 
Hollandais aux Indes orientales eut 
lieu en Tannée 1598. Houtraan com- 
mandait l'expédition : il fit voile vers 
Bantam , dont le roi était en guerre 
avec les Portugais. Il lui offrit des 
secours , qui aidèrent ce monarque à 
les chasser. Houtman obtint la permis- 
sion de bâtir une factorerie à Bantam 
même. Cet établissement est le pre- 
mier que les Hollandais fondèrent dans 
l'archipel indien. En 1602, la compa- 
gnie des Indes fut instituée dans les 
Pays-Bas. 

A l'exemple des Hollandais, la com- 
pagnie anglaise des Indes, que la reine 
Elisabeth avait réorganisée sur un 
nouveau plan, en 1602, envoya une 
flotte de quatre navires , commandée 
par le capitaine Lancaster, qui arriva 
à Achin dans l'île de Soumâdra, et 
fit voile ensuite pour Bantam, où les 
Anglais formèrent un établissement. 

En 1610, Pierre Both, crémier gou- 
verneur général hollandais, arriva à 
Bantam ; il reconnut que cet|e situa- 
tion n'était pas favorable pour un 
grand établissement permanent ; il se 
transporta à Jacatra en 1619 : cette 
place fot prise d'assaut et détruite ; 
en 1621 ( le 4 mars ), il fonda une ville 
qu'il nomma Batavia , près des ruines 
de Jacatra. Cette ville se peupla en 
peu de temps, et devint la capitale 
d'un empire nouveau. La prospérité 
du commerce hollandais croissait an- 
nuellement. 

Ainsi trois peuples européens pa- 
rurent successivement dans les îles cîo 



t 



la Malaisie, les Portugais , les Hollan- 
dais et les Anglais : nous ne parlerons 
point des Espagnols , parce qu'ils bor- 
nèrent leur ambition aux îles Philip- 
pines. Les Portugais , maîtres de l'Inde 
entière pendant près d'un siècle, com- 
mirent beaucoup de fautes dans leur 
administration. Nous les jugeons trop 
sévèrement aujourd'hui ; nous ne son- 
geons pas que 1 Europe s'efforçait alors 
de sortir de la barbarie du moyen 
âge. Les Hollandais, qui dominèrent 
après eux, profitèrent des leçons de 
l'expérience , et se conduisirent d'abord 
avec une grande prudence : leurs éta- 
blissements, qui étaient faibles et pré- 
caires dans l'origine , ne cessèrent de 
s'accroître, de se réunir, de se conso- 
lider, et finirent par former un em- 
pire. 

Les Portugais montaient des navires 
énormes de 1500 à 1600 tonneaux; 
5 à 600 hommes en formaient F^ui- 
page. Ces citadelles mobiles étaient 
mal construites, elles éprouvèrent de 
fréquents naufrages et des avaries con- 
tinuelles. La conquête des terres et la 
propagation du christianisme étaient 
les deux affaires principales ; la colo- 
nisation était pour eux d'une moin- 
dre importance. Mais leur ardeur à 
convertir les peuples au catholicisme 
indisposa contre eux les souverains de 
ces contrées et les rendit suspects : 
ils perdirent en quelques années tous 
les avantages immenses qu'ils avaient 
acquis. 

Le Portugal ne recueillit, par con- 
séquent, Que des fruits éphémères de 
la plus brillante expédition mi'offrent 
les annales de l'histoire : il fallut en- 
voyer des escadres pour réprimer les 
révoltes des Moluques". Il tallut croiser 
dans la mer Rouge et dans le golfe 
Persique , afin dV intercepter le com- 
merce d'Alexandrie et de Constantl- 
nople; le Portugal fut bientôt hors 
d'état de fournir des troupes et de 
l'argent. 

Lorsque les Hollandais et les An- 
glais parurent aux Indes , la civilisa- 
tion avait fait des progrès immenses en 
Europe. Les gouvernements connais- 
sant mieux leurs véritables intérêts, 



OCÉANIK. 



es 



ils abandonnèrent les spéculations com- 
merciales aux particuliers. Ils leur ac- 
cordèrent des privilèges en formant 
des compagnies marchandes : ce oui 
évita au gouvernement de faire des 
avances. Telle fut Torigine de la puis- 
sance des Pays-Bas aux Indes orienta- 
les, lis avaient fondé Batavia; une 
occasion se présenta de s'emparer de 
Malakka : alors tout le commerce de 
cette place importante passa à Bata- 
via, qui devint ainsi la métropole de 
ce qu'on appelait alors l'Asie australe 
et orientale. 

Les Hollandais agirent avec adresse 
pour s'emparer successivement de la 
plupart des possessions qu^ils possè- 
dent encore aujourd'hui. Us profitè- 
rent de toutes les guerres entre les 
nations indigènes, et contractèrent 
chaque fois des alliances avec l'un des 
deux partis, selon leur intérêt. Un 
accroissement de territoire et de com- 
merce en était toujours le fruit. 

Us trouvèrent un rival déia redouta- 
ble dans la compagnie anglaise ; mais 
ils parvinrent à la nannir, non par 
les armes , mais par une plus grande 
habileté dans les spéculations. Ces 
avantages immenses étaient d'autant 
plus inespérés, que dans l'espace de 
quinze années , c'est-à-dire de 1 602 à 
1617, les Anglais avaient établi des 
comptoirs à Patani, près Malakka ; à 
Achm, Ticao, et à Jambi, dans l'île de 
Soumâdra; à Bantam et à Jacatra, 
dans l'île de Java ; ils en avaient plu- 
sieurs à Bornéo , à Célèbes et aux 
Moluques, et les Hollandais en avaient 
très-peu. Malgré cette supériorité, les 
Anglais ne purent soutenir la concur- 
rence, ils abandonnèrent Bantam en 
16.33; ils avaient antérieurement perdu 
Jacatra, et ne pouvant lutter contre 
la fortune hollandaise, ils eurent la 
prudence de se concentrer à Bencoulen, 
dans rile de Soumâdra, où ils se main- 
tinrent avec succès. 

A la fin du XVI r siècle, un nouveau 
concurrent se présenta. Louis XIV 
ambitionnait le commerce des Indes 
orientales, il avait des relations à 
Siam. Forbin y fut envoyé avec quel- 
ques soldats; mais la fin tragique de 



Ck>nstantin Foulcon, en 1690, ruina 
ses vastes projets. Cet homme adroit 
était parvenu à devenir ministre du 
roi de Siam, et peu s'en fallut qu'il ne 
montât sur le trône. Si une révolution 
imprévue, qui occasiona la perte de 
Foulcon, n'avait pas eu lieu dans ce 
royaume, le commerce de l'Asie et 
des îles malaises passait sous la do- 
mination française. 

Nous n'entrerons point dans d'au- 
tres détails sur l'histoire des XVH* 
et XVIII* siècles ; nous y reviendrons 
en traitant chacune des divisions de 
cet ouvrage. En 1808, le maréchal 
Daendels fut nommé gouverneur gé- 
néral par le premier roi qu'ait eu la 
Hollande, Louis Napoléon. Jamais 
on ne vit déployer plus d'activité et de 
talents. Daendels fut le réformateur 
de la plupart des abus des possessions 
hollandaises en Orient , et l'un des 
fondateurs de leur prospérité. 

£n 1811, Ja Hollande fut réunie à 
la France : Napoléon remplaça Daen- 
dels par le général Janssens : trois 
mois après l'arrivée de ce gouverneur 
général , les Anelais s'emparèrent de 
l'île de Java et du reste des posses- 
sions de la Neederlande. 

Le 13 août 1814, ces colonies fu- 
rent restituées aux Hollandais. Leur 
pavillon fut arboré à Batavfa le 19 août 
1816, et M. le baron Van den Cappel- 
len vint exercer les fonctions de gou- 
verneur général des Indes orientales. 
M. Debus de Gesiçnies l'a remplacé 
en 1824, en qualité de comïhissaire 
général du roi. Il a été remplacé à son 
tour par M. le général Van den Bosch. 
M. Baud a été nommé après ce gou- 
verneur , et M. le général Évens , an- 
cien ministre des Pays-Bas, vient 
d'être nommé récemment, en 1834 , 
gouverneur cénéral des possessions 
hollandaises dans la Malaisie. 

MOBURS BT COUTCAIBS. 

La polygamie est en usage dans toute 
rOcéanie, ainsi que dans l'Orient; 
mais elle est plus particulièrement pra- 
tiquée par les grands et les chefs. 

Le tatouage, c'est-à-dire les dessins 



^ 



L'UNIVERS. 



qu'un art remarquable grave d'une 
manière indélébile sur la peau d'une 
grande partie des Océaniens, fixera plus 
lard notre attention. 

Ces peuples ont un grand nombre 
de coutumes bizarres concernant le 
mariage. Les femmes sont assez bien 
traitées dans certaines îles , principale- 
ment dans la Malaisie, excepté chez les 
Battas , et quelques autres peuples ; 
dans d'autres, leur sort n'est guère 
préférable à celui des bêtes de somme. 

L'anthropophagie existe dans diffé- 
rentes parties de l'Océanie , mais sur- 
tout à Soumâdra , à Bornéo , à Nou- 
kahiva , dans les archipels de Viti , de 
Salomon , de flamoa , de la Nouvelle- 
Calédonie , de la Nouvelle-Zeeland et 
dans l'Australie. L'esclavaee y est éga- 
lement en usage et principalement dans 
la Malaisie. Les îles de Céièbes et des 
Philippines, Poulo-Nias, Bali, Bornéo, 
Holo, Maïndanao, Timor, Arou, la 
Papouasie, etc., sont le théâtre des pi- 
rateries, du trafic d'hommes et de tou- 
tes les horreurs qui l'accompagnent. 
C'est aux Achinais , aux Bouguis, aux 
Malais et surtout aux Holoans qu'on 
doit imputer tous les crimes de cette 
traite océanienne. J'ai appris moi- 
même dans l'archipel de Holo que les 
pirates de cfs mers enlevaient, dans 
les Philippines seulement, environ deux 
mille Tagales ou Bissayas , la plupart 
chrétiens. J'ai encore appris dans l'île 
Maïndanao qu'un jeune Français , né à 
Paris , fils unique d'une dame veuve, et 
qui avait reçu une éducation soignée, 
avait été enlevé à quelques milles de 
Missamis , ville de cette île oui appar- 
tient aux Espagnols. Le brave co- 
lonel Santa -Romana, corrégidor de 
Missamis , fit en vain des démarches 
pour le tirer des mains de ses maîtres. 
ils demandaient 6,000 piastres pour 
sa rançon : certes, la rançon de notre 
malheureux compatriote aurait pu 
être aisément payée , s'il avait eu à sa 
disposition la fortune qu'il avait déia 
accise, en ramassant aux environs de 
Missamis et de Sourigao de la poudre 
d'or obtenue simplement au moyen du 
lavage. 

Pans la vie domestique les mêmes 



usages se retrouvent chez tous les Po- 
lynésiens. Ils font cuire leurs aliments 
dans des fours souterrains , au moyen 
de pierres chaudes. Tous font "drs 
bouillies avec la pulpe de coco , ic 
taro et le fruit à pain, remplacés par 
le riz ou le sagou dans la Malaisie et 
la Papouasie. Tous prennent leurs re- 
pas à terre et les jambes croisées , et 
se servent de leurs mains au lieu de 
fourchettes, à la manière des Orien- 
taux. Leurs ustensiles sont à peu près 
les mêmes (voy. pL 15). Presque tous 
boivent avec délices l'enivrant kawa , 
et il est le régal de leurs assem- 
blées ( voy. pL 18 ). Leurs habita- 
tions se ressemblent; elles sont vastes 
et réunissent plusieurs familles, snns 
fermeture, à Taïti, à Tonga, à Nou- 
ka-Hiva, etc. (voy. pi. 14). Mais les 
villages fortifiés, ou pahs (*) des Zec- 
landais, sont construits toujours sur 
des pitons, en des lieux d'un accès dif- 
ficile, ras de terre et palissades , at- 
tendu que ces hommes belliqueux sont 
fresque toujours en guerre de tribus 
tribus. Chez tous les insulaires du 
grand Océan, on voit des maisons en 
quelque sorte municipales, destinées 
aux assemblées publiques. Chez la 
plupart, on présente en chantant un 
rameau en signe d'amitié , et la ma- 
nière de saluer consiste à se frotter 
(boni) mutuellement nez contre nez. 

COSTUMES. 

Nous avons décrit les mœurs et cou- 
tumes des Malais, ainsi que celles des 
Australiens , au chapitre de l'anthro- 
pologie. 

A chaque partie de l'Océanie, nous 
ferons connaître les mœurs particu- 
lières des peuples qui les habitent. 

On remarque l'analogie la plus 

frande dans le costume des habitants 
e la Polynésie. 

Les Taïtiens , les Haouaïens et les 
Noukahi viens ne portent ordinaire- 
ment qu'une pagne étroite, ou maro^ 
pour couvrir ce que la pudeur défend 
démontrer. Ils savent fabriquer, ainsi 

(*) El non hippas. 



/ 



OCÉANIE. 



es 



' qae les Ton^ et leâ Rotoumalens , 
: une étoffe très-fine, réservée aux fem- 
mes , et des étoffes plus communes. 
Ils tirent la première . de récorce de 
Vaouté ( broussoneHa papyrifera ), et 
la deuxième de l'hibiscus et du liber, 
partie fibreuse de i*écorce de Tarbre à 
pain ( arùocarpus incisa ). Ils les tei- 
gnent en rouge avec les fruits d'un 
nguier sauvage , ou en jaune avec le 
curcuma. Les deux sexes se drapent 
avec grâce, lorsque la température se 
refroidit; les femmes surtout savent 
jeter sur leurs épaules une large pièce 
d'étoffe avec tant d'art, que cette es- 
pèce de manteau retrace par ses plis 
onduleux la beauté du costume anti- 
que. Les chefs seuls peuvent porter le 
vêtement qu'on nomme tipouta. Les 
Nouveaux-Zeelandais se couvrent avec 
de riches manteaux fabriqués avec les 
fibres soyeuses du phormittm tenax. 
Tous les Polynésiens aiment la parure. 
Ceux de Taïti et de Howaï se couron- 
nent de fleurs; ceux de Nouka-Hiva et 
de Rotouma préfèrent les dents des 
cachalots ; les Zeelandais placent des 
bâtons peints dans les lobes des oreil- 
les, et des plumes de différentes cou- 
leurs dans leurs cheveux. Les habitants 
de la Papouasie font mielcfuefois usage 
du maro. Quant aux Vitiens et à plu- 
sieurs autres insulaires de la Mélané- 
sie , ils ont déjà reçu Tinfluence des 
Polynésiens dans leur costume ainsi 
que dans leurs moeurs. 

Un genre d'ornement assez singu- 
lier, et que nous ne devons pas passer 
sous silence, c'est le tatouage. Ce 
mot paraît venir de tatou^ qui est le 
mot propre à Taïti. Il consiste à gra- 
ver certains dessins sur la peau d'une 
manière ineffaçable. Cette opération, 
assez difficile et douloureuse , est en 
usage dans toute la Polynésie, dans l'île 
Savou, chez les Dayas de Bornéo, etc. 
Les chefs et les prêtres polynésiens 
sont souvent tatoués de la tête aux 
pieds. Nous avons donné le portrait 
de Chongu! d'après un buste en bois 
sculpté par ce célèbre chef zeelandais. 
Certes , ce tatouage indique un art peu 
commun (voy. pL 4). 
Quelques Mélanésiens se font mal- 

5* lÂvraison. (Océànib.) 



adroitement des incisions, d'autres se 
contentent de tracer des lignes rouges, 
noires, blanches, et plus rarement jau- 
nes, avec des substances colorantes sur 
la figure ou sur la poitrine, à peu près 
comme les Hindous, quoique ce ne soit 
pas, comme ceux-ci, pour caractériser 
la secte à laquelle ils appartiennent; 
mais il est probable que c'est simple- 
ment une parure, ou une marque pour 
distinguer leurs tribus.- 

Les femmes des îles Haouaî et Ro- 
touma ont l'habitude de se poudrer 
les cheveux avec la chaux de corail. 

Aux fies Haouaî , l'éventail est un 
autre ornement commun aux deux 
sexes : les plus ordinaires spnt faits 
avec des fibres du cocotier, et ont un 
manche bien poli. Cook dit qu'on em- 
ploie aussi à cet usage les plumes du 
co^ et de l'oiseau des tropiques. Néan- 
moins, les plus estimés sont ceux qui 
ont pour manche l'os du bras ou de 
la jambe d'un ennemi tué sur le champ 
de bataille : ceux-là sont -conserves 
comme des objets précieux, et se 
transmettent de père en fil$ , comme 
des trophées d'un prix inestimable. Il 
est pourtant^ une chose . à remarquer 
dans ces îles, c'est qu'on n'y voit point 
d'hommes ni de femmes qui aient les 
oreilles percées , et que ridée d'y at- 
tacher quelque ornement leur est in- 
connue. 

Il nous reste à faire mention d'une 
autre espèce de mode partijculière à 
Haouaî, et qui n'exiçte peut-être plus, 
cai* l'influence du protestantisme a 
déjà réformé quelques-unes de leurs 
habitudes. Nous la représentons h la 
planche d'après Coot , qui assure que 
cette mode consistait en un masque 
fait avec une grosse courge, qui a des 
trous pour les yeux et le nez : le des- 
sus est garni de petites branches ver- 
tes , qu'on prendrait de loin pour de 
belles plumes flottantes^ et au bas sont 
attachées de petites bandes d'étoffe , 
qui ont l'air d une barbe tressée. Les 
aeux fois que les Anglais virent de ces in- 
sulaires se promener avec ces masques, 
en faisant des éclats de rire et toutes 
sortes de contorsions , ils crurent mïe 
c'était une mascarade. Il ne leur'mt 



66 



UUNIVERS. 



pas possible de s'assurer si Tusaee de 
ces masques avait pour objet de se 
garantir la tête des coups Je pierre, 
comme on pourrait le présumer, ou 
bien s'il n'avait lieu que pour certains 
jeux publics , ou seulement pour quel- 
que espèce de mascarade (voy.p/. 4). 

IJUTHMtoQUB. 

Dans leurs transactions commercia- 
les, les Malaisiens emploient ordinai- 
rement les Chinois et les Indiens de 
la côte de Coromandel. Les Javanais 
se servent, pour calculer, de caractères 
numériques qu'ils ont reçus des Hin- 
dous, et qu'ils forment par des entail- 
les sur des morceaux de bambou. Le 
calcul et le change sont généralement 
confiés aux femmes, dont l'adresse 
est bien supérieure à celle des hommes. 

L'histoire de l'arithmétique de ces 
contrées deviendrait l'objet de recher- 
ches intéressantes. Tout porte à croire 
que chaque peuple avait autrefois un 
système particulier de numération ; 
leurs langues respectives en offrent 
des traces. On retrouve encore ceux 
de Tambora et de Ternate , sous leurs 
formes primitives. Cependant un ca- 
ractère général se rencontre dans l'a- 
rithmétique de tous ces peuples, depuis 
Madagascar jusqu'aux Philippines, et 
même jusque dans la mer du Sud. 

Le plus bas terme de dassifîca- 
tiou est l'échelle binaire. Dans la pres- 
qu'île de Malakka , les peuples à che- 
veux laineux ne comptent que jusqu'à 
deux. L'unité s'appelle naî , et le mot 
deux be. 

L'échelle quaternaire est usitée dans 
le dialecte appelé ende, l'un de ceux 
employés à Flores. Le radical quatre 
est déaiffné par le mot woutau; on en 
ignore U aérivation. On exprime le 
mot huit par deux fois quatre. 

Le calcul par cinq est fort répandu 
dans la Malaisie, et principalement 
chez les nations les moins civilisées de 
l'est. Dans le langage des Céièbes, le 
mot Uma signifie cinq, et en outre la 
main. A Ende, pour exprimer le nom- 
bre six , on dit cinq et un, et le W>tor 
Ive sept ^ cii^ el dàix. 



On présume ond les m«iti(^ards 
de Sounda calculaient autrefois par 
six , parce que le mot gatiap signifie six 
et total. 

L'échelle denaire, c'est-à-dire le 
calcul par dizaine, l'a emporté surtout 
autre système dans la Malaisie, comme 
dans le reste du monde, à mesure 
que la civilisation a progressé. 

L'expression mille est la plus haute 
de la série numérique de tous les peu- 
ples malaisiens, excenté les Java- 
nais. Un fait assez étonnant, c'est 
que , dans toutes ces contrées , on se 
serve vulgairement des expressions vi- 
cieuses de dix mille , au lieu de cent 
mille; cent mille , pour di^ millions. 
Mais cet usage n'existe pas chez les 
Lampouns. Le mot laka signifie chez 
eux 100,000 , au sens exact. 

Le dialecte de la cour, chez les Ja- 
vanais , offre un moyen lumineux de 
découvrir l'origine des quatre premiers 
chiffres : un exprime la forme la plus 
simple : c'est le mot tunçfiUf qui signifie 
seul dans la véritable acception du 
mot; deux {kaleh) signifie avec un 
autre, ce qui désigne un objet corré- 
latif; le mot trw est sanskrit; le mot 
quatre ( kawan ) signifie une toufié de 
poils d'un animal , sans doute pour 
rendre une idée collective; l'étymo- 
logie du motgangsalf <f est-^re cinq, 
est inconnue. 

On forme le aoflfibre mUoal en 
allongeant le nombre de la partieule 
ka ou peTig, 

Les Australiens ne comptent gvère 
au-delà Ae leurs cinq doigts. 

POIDS ET VBSUl]»^ 

Bans la Malaisie, la |»]ua petite me* 
sure des céréales s'exprime par le mot 
gaaam^ qui désigne la quantité de riz 
qu onpeuttenirdanslecreuxdelamain; 
trois^a^a)iMfontunpocAona«quantité 
égale à ce que Ton peut réunir dans 
les mains en formant une cavité; deux 
pochongs font un gedeng^ cinq gédengs 
font un songgo. C'est la plus haute 
mesure connue dans plusieurs provin- 
ces. La mesure la plus usuelle est le 
hamatf qui équivaut à U sooggos. 



iOCÉAKIË. 



«r 



Là niMore la jdas isommuM des 
liquides est une écaille de noix de 
coco. 

Les Chinois qui habitent la Malaisie 
font usage d^une mesure de pesanteur 
appelée tahel^ qui varie beaucoup. Dix 
tahels équivalent à un kati, ou envi- 
ron 20 onces, mesure commune d'Eu- 
rope; cent katis font un piklë, ou 
125 livres \ de France, et 30 pikles font 
un coyan. Dans les transactions avec 
les Européens, ce sont ces mesures 
qu'on emploie le plus communément. 

Le bahara est un poids en usa^ 
pour le poivre. Sa pesanteur varie 
dans les diverses îles de cette partie 
de rOoéanie, d^uis 396 livres brutes 
jusqu'à 500. 

Dans le voisinage de Soumâdra on 
se servait de grains de riz pour peser 
l'or, avant que les étrangers eussent 
fait connaître d'autres procédés plus 
exacts. En général, on a adopté les 
termes du continent ^our désigner les 
poids et mesures. Vingt-quatre pois 
écarlate avec une pointe noire , ap- 
pelés rakat , font un mas; seize mas 
foni un tahel. Le mot rakat est évi- 
demment le rakhka ou re^Mdes Hin- 
dous; le mas est leur mcwcAa; le tahel 
est leur tola ou tolaka. 

Leur balance(ou trazou^m trafou)^ 
ainsi que le prouve son nom, est ori- 
ginaire de l'Asie occidentale. Lepeson 
(ou dachén) viendrait de la Chine par 
la même raison, ainsi que le kadei 
le pMe» qui sont également des dé- 
nominations chinoises. 

Les mesures de longueur sont moins 
précises que les mesures de pesanteur; 
les parties du corps humain, connues 
parmi tous les autres peuples , en dé- 
signent les subdpdsions. Le chankaê 
désigne, à peu près, la longueur d'un 
homme depuis les pieds jusqu'à l'ex- 
trémité étendue de la main. 

Dans on pays où il n'y a point de 
grandes routes» où Ton doit faire un 
grand nombre de détours, et où les 
transports se foot, la phipaH du tempSf 
par eau, il ne peut v avoir démesure 
itinéraire préeise. Aussi eompte-t-cm 
vulgairement par Journées, qui peu* 
vent vakwr diaconeSO milles an^^is. 



Oà désigne âite maà» d^nvirén 20 
miH^^pt demi, par le mot ota^mÊkm. 
Après cette marche , les porteurs font 
une halte. 

Les mesures de superficie ne sont 
pas plus exactes. Les Soundas, ou Ja- 
vanâs des montagnes de l'ouest ^ étof 
ploient le mot tomvak pour désigner 
un espace de terre en général. Ordi- 
nairement le calcul se nit anproxinM- 
tivement par l'estimatif^deracttlture 
desbufiQes. 

^ MOlfHAIBS. 

Il nous reste à parler des monnaies* 
A Palembang , à Achin , à Bantam et à 
Qieribon , on se sert d'une petite mon- 
naie d'étain, dont la forme est unépetite 
lame irréguKère creusée au* niiMeu , 
connue sous le nom de pichii : 500 
pichis équivalent à une piastre d'Espa- 
pagne. Autrefois on faisaitusitte à Java, 
surtout pendant l'empire deMajapahit, 
d'une monnaie de cuivre représentanl 
des figures fantastiques, aulourd'hui 
inintelligibles. 

M. RaDles , qui nous a fourni plo* 
sieurs détails sur l'arithmétique, nous 
apprend que les anciens Javanais Ma« 
ployaient, au lieu dedatet^, Une écriture 
symbolique appelée chandra sangkcUa 
(lumière des dates royales). Les dix 
chiffres représentent ce qui suit : 1 , 
l'homme, la terre ; 2 , les yeux , la fiKe; 
3, le feu; 4, l'eau; 5, le vent^ 0, les 
saisons; 7, les montagnes; 8^ les ani- 
maux ; 9, les cavernes , les portes; 10, 
la fin , la fuite , un char. Avec ces dix 
espèces de symboles , on forme des 
sentences emolématimies. 

Nous pensons qu'u serait utile de 
méditer ce système, qui explicniwait 
peut-être certaines parties de la cos- 
mographie et de la morale de quelques 
peuples orîeiltaux ; car l'Inde, suivant 
notre opinion , a répandu les seiences^ 
d'un côté , vers PÉgypte, et de l'autre, 
vers la Malaisie. 

Les monnaies anciennes en or sont 
rares dans la Malaisie; onn'yadécou* 
vert que deux fois des monnaies en 
argent. Cependant ce pays fournit de 
nos jours le 8* de l'or «â circulation 



L'UNIVERS. 



dans le monde entier; et les mines de 
diamant (*), maUgté leur mauvaise ex- 
ploitation, ont déjà donné un diîimant 
qui est le troisième en grosseur et en 
beauté qui soit connu dans le monde. 
Si les Hollandais n'avaient pas , ainsi 
que les Espagnols en Amérique , laissé 
aans les mams de peuples ignorants 
Fart d'exploiter ces mines , quelles ri- 
chesses ne tireraient-ils pas de leurs 
colonies malalsiennes. 

Il est à présumer que les. monnaies 
d'or ne furent frappées qu'après l'in- 
troduction du mohammédisme dans ces 
îles , car elles portent des légendes en 
caractères arabes, et des noms de 
princes musulmans. A Achin, à Mang- 
k-assar et à Kedda, on donne aux 
monnaies d'or la dénomination de mas. 
Dans la province d' Achin , 15 pichis 
forment un ma«. égala 18 francs. 
• Dans les Philippines on n'emploie 
que la piastre d'Espagne; 

Dans l'Australie, toutes les mon- 
naies d'Angleterre. 

Dans plusieurs parties de la Poly- 
nésie les dents de baleine servent de 
monnaies. 

IDIOMOGRAPHIE OU DBS LANGUES ET DE 
LEURS DULEGTES. 

Apiès avoir traité l'anthropologie 
et les différentes divisions de 1 ethno- 
graphie des contrées océaniennes, es- 
sayons déclasser et de comparer leurs, 
langues, moyen le plus sûr de faire con- 
naître l'origine et les rapports de leurs 
habitants. 

Pour faire sentir l'importance de ce 
senre d'études, un seul exemple suf- 
fira. Le P. L^obien a prétendu que 
les habitants des îles Mariannes n'a- 
vaient aucune idée du feu quand elles 
furent découvertes par les Espagnols. 
Mais comment un peuple dont la 
langue nous offre les mots feu (gouafi), 
6rwr(sonog), etc., aurait-il ignoré 
l'usage de ce précieux élément? 

Si l'on admet que la langue des 
Dayas est la mère du polynésien, 
ainsi que nous l'avons établi au chà- 

.. (♦) A Bornéo* 



pitre de ranthropologi^, il.en résulte 
que ,. malgré leur altération et leurs 
dissemblances, le ta'itien, le tonga, 
le mawi (*) , oti nduveatl-zeelandais y 
le haouaien et les idiomes de Rotou- 
ma et de l'île "VVaihou dérivent de la 
première. J'ai trouvé, en effet, une 
centaine des mots polynésiens les plus 
nécessaires dans la langue daya. La 
langue bou^uise, qui est fille du daya , 
et en est l'idiome le plus cultivé, est, 
à notre avis, la mère du battadeSou- 
mâdra, du holoan et du maîndanéen. 
Elle a fourni beaucoup de mots aux 
langues tagale, bissaya, endé, soum- 
bavoua , ternati, timouri , lombok, bou- 
tong, salayer, etc.; elle renferme bon 
^.nombre de mots sanskrits . et se divise 
en bougui vulgaire et en ancien bou- 
gui, qui est destiné aux écrits religieux. 
Elle a conservé des hiéroglyphes qui 
mériteraient l'attention des philolo- 
gues. 

Nous ne pouvons guère constater la 
filiation ni les rapports du papoua, 
parce que chaque traction de ce peu- 
ple, divisé en tribus, avant peu de 
communications entre elles , s'est for- 
mé un jargon particulier. Il en est de 
fnéme des Australiens, et cette re- 
marque est applicable aux innombrables 
jargons des innombrables tribus méla- 
nésiennes. Néanmoins le papoua de 
laNoUvelle-Guinée renferme plusieurs 
mots essentiels tirés de l'idiome des 
igohotes de Bornéo. 
• La langue malayou, la plus éten- 
due des langues , est parlée dans Tile 
de Soumâdra, où elle a pris nais- 
sance, et où elle conserve sa pureté, 
principalement dans le pays de Reddak, 
selon M. Crawfurd. On la parie aussi 
sur toutes les côtes des îles qui font 

fiartie de la Malaisie, dans une partie de 
a péninsule de Malakka , et , ce qui 

(*) M. d'tTrvillc a proposé de donner le 
nom de Mawi à la langue des Zeelandais , 
d'après celui de Ika na mam que porte File 
septentrionale la plus fertile et la plus im- 
portante des deux îles, qui composent la 
Nouvelle-Zeeland. Il nou^ semble que cette 
dénomioation pourrait être appliquée à ses 
habitants, qu'on nommeraiialors ie&MawUns^. 



OCÉANIE. 



^ 



est encore ^us extraordinaire , à Ma- 
dagascar près des côtes d'Afrique , et 
daas l'île Formose, située près de la 
Chine et du Japon. Elle a reçu plu- 
sieurs mots sanskrits , talinsas et ara- 
bes. Cette langue^ aussi douce que 
Fitalien et le portugais , est consacrée 
aux affaires et au commerce; elle est 
comme Tbindoustani dans Tlnde, la 
langue fran<]ue à Alger et au Levant, 
et le français en Eurol)e. Le malayou 
a touché le continent asiatique, s est 
approché de celui de l'Afrique , mais 
il n'a pas abordé en Amérique, et il 
n'a reçu aucun mot des langues de ce 
double continent. On doit en dire 
autant du polynésien. 

La plus grande ])artie des autres 
langues de la Malaisle, et même plu- 
sieurs de la Polynésie, présentent un 
grand nombre de racines malayoues, 
surtout^ la bissaye et la tagale, en 
usage dam les îles Philippines. A ce 
sujet,' nous observerons que le P. 
Zuniça se trompe étrangement quand 
il croit voir une parenté entre le taaale 
et les idiomes des Araucans du Chili 
et des Patagons. 

Le langage écrit chez les malais [)urs 
est appelé cfjawi, mot corrélatif à 
eelui de kawi, ou javanais savant. 

Plusieurs géographes et philologues 
ont répété que tous les peuples de race 
malaise parlent, depuis Madagascar 
jusqu'à lîle Waihou, des dialectes 
d'une seule et même langue, et que 
cette langue est le malayou; mais 
cette erreur, tant de fois répétée , n'en 
n'est pas moins une erreur. 

Le sotmda est la langue des mon- 
tagnards de la partie occidentale de 
Java; le madourais est en usage à 
Madoura. Le balinais , parlé à Bail par 
un demi-million d'individus, est peu 
connu ; mais il paraît renfermer beau- 
coup de mots sanskrits. 

Le tidorien , les idiomes de Guilolo, 
Timor-Laout, Amboina, Oby, Arrou, 
Salibabo, Bouro, Bo, Popo, Kissir, 
Moa , Sermatta, etc. , sont, il est vrai, 
des dialectes du malayou ; mais le ter- 
nati en diffère beaucoup., ainsi que 
les langues de Sanguir, Céram, Sapa- 
roua, Sôumbava, Endé , Timor et Sam- 



ba , ou Sandeiboscb , qui ont emprunt^ 
un certain nombre de mots bouguis* 

Dans les groupes de Sôumbava ei 
de Timor on parle plusieiurs langues 
particulières. Dans r>elle-ci le savant 
M. Freycinet cite celle des Vaïquenos, 
vers la partie sud-ouest, et celle des 
Belles, vers le nord-est; et il assure 
que les 63 petits états et tribus de 
cette île ont chacun un dialecte très- 
différent. 

Il est nécessaire d'observer qu'on ren- 
contre très-souvent des mots malayous 
dans ces langues parlées, parce que 
ce peuple, entreprenant et civilisé, 
est presque toujours mêlé avec len 
Moluquais , ou habite leurs côtes ; on 
trouve jusqu'en Polynésie des mots 
d'origine malayoue. Certaines tribus 
de Papous et d'Australiens en possè- 
dent guelques-uns. Mais ce qui est 
{)lus irappant, c'est que presque tous 
es peuples de l'Océanie , ainsi que les 
Malekasses, lesSidéians,ou Formosans, 
et les Malakkans emploient la numé- 
ration des Malais, peu ou point alté- 
rée. J'ajouterai que, dans la région 
montueuse de la péninsule de Malakka, 
on ne parle plus la langue des vain- 

^ueurs, mais un grand nombre d'i- 
iomes d'une nature opposée, ainsi 
que dans l'isthme caucasien. La lan- 



I,ue javane est , à notre avis , fille de la 
angùe bouguise, et mêlée de malayou 
et de sanskrit. Elle a, comme celle-ci, 
une langue sacrée, ainsi que la taî- 
tienne, et, déplus, une de cour, que 
les Javanais appellent basa-krima. 
I^ous avons déjà dit que les anciens 
Javans avaient aussi une écriture sym- 
bolique, qu'ils employaient au lieu de 
dates, et qu'ils nomment chandra 
sangkala^ c'est-à-dire, lumière des 
dates royales. 

Dans la Polynésie les langues ca- 
roliniennes et mariannaises offrent 
beaucoup de rapports avec le malayou 
et le tagale ainsi qu'avec les idiomes 
polynésiens. 

Les alphabets des Bouguis et des 
Battas présentent entre eux la plus 
grande analogie : celui des Tagaïes est 
plus compliqué. ,IJps formes 'gramma- 
ticales de Taïti et de Haouaï semblent 



H 



L'tJNIVEK». 



MiOter mt dncfèmie cif tlisation. Dans 

Si langue pol^ésf enne , ai bien fixée 
ans ses facines et sa s^mtaxei on 
teconnalt le système du malayou dans 
Èà plus eranae simplicité; cependant, 
et ce pomt est digne de fixer Tatten* 
tion, le polynésien ressemble moins 
au malayou qu'au malakassou, et le 
tonga, qui en est peut-être le dialecte 
le plus poli, ressemble plus au tagale 
qu'au ihalayou. 

Le malekassou offre les plus grands 
rapports de prononciation , et même 
de signification, avec toutes les lan« 
gués océaniennes, et principalement^ 
avec le maiai , pour la construction 
des mots composés et dérivés. 

Cette langue n'a ni déclinaisons, ni 
genres , ni nombres , ni distinction de 
Substantif et d'adjectif. Ellea, ainsi aue 
les idiomes européens, des particules 
qu'on place avant les mots pris pour 
adjectifs , afin d*en exprimer les dqgrés 
de comparaison. 

Les noms de titres ou d'emplois 
commencent ordinairement par on ou 
omp qu'on ajoute au mot gui forme 
le verbe de même signification. 

Les pronoms maleSassous sont sem- 
blables aux ndtres. 

Cette langue n'a aucune conjugai- 
$on : les verbes n'ont ni temps , ni 
personnes, ni genres, ni voix; elle 
distingue la voix par quelques parti- 
cules de même que le temps, ce qui 
fait qu'on est toujours obligé de jom- 
dre les pronoms aux verbes pour dis- 
tinguer les personnes. Les verbes se 
dîvîseiït en actifs ou réciproques, pas- 
sifs, potentiels , impératifs et unitifs ou 
exprmmnt une action faite de société, 
Comme voyager ensemble, etc. 

Là tangue malekassou que paHe la 
population entière de rtle de Ma1e« 
fiasciar (que nous nommons impro-r 
premebt Madagascar), une des plus 
grandes îles du globe, est aussi douce 
qu^barmonieusé. Elle présente dans la 
construction de ses mots des formes 
ftimnles, maïs riches et ingénieuses, 
et elle devrait nous intéresser d'autant 

S lus que là France a occupé une partie 
e ce oeau pays, et possède des droits 
qu^elle pourrait aisément ffeiîre valoir. 



si une eiEpédltldti forte et sagement 
conçue alx>rdait cette vâste contrée , 
pour V établir les bienfaits de l'indus- 
trie el d'une civilisation analogue aux 
besoins et aux habitudes de ces intel« 
ligents insulaires. 

En admettant le fover primitif delà 
Polynésie dans Ftle de Bornéo etdies 
les Dayas, et principalement ches les 
Dayas marouts ou idaans (*), qui 
habitent le nord de cette grande terre « 
et dont la race offre tant de ressem- 
blance avec les Polynésiens, la grande 
difficulté serait levée. La langue et 
les peuples polynésiens , ainsi que lee 
langues et tes peuples de l'Océan ie 
occidentale et australe ^ seraient venus 
de ce point central. J'ai déjà considéré 
les Dayas et les Igolotès de Bornéo 
comme leurs souches, et M. Balbi a 
consigné notre opinion dans son ex* 
cellente géographie. Ainsi, une lan- 
gue et un grand peuple océanien se 
seraient répandus de Bornéo à Mada- 
gascar, c'est-à-dire à 1400 lieues à 
"ouest, et de Bornéo à Waihou (île 
de Pâques), 2520 lieues à Test; enfin 
de Formose et de Haouaî au nord «jus- 
qu'à l'extrémité de la Nouvellè-Zee- 
land, au sud , environ 1800 lieues. 

Les révolutions, les mélanges des 
peuples, et tant d'autres causes, ont 
dû introduire des modifications plus 
ou moins importantes dans cette lan- 
gue daya - polynésienne , et princi- 
palement dans les Iles Marîannes et 
tes Mes Carolines, fréquentées jadis par 
les Chinois, les Japonais et, peut- 
être , les Arabes ; et aujourd'hui par 
les Tagales , les Bissayas , le IVouka- 
hiviens , les Bouguis et les Européens : 
mais ces altérations ne détruisent pas 
son origine. 

M. Lesson a cru trouver l'origine 
des Polynésiens en Asie chez les Mon- 
gols; M. d'Urville pense qu'ils sont 
arrivésde l'occident même de l'Asie; 
phisieurs savants qu'ils sont des- 

(*) Cette langue marout ou idaaa est ré- 
pandue avec quelques altérations depuis le 
nord jusqu'à Test de Bornéo, et vraisem- 
blablement dans la plus grande partie de 
cette immense région. 



OGÉANIE. 



71 



cendus des Hindous; et cpielques au- 
tres quMis viennent d Amérique. Cette 
qaestiofl, si importante et si difficile, 
ne sera peut-être pas résolue de long- 
tenap8« En attendant mieux , j'invite 
le lecteur à consulter le tableau poly- 
^otte comparatif ci-joint, de2J lan- 
gues de rOcéanie, pour mieux appré- 
cier mon humble opinion à ce sujet. 
Je me suis servi des vocabulaires de 
Forster et de Bougainvilie pour fa 
langue de Taïti ; de la grammaire de 
M. Kendal pour le mawi, ou nouveau- 
zeeiandais ; de Tatlas euinograbhiqué 
de Baibi pour le Formosan et rAus^ 
tralien des environs de Sydney. Les 
autres vocabulaires étaient publiés, 



sauf le tableau de six langues, saToir : 
celui des dayas-marouts ou idaans, 
edui de Holo, de Gouap, d'Oulfa , ou 
Goulaï, et enfin celui des Bouguisi 
que j'ai rapportés de FOcéafaie. Les 
deux premiers vocabulaires n'ont ja- 
mais été publiés ; et les vocabulaires 
de Gouap et d'OuUa offrent quelques 
différences avec ceux qui ont été don- 
nés par M. de Chamisso : il en est de 
même du bouguis avec celui qu'a pu- 
blié sir Btamford Rafiles. 

Ces différences sont présentées aux 
lecteurs dans le tableau suivant des 
langues les plus importantes de l'O- 
céanie. 



ERRATA DU TABLEAU GÉNÉRAL. 



]tefM« toloniiflf. 

a 
a 



rz 
II 

IX 

la 



ï4 
i4 
20 
a5 

4» 
88 
48 



lignM, 
avant-dernière. — 6 Tolumes, lise* : 19* 

7. — lin tableau , lisez : a. 

8 et 9. — ai langues de oes contrées , lise* : 4a langues comparées. 
II. — trois nouvelles cartes, lisez: quatre. 
17. — deux cent , ajoutez : quatre-vingt. 

9. — après ceUe ligne mettez ponr titre ; État d$ê eonhaissancfs 
des modernes, 
ae. — après le mot publiées , ajoutez : par. 
49. — < deux iles , Usez : trois îles. 
80. — * après Kienzi, ajoutez : la dernière d*Ariston. 
37. — ^ après Micronésie, ajoutez : dont U adopta également lë hôm 

sans aucun changenieut. 
4a. — trois cartes, lisez: quatre. 
43. — après la Malaisie, ajoutez: de fioméé. 
•o. — qu'elle se donne, lisez: nom qu*|iorte enemë^ne trib«4e. 
a4. — ^ après Idaans , ajoutez : quelques jlu^aUens^ . ^ 

16. — et découvrir, enacèz ces deux mots. * '^ 

14. -^ imicome, /r/M / biconMT. 

i5. — bicorne , /<V«« ; unicorne. 

17. -«et le bicorne dans^ lisez : è( de celle de. 



72 



L'UmVERS. 

TABLEAU POtreioTtÉ COMPARATII 

























F&AVÇ&U. 


HxxJLXCfO 
djawi (langue 


Jxvxx 

vnlgaire. 


Batta. 


Mo. 

I.ITQ0AIS 


Boxirio. 
Dut». 
Marout 
- on 


BOOOITZ , 

( langue 


HoiiOàs. 

Mes HoLO 

et 


pBiLir- 

PIHBS. 


Camoj. 
Gonap, 


zsns. 
Ouléa, 




«crlte). 




ternati. 


Uaan. 


écrite). 


non Soiou. 


Tagale. 


ou 
Yap. 


eu 
Goulaï. 


Un. 


Sa. 


Sidji. 


Sada, 


Rlmi. 


Ounl. 


Sadl. 


Issa. 


Yssa. 


Rep. 


Iota. 


Deux. 


Doua. 


Loro. 


Doua. 


Romodidi. 


Dottl. 


Doua, 


Daoua. 


Dalara. 


Rou. 


Mono. 


Trol». 


Tiga. 


Telou. 


Tolott. 


Roanii. 


Toran. 


Telov. 


Toulon. 


Tat. 


tWep. 


Tolen. 


Quatre; 


Àoipat. 


Papat. 


Opat. 


IRaa. 


Ampat. 


Mpa. 


Apat. 


Apa. 


Enenga. 


Tia. 


Cinq. 


Lima. 


Lima; 


Lima. 


RooMtoba. 


Rima. 


Uma. 


Lima. 


Lima. 


Labl. 


Lima. 


Six. 


Nam. 


Nam. 


Ânam. 


Rara. 


Anam. 


Mna. 


Anam. 


Anin. 


Hen, 


Honou. 


Sept. 


Toudjon. 


Pitou. 


Pitou. 


Tomdl. 


Pitou. 


Pitou. 


Piton. 


Pito. 


Medelip. 


Fiïou. 


Huit. 


Delapao. 


Voulou. 


Oualou. 


Tofkandgi. 


Haala. 


Harona. 


Walon. 


Valo. 


Merrou. 


Vato. 


Neuf. 


Sambelan. 


Stflga. 


Sia. 


Siyou. 


fknA. 


Hassera. 


Siaon. 


Si^am. 


Merep. 


HiYO. 


Dix. 


Sapoulon. 


Sa-poulou 


Sa-poolou. 


Ta4jim<». 


Sa-pottlou. 




Sapoulon. 


Polo, 


Ragga. 


Slgga. 


Barbe ou 
poils. 


' Djengot 


Oulou. 


• 




• 


iWouloa. 


• 


,• 


Kouml. 


Elouzaï. 


Bouche. 


Moulout. 


Cbangkam. 


• 




Baba. 


Timoora. 


Babou. 


Blbig. 


Ungach. 


Ici. 


hef ou noble 


KapaU. 


Ratou. 


Kapala. 




lanadietRadjab 


• 


Datou. 


• 


Tamolé. 


Tamolé. 


oco(iwixâe) 


Kalapa. 


• 


Kalapa. 




Kalapa. 


Kalapa. 




• 


Nion. 


NI. 


Coït. 


Tchoukl. 


• 


• 




Tcbonki.) 


• ^ 




• 


Ahi. 


Sirik. 


Femme. 


Pana pouan. 


Oudaa. 


Borou-borou. 




Bainon. 


Makonrei. 




• 


touhin. 


Tabout. 


Fruits de 
arbre ipaia. 


Sonkan. 


Tlmboul. 


■ 




• 


Gomasi. 




Ouroo. 


• 


. 


Grand. 


Bessar. 


Gnédé. 


Bessar. 




Bessa. 


• 




• 


Polga. 


Ialf>p. 


Homme. 


Orang. 


Lanang;_ 


Djaima. 




Ourang. 


Ouraui. 


Ourang. 


• 


Nanan. 


Hamoan. 


Langue. 


Lidah. 


Hat. " 


Lidn. 




lila. 


Lila. 


Dila. 


Lila. 


Alaen. 


Lunel. 


Lune. 


Boulan. 


Wonlan. 


Bouhn. 


Boolan. 


Boulan. 


Bottlaog. 


Qulaottlang. 


Bouao. 


Poul. 


Marara. 


Maison. 


Roumah. 


Oumah. 


■ 




Reumab. 


• 


Lovraa. 


• 


Naoun. 


Imou. 


ler, qnelqne- 
foU eau. 


. Laont 


Seghara-guédé. 


Aik. 


Aki. 


Danaott 


Oaai. 


Ai. 


Tottbig. 


Lao. 


Nao. 


Hère, 


Varna. 


Biang. 


Indou. 


Yaya. 


Inl. 


Indouoa. 


Ina. 


Ina. 


Langbclin. 


Rehn. 


oeh. 


Mata. 


[Mata. 


« 


Tako. 


Mata. 


Mata. 


Mana. 


Mata. 


hotttcg. 


Matai. 


Père. 


9»P^ 


Bapak. 


Ama. 


Baba. 


Ami. 


Ambeni. 


Amma. 


Ama. 


Tamang. 


Taman. 


Peut 


KetehO. 


TtblUk. 


Katchilf 


• 


Ketchl. 


• 


» 


» 


Vetik. 


Edigbit. 


Pirogue. 


Praboiu 


Prahon. 


Prabon. 


Praboa. 


Waaka. 


Praboa. 


Prahw. 


Proa. 


VifatemoM. 


YohWk. 


Porc. 

Sacré, 

quelquefois 

prubibè. 

Soleil. 


BabL 

Koad^ms. 
Hâta* 


Koodoas. 

Sfeng-enghe. 

TWnah. 


Babi. 
Kondous. 
Matamari. 


Babl. 
kabak. 
Hatafaarl. 


" BabotiL 
Habon. 

Tanah. 


Babl. 
Koudou. 
Mataso. 


Babi. 

Senang? 
Upa. 


Babooî. 

Arao. 
Loupa. 


Boua. 

Penant. 

AI. 


Bona. 
Penant. 

Vali. 


Terre. 


Tknah. 


Tana. 


Kaha. 


Tana. 


Vana. 


Tête.' 


Kapala. 


Àndas. 


Oulou? 


Dopolo. 


Takoulou. 


Oolon. 


Alo. 


Oio. 


Kadou. 


MetakJtia 
MatouL 


Tué 
et mort. 


BoonoaetMatl 


Matl. 


Bounou. 


• 


Matou. 


MaU. 


Mata. 


Mata. 


Maternai. 



OCÉANIE, 

DE 21 LANGUES OCÉANIENNES. 



7$ 



biHO&mo 
on 

VkUlAMAlS 

de 
Coaaham. 


Haovaï 

Savowi- 


Tàxti. 


ftUwx 

au 

NouT.-Ze«- 
landaîa. 


Pâpâova 

de 

Dort. 


NODV«A0 

cÀLSDoirwir. 


AvsrajLLXEir 

des 
•nTiroiu 

de 
Siidney. 


TàSMjLVIXV 

ou 

d«rtV..Dlé. 
mm. 


Malatoo as 
Malakkan. 


tÀTIQUB. 

Siiieïan 

ou 

Formosan. 


Malaiou 
A»aici.iir. 
HakkaHou. 


htchiliaï. 


Kahi. 


Tabi. 


Tabt 


Oser. 


Pa-rai. 


Ouaglé. 


Metean. 


Sa. . 


Sat. 


Rek. 


fcghiyél 


Loua. 


Roua 


Doaa. 


Sirou. 


Pa-roa; 


Boola. 


Poalar. 


Doua, 


Raouba. 


Rouu. 


«rghte^ffi. 


Kolou. 


Toaroa. 


Todoa 


Kioré. 


Par-gben. 


Broui. 


Kalarba. 


Tiga. 


Tacui-o. 


Telou. 


Fatlatai. 


Eha 


Haa. 


Wa, 


Tiaké. 


Par- bai. 


Ka,,.. 


Talkounn. 


Ampat. 


Hpat. 


IfTat. 


LûDiyâ. 


Lima. 


Rima. 


Dima. 


Rimé. 


Panim. 


Blaoaré. 


Brebra. 


Lima. 


Rima. 


LFba. 


'mandja. 


Ono. 


Hono. 


Obo. 


Ouaniné. 


Panim-fibi. 


Blaouré<ouaglé 


. 


Nam. 


Noam. 


loem. 


Ushiiâ. 


Hitoa. 


Hiddoa. 


Witou. 


Fik«. 


Paaim-Rou. 


Bhumré-bola. 


f 


Ibadjon. 


Pitto. 


Fitou. 


Ottrghijai. 


Baraa. 


Ouaroa. 


WadoQ. 


Ouaté. 


Panim-Gben. 


BUouré-brouî. 


. 


Delapan. 


Kaouibpa. 


Yalott. 


Jigbiiraû. 


IT.. 


Hiva. 


Iwa. 


$ib6tt. 


Paoira-baL 


Biaouré-karga. 


« 


Sambelan 


Mauonda. 


Slvl. 


KmoDtai 


Oami? 


Hboron. 


!l,aoudoa 


Samibttr. 


Pa-zoonik. 


• 


. 


Sapoulou . 


Kittl. 


Foulo. 


Àtchû. 


Ooni 


Oumi. 


Paî c au. 


Souabour. 


Poun-wang. 


» 


Kiilé. 


Djengot. 




Yak. 


h^joad. 


Waba. 


Vaha. 


Waba. 


Souamberi. 


Noo-anTa. 


Karga. 


Mooa. 


MouiouL 


Uootaous. 


Vava. 


bmorro. 


ArOii. 


Aribi. 


ArikJ. 


Radjab. 


Aligbi. 


j 




• 


Kapala. 


• 


Loban. 


Bidjoa. 


Niaoa. 


Niabon. 


• 


Seri. 


iXou. 






. 


Kalapa. 


» 


Vouaniou 


• 


• 


▲hi. 


AU. 


omu. 


. 






Drogué. 


Tchouki. 


a 


Lel. 


hlaoaan. 


Wàhiné. 


Wahinë. 


Wahiné. 


BibouDé. 


Tama. 






Loubra. 


Paran-pouao 


• 


Badi. 


knnuâ. 


• 


Oarao. 


• 


. 


• 






» 


Soukan. 


. 


• 


K^oolou. 


Moiû. 


Rtt. 


Wouï. 


Mias. 


. 






Elbenia. 


Bcssar. 


. 


Bai. 


KtnaB. 


Tangata 


Tahata. 


Tanau. 




Ait. 






Looadouen. 


Orang. 


• 


Oulon. 


Boula. 


Rerou. 


• • 


Arero' 


KaprcmW. 


. 


Tallang. 


Guenerouera. 


Lidab. 


DadiU. 


Lela. 


PooUb. 


Harama. 


Maramji. 


Marama. 


Païk. 


Malok 


Tenadab. 


Tegoura, 


Boulaa. 


VaoJial. 


Vola. 


Gonma. 


Haré. 


Waré. 


Waré 


Roum. 


Ouma. 


» 


a 


Roumab. 


• 


Taoa. 


TaliMi. 


Taï. 


Taï. 


Taï. 


Maasena, 


Dallai. 


Bado. 


Legana. 


Laoat. 


Rataoam. 


Taik. 


toagrago. 


TaL 


Taï. 


Taï. 


Lai. 


. 


TVianna. 


Blemana. 


Marna. 


Bina. 


Rini. 


UaU. 


Hauu 


Mata. 


Kaoohi. 


Roben. 


■ 


Hi. 


Elpina. 


Mata. 


HatU. 


Massou. 


lOBmlI:». 


Medoaa. 


Medoaa.' 


Matoua. 


Mangra. 


. 


Bianna. 


Nimermena. 


Bapa. 


Ania. 


Baba. 


Dikikf. 


Iti. 


Iti. 


Iti. 


. 


. 


• 




Ketehil. 


• 


Keli,? 


Proa. 


Vaba. 


Vaba. 


Waka. 


Ooa. 


Ti-Vr«ggaJ? 


Maragan. 


- 


Pfabon. 


• 


Laka. 


Baboué. 


* 


Pouhan. 


. 


B&Ien. 


• 


• 


• 


Babi. 


• 


Larabou. 


• 


Tabou. 


Tabou. 


Tapou. 


a 


• 


• 


.■ 




• 


• 


iddaoa. 


Ra. 


Ra. 


Rass. 


Ori, 


At. 


Coing. 


Tfgoara? 


Mata. 


Ouai. 


Majiouk. 


Two. 


Hena. 


Henoua. 


Wcnoua. 


Sabrou. 


Haiap. 


Permoul. 


• 


Tanab. 


Naî. 


Tané. 


Dou. 


Poho. 


Ot«K>b{X. 


K«V>«. 




. 


Cabeira. 


Eloura.. 


Kapala. 


Boango. 


Lube. 


Matai. 


• 


Maté. 


Madou. 


Mnapi. 


RalIIk. 


• 


Kragbaga. 


BounouetMati 


Ka-Patci. 


Maté. 



74 



L'UNIVERS. 



UTTéRÀTURB. 



Les peuples océaniens n'ont pas^ 
que je sache , de traités sur les scien- 
ces ; mais les Javanais , les Malais , 
les Tagales, et surtout les Bouguis, 
possèdent quelques notions d'astro- 
nomie; fls connaissent les planètes 
et leur cours , les pléiades, Syrius, 
Orion, Antarès et la grande Ourse, 
et se guident sur les astres dans 
leur navigation. Les Mangkasars em- 
ploient les noms arabes consacrés par 
leur religion, pour désigner leurs 
mois lunaires. Les Bouguis, au con- 
traire, divisent en 12 mois leur année 
solaire de 366 jours, lacjuelle commence 
1q 16 mai. , Ils possèdent un grand 
nombre de légendes, ^ouvrages sur 
l'histoire, la religion et les' lois, 
des traductions de Tarabe, du ma- 
layou et du javan, des contes et des 
chansons historiques nommées gali- 
gas, fondées sur des traditions natio- 
nales. Plusieurs de ces chansons célè- 
brent les exploits de Saoïdra-Gading, 
le premier chef des états de Louvou , 
qui avait étendu ses conquêtes jusqu'au 
aétroîtde Maakka. 

Les codes de Ouadjou, de Boni, de 
Mangkasara et de Mandhar jouissent 
d'une réj)utation méritée dans toute 
la Malaisîe , et plusieurs de leurs lois 
ont été adoptées par les princes malais 
et javans. La littérature javane est 

f)lus riche que la bouguise , mais seu- 
ement en traductions; ce qu'on doit 
attribuer, je pense, à ce que Java a 
formé un grand empire à trois repri- 
ses différentes, tandis que Célèoes 
est encore divisée en plusieurs petits 
états souvent ennemis. 

Les Javanais ont plusieurs romans, 
entre autres celui du malheureux 
Pandji , prince dont l'histoire est en- 
tièrement enveloppée de fables ; plu- 
sieurs apologues traduits du sanskrit; 
des chansons et quelques morceaux 
de po^ie indigène ancienne, et enfin 
une paraphrasedes deux grands poèmes 
épiques de l'Inde : le Mahabharata de 
viâsa et le Ramâyna de Vâlmîkl , le 

Çlus grand des poètes indiens. Les 
'agales et les Bissayas ont quelques 



faibles traductions de drames religieux 
espagnols, et quelques chansons. 

Nous citerons dix morceaux , dont 
quatre appartiennent è la littérature 
javane, et un fragment d'un poëme 
célébien, tous fort remarquables; un 
pantonn des habitants de l'Ile Rienzi 
dans rtle de Holo ; une chanson bou- 
^ise , un chant de guerre et de marine 
des Carolines; une espèce de romance 
tagale de l'île de Louçon, dans l'archi- 
pel des Philippines; et, dans la Poly- 
nésie, un diant de deuil d'une femme 
de Haouaî. 

Les morceaux javans sont tirés de 
l'abrégé des ouvrages de MM. Rafiles 
et Crawfurd , par M. Marschal. Nous 
nous sommes permis quelques légères 
corrections dans la traduction. Les 
autres voient le jour pour la pre- 
mière fois, dans une langue euro- 
péenne, sauf le chant de Uaouaî, et 
celui des Carolines, qui, cependant, 
diffère de celui donné par M. de 
Chamisso; nous les avons rapportés 
de rOcéanie, et traduits en français. 

Le Brata-youdha, dont le manu- 
scrit le plus complet appartient au 
radjah de Blelling, dans l'tle de Bail, 
est un poëme épique, composé par 
Pouseda en kawi , langue classique de 
Java, vers l'an 784 de l'ère vulgaire, 
ou, selon d'autres, vers 1167; il se 
compose de 719 stances de différents 
rhythmes. Les beautés de cet ouvrage 
peuvent être comparées avec les plus 
grandes compositions des Grecs , des 
Latins et des modernes. On y trouve, 
entre autres, plusieurs stances abso- 
lument semblaoles à certains passages 
d'Homère, de Shakspeare et de Mil- 
ton; ce qui est d'autant plus étrange, 
que les Javanais n'ont jamais eu lamom- 
dre connaissance de nos grands poètes 
de rOccident. 

Le tableau de la marche des enfants 
de Pandou ; la douleur d'Ardjouna (*) 
au moment où ce héros va combattre 
ses propres parents ,* l'épisode de la 
veuve de Salia, depuis le moment dû 
un rêve lui prédit la destinée de sdn 

(*) Un des dnq enfants de Pandou, roi 

d'AsUna, 



é|>oux , jusfii'au momeiit où elle lai^ 
joint dans les deux, wmtd'admiriibleii 
morceaux de poésie. 

L'ouvrage classique, intitulé Jlfâne^ 
maya y qui renferme la mythologie 
des Javanais « est écrit avec ia simpli- 
cité et quelouefois avec la sUUimité 
biblique. A coté de quelques monstruo- 
«ités, on y trouve des descriptions 
comparables à tout ce que la mytho- 
logie grecque a produit de plus beau. 
Le poème de Brata-youdha et le Ma- 
nek-maya nous présentent le contraste 
de la cour, des rois, et la rusticité des 
premiers habitants de Java, réunis en 
corps de nation dans la partie orien- 
tale de cette tle. Ces mythes prouvent 
que Tesprit humain a suivi la même 
marche progressive au-delà de Té- 
quateur et dans nos contrées occiden- 
tales. 

Nous allons citer un passage de cha- 
cun de ces deux poèmes. Voici celui 
de Brata-youdha : 

« Alors Krichna (*) donne un libre 
cours à sa oolère; elle bouillonne dans 
fiM>n sein ; il en éprouve toutes les fu- 
reurs; il se lève, terrible, éblouissant, 
semblable au tout-puissant Wichnou ; 
son aspect réunit les forces des trois 
pouvoirs et des trois mondes; sur ses 
épules, d*où sortent quatre bras, 
•^élèvent trois têtes et trois doubles 
yeux- 

tt T^e pouvoir et la majesté de cha* 
^e dieu entrent dans sa personne. 

« Son corps grandit, sa poitrine 
pousse des rugissements terriUes 
comme ceux du lion. Alors la terre 
tremble dans ses fondements , les 
cimes des montagnes s'âsranlent et se 
heurtient; les vagues de la mer se sou^ 
lèvent comme les plus hautes collines^ 
et s'entr'ouvrent comme des abîmes; 
les. monstres des mers sont jetés sur 
le rivage. 

« Aussitôt répouvante s'empare dn 
cceur des cent houraioas {**); ils sont 
immobil/es et silencieux ; leur regard 
est pâle , ^£aré { Kerna lui-même sem* 
ble pétrifié. SouyoudanaetYouyoutsa 

(*} Dewa iaearné. 

(**) Fib de Itewttrata » rai d'Astina. 



OCÉAKXE* n 

tombent d'ef&oii on tee oroiratt sans 
vie et sans volonté. 

« Drounaet BUmaf et te bon Pan- 
dita Naradav*), se mettent en prière, 
et jettent des fleurs odoriférantes de<- 
vaut le dieu ; ils lui disent : 

« N'êtea-vous donc pas le dieu du 
« jour? ne soyez pas le dieu de la 
« destruction. Ayez pitié de ce monde 
• et de ce qu'il renferme. » 

Voici un passage du Manek-Maya : 

« Avant que m cieux et la terre 
fussent créés, Sang^oM-MtkeM (le 
Tout-Puissant) existait. Ostte divinité 
était placée au centre de l'univers ; elle 
désira intérieurement aue le Régula* 
teur suprême lui accordât un sonnait. 
Aussitôt tous les éléments se heurtè- 
rent, et il entendit, au milieu d'eux, 
une répétition de sons semblable au 
battement rapide d'une cloche. Il leva 
les veux, et u vit un slobe suspendu 
au-aessus de sa tête; il le prit et le 
sépara en trois parties : une partie 
devint les cieux et la terre, une aul^e 
partie devint le soleil et la lune, et la 
troisième fut l'homme, ou Mamek- 



A La volonté de Sang-yaot-wisesa 
ayant été accomplie, il voulut bien 
^rler à Manek-mayCy et lui dit : 
Tu seras appelé Sang^ang-gourou; 
je place une entière confiance en toi ; 
|e te donne la terre et tout ce qui en 
déprad , afin que tu en uses et que ta 
en disposes selon ton plaisir. Apres ces f 
paroles, le Tout-Puissant disparut. » 

Voici un extrait du Jayorianqkara, 
ouvrage d'une haute antiquité, qui 
indique le costume d'un Javanais ac'^ 
Gompli, et les qualités morales qu'il 
doit s'dOforcer d'acquérir : 

« Un jeune homme d'une naissance 
« distinguée se reconnaît aux qualités 
« suivantes : Son coeur et son esprit 
« seront calmes et tranquilles. Il saura 
« réprimer ses passions, et se taire 
« quand il le faut. Jamais il ne 
« dira une fausseté; il ne craindra 
« point la mort; il sera exempt d'<Mr- 
« gueil, etjsa dévotion consistera i 
« secourir les nMybeureox.—*IlexéGa« ^ 

(*) Un suât et «usii on savant. 



n 



L'UNIVERS. 



« teia promptement ce qu'il enttfi- 
« prendra , et pénétrera doucement les 
« intentions des autres; il sera toujours 
« discret, actif et intelligent. Lors- 
« qu'il rencontre un homme instruit, 
« il doit s'attacher à lui comme à un 
« ami , et ne point le quitter avant 
« d'en avoir acquis tout ce qu'il est 
« possible d'en apprendre. — Aussi 
« long-temps qu'il vivra , il doit avoir 
« soif de connaissances ; son langage 
« sera doux et cultivé; et il faut que 
<c son aspect et sa taille soient sans 
« défaut; sa contenance doit être ai- 
« mable et semblable à celle de Batara- 
« asmara^ ledieude l'amour, quand il 
« descend sur terre ; et lorsqu'on le 
« regarde , il doit faire naître cette 
« pensée : Combien U sera grand dans 
•i M guerre! * 

« Il portera un chelana-chindi avec 
« un cuHiot vert foncé; sa ceinture 
« sera d'or. Son kris aura une gaine 
« de safyian et une poignée de ttmg- 
« gahsmi. Le soumping ( espèce de 
« fleur artificielle qui pend sur les 
a oreilles ) sera d'or et à la manière 
« de soureng-peti (brave à la mort) , 
«t et il portera une bague d'or au pouce 
« de la main droite. » 

Dans le morceau suivant , un ancien 
poète javanais fait le portrait de sa 
maitresse : 

« Le visage de la vierge que j'aime 
a l'éclat de la lune ; la splendeur du 
soleil est éclipsée par sa présence , et 
elle en a dérobé les rayons. Elle est 
tellement' belle qu'on ne peut décrire 
sa beauté. — Rien ne manque à sa 
taille; ses dieveux, lorsqu'ils ne sont 
pas attachés, tombent jusqu'à ses pieds 
en boucles: nôtres et ondoyantes. -*- 
Se3 soUreils sont comme deux feuilles 
de l'arbrie inUfo; ses ]^eux sont étin- 
celants , son nez aquilin , ses dents 
noires, luisantes et bien rangées; ses 
lèvres de la, couleur de l'écorce fraî» 
che du mangoustan (vermillon tirant 
sur le i}rui)); ses joues ont la forme 
du dourian C fruit arrondi ). — Ses 
çleux seins, partaitement ronds, s'indi** 
nent l'un vers l'autre» Ses bras sont 
comme un arc; ses doigts, longs et 
flexibles, ressemblent aux épines de 



la forêt, ses ongles à des perles; sa 
peau est d'un jaune éblouissant, sem- 
blable à l'or natif, avant mie ce métad 
ait été soumis à l'action du feu; son 
pied est aplati sur la terre, sa démar- 
che majestueuse comme celle de Télé- 
phant/— Cette beauté ravissante était 
parée d'un chindirpatola de couleur 
verte, entouré d'une ceinture . d'or. 
A ses doigts étaient des bagues, pro- 
ductions de la mer; ses boucles d'o- 
reilles étaient d'émeraudes entourées 
de rubis et de diamants; et une épin- 
gle d'or, ornée de rubis, enchâssée 
d'or et d'émeraudes, attachait ses 
cheveux. Son collier était formé de 
sept pierres précieuses; elle était par- 
fumée Hvec tant d'art qu'il était im- 
possible de distinguer l'odeur d'aucun 
parfum. » 

Parmi les grands ouvrages de la lit- 
térature javanaise, il faut citer le 
Brata-ymdhay ou la Guerre sacrée, 
poème épique, et le Manek-mxiya, 
ouvrage mythologique. Les chants 
suivants caractérisent assez bien les 
divers peuples auxquels ils appartien- 
nent. Nous citerons un passage d'un 
poème célébien plein de feu et d'é- 
nergie : 

« Si le monde entier te haïssait, 
« moi je f aimerais encore; jet'aime- 
« rais toujours ; mon amour pour toi 
« ne pourrait s'altérer, quand même 
« il y aurait deux soleils dans le fir- 
« marnent. Enfonce-toi dans 4a terre, 
« ou passe au milieu du feu , je veux 
« te suivre. Notre amour est récipro- 
« que, et le destin ne peut nous séparer. 
« Que Dieu nous enlève ensemble , ou 
« bien ta mort me sera fatale. Les 
« moments où je vais auprès de toi 
« me sont plus précieux qui si j'allais 
<c vers les plaines de la lélicite. Sois 
« irritée contre moi, ou repous^e- 
« moi , mon amour ne changera point. 
« Ton image seule se peint sur l'oeil de 
« mes idées. Si je dors et si je \eiiiej 
ft ma passion fait que je te vois par- 
« îout, que je te parle toujours. Si 
« j'expire , ne dis pas que je meurs 
« par le décret ordmaire du destin, 
« mais dis que je suis mort d'amour 
a pour toi; Rien n'est comparable à 



OCEANIE. 



77 



« ceâ délkieuses ôxtases, qui peignent 
« mon amour si vivement à mon ima- 
« gination. Que je sois loin de ma 
a patrie , que je sois aussi loin de toi 
a qu'on peut le supposer, mon cœur 
« est toujours près ae toi. Dans mon 
K sommeil, je te cherche et j^espàre 
« toujours te trouver , etc. » 

Pantoun des habitants de rue' RUnxi dam 
l'archipel de Holo. 

Ambo joQgo bourra bassi» baosi 4 
Doudou dibawa batana , 
Ambo $ougo , me nanti , me nanti 
Manapo tida datan§^. 

Je jone snr nn dbalnmean , nn chalnmean ; 
Assis dessous un arbre. 
Je joue en attendant, en attmdanty- 
Poarquoi ne Tenez- tous pasP 

l'Amour constant. Chanson bouguite. 
(c'asT ova vKuits qui *abx,«.} 

« Brani, ô mon bien -aimé, j'ai 
gravi le rtont escarpé pour suivre des 
yeux ton départ. Les vents fougueux 
d'outara (le nord), père des tempê- 
tes , font une profonde impression sur 
mon ame. Elle est tourmentée parce 
que j'ignore ta destinée. La vague 
mugissante, arrivant de la grande 
terre, mère de Kalamatan (*), vient 
chaque iour rouler sur le rivage, et 
toi , exilé de ta patrie ^ tu vogues au 
gré des vents , tu cours trafiquer à 
Tanna Papoua (**),près des monts d'où 
s'élance le soleil. Sur mes épaules 
flotte lé sabok (***) que tu portais : 
tu me l'as donné pour gage de ton 
amour. Doux souvenir ! sur quelque 
rivage que tu portes tes pas , sois-moi 
fidèle; partout mon amour te suivra 
constamment. » 

chanson erotique d'un étranger à une Gadise 
du pays des Dajas dans l'ile de Bornéo. 

« Viens, belle Gadise (****); belle Ga- 
dise, viens ce soir dans le balley (*****); 
je ne suis plus étranger pour toi, 

(*) L'île de Bornéo. 
(**) La NouTelIe-Guinée, 
(***) Écharpe. 

(****) Ce root ùgm&e jeune Jîiie. 
(*****) Grande maison destinée à loger 
Us étrangers et à donner des fêtes. 



puîsgue tés bras sont devenus ma 
patne. Tu m'ofifrîras ta botte de 
siri{*)^ et tu feras résonner les Aa- 
Ungangs (**) à mon oreille avide* 
de tVntendre; tu fixeras tes yeux 
mourants de .tendresse, sur mes yeux 
qui dévorent tes charmes; tu danseras 
avec tes compagnes , tu danseras avec 
cette grâce voluptueuse qui t'accom- 
pagne partout; tu placeras le sdlin- 
dani (***) sur tes épaules , et , avec tes 
mains légères , tu le développeras de 
cent façons différentes pour dessiner 
tes formes élégantes. Je te donnerai 
le kipass (éventail) et le kiatcha (mi- 
roir) que m'ont fournis le Tchiha (Chi- 
nois) et le serani (chrétien), que je 
t'ai promis, et nous chanterons en- 
semble un seramôa (****); nous verrons 
ensuite qui des deux sait mieux ex{)ri- 
mer l'amour. Ah ! ce sera celui qui le 
sentira le mieuxr A ce soir , belle Ga- 
dise ; belle Gadise , à ce soir. » 

Chant de guerre et de marine des îles 
Carolines (**"*). 

La peuple eo foule sur le rivage dit » 

Notre chef met à la Toile. 

N'allez pas vous briser sur les écueils. 
L'dguipage. La terre est hors de rue. 

Void le reflux , roid le r^nx. 
{jilon ou entend U commandement du chef.) 
Que vos pirognes aillent de conserve ; 
IjCS Tagues Tentent s'y précipiter ; 
Gonyemes bien ros navires. 
L'équipage, Gouremons bien, fouvemons bien. 
{Le peuple dit :) 
Lé flax les emporte derant nous. 

Romance tagale de l'ile de Louçon dans 
l'archipel de Pfiilippines. 

Qne faire h présent. 
Séparée de toi ? 

(*) Le bétel prend le nom de Sirî dans 
une partie de la Malaisie. 
(**) Les katingangs sont de petits gong» 

S lacés sur un châssis, formant une espèce 
'harmonica métallique. 

(***) Écharpe. Celte danse du salindani 
(mot daya, étranger au malai) est très-gra- 
cieuse. Elle rappelle la danse du châle en 
Europe. 

(****) Espèce de chant dialogué, ainsi 
que le panioun et le sayar. 

(***♦*) Celui qu'a donné M. de Chamisso 
0^ quelques différences. 



70 






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TfiB . Sa. — iàîr d«f ChiBM hablUat U nord d« lUe BoniAo, { Ifa^ûi^. ) 

55 Mode rato, ^ ^ ^ ^ 



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«•4. 



» li ^ Jikiantino, 



S ééiulantino, * - 



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L'UNIVERS. 



|afortnBé«, qo* itnivoàrvi^f 
Vo» bois étaient si agréables 
ÀTant ton déparf 1 
Qa'lb spnt tnstea avjourd'kiii I 
Ils soat tristes comme mon casnr. 
Que faire & présent. 

Séparée de toi? 
Toat m'importnse , hé^ I 
Infortunée, que derieadraijaf 

CHAin* DB DEUIL HAOUAIElf (*). 
c*«ST ««« wnuum qvi csavts sva &a rowa^ pv 

VAMSOX UAQO-MOKOV t ftOnTa«lt«V« 9M VAWY* 

Hélas 1 bélat I mort est mon èhefs 
Mort est mon seigneor et mon «mil 
Mon «mi dans la saison de la famÎM} 
Mon ami dans le temps de la sécheresse ; 
Mon ami dans ma pauTreté ; 
Mon ami dans la pluie et dans le Tant; 
Mon ami dans la ebalewr et dans le soleil ; 
Mon ami dans le froid de la montagne; 
Mon ami dans la tempête; 
Mon ami dans le ealme ; 
Mon ami dana les boit mers» 
Hélas 1 hélas! il est parti mou «mi » 
Bt il ne reviendra plus. 

XUSIQUB. 

Tous les peuples, ciTllisés ou sau- 
vages, de rOcéanie, aiment passion- 
nément la musique; mais elle a fait 
plus de progrès â Java que dans le 
reste de cette partie du monde; car 
nous ne comptons pas la musique des 
habitants des Philippines, Qui ont 
adopté celle des Espagnols ou des créo- 
les du Mexique et du Pérou, établis 



à Manila. Pour domMr ttne idée du 
caractère de la musique de ces peuples, 
nous publierons ici douze morceaux, 
saroir : un de Gélèbai, un de Java, 
un des Chinois qui habitent le nord de 
nie Bornéo; un de 2amboanga, dans 
rtle de Maîndanao ; un air de danse des 
îles Haoua! ; Un diant de lile Gouap, 
dans rarchipel de$ CaroUnes ; un chant 
4e mort dç r!le Taïti ; un air des Pa- 
pouas de la Nouvelle-Guinée; un des 
mdîçènee de l'tle TrAman, la plus 
méridionale du groupe d*Arou , et enfin 
un air australien des sauvages de la 
terre d*AaTiheim. Nous avons rapporté 
ces morceaux de Tûcéanie, et nous 
avons eu soin de les noter nou$-mé- 
me. Ils sont tous Inédits, sauf celui 
de Java, celui de Haoua!, et celui de 
Gouap , qui offre néanmoins quelque 
différence avec Tair donné par Chéris. 
Plusieurs de ces morceaux sont aesez 
piquants, et celui de Zaroboanga peut 
être mis à côté d'une de nos jolies «o- 
mances (voy. la o/. ci-contre). 

La plupart des Instruments de la 
Mataisie viennent de la Chine ou de 
TEurope, sauf les flûtes et les la- 
babs. Les Polynésiens elies Papouas 
possèdent le syrinx. l^es Javanais sont 
plus riches: Ils emploient plusieurs 
instruments (*) à vent, à cordes, et 
de percussion, tirés de Tlnde et de la 
Chine, ou inventés à Java ( voy .jj/. 15). 



Air âm mmnm Hhm^w de lile Célèkef. {MataUU.\ 
, Tempo gUuto. 



Ifl. 



éi>ht: c j\r^'i ^ n\f*^'\^^iXP 



Ir ^ \ u .xi \ riU Pli rif ^ 



4i >; i r:/a i r ^K'fn i f ' ' 



n Ce mor«M9 eit traduit dyprèt h 
lr«d«MU<m de M. EBii, nidaioiiiiiaire an- 
glais. 



{*) Non» n'avons pat en pouvoir mieux 
lûre nue dVxtraire oe Touvrage de M. Baf- 
fles le chapitre sur le» inêtrtiments, "'"" 
que celui sur le théâtre. 



OCÉANIË. W 



ir«. 




^^^ 



i" iM^hT^i' ^i' ^ 



^ 




rLgîTiï 



i'' jJin r^ 



t^J-JttTtj 




Tf m - Sa. ^ iàîr d«f Chinvît hablUnt U nord d« 111e Bornéo. ( MakUie* ) 

^ Moderato, m m _ ( • 




Air «kAatéfiv mmm domoifolU motÎTO HifpoAO JKolaiftMiîic de 
Zamboeafa. (Jl«/«i«î«. ) 
Ss Àndantino, 




80 



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L'UNIVERS. 



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^-ipr^'^'i^ --t-r-^r'i;!'^ Jif'p.^^ 



K^S. 



i 



Aîr do danfc des tlet H«oii«l ( Polynitie* ) 

H Allegretto. Psalmodié en bredouillant. 



se^ 



'j ;,; j.jU^^iJiii^'i-^ 




N°«.3S 



Aîr de llle Goaap, dans les Gaurolmes. (PofynétU. ) 

jindante Cantabile. '^=:=z^ . ^ 



^--^ 



^ |4J- fj;; I »»■ t •' j I °'' P ^ j I «^' ^ 



ni'l'fON-F^ 



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^* 7. 



Allegro, 



Ch*n«on comlqae des Marianaats. (Polynétte. ) 



fc* 



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gr^ ^ ^'ig r ip 



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Ilsj-ngon, gcfo-dja pa-lt ou an --ho, 



nga ho sad- 



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di goui mi na-*--ho; ho sou ou • ni ngo msK ma 

, REFKAnf . 



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ngouplouplou djott djan pou gou a «-on. 



Bi-dja--« mo, bi-dja- 



c K I c g r I p r 



^ P — P- 



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• mo ; bi dja - • mo ; ghé - - - mo, ghé 



ghéghé 



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# — ^ — (»• 



tlt=ltrl>: 



mo: Di- - • * kou, di 



kou, di - lin di - h - • - kou i 



OCEANIE. 
Air original da ballet de BCostesouma , 

Autrefois en usage au Mexique et aujoard*hai à Gouakam {^Pof/niiis.) 
• s=:]|f ** 1 • 88 du métronome. 

. 1, ^^fy°' 



61 




\;::j:]|j.>% ^££j'^,ri[r ;^c;ir'i 



Largo Jlehile, 



Chant de Mort de TaTtS. {Polynésie.) 



«•«• " ^rc~r r f ri|^ f j ^ 



=«=5f= 



^ 



A - ghi ma - té a vrai to pa ya a • ghi ma - lé 



^ 



^ 



^ 



* 



a vaï to pa ya 
Air des Pap( 
jtîUgro moderato^ 



de la NouTolle Guinée ( Mélanitie, ) 
Bis. 



«• >o-i h » a r ^ 



^ 



*^ 



^^^^ 



f-r—f— ipilL 



^ 



fg— ^ 



N» I 



Air des indigèoea de llle Traman, dans le groupe d*Arov. ( Milanésie,) 

jâUe gretto g 'mtto, Tremblotté et mystérieux. 



=in= 



£ j^-c-r^ 



r j r fi^f ^ 



^•^ll 



Air australien des sauvages de la terre d'Aml>eia 

jà Jndante, 



iHΠ



Hk=^i^H=^i^ ^^ 



ifci 



5^ 



r ^M r cj:f±j=gy^ 



V Livraison, (OcÉlNii.) 



92 



L'UNÎVlHl 



UfSTRVmirrs ds husiqce. 



Parmi les lâstiHiHiénts h vent, le 
plus grossier est aopelé anakknmg. 
L^ montagnards ae la partie occi- 
dentale de Java en font usage. Il est 
fait avec des bambous coupes comme 
des tuyaux d'orgue, dont lies tons 
montent graduellement : ils Sont atta- 
chés à une latte. On voit souvent des 
toiupes de 40 à 50 montagnards jouant 
tous à la fois de cet instrument , en 
dansant. 

Il y a, dans Ttle de Bali, un instru- 
ment à vent qui ressemble à la flûte 
traversière ; le son en est aigu comme 
celui de la clarinette ; il a quatre pieds 
anglais de longueur; quatre ou cinq 
personnes jouent ensemble. Le souUng 
est une autre flûte, ainsi que le ser» 
daum. Chez les Malais on loue isolé- 
ment de cet iiistrament. Les Persans et 
les Européens ont introduit l'usage de 
la trompette, appelée nafiri et salom- 
prêt. Le sroinii paraît être une espèce 
de hautbois, ou de tronipette dont 
il est question dans les romans. 

Il y a trois instruments à cord^ : le 
cheUempoun^ ^ qui a 10 à 15 cordes: 
cet instrument se joue comme la harpe; 
le trawangsOj qui ressemble à une 
guitare : les montagnards de Sounda , 
a Java, en font usage; c'est une es- 
pèce de kachapi^ qui ressemble au 
luth. Ije re6a6(*), instrument apporté 
de la Perse, est un petit violon a deux 
cordes , qiie Ton fait vibreir avec uh 
archet, et qui donne des intonations 
parfaites. Les conducteurs d'orches- 
tres javanais Jouent du rabab. 

Il y a beaucoup d'instruments de 
percussion. Le tambour est connu sous 
plusieurs noms. Outre les variétés qui 
sont dMnvention indigène, U y en a 
qui viennent d'Arabie et d'Europe» 

L'instrument aui approche le plus 
du tambour, est leqona y dénomma- 
tion commune à toutes Tes langues dé 
la Malaisie. Le gong parait provenir 
de la Chine; il est fabriqué d'une com- 

(*) Le vlôlott eit iibmmè rabeèa eti por- 
tugais. Ce mot me semfiie venir du persftn et 
lie l'arabe. 



position de cuivre, de sioc M d'étain; 
il y en a de 4 à 5 pieds de diamètre; 
le maillet est recouvert de gomuie | 
élastique; on le suspend draiiîaire- 
ment à un nchè cadre. OH he peut j 
se faire une idée de la force et de la 
beauté des tons qo'ea en retire : placé ! 
dans un des grands orchestres de l' Al le- 
Inagne , de la France ou de l^ttalie , cet 
instrument serait du plus grand effet; 
mais dans un orchestre malài ou 
chinois, les oreilles en sont en peu 
de temps abasourdies. (Voy. pt, 15.) 

Le kentouk et le kampoul sont des 
variétés de gong de petite dimension. 

Le kromo^ '6\x bonançy est une 
suite dé petits vase^ ou gongs, ar- 
rangés sur deux lignes dans uh châs- 
sis. Le son de cet instrument est clair; 
soti intonation est parfaite. 

Le pambançy oU staccado^ est 
subdivisé en plusieurs variétés. Le 
aambatiÇ'kayou est formé de plusieurs 
barres ou touches de bois sonore , qui 
diffèrent graduellement de longueur. 
On les place sur une caisse de bois, et 
l'on joue cet instrument avec un mar- 
teau. Le staccado y formé de touches 
de métal, est appelé gander. 

Les instruihehts que ht)us avons 
décrits servent à composer les or- 
chestres. Le mot gamalan signifie exé- 
cution musicale. Il y en a de sept es- 
pèces : la première, appelée manggang, 
est la plus simple et la plus ancienne; 
on s'ep sert dans les processions. On 
l'appelle 4liël()befois par déHsion ga- 
maian kmok ngoreky chant d. s gre- 
nouilles et des brapauds, à cause de 
son manque d'harmonie. 

La salendro est la plus parfaite exé- 
cution musicale de Java : c'est Une 
symphonie de plusieurs instHiments 
qui ont le même nombre de notes. La 
pektkôiffère de la salendro en ce qu'elle 
réunit des instruments bornés à un plus 
petit nombre de notes, et t)ue les into- 
nations en sont tfès-aigu&. Lk mirîng 
diffère de la salendro et dé là pelak. Ces 
trois dernières espèces servent aux ac- 
compagnements aans les représenta- 
tions ttiéâiralesi^ La §amàtàn ehoro 
Bak (musiquç à la Tsiçon de Dali ) n'a 
point de reoab, ou violon; cette mu- 



^ 



OCEANIE . 



DIE INSELK DES GROSSETT OCEANS. 




,.^. 



^z^x^v«;y--<<' -^y^ r. '' t:*ri^^^ ^^r r'-rJ <L ^>^^<«-^V-<« f^ <«^ c ^>fr e 



Maaken und Th eaterkostûtne ku. J&va 



/ 



;'♦ 



4» ♦ 



siquéres8«miile4'ailleur6à \û»alêndro. 
La sakatenâïffère delape/dA en ce 
qu'elle compte an plut grand nombre 
d'instruments. On ne joue la sakcUen 
que devant le monarque « ou dans lea 
occasions solennelles. La sroune» est 
la musique guerrière; on y a introduit 
les trompettes ainsi que d'autres in- 
struments à vent. 

tAÊAtS«. 

Il y a deux espèces de compositions 
dramatiques : le topeng^ dont les per- 
sonnages sont des hommes masqués « 
et le wayang , qui se reprénente par 
des ombres et oes marionnettes. Les 
sujets du topeng sont ordinairenient 

Euisés dans les aventures de Pandii , le 
éros favori de Thistoire de Java. 
Lorsque les représentations ont lieu 
devant le prince, les personnages ne 
portent point de masques , et récitent 
eux-mêmes leur rôle. En çénéral, le 
dalangy ou chef de la pièce, récite 
le dialogue, tandis que les acteurs exé- 
cutent Tes scènes par des gestes. La 
musique de la gamatan accompaj^neet 
varie ses expressions, selon la nature 
de l'action et les divers sentiments dont 
les acteurs sont animés. Ceux-ci sont 
habillés avec magnificence, selon l'an- 
cien oostume. L'amour et la guerre 
sont les thèmes constants de toutes les 
pièces; les combats entre les chefs 
terminent souvent la scène, et ressein^ 
Un.t à nos ballets. 

Les pièces représentées sans masque, 
devant le souverain , ont plus de per- 
fection que les autres. Un topeng est 
généralement composé de dix person- 
nes , outre le dalang; quatre jouent le 
gamalan , et les six autres sont les ac- 
teurs. On représente souvent des bouf- 
fonneries : un diien, un singe, un 
idiot tont les frais de la scène, et ex- 
citent le rire des spectateurs. 

Il existe aussi une espèce de panto- 
mime, appelée Barowng^anj lespe^on- 
nages sont habillés en bétes féroces, 
et exécutent des combats. Ce genre 
d'amusement est ordinairement accomr 
pagné du gong et du tambour. 

Le45 sujets des wayangs, ou seines 
ombrées , sont pris ordinairement dans 



OCÉANIE. 8S 

les premiers temps de l'Iristoire de 
Java « avant la destruction de l'em- 
pire de Majapahit. 

Les figures (voy. p/. 10) ont 18 
pouces à deux pieds environ de hau- 
teur; elles sont de cuir de buflle, 
dessinées et travaillées avec beaucoup 
de soin; ces figures sont ordinaire- 
ment grotesques; leur nez est exces- 
sivement allongé. 

Ces fîgtires sont attachées par un 
dou de corne; elles ont un morceau de 
corne à chaque main pour les faire 
mouvoir. Une étoffe blanche, en forme 
de rideau, est étendue devant les spec- 
tateurs, sur un cadre de 10 à 12 pieds 
de long sur cinq pieds de haut; on le 
rend transparent au moyen d'une lampe 
suspendue par derrière. Le gamalan 
commence la représentation ; les figu- 
res exécutent les scènes , et te dalang 
prononce le dialogue. 

II y a trois espèces de wayangs. La 
prem'ière est le wayang-pouriva ; la 
seconde le wayang *gedog ^ et la troi- 
sième le wayang-kutik. 

Dans le tvayang-pourwa , les |>luS 
anciens de tous les sujets sont puisée 
dans la mythologie, avant le règne de 
Parikisitf et jusqu'à ce prince. Les 
dieux, les demi-dieux et les héros de 
Java et de l'Inde sont mis en action , 
selon les poèmes de Rama et de Min- 
taraga, contenant la pénitence d'Ar- 
djouna sur le mont Indra, et le fa- 
meux Brata-youdha,ou la guerre de 
Pandawa. 

Le dalang récite d'abord quelques 
vers en kawi (*) , qu'il accompagne 
d'une interprétation pour les person- 
nes illettrées; il fait paraître les ac- 
teurs derrière le rideau; ofivoit l'om- 
bre de leurs costumes; les spectateurs 
sont pénétrés du sujet, s'y intéressent 
et écoutent en extase, pendant des 
nuits entières, Thistoire merveilleuse 
de leurs ancêtres. 

Le wayang-gedog est pris dans la 
période de Tnistoire depuis Parikisit 
lusques et y compris le règne de Tin- 
Jbrtuné Paridji , et ceJui de Laléan, son 
successeur, a l'époque du rétablisse- 



i: 



(*) Lingue Mcrée, 



84 



L'UNIVERS 



ment de ce dernier à Pajajaran. La 
gamelan pelag aooompa^^ne la repré- 
sentation ; le dalang récite le poème 
en javanais. 

Le wayang-hUtik est plutôt un jeu 
de marionnettes que d ombres chi- 
noises; les figures sont de bois, d*en- 
viron dix pouces de hauteur, peintes 
et dorées avec soin. On ne se sert 
point de rideau transparent. Le sujet 
est i)uisé dans Thistoire de Tempire de 
Pajajaran , et jusqu'à la fin de Tempire 
de Majapahit. Les aventures de Manak 
Jing'ga, chef de Balembang'an, et de 
Demar-Vouian (lumière de la lune), 
ainsi que les malheurs de la princesse 
de Majapaliit, sont le plus communé- 
ment mis en scène. 

Toutes ces représentations entre- 
tiennent la connaissance de l'histoire 
nationale parmi le peuple javanais, qui 
est aussi avide de cet amusement que 
nos peuples d'Europe sont avides de 
spectacles. 

La profession de dalang est traitée 
avec respect; leur emploi ressemble, 
sous plusieurs rapports, à celui des 
anciens bardes. Ils sont les auteurs 
et les directeurs de* leurs pièces. La 
cérémonie qui leur est confiée, de don- 
ner la bénédiction au premier enfant 
de chaque famille, en répétant divers 
pass:iges des anciennes légendes, ajoute 
un haut degré de considération à l'em- 
ploi de dalang. 

Outre ces représentations, il y a une 
esoècii de wayang appelée ff^ayang 
beber; c'est un assemblage de feuilles 
pliécs de fort papier , sur lesquelles le 
sujet est dessine. Le dalang en donne 
l'explication pendant qu'on déploie les 
feuillos. Le sujet est pris dans le récit 
arahc de Bagin-ambia. Un tambour 
et la musique de la gamelan animent 
Tact ion. 

Nous parlerons des danses, des jeux 
et des combats des divers peuples de 
rOcéanie , dans les descriptions parti- 
culières de chacune de ces contrées. 

ABCHITECTURE ET SCULPTURE. 

L'architecture n'existe pas, pour 
ainsi dire, en Océanie. On ne peut 



placer au rang des beaux-arts la con- 
struction de Quelques cases en roseaut 
ou en bois. Cependant les habitations 
des Nouveaux-Zeelandais et des Ton- 

§as sont aussi solides qu'élégantes 
ans leur simplicité. Elles se distin- 
guent par des sculptures qui annoncent 
les premiers rudiments du dessin. 

Les monuments informes de Tinian 
et de Saypan, les statues bizarres qui 
existaient nasuères à l'île de Pâques , 
les idoles baroares qu'on trouve dans 
les moraîs de la Polynésie, sont l'œu- 
vre d'un peuple auquel les arts libéraux 
sont encore inconnus. Mais Souinâdra, 
Bornéo, Bali etCélèbes, contiennent, 
je pense, des restes de l'architec- 
ture hindoue , et quelques fragments 
d'antiquités antérieures à l'époque de 
rétablissement des Hindous dans la 
Malaisie. Tels sont les monuments sa- 
crés de la montagne de Lawou dans 
nie de Java. Mais à l'égard des ou- 
vrages qui rappellent les mythes et le 
style hindous, c'est encore à Java qu'on 
peut les admirer dans les temples majes- 
tueux de Brambanany de Kobonda^ 
lam^ à Tchandi-siwou (mille tem- 
ples), et sur ces nombreuses statues 
colossales , et ces colonnes , et ces bas- 
reliefs , terminés et polis avec un art 
étonnant. 

J'entrerai dans les plus grands dé- 
tails sur ces monuments, à l'article 
Java, car je considère l'architecture 
des peuples, examinée dans toutes ses 
branches, comme un des traits princi- 
paux de leur caractère moral. 

L'architecture militaire en Océanie 
ne consiste q[ue dans l'art de fabriquer 
quelques palissades en bois. 

L'architecture navale y est simple , 
mais la sculpture des korokoros ma- 
lais, et surtout des pirogues ( voyez 
pi. 12 et 13 ) des Polynésiens , an- 
nonce autant d'intelligence que de 
goût. Celles des Carolins d'Oulia ont 
mérité le nom de barques volantes; 
rien n'est plus remarquable gue les 

Sirogues à balanciers et les pirogues 
oubles de Taïti , de Haouaï , de 
Kouka-Hiva et de Rotouma: mais 
ces ouvrages , exécutés d'après un 
art traditionnel , sont de plus en plus 



OCÉANIE. 



DIE INSELN DES GROSSEN OCEANS, 




1 ^/•-/^^^-«V-^ïe^ . 



DIE INSELN DES GRO'SSEN OCEANS. 




Hutle der Wilclsn ir» Arriheima - L. a.n d . 



« * 



-♦.- 






négligés depuis que les Européens leur 
apportent fefer, Targent, les modèles 
de leurs navires, et surtout de nou- 
velles idées. Quant aux Australiens, 
iU ne s'élèvent guère au-dessus de Part 
de creuser un tronc d'arbre pour en 
faire un bateau. 

A une époque qui n'est pas fort 
éloignée, les costumes, les mœurs, 
les cro}^aoces et les arts de Haouaî et 
de Taïti auront entièrement disparu, 
pour faire place à ceux de l'Européen , 
qui bouleverse le monde pour le mieux 
maîtriser. 

CONCLUSION DU TABLEAU GÉNÉRAL. 

Si , dans ce tableau, nous nous som- 
mes étendus sur les races, les .institu- 
tions, les coutumes et les langues des 
habitants de l'Océanie, plus que sur 
l'histoire naturelle de ce pays, c'est 
que nous pensons gue l'étuae du genre 
humain est plus importante que celle 
d'une haliotide (*), d'un "perroquet ou 
d'un hangarou. Il faut pourtant l'a- 
vouer, ce ne sera que par la compa- 
raison d'un grand nombre de faits 
fournis parla physiologie, l'architecture 
rurale, religieuse, civile , navale et mili- 
taire , les croyances et les institutions, 
l'industrie et les mœurs, et surtout par 
l'étude des langues comparées (étude 
si difficile à cause des idiomes plus ou 
moins imparfaits, plus ou moins mé- 
langés , où l'anal^'se , véritable fil 
d'Ariane, manque entièrement) ; ce ne 
sera, dis-je, qu'à l'aide de tous ces 
moyens qu'on parviendra à se former 
un jour une opinion passablement 
exacte sur Torigme des peuples, et 
surtout des peuples de l'Océanie. 

Ce tableau général est terminé ; je 
l'ai fait avec amour, avec soin et en 
conscience. Mais il n'est qu'une pierre 
d'attente à cet édifice si vaste et si dif- 
ficile à élever. 

Malgré cinquante siècles de civilisa- 
tion, malgré la conquête d'Alexandre, 

(*) Ce mot est formé de deux mots grecs 

aui signifient oreille marine. C est un genre 
e coquillage univalve d'ua \^t moiré d'une 
grande beauté. 



OCÉANIE. 8& 

des Arabes et des Européens, l'Inde, 
cette croix des géographes, est encore 
mal décrite. Nous connaissons fort peu 
ses fleuves bienfaisants, son Himalaya 
qui domine toutes les montagnes du 
globe, sa religion et son histoire; toute 
sa poésie, qui présente l'idée de l'infini; 
sa philosophie, qui prouve la plus 
grande puissance d'abstraction; son 
admirable langue d'où dérivent en 
partie les langues grecque, lat'ne. Go- 
thique. g|ennanique, le persan, le zend, 
rirlanaais,et tant d*autres idiomes. 
Les peuples de cette admirable contrée 
vivent d^une vie à eux,d*unevie poéti- 
aue, immense, excentrique et solitaire ; 
ils ont eu peu de relatiaos intimes 
avec les peuples qui les ont conquis ; 
ils en ont peu encore avec les Euro- 
péens qui les gouvernent, avec ces hom- 
mes (font la moitié ne rêve que la 
guerre , et l'autre est livrée aux habi- 
tudes boutiquières et prosaïques. 
\ Dans notre Europe, T Albanie et la 
Sardaignene sont pas encore bien décri- 
tes ; l'histoire de l'homme, en Afrique 
et en Amérique, est encore dans l'en- 
fance; l'Asie centrale nous offre en- 
core ses mystères ; comment oserions- 
nous donc décrire hardiment cette im- 
mense partie du monde qui ne date 
guère, pour nous, que du dernier siè- 
cle? Comment déterminer l'étendue de 
ces innombrables îles dont la position 
est souvent peu connue, dont les con- 
tours sont inexactement tracés, et 
dont les longitudes sont trop souvent 
fixées à l'estime? Comment dénom- 
brer la population de peuples dont 
quelques-uns ne comptent pas au-delà 
du nombre de leurs doigts? Comment 
classer les langues et les dialectes , les 
mœurs et les croyances , les lois et 
les formes de gouvernement de cer- 
taines peuplades^ qui n'ont ni écri- 
ture, ni tradition, ni culte; des peu- 
plades dont nous ignorons les idiomes 
et que nous n'avons vues qu'en passant, 
à travers leurs préjugés et les nôtres, 
leurs craintes et nos méfiances ? Le 
doute est la voie qui conduit à la vé- 
rité : les efforts continuels de nos 
successeurs pourront seuls dissiper ce 
doute I 



M 



L'UNIVERS. 



ï 



MALAISIB 



La Malaîsîe, nommée improprement 
fprané archipel des Iodes onentales, 
puisqu'elle offre, presque sous tous les 
rapports, «m caractère difîéreot de ce 
continent, m*a paru la division la plus 
belle et la plus riche, non-seulement 
des cinq autres parties du monde, dont 
'ai visité les pays les plus intéressants 
i mon fi^^é, mais encore du reste de 
rOcéanie. Les îles riantes, mais sou- 
vent nfionotones et pauvres de la Po- 
lynésie ou de la Mélahésie, 4|u 'oi) com- 
mence à pejne à cultiver, et qu'on a 
trop vantées, peuvent-elles être com- 
parées aux magnifiques t^res de cet 
immense archipel, qui fournissent 
les épices des Moluques, Tétain de 
Banka, l'argent de Java. Tor des Phi- 
lippines , l'ambre gris et Its perles de 
Holo , ie camphre et les diamants de 
Bornéo? La luxuriance du sol de la 
Malaisie, la variété et l'importance de 
ses productions y ont toujours attiré 
le commerce, et ont excite, dans tous 
les temps , l'envie des grandes nations. 
Cette contrée est la source intarissable 
des richesses, devenues aujourd'hui 
plus que jamais Tobjet de lambition 
des hommes. 

Parmi les naturels, les Malais, et 
surtout les Rouguis de (>§Lèbes , pos- 
sèd'nt au plus haut degré le çénie de 
l'industrie et IV^prit commercial. Ces 
marins entreprenants habitent toujours 
près de la mer, comme les cocotiers 
de leurs Iles. Au commencement de la 
belle saison, i s quittent leurs rivages 
sur de^ bâtiments de vingt à soixante- 
dix hommes, pour visiter les plages 
où leur intérêt les attire. Il n'est 
point de pavs, depuis la Papouasie 
jusqu'à l'Inde, et depuis les Philippi- 
nes jusqu'à l'Australie, que leur acti- 
vité ne rende tributaire. 
^ f^iirs entreprises sont favoriséeç 



par la sâreté et la fmWié de la navi<* 
gatîon des mert qu'ils fréquentent , 
par le nombre considérable d1les qui 
les entourent, la proximité des côtes, 
Fabseace de:!t ors^es et la direction 
constante des vents. Tous ces avanta- 
ges réunis leur permettent de tenter 
sur de frêles pranos de longs trajets , 
fui partout ailleurs seraient regardés 
coannedeB entreprises téméraires. 

n. ORGAjriSATIOIf POLITIQUE. MOEURS ET 
CARACTÈRE BES MâLAIS. 

Un fait de la plus bayte importance, 
méconnu souvent par les lé^slateurs 
et les philosophes, c'est que les mœurs 
d'un pays sont généralement subor- 
données a sa législation , de même que 
le caractère d'un homme d^eod de son 
éducation. On sera convaincu de cette 
vérité, si on étudie l'époque de notr« 
histoire féodale, et si on ui compare à 
l'organisation politique et aux mœurs 
des Malais. L.es mêmes lois ont enfanté 
les mêmes mœurs, les-mêmes usages, 
les mêmes préjugés , le même despo- 
tisme avec la même servitude, line 
aristocratie héréditaire, resserrant tout 
le pouvoir dans ses mains, en pl-ofite 
pour défendre ses privilèges et ses 
prérogatives contre le roi ou soulUian; 
et pouropprijtiner la multitude, elle s'en- 

fraisse de ses sueurs, de ses travaux , 
e son sang, et la réduit à l'abrutis- 
sement. Cette aristocratie se divise en 
grands vassaux de la couronne , qui 
n'obéissent au souverain que selon leur 
bon plaisir , et en arrière-vassaux qui 
eu usent de même à leur égard. Lne 
petite partie de la nation , composée 
de nobles ( sous le nom ù'Orangkaya }, 
vit dans la plus grande indépendance; 
tout le reste de la nation ne se com- 
pose plus que de serfs ^ vivant dans 
l'ignorance et la soumission à ses chefs. 
Je reculerai peut-être devant l'idée de 
déûnir le caractère d'un seul homme; 
mais comme je pense qu'il est moins 
difficile de connaître une natioQ qu'un 
individu, j'essaierai de peindre les 
peuples avec s\\x\ j'ai long-temps vécu. 
Courbés sous 1 empire de l'organisa- 
tion féodale, les Malais sont inquiets 
et turbulents, comme nos chevaliers 4u 



OCÉAIflE. 87 



movenâee ; oomme «ax îli aiment avec 
famôn les MQ^ratioiis kriataînei , IK 
guerre el la navigation, les entreprises 
hasardeuses, les périlleuses aventures, 
les fêtes et le pillage , les combats et 
les jeux, la vengeance et la galanterie. 
Quoiqu'ils parlent la langue la plus 
douce et la pms harmonieuse de rOnent 
et du monde, les Malais sont peHides, 
féroces et implacat^esdans leurs inimi- 
tiés. Peu religieux, n'obéissant à d'au- 
tre loi qu'aux préjugés insensés d'un 
prétendu honneur, rarement d'accord 
avec les lois de la justice et de Thuma- 
nité , on les voit toujours les armes à 
la main, et ils sont toujours en guerre, 
soit entre eux , soit avec leurs voisins. 
Les compagnies et les gouverne- 
ments européens établis jadis ou au- 
jourd'hui dans la Malaisie, se sont 
accordés unanimement pour faire un 
règlement qui défend aux capitaines 
de leurs nations de ne recevoir sur 
leurs navires que deux ou trois ' ma- 
telots au plus, originaires de ces îles, 
et seulement dans le plus grand be- 
soin. De iiinestes accidents, causés 
par le peu de prudence qu'on avait 
mise à les recevoir à bord , n'avaient 
que trop bien nécessitéces précautions^ 
On avait vu fréquemment quelques- ' 
uns de ces insulaires emti^rqués, pour- 
tant en petit nombre, sur un vaisseau, 
armés ou kriss fatal (*), se précipi- 
ter à l'improviste sur l'équipage , et 
semer la mort dans ses rangs avant 
qu'on pût s'emparer d'eux. Il est sou- 
vent arrivé que des pirogues, montées 
par une trentaine de Malais, ont atta- 
qué, avec un couragie inouï , des vais- 
seaux européens de quarante canons. 
Ces hommes Intrépides tentaient har- 
diment l'abordage, et se rendaient 
maîtres des vaisseaux après en avoir 
massacré l'équipage. On pourrait ajou- 
ter que, semblables aux Kirguises, 

(*) Le kriss est un poignard à lame tantôt 
droite et tantôt en zigzag, et quelquefois em- 
poisonné avec la résine de Tipas. Il est ad- 
nkirabLemcni travaillé. Tout Mfdais qui n'est 
pas serf le |x>rlie toujours avec lui; il se 
cnvra«| 4fiiho^oré $% «ortait de ta maiaoïi 



aux Tcherkess , aux Gallas et aux Be- 
iaouîs (*); lls'o^ se Ibnt'auôiin'scru- 
pule de dépouiller l'étranger, l'Euro- 
péen surtout , l'Européen issu d'une 
race qui leur a arraché par la ruse 
ou par la force la plus belle partie 
de leurs étais. En conscience , nous 
appartient -il à nous, spoliateurs du 
globe, de leur faire un crime de nous 
dérober quelques faibles parcelles des 
richesses que nous leur avons enle- 
vées.' Mais, malgré leurs défauts et 
leurs vices qui se ressentent des vi- 
ces de leur organisation, les Malais 
m'ont paru dans mille circonstances 
un peuple respectable, qui possède 
tous les éléments d'une grande na- 
tion, et que les Européens calomtiient 
presque toujours. On vient de voir 
quelle est leur bravoure. Je leur con- 
nais, en outre, quatre crandesi qua- 
lités; ils sont fidèles à l'amitié, re- 
connaissants, hospitaliers, et, malgré 
le servage que les classes inférieures 
ne supportent qu'en frémissant , ils 
chérissent tous la liberté plus que tous 
les autres biens. lÀ où ils sont libres, 
Là est leur patrie. De grandes destii 
nées seront réservées aux Malais, si 
un grand homme parvient un jour à 
diriger un ou plusieurs peuples de 
cette race. J'en dis autant des Dayas, 
la seule race, à tnon avis , supérieure 
à celle des Malais. 

m. PRÉCIS DB L'HISTOmB PES MALAIS. 

Ces noinbreux insulaires, que nouff 
croyons originaires de la côte occiden- 
tale* de Bornéo, colonisèrent dans des 
temps reculés l'Ile de Soumâdra , et 
établirent un foyer remarquable de 

(*) Que nous nommons bédouins. Il faut 
ajouter, pour être juste, qu'en revanche j'ai 
trouvé chez ces quatre nations It^ plus grand 
respect pour IMiosnitalité el un dévouement 
admirable à Tamitié. Je n'ai pas oubiié.siu*- 
toul les deux premières, quoique je fusse bien 
jeune quand je les visitai avec mon bon et 
savant menior, André Anston. Voyez les 
Fragments de ce voyage dans le Mercure de 
France de 1S19, dans l'Indépendant de 
1^19, le Times de 1830, les Journaux et 
Kevoes genQfuûques de cette époque, etc, 



M 



L'UNIVERS. 



leur civilisation dans l'intérieur de cette 
lie, au pays d^ MeDane-Karix>u, entre 
les rivières de Palemoang et de Siak , 
et répandirent unejongue prospérité 
dans cette grande terre. Ils durent en 
partie leur civilisation abx Télingas , 
aux Chinois et aux Arabes. Vers l'an 
(160 de rère vulgaire, un de leurs 
chefs appelé Sri Touri Bouwanaj 
qui se prétendait issu d'Alexandre- 
le -Grand, vint s'établir, à la tête 
d'une colonie, sur la presquHe oppo- 
sée, dite Oigaung Tanah^ qui prit 
alors le nom de Tanah Malayou, terre 
malaise. Les nouveaux habitants furent 
nommés Orang dehawah angHnn 
( hommes de dessous le vent ). Ces 
émigrés avant fondé la ville de Singhor 
pora (ville du lion), inspirèrent àe la 
jalousie aux princes de M ajapahit. Sri 
Touri Bouwana mourut en 1208. /5- 
kander Chah , le troisième de ses suc- 
cesseurs^ pressé par les troupes deMa- 
japahit , après trois ans de combats suc- 
cessifs, se retira au nord en 1252, 
et alla fonder la ville qu'il appela 
MeUakka, du Yiom d'un fruit ( myro- 
bolanum ) qui se trouve en abondance' 
dans les environs; il y mourut en 1274. 
En 1276, le soulthan Mohammed-Châh 
embrassa l'islamisme; il étendit son 
empire sur la péninsule et sur plu- 
sieurs Iles adjacentes. 

Tels sont les seuls détails que l'on 
possède sur l'histoire générale des Ma- 
lais. Nous ignorons jusqu'à quel point 
on peut ajouter foi à leur chronologie, 
parce que la ville de Majapahit n'était 
pas encore fondée au XIII' siècle, et 
que, par conséquent, il y a un anachro- 
nisme dans leurs fastes. Nous allons 
ajouter à ces détails l'histoire parti- 
culière du royaume d'Achin. 

Au-dessus du pays des Battas et 
dans tout le rayon nord-ouest de Sou- 
mâdra, s'étend le royaume d'Achin , 
le seul de la contrée qui ait joué un 
rôle historique de quelque importance. 
Les annales de ce pays ont une foule 
de points de contact avec les victoires 
portugaises dans l'Inde. 

Dès 151 1,1e grand Alphonse d'Albu- 
querque aborda la côte de Soumâdra, 
où parurent ensuite, et tour à tour, 



Ferez d'Andrade et Diego Pacheoo. 
Ce dernier y périt en cherchant d'ima- 
ginaires Iles d'or. Depuis cette épo- 
Sue, la lutte commença entre les rois 
'Achin et la puissance portugaise qui 
venait de fonder sa métropole de Ma- 
lakka. En 1621, Jorge de Brito atta- 
qua Achin, gue détendait le rajah 
Ibrahim, chef intrépide de cette vifle, 
et devenu plus tard soulthan de tout 
ce pays. Divers historiens lui attri- 
buent une série d'attaques contre Ma- 
lakka, de 1528 à 15â0, attaques qui 
se continuèrent avec plus de vigueur 
sous le règne suivant. Le roi d'Achin, 
Siri Al-Radin , assiégea cette place 
tantôt en personne, tantôt par son 
général Lacsemana, en 1537, en 1547, 
en 1567, avec quinze mille hommes 
et deux cents pièces d'artillerie; en 
1573, en. 1574, de concert avec la 
reine javanaise de Japara; en 1575, 
avec une flotte qui , au dire des con- 
temporains , couvrait le détroit de Ma- 
lakka; enfin, en 1582. Aucune de ces 
tentatives, dont Faria de Sousa, Mendez 
Pinto, Castanheda, Barros et Diego 
de Couto nous ont laissé les détails, 
n'aboutit à la conquête de la ville me;- 
nacée; mais elles coûtèrent à la cour 
de Lisbonne^ des dépenses énormes 
d'hommes et de matériel , pour défen- 
dre une possession <}ue chaque nouveau 
siège compromettait. 

Le successeur d' Al-Radin , usurpateur 
qui se fit soulthan d'Achin et qui est 
connu sous le nom d'Âladin, laissa 
Malakka plus tra>iquille. Ce ftit lui 
qui accueillit le capitaine anglais Lan- 
caster, fondateur du comptoir de Pa- 
dang, Fur la côte de Soumâdra. 

Les hostilités ne recommencèrent 
que sous Pedouka-Siri , le plus puis- 
sant des rois d'Achin. Il parut en 
personne devant Malakka en 1615, 
avec cinq cents voiles et soixante mille 
hommes; mais, attaqué par la flotte 
portugaise, il fut obligé de prendre la 
fuite. En 1628, il tenta une nouvelle 
agression , qui fut suivie de résultats 
plus désastreux : douze mille Achinais, 
coupés de leurs navires, tombèrent 
au pouvoir de leurs ennemis. Achin 
resta tranquille jusqu'en 1640, époque 



à laquelle Pedouka-Siri s'en empara de 
concert avec les Hollandais, devant 
qui tomba enfln cette ancienne métro- 
pole du grand archipel des Indes orien- 
tales, aujourd'hui la Malaisie. Toute- 
fois, le seul profit qu'en retirèrent les 
Achinais , fut de la voir livrée à d'au- 
tres ^«iuropéens. 

Pedouka-Siri mourut l'année même 
de cette victoire, et après lui la cou- 
ronne achinaise tomba en quenouille. 
De 1640 à 1700, on ne voit plus que 
des dynasties de femmes, sous les- 

Suelles la puissance et l'éclat du pays 
iminuent et s'éteisnent. 
Dans cet intervalle, les Hollandais 
peuplent la côte de comptoirs , et vien- 
nent camper presque sous les murs 
d'Acbin. Les Français y paraissent, en 
1721 , sous la conduite de Beaulieu , 
tandis que les Anglais, jaloux de neu- 
traliser l'influence nollandaise, fondent 
tour à tour les échelles de Bencoulen, 
d'Indrapour, de Padans , de Natal , de 
Tappanouli , et arment le fort de Marl- 
boroush. La guerre de 1781 leur a 
servi de prétexte pour occuper Padang 
et les autres factoreries hollandaises; 
mais les traités de 1815 et de 1824 
ont réintégré les Hollandais dans la 
possession de leurs anciens établisse- 
ments, et ce sont les seuls Européens 
qui' occupent quelques points de la 
grande terre de Soumâdra. 

IV. CODES DES LOIS DES MALAIS DE 
SODMADRA, JAVA, BORNÉO, CÉLÈBES, arc. 

* Soumâdra, ainsi que Java, Tana- 
ouffidy ou le pays des Bouguis (Célè- 
bes ) , Bornéo, Holo et le? Moluques 
composent ce que l'on peut appeler 
proprement le groupe malai ; mais ces 
terres sont habitées par des nations 
radicalement distinctes des Malais, 
parlant un langage également distinct, 
mal^é la Ressemblance d'un certain 
nombre de mots, et se servant chacune, 
pour ainsi dire, de caractères particu- 
liers et différents. Ces nations sont 
gouvernées par leurs lois et leurs in- 
stitutions respectives; et, si l'on en 
excepte l'état de Menangkarbou dans 
Soumâdra, ce n'est que sur les côtes 
de 068 fies, et dans la presqu'île de 



DCÉANIE. 89 

Malakka, que l'on trouve de véritables 
Malais. C'est d£S Bayas et non des 
Malais qu'est issue la |)opulation pri- 
mitive de ce vaste archipel. 

Indépendsjpament des fois du kdran , 
qui sont plus ou moins observées dans 
ces états , mais qui ne concernent que 
^a religion, le mariage et les hérita- 
ges, les Malais possèdent plusieurs co- 
des nommés mndang-oundang ^ ou 
instituts. Quelques-uns comprennent 
les branches les plus importantes des 
lois civiles et criminelles ; d'autres ne 
contiennent que des règlements pour 
la perception des droits de douane. 
Les oundang-otmdang malayous , les 
divers recueils âCaddat, ou coutumes 
anciennes, et quelques parties des se* 
radjet malayous et des akai malayous, 
ou annales ettraditions des Malais, ren- 
ferment ce que l'on peut nommer le 
cours complet de leurs lois , coutumes 
et usages , relativeufient au gouverne- 
ment, à la propriété, à l'esclavage, 
aux héritages, au commerce : enfin, 
le hirakat mcuakka contient l'histoire 
de l'établissement des Malais dans la 
péninsule. 

Les lois criminelles d'Achin sont 
extrêmement sévères. Celles de Si?k 
offrent des rapports intimes avec les 
lois de Menangkarbou. Plusieurs états 
malais de l'île de Bornéo ont chacun 
des institutions et des lois particuliè- 
res, qui offrent peu de uifférences 
avec celles des états de Soumâdra. 

Java possède plusieurs mmdang- 
oundang célèbres , mais moins anciens 
que les lois et annales des états bouguis. 
Celles-ci sont conservées dans des li- 
vres qui existent encore pour la plu- 
part; mais on ne les trouve dans leur 
Imreté que dans les états du centre de 
'île Célebes. Lorsqu'un délit n'est pas 
prouvé, les Malais ont recours à l'é- 
preuve judiciaire du feu , ou à d'autres 
épreuves bizarres qui firent si long- 
temps l'opprobre de l'Europe. 

V. HABITATIONS ET AMEUBLEMENTS DES ROIS, 
DES GRANDS ET DES PARTICUUERS. 

A Soumâdra , à Célèbes, aux Philip- 
pines, à Java, et autres lies, les maisons 
des habitants de la campagne sont 



90 



L'UNIVERS. 



construites sur un terrain un peu élevé 
9u*des8us (lu sol : elles cpOtent environ 
dix francs. Les parois et les comparti- 
nf)ent$ sont faits de batnbpu tressé; le 
toit est foriTjé de feuilles lancéolées de 
nipa , ou d'une espèce de bambou si- 
rap. On n'y volt ordinairement d'autre 
ouverture que la porte. P'un côté est 
le logement dps chefs de famille; celui 
des enfants est vis-à-vi^» Une varc^ndq 
ôu galerie ornp toute la Ipngueur Ûq 
la façade : c'est là que les femmes se li- 
vrent à leurs occupations don^estigqes, 
et que les hommes prennent le frais. 
Les maisons des chefs ont cinq à 
six' chambres; les supports sont de 
bois'. La valeur de la piaison d'un 
chef est d'environ 30Q fVancs ( vov. |p 
^. 21 ). 

Il n'y a que le$ Chinois gui |iabitent 
des maisons de briqifes ; aqssî distin- 
gue-t-on facjlejiient leurs campong^ 
ou bourgs, de ceujs des Malaisiens. 

Les habitation^* rurales ne sont iai- 
mais isolées, mais aggloinérées |es 
unes à côté jes autres, de manière 
à former un vil)^^, dont T^ndMJ? 
varie en raison de la fertilité des tjer- 
rjes qui l'environnent, et surtout dé 
l'abondance des^au^; car le^ ;])oham- 
mpxlans font plusieurs ablutions pair 
jour. La population d'un village n^esf 
guère moindre dç 50 babitai?ts, et n'exr 
cède pas 200. 

Les villages sont pUnté» d'arbres 
utiles et cachés sous le feuillage de ^a 
plus belle et de la plus Caisse végé- 
tation. A une très-faible distance en 
dehors, le voyageur n'aperçoit que 
des amas de verdure de la plus grande 
fraîcheur, et s'imagine avoir devant 
lui une admirable soStude parsemée de 
délicieux bos<]|uets. 

Les plantations de riz sont disposées 
à l'extérieur; leurs irrigations forment 
des îles innombrables ; lorsqu'elles sont 
en maturité, ces cultures offrent uiiè 
longue surface dorée dont la magni- 
ficence t'emporte sur celle des plus 
riches moissons d'Europe. 

On retrouve dans les campagnes de 
Java les monirs simples des anciens 
pçktriarches. Gha<|U6 mi\AfS0 formfi une 
eùmmwuMÉ^ gui a se§ fouietjpj^Ml-* 



res, et quelquefois un temple et des 
prêtres. 

Les grandes villes sont reniarqua- 
blés par la propreté et !a> réjÈçulârité de 
leurs rues, et ne diffèrent des villages 
que par leur plus grande étendue, 
parce qu'il ne s'y trouve pas deniaison 
qui lie soft eptourée d'un jardin. Une 
grande place carrée^ouverte de toutes 
^rts,estdisposéeaumilieijdeces villes. 
D'un côté se trouve la mosquée, et de 
l'autre est bâtie fa demeure du chef. 

Le palais du monarque est appelé 
kadafan, ou krafan, contraction de 
ka-datm-nan (demeure du prince). 
hà partie intérieure est ap|)elée dalem. 
Le kratan offre à rextérieuï* l'aspect 
d'un vaste carré de hautes murailles 
semblables à nos remparts, entpuré 
d'un fossé et garni de canons. 

Une large place vide , terminée par 
des barrières , est ouverte devant la 
façade principale.: on l'appelle aloun- 
aloun. Le kratan du soultnan de Djog- 
jakarta n'a pas moins d'une lieue de 
circuit. Pendant Iç siège de Î812, il 
Qontintf5,0Qb personnes. Le kratan de 
Sourakarta n'est pas aussi grand. 

Un large escalier eçl placé du côté 
de l'jiloun-alouo, c'est-à-drre à Pentrée 
principale. Au sommet du kratan se 
trouve une plate-forme appelée setingcl^ 
sur laquelle le souverain va s'exposer 
aux regarda du peuple. Les Pangerans, 
princes de sa famille, et sa noblesse, 
sont rangés sur les marches au-dessous 
de lui. jGette, plate-fortnis est, en quel- 
que sorte, te trône où il est investi 
de l'autorité suprême. Au cejitre 
de l'aloun-aloun , et sur le front de 
la plate-forme du setingel, sont plan- 
tés deux arbres rpajestueux de la fa- 
mille des figuiers : ce sont dejux vq^rei- 
gners. C'est, depuis les premiers temps 
de l'histoire de Java, l'indication ordi- 
naire de la résidence royale^ 

La principale ^rte d'éntr^ du kra- 
tan est appelée orojo-npib. On entre 
d'abord dans une grande cour, etï suite 
de laquelle est une autre cour, ayant 
également une porte, puis une placé 
carrée. Au centre de cette place est 
ciQnstraite une vaste galerie ouverte ] 
élev^ Wr ui^ ^01^ rai9g m i»^§ 



OCEANIE. 



91 



et richement décorée de peintares et 
ée dom«e9, à fequeile on donne le 
noni de mmdopo <m bangsal. D'un 
eôté d« la place, il y. a i^ outre deux 
autres mendopo$4e moindreffrandeur, 
réservés aux pangerans avantraudience 
du amiUhan, et, de Tautre eôté, esl 
placé Fappartenoent de ce dernier. Le^ 
lambria du raendopo de Djokjofcarta 
sont remarquables par leur éclat el 
leur magnificence : lU sont ornés de 
dessins i^pnéisentant plusieurs lîar- 
réu dont les aires diminuent progrès?* 
sivemeit 1rs unes dans les autres. Ce 
gents d^omenient est partiouiîer à 
Java ; il se f afiproche de rarchitecture 
de la Birmanie et de Sîaïf). 

Les pa)ai& dès cheft de provinces et 
de la mrfitesse sont distriouçs comme 
eeu% du liionaraue. La mosquée est 
bâtie sur l'un des côtés de raloun<« 
aloun. 

Les habitations de la basse classe 
sont meublées avec une grande sim- 
plicité. Les lits 1 dont la iforme est la 
même que celle de nos canapés, se 
composent d'une natte fine et d'oreil- 
lers recouverts d*étoffes coloriées. Les 
Javanais pe font usage ni de tables ni 
dechaises ; ils prennent leurs repas assis 
sur une natte, 'les jambes croisées. Les 
aliments, placés dans de petits vases de 
cuivre ou de porcelaine commune de 
Chine, sont servis sur un grand plat 
de cuivre ou de bois. On n'y porte que 
la main droite, selon la coutume des 
musulmans , et on n*y touche qu'avec 
un doigt et le pouce. On fait rarement 
usage de la fourchette et du couteau; 
on ne se sert de la cuiller que pour 
prendre les liquides. 

L'ameublement des personnes de 
distinction est plus nombreux. Leurs 
habitations sont garnies de natte&, de 
tapis, de piles d*oréillers et de lits. Dans 
les provinces administrées directement 
par le gouvemement hollandais, on 
fait usage de miroirs , de tables et de 
chaises. Les Javanais ont adopté cet 
Bsaçe pour recevoir les visites des Eu- 
ropéens; ensuite, les <i)efs indigènes 
en ont fait un objet de luxe. La plu- 
part de leurs maisons s^nt disposée 
en chambres , dont quek|ue6-«mes sent 



entièrement meublées à l'européenne, 
pour recevoir les chefs du gouverne- 
ment. Malgré la différence de culte, 
les indigènes nesefont pas le moindre 
scrupule de s'asseoir à table avec leurs 
hôtes. Les canapés sont recouverts 
d'étoffes an^éricames. 

Les Jours de fête sont eélébrés avec 
des illuminations brillantes: on couvre 
de festons enflammés les bambous, les 
cocotiers et les autres plantes arbo- 
rescentes qui ornent les jardins situés 
près des villes {*). 

Tf. UABIUBMENT DBS ROIS. DES OftASOS 
ET DES F4BTICIIUERS. 

L'habillement est nécessaire dans 
plusieurs provinc^es de Soumâdra, de 
Bornéo, de Célèbes et de l'intérieur de 
java, et surtout dans les parties éle- 
vées de ces îles, à c>ause de la tem- 
pérature modérée de l'atmosphère. 
Cet habillement est en srande partie 
composé du produit de Ta culture du 
sol. Peu d'articles proviennent des 
contrées étrangères. Les étoffes bleues 
et les cotons des deux Amériques, 
les draps , les velours et d'autres 
objejts, sont importés en grande quan* 
tité pour l'usage dès chefs de la na- 
tion. Ils adoptent quelques portions du 
costume européen « telles que les cha- 
peaux et les bas. 

Les habitants de la Malaisie sont 
généralement mieux vêtus que ceux 
des Antilles. Us ont beaiicoup de re- 
cherche dans leur mise et ils mépri- 
sent un homme malpropre. 

Avant que les anciennes Ms tomp- 
tuaires commençassent à tomber en 
désuétude, chaque classe d'habitants 
avait un costume particulier , auquel 
elle ne pouvait apporter aucune mo- 
dification : certaines étoffes éliaient ré- 
servées seulement aux princes de la 
famille royale. Aujourd hui , il n*y a 
plus guère de distinction importante 
que dans la manière de porter le kriss, 
ou poignard. 

(*) Nous empruntons à MM. RftCfles €t 
Crawfurd plusieurs détails de res deMX cha- 
pitres pour ce qni coneerne Jm$, 



92 



L'UNIVERS. 



Les femmes sont chargées de pré- 
parer tout ce qui re?;arde rhabiliement 
de leurs maris; Tépouse d'un roi est 
soumise eile-méme à cette coutume, 
comme celle du paysan le plus pauvre. 
On entend souvent les hommes parler 
avec emphase de la supériorité des 
étoffes que leurs femmes , leurs filles 
ou leurs maîtresses leur ont préparées. 

Il serait trop long d'énumerer toutes 
les variétés du costume du peuple de 
Java. Il suffira de dire que Ui plupart 
sont composées d'étoffes de coton, et 

3ue les parties principales du vêtement 
'un Javanais des classes inférieures 
sont le sarong, pièce d'étoffe sem- 
blable à un sac sans fond et qu'on 
porte coipme le plaid des montagnards 
écossais ; le kolambi, espèce d'habit 
à manches courtes ; le kriss, poignard 
indispensable pour la défense person- 
nelle, et surtout un mouchoir plié 
d'une manière particulière et originale, 
pour remplacer le turban ordonné par 
le culte musulman. Les hommes ont 
les cheveux tournés sur le sommet de 
la tête et retenus avec un peigne. 

Le costume des femmes est remar- 
quable par sa simplicité ( ainsi que le 
lecteur pourra le reconnaître à la 
»/. 24). Elles ne portent point, comme 
les hommes, de mouchoir sur leurs 
cheveux, elles se contentent de les 
relever sur le derrière de la tête , en 
les attachant avec une épingle de corne 
de buCDe ou de cuivre. 

Les hommes et les femmes portent 
des bagues aux doigts. 

L'usage de se noircir les dents est 
communément répandu dans toute la 
Malaisie; les insulaires craignent d'a- 
voir des dents de chien , c'est-à-dire 
des dents blanches. Ils les noircissent, 
en enlevant l'émail de la partie anté- 
rieure aux enfants de l'âge de 8 à 9 
ans. Cette opjération, et l'usage du ta- 
bac et du siri , ne sont pas les seules 
causes de destruction de leurs dents. 
Dans quelques îles, ils ont l'habitude 
de les limer; à Soumâdra, ils les font 
revêtir d'or; a Bail, et dans d'autres 
villes , ils les relèvent vers les oreil- 
les, comme on le voit aux idoles de 
Bouddha. 



Les hommes et les femmes font 
fréquemment usage de parfums , d'hui- 
les aromatiques , de poudre jaune et 
de poudre noire, et d'autres substances 
exhalant l'odeur du musc. Ils brillent 
de l'encens de benjoin et des gommes 
odoriférantes dans les appartements. 

Les prêtres portent un vêtement 
blanc , et une sorte de turban sembla- 
ble à celui des Arabes. 

Les personnes de haute distinctioa 
ont deux espèces de costumes : celui 
de guerre et celui de cour. Le cos- 
tume militaire se compose en pasiie 
d'un pantalon appelé chelanaj et de 
trois kriss , dont le premier a été 
acquis par Toflicier qui le porte ; le 
second provient de ses ancêtres, et le 
troisième lui a été donné par le père 
de son épouse au moment de son 
mariage. Deux de ces poignards sont 
pljicés aux deux côtés de m ceinture , 
et le troisième par derrière. Une épée 
est suspendue au côté gauche avec un 
baudrier. 

Le costume de cour laisse à nu les 
épaules, les bras et tout le torse jus- 
qu'à la ceinture. Il se compose d'un 
seul kriss porté au côté droit et d'un 
instrument tranchant semblable à un 
couteau , appelé wedung^ porté au coté 
sauche. Cet instrument indique que 
la personne qui le porte est prête à 
couper les arbres et l'herbe lorsque 
son souverain lui en donnera l'ordre 
(voy. p/.24). La tête est couverte d'un 
bonnet imité des Arabes, appelé A»02^ 
louk^ et qui fut introduit par unsoul- 
than; il est blanc ou d'un bleu clair. 
Plusieurs chefs, lorsqu'ils ne sont pas 
en grand costume, préfèrent le velours 
noir orné d'or. Toute la partie du corps 
qui se trouve découverte, est frottée 
de poudre blanche ou jaune brillante. 
Le souverain lui-même suit cet usage. 

Les enfants du bas peuple ne por- 
tent aucun vêtement, jusqu'à ce qu'ils 
soient parvenus à l'âge de six ans. 

Les nommes de la classe noble ont 
un costume qui se conipose d*une es- 
pèce de jupe d indienne^ appelée^'ari^, 
plus ample que le sarong dont nous 
avons parlé, et d'un sabouk de soie 
ou d'indienne , semblable à une veste. 



lis portent, dans leur maison, une 
simarre qui tombe jusqu'aux genoux, 
et quaBd ils sortent, ils endossent un 
vêtement de soie ou de velours bordé 
de dentelles, nommé siA^a/^an, sembla- 
ble par la forme aux jaauettes de Frise, 
qu'on portait il y a deux siècles. On 
suppose que cette mode fut apportée 
à Java par les Hollandais lors de la 
conquête de Jacatra. Sous ce sikapan, 
ils ont une veste bJanche boutonnée 
jusqu'au collet, et remplaçant la chemise 
des Européens. Ils portent aussi une 
sorte de chapeau semblable à ceux 
des jockm, formé d'un morceau de 
drap ou de velours. Dans les districts 
occidentaux de Java, ils font usage 
d'un large chapeau, semblable à un 
bassin renverse , fait de lanières de 
bambou peint et vernissé, et qui ré- 
siste également à la pluie et aux rayonâ 
du soleil. 

Le costume des dames de la haute 
classe n'offre d'autre différence avec 
celui des femmes des classes inférieu- 
res . que par le luxe et la richesse 
des étoffes, des épingles et des bagues 
en pierreries. Les nobles et leurs lem- 
mes portent pour chaussures des 
saoïdales , des souliers ou des pantou- 
fles. Dans quelques cantons, les régents 
et les autres fonctionnaires portent 
des pantalons de nankin , avec des bot- 
tes et des éperons, selon la mode 
européenne. 

Les Javanais se laissent croître leur 
chevelure dans toute leur longueur. 
Les Malais et Bouguis, au contraire, 
ont les cheveux courts, Les hommes 
de la haute classe regardent comme 
de bon ton l'usage qu'ils ont adopté 
de les laisser flotter sur leurs épaules. 
L'étiquette veut que toute femme 
jui parait à la cour, se présente avec 
les diamants et des fleurs dans ses 
cheveux, et qu'elle porte une ceinture 
de soie^une, roiige aux ^trémités, 
appelée sembang. 
, Depuis que le makouta (*) est per- 

(*) On appelle Makouta la couronne d'or 
de Majapanit qui a disparu à Tépoque du 
bannissement de Tempereur Mangkourat. 
RafQea, en parlant de Thistoire de Pandgi 



l 



OCÉANIE. 98 

du , le souverain se couvre la tête d'un 
bonnet de velours, toutes les fois qu'il 
donne audience à des autorités euro- 
péennes. 

VII. NAVIGATION ET GÉOGRAPHIE OES 
MALAIS. 

. Environnés d'une mer soumise à 
deux moussons qui rendent les vova- 
ges faciles , les peuples de la Malafsie 
se sont essentiellement livrés à la ma- 
rine. Cette facilité de naviguer, même 
dans leurs plus grands vovages, tels 

Sie ceux de la Chine à la' Kouvelle- 
ollande , a , de nécessité, retardé le 
progrès dans l'art de la marine chez 
ces msulaires; les équipages de5 navi- 
res européens sont souvent étor lés de 
rencontrer, loin delà terre, d .frêles 
embarcations océaniennes, quf iquefois 
sans boussole, n'ayant d'autre moyen 
de se reconnaître' que l'observation 
imparfaite des astres. 

Cependant la boussote est en usage 
dans la Malaisîe, ainsi qu'en Chine. 
Il est étonnant qu'on ne s'y ser^'e que 
de mots javanais pour la division des 
aires du vent, tandis les Arabes ne 
se servent gue de mots tirés des lan- 
gues européennes. Ceci por*^(?mit à 
croire çue les Chinois avaient fait con- 
naître à ces peuples la polarité de ''ai- 
mant. Il est d'ailleurs reconnu que 
ces insulaires étendaient fort loin leurs 
excursions maritimes avant l'arrivée 
des Portugais aux Indes orientales. 

Les Malais divisent l'horizon en 8 
parties : le nord, appelé outarOy et 
le sud, salatan; Test, rimonr y et 
l'ouest , barat : ces deux parties se 
subdivisent en nord -est, pading; 
est vrai, djati; et sud-ouest, ta/tggara. 
Le nord-ouest est désigné sous le nom 
de laotU; l'ouest vrai , .sous celui de 
rapaty et le sud-est, sous celui de 
daya. Il y a huit côtés additionnels, 
qu^n désigne en ajoutant le mot sa- 
mata; ainsi barat-sa-mata-outara si- 
gnifie ouest-nord-ouest. 

Les peuples de la Malaisie ont fait 

Witen, ajoute : Thehistorjr ofMakuitapatî. 
Ce titre me paraît être composé de deux 
mots sanskrits. 



u 



L'UNIVERS. 



(Peu éê (irogtds m géotntphle. L'uni- 
rers, pour eux, est dans leurs archipels; 
Le plus savant Malaisieu ne connaît qu6 
les contrées suivantes : le Coroman- 
del, Siam, A va, la Chine , le Japon, 
TArabie, la Turquie, la France, TEspa- 
gne, la Hollande et TADg^leterre; et 
encore leurs connaissances, a cet égard, 
sont très-imparfaites. 

Les dénominations lés plus usitées 
pour désigner une petite ile sont 
poulo et nùusa. Souvent on la dési- 
gne en donnant une idée de sa con- 
figuration. Ainsi rîle du Prince de 
Galles (Prince of Wales island) esi 
appe^i^e Pinang, c'est-à-dire noix d'a- 
rek , i irce que cette île en a la forme. 
On a 'onne à plusieurs îles le nom 
A^Obi i Ouwij, c'est-à-dire igname, 
parce qu'elles offraient la forme de oe 
légume. 

Dans le langage recherché, fiali estap^ 
pelé Nousa-mmbaryàn , l'île submer- 
gée; Loiubok est xiommé^ Sasak^ ou 
le radeau. 

Quelques personnes font venir le 
nom de Bah du mot retour y parce 
que les habitants de cette tle abandon- 
nèrent le culte dé Mohammed pour re- 
tourner au cuite brahminique. Une 
des dénominations de l'tledeMadoura 
paraît venir du sanskrit ; c'est Texpres- 
sion Nousa-antara p llle adjacente 
entre deux , c'est-à-dire Java et le pays 
des Hindous. En effet, une des deux 
parties de l'île de Java , qui s'approche 
de Madoura , ait habitée par des Hin- 
dous. 

Les dénominations d'étvmologie 
arabe ne se sont point répandues dans 
ces contrées, excepté l'expression Al- 
Aami Ou Lameri, employée par leurs 
savants pour désigner Soumâdra^ et 
le nom de Jawi ou Jawa, pour dé- 
signer la Malaisie. 

ViU. COMTES MàLATOUS. 

lïous avons parlé de la littérature 
des Malais avec autant de détail que 
le cadre de Vl/mters putotesque poU'- 
Tait nous le permettre « au chapitre dé 
la littérature, dans le l^abkangéné* 
rat de l^Océanie. Il nous reste à citer 



uii de leora eontes, car eeipeaplai^ 
ainsi gue tous tes Orientaux < réui^îjs-^ 
sent dans ce gtmre plus que dan^ N» 
autres branches de la littérature. Celui 

Sue nous allons donner est populaire 
afas la plupart des îles de là Malais! «4 
et surtout a Soumâdra. Noul «f Ollft 
pensé qu'il jpourrait égayer quelque»* 
uns de nos lecteurs dont rimâginàttotl 
repousse les articles iéfieux d'ufii cer^ 
tame loneuèur. Ce conte, au riifë, 
nous paraît digne de ceun des Mille et 
une nuits, qui charitieiit leè Mm^ 
mes de tous le» âges et de touâ lea 
pays. 

tA &U8B l'smpo&tb sa» I.& roacB. Coutb malatoo. 

Parmi lea premiers aottveralti» 
d'Hind et de SInd . aucun n'était jlui 
puissant que le Iradjah Seurafi. Téui 
les radjahs d'Orient et d'Occideiit lit) 
rendaient hommage , excepté celui des 
Chinois. Cette exception , qui déplat^ 
sait beaucoup au monarque, l'engagea 
à lever des armées innombrables pour 
aller conquérir ce pays : il entra par«* 
tout en vainqueur, tua t)kisleurs août» 
thans de sa propre main , et épousi 
leurs filles, approchant ainsi à grandi 
pas du but de son ambition. 

Lorsqu'on apprit en Chineque le rad* 
jah Souran avait déjà atteint le patrt 
de Tamsak , le radjah de la Chine 6^ 
saisi d'une grande consternation, et 
dit à ses mandarins et capitaine ras- 
semblés : « Le radjah Souran menace de 
ravager mon empire; quel conseil mi 
donnec-vous pour m'opposer a sea 
progrès? » Alors un sage mandarin 
s'avança : « Mattre du inonde, « dit* 
il, tt ton esclave en ebnnait leitioven/B 
*-^ «t Mets-le donc ed uaaâe^i^ répondit 
le radjah de la Cliine. m le mandarin 
ordonna d'équiber Un navire, d'v eliai^ 
ger une quantité d'aiguUles fines, mais 
trèfl-^rouillées , et d'y ptonttr des arbrea 
de Cahamach et de Btrada. Il tië prit 
à bord que des vleillaitls lani d^^lits, 
et cingla vers Tamsak , où il aborda 
abrès peu de temps. Lorsque le rad- 
jah Sourah apprit qu'un vaitaéab ve^ 
nait d'arriver de la Cldne, tienvoyd 
des messagers pour savoir de l'équipa'gi 
à quelle oistance était situé leur pays. 



OGÉANIË. 



Ltei ineé6Agéf« fifamsi qufesfféilnéi* les 
Chinois, qui tépondiiHiint : « Lorsque 
nous mtines à la voile , nous étions 
tous des jeunes gens, et, ennuyés 
d'être t>rivés de la verdure de nos fo- 
rêts au milieu de la mer, nous avons 
planté la semence de ces arbres; au- 
jourd'hui , nous sommes vieux et cas- 
sés , nous avons perdu nos dents , et 
ces semences sont devenues des arbres 
qui ont porté des fruits, lons-témps 
avaht notre arrivée en ces lieux. *» 
Puis ils montrèrent quelques-unes de 
leurs aiguilles rouiiiées : « Voyez, *> 
poursuivirent-ils , « ces barres dfe feJr 
étaient, lorsque nous quittâmes la 
Chine, de la grosseur du bras ; à présent 
la rouille lés a rongées presûue entiè- 
rement. Nous ne savons pas lé nombre 
d'années qui se sont écoulées durant 
notre voyage, mais vous pouvez le cal- 
culer d'après les circonstances que nous 
Tenons cle vous présenter. » 

Les messagers rapportèrent au rad*- 
jâh Souran ce qu'ils avaient entendu : 
« SI le bécit de ceS Chinois est véri- 
table^ » dit le conquérant, « il faut 
que l^ur pays sdit a uhe distance im- 
mense. Quand pourrions-nous l'at- 
teindre? Le plus sage est de renonceir 
à notre expéa.tioii. » Et, à là tête dé 
son armée, il se mît en marche pour 
retourner dans ses états. 

it. IlfbCSTlUfi IST COMMERCÉ t)B LA 

mâLaisib. 

Les productions de la Malaîëie étant 
de|)uis plusieurs siècles en usage en 
Chine « fes Chinois, maleréleurpatrio- 
tisn^e, sont devenus tributaires de ce 
commerce éU*ahger d'importation , qui 
é'y fait sur dés lâtintents transportant 
environ 20,000 tonneaux dé marchan- 
dises. Ge commerce s'est étendu con- 
sidérablenient bar lès établissements 
nombreiix que les Chinois ont formés 
dans cet immense archipel. 

Selon M. Crawftird, des djonques, 
ou grands navires, de 100 à 150 ton- 
neaux, athènent annuellement dans les 
ports de JaVa 4 ou 500 individus chi- 
nois. Les Philippines et Uolo, Bintang, 
Baoka, et autres îles, recrutent éga- 



lement Ées haBItanb âtl oNésie em« 
pire; et la Malaisie reçoit ainsi Vex* 
cédant de la population de la Chiné. 
Si les lois chinoises ne s'opposaient 
point sévèrement à l'émigration des 
femmes , la Malaisie deviendrait bien- 
tôt un second empire chiriois. Les 
émigrés épousent aes Malaises, des 
Tagales, des Bissayas et des Davas; 
mais ils forment une classe particu- 
lière, conservant les mœurs primi- 
tives , au point que dans l'tie de Bor- 
néo , sur les cotes oocideniales , où ils 
sont au nombre de plus Je 200,000, 
ils bravent souvent l'aut rite des prin- 
ces indigènes, sèment \? lisoorde entre 
eux et les gouvernements hollandais , 
ne sont plus tributaires que de nom, 
et finiront, peut-être, par envahircette 
tle si riche et la plus grande du çlobe, 
que leurs pères ont possédée jadis. 

L'or et l'argent, qui existent en 
abondance dans une grande pbrtie des 
ties malaises , sont exploités, particu- 
lièrement à Java et à Bornéo, par les 
Chinois. Dans la contrée entre les fleu- 
ves de Sambâ et de Pàniianak. sit 
mille ouvriers de cette hation indus« 
trieuse et laborieuse exploitent annUel» 
lement dé l'or pour une valeur de trois 
millions de francs. 

Le commerce de l'étàih est ëricore 
plus important. Les îles occidentales 
rei^élent les mines les plus riches qui 
existent dans le mohde. La petite île 
de Banka en possède la principale , et 
elle livre annuellement , a lin prix mo- 
tlique, 4,725,000 livres d'étain, un tiers 
de plus que les mines du Cofnwall, en 
Angleterre , qui forment une des bran- 
ches importantes du commerce anglais. 
Elles sont également exptoitées par les 
Chinois. 

Les épicej9, telles que ciroflé, mus- 
cade, macis et fleurs de muscade, 
poivre , camphre , ainsi que le sucre, 
sont rechercnés des Japonais et des 
Européens , auxquels les Hollandais les 
fournissent. D'après le compte de^ cinq 
dernières années, inscrit aux registres 
des douanes de Calrutta , il a été im- 
porté au Bengale 3^776,000 livres (|e 
poivre , et les produits de la Malaisie 
lui ont coûté une somme amiuelle 



m 



L'UNIVERS. 



d'un million tt demi de livres sterling , 
ou 37 millions de francs, et 100,000 
tonneaux de bois de teck qu'elle a livré 
en échange. 

L'Océanie hollandaise, non compris 
Java , qui récolte au moins 160 mille 
quintaux de café, produit environ 
6000 tonneaux de cette fève précieuse, 
et douze à quinze millions de livres de 
sucre qu'elle vend à l'Europe. Les Chi- 
nois s'occupent de cette culture. Ces 
sucres , çn raison de leur abondance 
et du bas marché de la main d'oeuvre, 
peuvent être livrés à 2 piastres, ou 
10 fi*. 40 cei^times, le pikle (125 livres 
de France) , ^.nviroa 8 centimes la li- 
vre , ou 7 du prix des sucres de l'A- 
mérique. 

Le pikle xie poivre se vend cinq 
piastres ; le marcnand le revend de 9 
a 10 piastres, c'est-à-dire à cent pour 
cent de bénéfice. 

. Le coton est cultivé avec succès à 
Java ; les six millions d'habitants de 
cette Ile non seulement en tirent leurs 
vêtements, mais encore en font une 
exportation considérable. Le pikle y 
yaut de 10 à 12 piastres d'Espagne. 

Il faut remarquer que les remmes 

Îr sont les uniques marchands,, car 
es Javans se mêlent peu de commerce; 
la plupart des hautes productions com- 
merciales sont entre les mains des 
étrangers, surtout des Chinois, des 
Hindous, des Arabes et des Européens. 
L'Europe fournit, en revanche, à la 
Malaisie, tout le fer et le coton (*) que 
consomme cette grande partie de l'O- 
céanie. Ce sont les deux articles prin- 
cipaux, et le débit en. est sûr. Ces 
objets sont recherchés par 12 millions 
d'acheteurs répandus dans ces îles. Un 
seul port de Java, pour son usase 
particulier, a consommé en une année 
14,000 quintaux de fer. La deistruction 
de la piraterie, la protection du com- 
merce et la continuation de la paix, 
ont singulièrement augmenté le com- 
merce de ce beau pays, et rendu à ses 
métropoles, telles que Bantam, Achin, 

(*) C'est surtout le colon de Tlndc qui est 
réexporté dans la Malaisie. 



Ternate, Bornéo Ç), cette opulence et 
cette grandeur qui étonnèrent les pre- 
miers navigateurs européens. 



X. AGWCtJLTURE. 



8 



Les Malais, artisans, marchands, 
marins et guerriers, ont peu d'estime 
et de goût pour l'agriculture , et ils 
l'abandonnent en grande partie aux 
Cliinois établis parmi eux. 

Les Chinois sont en effet les hom- 
mes les plus laborieux et les plus indus- 
trieux du monde; ils entreprennent et 
exécutent les plus grands travaux. Les 
montagnes les plus escarpées sont ren- 
dues praticables: i'étais dans l'admira- 
tion en voyant celles des environs de 
Kouan-tcheou-fou (que nous nom- 
noms Canton), coupées en terrasses 
semblables de loin a des pyramides 
immenses, divisées en plusieurs éta- 
ges qui paraissent s'élever jusqu'aux 
nues. Chacune de ces tfsrrasses a été 
laboiu*ée et ensemencée de riz ou de 
tout autre grain, et rapporte annuel- 
lement sa moisson : mais ce qui étonne 
davantage, c'est de voir Feau de la 
rivière, du canal ou de la fontaine qui 
baigne les pieds de la montagne, ets^é- 
lève de terrasse en terrasse jusqu'à son 
sommet, au moyen d'une sorte de cha- 
pelet si léger que deux hommes seuls 
suHisent à le transporter et le faire 
mouvoir. La mer elle-même, qui sem- 
ble menacer de miner et d^engloutir le 
rivage qu'elle bat de ses flots , a cédé au 
travail persévérant et à l'industrie des 
Chinois , qui l'ont forcée de lui céder 
une partie de son lit, et ont fixé ses 
limites. Aussi ,.. chez eux point de ces 
fêtes nombreuses qui, en Italie, en 
Espagne, en Portugal et ailleurs , dé- 
vorent un temps précieux perdu dans 
l'inaction.Tous les joursde rannéesont 
des jours de travail , à l'exception du 
premier, consacré à des visites réci- 
proques, et du dernier, consacré à la 
cérémonie pieuse des devoirs qu'ils 
rendent à leurs ancêtres. Un citoyen 
oisif encourt le plus profond mépris, 

(*) Pigafetia.nous appreud que Bornéo 
coutenait a5,ooo maisons en j5io. En x 82 S , 
elle n'en OMBptait pas 3 000. ^ 



OGÉANtE. 



97 



ses compatriotes le repoussent, et il 
est ooDsidéré comme un être nuisible 
au peuple, par cela seul qu'il lui est inu- 
tile. Le gouvernement ne le tolère que 
dans le cas dMmpotence; bien différent 
en cela des autres gouvernements de 
l'Asie y où Ton souffre des Dervichs, 
des Fakirs , des Joguîs et autres indi- 
vidus qui se font un état de l'oisiveté. 
<i S'il existe dans un coin du céleste em- 
pire un homme qui ne fasse rien, il 
doit y en avoir un autre qui souffre et 
qui manque du nécessaire,» disait un 
empereur chinois dans une instruction 
publique où il exhortait le peuple au 
travan. Hien n'est beau comme cette 
maxime : aussi est-elle gravée dans 
l'esprit de tous les Chinois ; et chez eux 
toute maxime sage et vraie devient 
une loi. 

Mais quelle différence entre les 
Chinois , et même entre ceux qui sont 
établis dans la M alaisie , et les (leuples 
malais! L'agriculture deis Malais, peu 
avancée et encore informe, parce 
que ce peuple, brave et aventurier, 
la méprise , ne Tempéche pas d*étre 
très-misérable avec le terram le plus 
productif. Dans des contrées ou la 
nature a semé ses trésors les plus pré- 
cieux , la culture des terres est aban- 
donnée à des esclaves, c'est-à-dire à 
des hommes sans amour du travail, 
parce qu'il ne leur rapporte rien , et 
qui , par suite de leur condition , sont 
ordinairement ignorants, sans ému- 
lation, sans courage, et, d'ailleurs, 
sans cesse arraches à leurs travaux 
par leurs maîtres, qui aiment mieux 
les emplover ^ leurs entreprises et à 
leurs expéditions maritimes. Aussi le 
sol, presque entièrement en friche, 
rapporte a peine assez de riz pour suf- 
fire à la subsistance de ses habitants. 
Il est malheureux que les Malais 
négligent les avantaf^es qu'ils pour-, 
raient tirer de la fertilité de leur ter- 
rain. Il serait pour eux la source des 
plus grandes richesses; car ils pour- 
raient former les plus beaux vergers , 
s'ils voulaient se donner la peine de 
rassembler des arbres et les plantes à 
fruits qu'ils possèdent en abondance 
et presque sans aucune culture ; mais 

7* Livraison, (Ogeanie.) 



ils les laissent dispersés çà et là, dans 
leurs terres, sans travail et sans ordre. 

Depuis que les Hollandais se sont 
établis et sont devenus les m'^tres à 
Java, l'agriculture est devenue plus 
florissante dans cettte tle que chez les 
Malais, ainsi que l'a fort bien c^rvé 
le respectable Poivre. Ces négociants 
conquérants ont su y implanter et 
consolider leur domination, en profi* 
tant habilement des désordres enfan- 
tés par les lois féodales en vigueur , 
et annihiler la puissance îles rois et 
des grands vassaux , tantôt en aidant 
ceux-ci contre les souverains, tantôt 
en protégeant les souverains contre les 
vassaux, quand ils étaient à demi ter- 
rassés par ces derniers. Aussi les Ja- 
vanais, abattus et sans force, ont 
perdu peu à peu cette turbulence et cette 
agitation inquiète produites par leur or- 
ganisation gouvernementale. Ils se 
sont adonna avec plus de zèle et de 
succès à la culture des productions de 
leur tle, et principalement de celle 
du riz , de l'indigo , de la canne à su- 
cre et du café : ce sont les peuples de 
la Malaisie les plus avancés en agricul- 
ture. Dans la partie orientale de Java, 
dans l'île voisine de Madoura et dans 
celle de Solor, qui en est plus éloignée, 
les habitants élèvent des troupeaux 
de bufQes d'une grosseur monstrueu- 
se , les emploient avec avantage au la- 
bourage, et se nourrissent deleur chair, 
qui est bonne et nutritive. Ils y élè- 
vent, en outre, une grande quantité 
de bœufs d'une belle espèce, et peut- 
être les plus grands du monde. 

Les pâturages consistent, communé- 
ment dans la Malaisie . en un gramen 
de la hauteur de cinq à six pieds , que 
l'on voit paraître au commencement 
de la saison des pluies , et qui finit sa 
végétation avec cette saison, c*est-à- 
dire au bout de trois mois. 

Un tableau de comparaison de 
l'agriculture des différents pays du- 
monde ferait bien comprendre d'un 
côté la misère et les malheurs de toute 
espèce qui accompagnent l'abandon de 
l'asHcuiture, de loutre, l'heureuse 
influence qu'elle exerce sur la civili- 
sation et la prospérité d'un peuple qui 

7 



îW 



L'UNÎVEftS. 



imôhote et U pT^^mèf et qëéïs im* 
ntenses avantagé» ém p&t promn» h 
Vhumtxhité: 

Dans lés ties âë lai îfalaisie, on des- 
tine de préférence le fcaffte et la va- 
che aa trait, le bœuf et \ë chetal au 
transport des fardeaux. Un boeuf peut 
porter une chàfge de quatre cfuintatix, 
tandis qu'un cheval n'en pirte que 
trois. Mois ce poids d6it être moitié 
moindre dan^ les contrées monta- 
gneuses et sur les mauvaises routés. 

Le prix d'un bœuf oo d'une vache 
TaHe dé 31 à 42 francs; celui du buffle 
de 30 à 60. On laboure la terre avec 
une charrue, faite en bois de teck, 
d'une construction si léî^ère qu'un 
homme peut la transporter sur se* 
gaules : elle se compose du corps ^ 
Œun timon et de la poignée. 

On fait encore osace d'une autre 

charrue qu'un seul buffle suffit pour 

traîner, dans le laboura^ des jardin* 

et des champs qiii avoisment les plan- 

- tations ; elle est de fbrme chinoise. 

La herse est aussi faite de bois de 
teck : elle a une seule rangée de dents, 
et la forme d'un râteau européen. Le 
manche et lé joug sont en bambou. 
Pour augmenter son action, le con- 
ducteur s'assied dessus. 

Deux bœufs ou deux bufffes suffisent 
pour traîner la cfiarrue ou la herse. 

l'ïous ne décrirons pas la bêche et 
les autres instruments d'agriculture t 
ils n'offriraient qu'un médiocre intérêt 
à nos lecteurs. Nous dirons seulement 
que ces instruments sont bien infé- 
rieurs aux nôtrts. Ce sont ordinaire- 
ment les hommes (}ui s'occupent à la- 
bourer, sarcler et het'ser; les femmes 
sont chargées de senier le v\z et de lé 
recueillir, et en outre de le poiter 
au marche, quand on n'emploie pas de* 
Ifeâtiaùx à cet usage. 

Hy â à Java deux sortes de terres, 
les unes qu'on arrose au moyen d'i- 
nondations par tes eaux courantes, 
et les autres sur lesquelles on ne peut 
diriger ces inondations. On noninre 
. les premières sawahSy et les fécondes 
UgcU ou çlaga. Les sawahs sont les 
[terres de première quaWté. On lie 
forme de grandes rizières.- Eîles rap- 



jUbi^ent émx moissons pur afonée^sans 
mie ïès sarrsons leur soient nécessaires*. 
On les arrose th enlevant une petite 
dîgoe placée sut les coteaux afin d'ar- 
rêter les eamt. Ces terres cmt ordinai- 
rement cïnqnnaÊ» à soi^tante pieàs d'é- 
tendue, et sont arrangées en terras- 
ses, de manière que l'inondatioh se 
fait graduellement. Les tégals sont 
utilisées pour la o^Hure dii riz des 
montap(n68 , le blé de Turquie et d'au- 
tres véj;étaux. Elles sont arrosées par 
les pluies périodimies. 

Les terrains de première qualité 
sont principalement composés de sa- 
ble , et se rencontrent auprès des gran* 
des eajx courantes. Les terrains de 
seconde qualité sont composés d^argiie 
^tire : ce sont ceux des plaines cen- 
trales. Il y a encore des terrains d'une 
<|tiaiité inférieure à ces deux premiers , 
et formés d'allQvions : on les trouve 
Sur les cdtes. 

XI. BISrOIRE NAtURÈLLfi D^ LA MALAISIB. 

BOTAHIQOS. 

Ris et antres {dabtes céréales. — Légumes. 

Le riz, oryza sativa de Linné, 
Sert de nourriture à une plus grande 
portion du genre huniiain que Te Mo- 
ment et les autres céréales. Les habi- 
tants de l'Hindoustan, de la Chine, 
de la Perse, du Japon, de la presqu'île 
au-delà dîi Gange, de presque tou$ 
les pays asiatiques et africains situés 
entre les tropiques, et d'une grande 
portion des deut continents améri- 
cains , emploient le rne aii Ifeu de paiâ 
pour leur nourriture. 
' La substance ferine^fté du mz est 
^ine , légère , d'une digestkm facile , 
et dohné du ton à l'estomaïc et aux 
intestins. Mais Tanalyse chimique a 
fAii connaître ^'à velume égal le riz 
contient moins de SubstàoAtoe Mimen- 
taire qtfe le froment. 

On compte beadcoup d'espôoês dif- 
férentes de riz 

Le Bertgale envoie en Europe une 
grande quantité d'nne qualité assez 
médiocre. Çdui qui nous vient de Ma- 
dagascar et de Java eèt encore plus 
mautâiis. Celui de l'Egypte, delà Chine 
et de Manila est préterable. 



OCÉ^ANtX. 



Wàê IM ri« ck» Ét«te-llnw d'Amé- 
rique, et pâftîcultèptméwi eekui de )a 
Cmroliiie, simt très-estrmés, et se ven- 
dent dans les ports eurepéens à un 
prix deax fois jni» élevé qae eaux qui 
Tiennent de rHindoustan. 

Cette différenee provient sans doute 
de la supériorité de la méthode de 
culture des Américains sur celle des 
pays de l'Orient. Mais on a réussi ré- 
cemment à améliorer un peu ta qualité 
du riz de Flnde, en l'important en 
Europe, non en fi^rains nus, comme 
on faisait auparavant, mais en grains 
couverts de leurs nelUcttles, ce qui tes 
garantit de la détérioration ordinaire, 
produite par la fermentation dorant un 
aussi long voyage. 

Le riz paraf t être indigène de la Ma- 
laisie. Tous tes peuples oe ces contrées, 
depuis Madagascar juqu'à Bornéo, le 
connaissent sous le nom de pat^ ou 
bras. Les habitants des Philippines le 
nomment paUay. 'On désigne géné- 
ralement sous le nom de sawah tout 
ce qui concerne la culture de oe gra- 
minée. Le Hz est le principal aliment 
des peuples civilisés de cette partie du 
monde qui habitent les contrées si- 
tuées entre les tropiques et les lies 
adjacentes. Tout semble indiquer qu'il 
n'y a pas une origine étrangère. 

Les Javans en font un&exportation 
considérable à Soumâdra, à Malakka, 
à Bornéo, à Célèbes, aux Mohiques, 
à Ceylan , au cap de Bonne-Espéranee, 
et même à Itle de France et à Bour- 
bon , quand ces deux dernières Iles ne 
peuvent en recevoir de Madagascar. 
Us en fournissent à ces Hes de 6 à 8 
milles tonneaux, et en retirent, par 
conséquent , un revenu d'environ S 
millTons de sfea roupies , ou douze 
millions cinq cent ninle nrancs. 

Cette même espèce de riz est encore 
cultivée sur les montagnes et dans les 
marais; mais les Javans vendent or- 
ùinairement le second à l'intérieur, 
quoiqu'il soit moins substantiel et d'un 
goût moins agréable que le premier , 
ou riz sec. • 

Rumph nous fait connaître une au- 
tre variété de riz. (ory za ghUÎAOsa), 
qu'on n'emploie jamais que comme 



friandise; les MiImi loi dbraieiÉ le 
wm de pottloH^ et]e»Janrap$ cdot de 
ketUmg. 

Il est rare que le ris soit mâr partout 
à la fois dans un même champ; la 
moisson dure jusqu'à dix jours sur un 
.mdme terrain. On transporte la léoolte 
au village, où on la fait sécher a» so- 
leil; puis on en fait des bottes qu'on 
dépose dans des greniers. On ne se 
sert pas, comme en Europe, de fléau 
ou de bestiaux pour séparer le riit de 
la paille, on le foule aux pieds ^ mais 
on le transporte le plus eommtméniént 
au marché avant cette opération. Dans 
toute la Malaisie, et principalement 
mn Philippines, à Java et à Timor, ce 
sont les femmes qu: émondent le riz 
à l'aide de mortiers et de pilons de bois. 
Quand il a subi cette opération , on 
peut aisément le eonserverpendant plu- 
sieurs années. 

Les terres vierges où on cultive le 
riz donnent 25 à 30 pour cent; les 
terres des montagnes, 1 5 ; les terres des 
marais, 26, et seulement 15 ou 16 quand 
on fait deux récoltes. A Mataran , un 
aère anglais fournit, dans les deux 
moiseoos , 570 livres eamr du poids, 
et à Kfldûu 641 dans une seule. 

l.e salaire des moissonneuses se paie 
en leur donnant le 8' , le 6* , et quel- 
quefois même le 5* ou le quart. 

l^jawa-wout {panieum itaUcum) 
était, à ce qu'on assure par tradition , 
le seul graminée que l'on consommait 
dans l'île à l'époque de sa déooif verte. 
On dit que cette plante luî adonné son 
nom. 

Le manioo d'Amérique {jatropha 
mwUhot)^ appelé obi Bolanda, cor- 
ruption du terme obi de Hollande, ce 
qui preuve de son introduction par 
les Néerlandais , croît spontanément, 
au nombre de plusieurs variétés, dans 
les haies. 

Le tar^ y oo arunk esadentum de 
Linné, si précieux, est peu cultivé, 
ainsi qœ lechUi, l'oignon, le con- 
combre, etc. 

I>e aadoung (dioscoreatriphyUa)- 
erott abomdamment dans f état sauvage. 

Le fronfent oo blé e^ appelé çan- 
doum en persan, d'où dérive le nom 

f 



100 



L'UNIVERS. 



malais de ce sramiûée; il est nommé 
•trigo (*) par Tes Javanais. On le cul- 
tive comme le riz des montagnes. Le 
grain en est petit, de couleur foncée, 
et de qualité Ihédiocre , parce que la 
culture n'en est point soignée. 11 peut 
croître avec succès dans les contrées 
élevées. Celui ^ui provient des îles 
adjacentes, voismesdu Bengale, est à 
si bas prix qu'on ne peut racheter à 
meilleur compte dans aucune contrée 
du globe. 

Les Hollandais ont introduit , depuis 
quelques années, la pomme de terre 
{solanwn tuberosum)^ les navets, les 
carottes , les choux, le mahi , lekédel, 
et l'ijo, dont les Chinois fabriquent 
rexcellente saucer de soy, labatate, etc. 
Les Malais l'appellent obi Europay et 
les Javanais kantang Olanda. Le goût 
de la pomme de terre de Java est plus 
délicat que celui des pommes de terre 
d'Europe ; elle est supérieure à celles 
qui proviennent de THindoustan. On 
trouve dans les Philippines, à Java, 
et dans quelques autres lies, les navets, 
les carottes, les choux, etc. 

XII. DES PLANTES EMPLOYÉES DANS LES 
MANUFACTUfUBS ET LES AIVTS. 

Après le riz, la culture du coton 
est fa plus utile dans la plupart des 
îlesdelaMalaisie, et surtout dans celle 
de Java. Il y en a deux espèces : le co- 
ton herbacé {gossypium herbaceum) 
et le coton en arbre {gossypium ar- 
boreum). On y trouve un grand nom- 
bre de variétés de la première espèce , et 
chaque Ile offre des variétés particu- 
lières. Mais ce qui est étrange, c'est 
que les cotons de Java sont les plus 
médiocres de la Malaisie, quoique 
cette île offre le meilleur système de 
culture de toute l'Océanie. Les noms 
étrangers de mori( arabes), hollanda 
(hollandais), francès (français), 
engrès (anglais), qui caractérisent 
les variétés, semblent désigner les 
peuples qui les y ont naturalisés. 

Le coton de Java est inférieur à 
celui d'Egypte; mafs on le reçoit sans 

(*) Ce moi vient, je pense, du portugais 
tri^o, blé, lequel est dérivé peut-être du 
mat latin triticum. 



quarantaine en Einrope, parce que la 
peste est inconnue à Java. 

Il y a d'autres plantes filamenteuses : 
le rami{ramvum majus) est une sorte 
d'oirtie de la hauteur de cinq à six pieds; 
on extrait de l'écorce de sa tige une 
filasse excellente pour les corderies. Le 
ganja^ ou le chanvre {cannabis satîva\ 
n'est pas cultivé pour substance fila- 
menteuse, mais pour un suc narcoti- 
que qu'on extrait de cette plante; elle 
est originaire de l'Inde. 

Le bagou {gnetum gnemon) , le va- 
rou {hibiscus tiliaceus)^ produisent, 
par la macération , de la filasse pour 
les pêcheries. 

Le glougo {moruspapyrifera)y qui 
sert à la mbrication du papier, est 
cultivé en abondance dans quelques 
provinces de Java. Le papier qu'on en 
tire est communément d'un brun sale, 
mal fabriqué , et ne peut être garanti 
des atteintes des dermestes , insecte 
très-commun dans cette île. Si les an- 
ciens manuscrits trouvés à Chéribon 
ont été écrits sur du papier de glougo , 
ce genre de manufacture est singuliè- 
rement déchu de son éclat primitif. 

Le Umtar (*) {borasÉus flabeUxfiyr- 
mis ) , originaire des Indes occiden- 
tales, est un palmier qui produit une 
sorte de vin employé dahs les manu- 
factures de sucre. Les feuilles de cet 
arbre servaient de papier aux insu- 
laires, avant aue les étrangers leur 
eussent appris la manière de le fabri- 

2uer; ils les coupaient en bandes 
•environ 3 pouces de large, sur douze 
à dix-huit pouces de long; et, après 
les avoir raclées avec un instrument 
de fer, ils les rattachaient ensemble 
par un cordon à leurs deux extrémi- 
tés. On présume qu'ils avaient pris cet 
usage des Hindous. 

Le gàbang, ou palmier à éventail 
( corypha umbracuUfera ) , est un 
autre palmier; la nervure du milieu 

(*) Cest à tort que Quelques naturalistes 
le nomment &/îtor. Cest le lontarus de 
Rumph. Loureiro en a indiqué une autre 
espèce également originaire de llnde ; c*est le 
horassus tunicatu, dans lequel les supports 
des feuilles sont inermes. /' ~'^ 



OCÊANIE- 



101 



de ses feuiHes est employée à la con- 
fection des cordages. Le jonc appelé 
rotin (*) {ccUamus rotana) est une des 
principales plantes usuelles et épineu- 
ses de ces contrées ; il v en a un grand 
nombre de variétés de différentes gros- 
seurs, et entre autres la variété ap- 
pelée salak , dont le fruit dur est de 
ta grosseur d*un œuf de poule, et 
enveloppé d'une pulpe blancne recou- 
verte cT une écorce ; son odeur est forte, 
et son goût acide. Cette variété est la 
seule qu'on cultive , parce que cette 
plante croît dans les forêts en très- 
grande abondance. Les «o/oA» de Bor- 
néo, de Sou mâdra, etdequelques parties 
de Célèbes, sont les meilleures; celles 
de Java sont d'une qualité inférieure. 

Le bambou {ammdo bambos) est 
un roseau dont on trouve plusieurs 
variétés sauvages et cultivées. Quel- 
ques espèces sont cultivées pour leur 
beauté, d'autres pour leur utilité. Le 
bambou s'élève jusqu'à la hauteur de 40 
à 50 pieds, forme des clôtures, et se re- 
nouvelle per])étuellement en poussant 
de nouveaux jets (voy. fL 63). Il est 
d'une immense utilitSé dans une foule 
d'opérations , soit d'économie rurale , 
soit d'architecture navale, et générale- 
ment dans toutes les occasions où le bois 
est nécessaire: il sert de planches, de 
liens , de bâtons, de perches, et même de 
flambeaux. Lesamnearj qui est le plus 
grand, a jusqu'à 100 piedsae haut; avec 
les plus grosses tiges on peut faire un 
bateau. Le bambou tcho fournit aux 
Chinois un papier très-solide, dont ils 
font des parasols , et dont les peintres 
se servent pour y dé{)Oser l'œuvre de 
leurs pinceaux. Plusieurs Asiatiaues 
tirent leurs plumes du bichay et , dans 
le système de Linné , cette espèce porte 
à juste titre le nom d'arumo scrip' 
toria. 

Le niboung (caryota urens) et le 
fUpah {cocos nypa) sont aussi d'une 
grande utilité. La tige du niboung est 
longue, parfaitement droite, et sert à 
la construction des maisons ; l'extérieur 
de ce bois est dur, mais l'intérieur est 

(*) Les Européens rappellent rotang; son 
▼érîuble nom malais est rotan. 



très-poreux; on le muse fiidlenient 
pour en faire des canaux et des gout- 
tières. Les pousses des feuilles de cet 
arbre sont bonnes à manger , ainsi que 
de tons ceux de la famille des palmiers. 
Le nipah est un petit palmier de cinq 
à six pieds de long ; il s'élève dans les 
lieux marécageux. Comme les autres 
palmiers, il produit une substance 
vineuse. De ses feuilles {atap) on 
fait des nattes grossières et on couvre 
la toiture des maisons. 

Nulle contrée du monde ne produit 
autant de bois de construction que la 
Malaisie. Le teck {tectona grandi^) 
en est le plus robuste et le plus pré- 
cieux, ainsi que dans l'Inde et dans la 
Birmanie. Il est inférieur au teck du 
premier pays, et supérieur à celui 
du second. Il s'élève de 80 à 100 

Sieds dans son entière croissance; son 
iamètre est de 5 à 8 pieds. Il fleurit 
à Java pendant la saison sèche, et ses 
fruits se forment au mois de novem- 
bre. Il est du petit nombre des arbres 
des réeions équinoxiales qui perdent 
leurs leuilles comme dans les climats 
tempérés. On en rencontre dans les 
plaines , et sur des collines élevées 
de trois à quatre cents pieds au-dessus 
du niveau de la mer, de même que l'a- 
cajou des deux Amérique. Il y a des 
forêts entières de ces arbres; le teck dé- 
truit tous ceux qui l'avoisinent, lorsqu'il 
se trouve sur un sol favorable. Son bois, 
presque incorruptible, est le plus pré- 
cieux qu'on connaisse pour la construc- 
tion des navires. Java est la seule 
contrée de la division malaisienne où 
il croît en abondance; on le rencontre 
en moindre quantité à Madoura, quoi- 
que près de Java. On l'a imolanté à 
Célèbes et à Amboine, où Rumijn \y im- 
porta de Madoura. Il n'est indigène 
ni à Malakka, ni à Sotimâdra ni à 
Bornéo. 

Le lingoa (pterocarpus draco) est 
presque aussi fort et aussi durable 
que le teck. Il a été apporté à Java 
et autres îles des Moluques, où il 
remplace le teck. Ses fleurs , et même 
dans quelques variétés son bois , don- 
nent un parfum aussi agréable que le 
sandal. Rumpb le divise en quatre va- 



104 



L'UNIVERS. 



Le kanariim {éUœe. pent.) produit 
la meilleure huile comestible. Ce 
grand arbre porte un fruit oblong qui 
ressemble à la noix de nos vergers ; 
l'amande de sa droupe (*) a le goût de 
la noisette et donne en abondance une 
huile que l'on préfère à celle de coco. 
Le kanarium est originaire des con- 
trées où Ton trouve le sagou; il a été 
importé à Célèbes et à Java par le 
commerce. 

Le bétel ipiper betlelÂn.) est un ar- 
ticle important d'horticulture. Ses 
feuilles ont une saveur que les peu- 
ples de la Malaisie aiment infiniment 
et qu'ils mêlent avec la noix d'arek (**). 
Rumph, que Ton nomme aussi Rum- 
phius, en décrit six espèces et plu- 
sieurs variétés , tant sauvages que cul- 
tivées. Cette plante grimpante paraît 
être originaire de la Malaisie ; car si 
l'on peut connaître le pays d'où une 
plante est originaire par le plus ou 
moins de facilité à la cultiver , le bé- 
tel doit provenir des régions équi- 
noxiales. Il croît très-facilement à Java, 
et avec plus de difficulté dans THin- 
doustan. 

On le cultive dans des jardins sépa- 
rés, près des habitations, parce qu'il 
a besoin de beaucoup d'eau ; il préfère 
la terre des rizières et le voisinage de 
la mer; il grimpe autour des perches 
ou des arbres. 

Les feuilles peuvent servir dès la se- 
conde année. Cette plante continue à 
en produire d'une excellente qualité 
pendant trente ans; notais elles dégé- 
nèrent plus tard. 

Après ces plantes, nous"devons par- 
ler au suc épais appelé goutta gambirj 
ou mieux encore gatah. Ce mot malais 
signifie gomme. Le gambir ressemble 
àmterrajaponîca ou au catechou : il 
provient éufums uncatus de Rumph , 
appelé vulgairement gambir. 

(*) Péricarpe charnu ou enveloppe ren- 
fermant un seul noyau comme la pècne, etc. 

i^*) Les Malais l'appellent pinang, les Ja- 
vanais yam^/, lesAmboinais/K>iMZ> c'est-à- 
dire, le fruit par excellence. Le mot areka 
nous parait dérivé 4u telingat une des lan- 
gues de rinde, ^ 



Le D' Hunter a publié, an neuvtème 
volume des Actes de la Société lin- 
néenne , un excellent mémoire sur le 
gambir. 

Cette planté s'élève à cinq ou six 
pieds ; à la fin delà première année, elle 
produit des feuilles dont on fait usage, 
et continue ainsi pendant vingt à trente 
ans, deux fois cnaque année. On fait 
bouillir les feuilles dans des pots de 
terre ; il en sort un suc qui acquiert 
la consistance d'un sirop. On en fait 
des gâteaux carrés ou ronds. Ce genre 
d'industrie n'est pas connu à Java, 
mais dans la partie orientale de Sou- 
mâdra, à Malakka, à Rhiou, et sur la 
côte occidentale de Boméx). On ex- 
porte le gambir pour la Chine : il y 
sert à tanner le cuir. On l'emploie 
aux Indes pour le mâcher avec le bé- 
tel et l'arek. Son goût amer et astrin- 
gent a£fecte la langue; mais lorsqu'on 
y est accoutumé, il n'est pas désagréa- 
ble, dit Crawfurd; j'ajouterai que le 
gambir est très-stomachique, et que 
les petits pains qu'on en fait, se con- 
servant pendant plusieurs années. 

Crawturd dit que le tabac {nico- 
Uaffia ) est cultive dans toute la Ma- 
laisie pour l'usage domestique; mais 
qu'à Java, à Maîndanao et à Lou- 
çon , c'est en outre un objet d'expor- 
tation : il aurait pu ajouter, à Négros , 
Célèbes et autres îles. On en fait à 
Java des semis sur les montagnes, à 
trois mille pieds au-dessus du niveau 
de la mer ; on le transplante ensuite 
dans les plaines fertiles du nord , on 
le sème dans la terre des rizières, ar- 
rosées par des canaux artificiels. Il ne 
lui faut point d'engrais, ce qui prouve 
l'excessive fertilité du sol de cette 
grande île. On y alterne souvent la 
culture du riz et du tabac; quelques 
arrosements lui suffisent pour tout 
soin. Que l'on juge combien cette 
plante acquerrait de valeur à Java , si 
elle était confiée à des cultivateurs in- 
dustrieux de l'Europe , puisque, dans 
la province de Kadou, elfe s'élève ordi- 
nairement jusqu'à huit ou dix pieds. La 
transplantation se fait au mois de juin, 
c'est-à-dire à l'époque de l'hiver de 
Vhémjsphère austral ; il mûrit en oc- 



ÔCÉANIE. 



' 105 



fobre et novembre, dans* les mois de 
l'été , ayant les pluies : il est haché 
lorsqu'il est encore vert, et après qu'on 
«1 a ôté la nervure fibreuse. 

Le tabac fut planté en Portugal 
vers l'année 1559; il fut bientôt im- 
porté dans les établissements por- 
tugais de la Malaisie. En 1601 , la 
dernière année du règne de Panamba- 
ham , «empereur de Matarem , l'usage 
de fumer le t^ac s'introduisit à Java. 

Mais Tarbre le plus précieux de. 
la Malaisie est un palmier admirable 
par sa production , et qui supplée en 
partie au défaut du travail de ses peu- 
ples qui, sauf les Javans, les Tarais, les 
Bissayas et quelques Dayas , méprisent 
l'agriculture. Cet arbre, est le sagou- 
tier. Il croît sans culture dans les fo- 
rêts ; sa hauteur est d'environ 25 à 
30 pieds , et il devient quelauefois si 
gros qu'un homme ne peut l'embras- 
ser. Les chefs malais commencent à 
en faire des plantations considérables. 

Le sagoutier {metroxylum sagou) 
se multiplie lui-même, comme le mû- 
rier, par ses graines et ses rejetons. 
La forme du fruit ressemble a celle 
d'un œuf. Son écorce,de l'épaisseur 
d'un pouce , recouvre immédiatement 
des faisceaux de fibres qui s'allongent, 
se croisent et s'enlacent les unes dans 
les autres , et renferment une farine 
gommeuse intercalée dans les inter- 
valles formés par ses nœuds innom- 
brables. Quand cette substance est 
mûre , on distingue à l'extrémité des 
palmes de Tarbre une poussière blanche 
qui transpire au travers des pores de 
la feuille. Alors le Malaisien l'abat parle 
pied, le, divise en plusieurs morceaux 
qu'il fend ensuite par quartiers, comme 
nous faisons du dois de corde à brû- 
ler; puis il extrait la fariné qui se 
trouve enveloppée entre les fibres , en 
délayant le tout dans de l'eau com- 
mune et le passant dans une chausse 
de toile fine, pour séparer cette sub- 
stance des fibres auxquelles elle est 
attachée. Ensuite il fait évaporer l'hu- 
midité de cette pâte en l'exposant au ' 
soleil, et en remplit des moules de 
terre de formes diverses, où il la 
laifise se sécher et durcir. Cette pâte 



ainsi élaborée se conserve phisieurs 
années; c'estune nourrituretres-saine, 
et la principale ressource des Malais, 
qui se servent du tronc pour la con- 
struction de leurs maisons , des feuilles 
pour la toiture, etc. 

La préparation du sagou est très- 
simple. Les naturels se contentent de 
le délayer dans l'eau ; quelquefois ils 
le font'^cuire. Ils parviennent à sépa- 
rer la fleur de cette farine et à la ré- 
duire en petits grains de la forme de 
ceux du riz, et plus petits encore. Ainsi 
préparée et transformée , elle devient 
non-seulement un aliment que les vieil- 
lards infirmes choisissent de préfé- 
rence à l'autre, mais encore un remède 
pour les maladies de poitrine. Lors- 
qu'elle est cuite dans du bouillon ou 
bien dans de l'eau pure , elle se trans- 
forme en une substance gélatineuse, 
agréable à manger. On voit d'immenses 
forêts de sagoutiers dans l'île de Géram. 

XIV. DES ARBRES FRUFFIERS. 

Aucune contrée du globe n'est plus 
abondante en ifruits que les îles de la 
Malaisie. La plupart de ceux qu'on 
trouve dans les régions équinoxiales 
y ont été naturalisés; mais il n'y en a 
que très-peu qui soient originaires des 
climats tempérés. 

La m'ajeure partie croît sans au- 
cune culture dans l'état sauvage. Les 
arbres fruitiers sont plantés irréguliè- 
rement autour des viUages, sans qu'on 
ait choisi le sol qui leur convient. 

Il y a des fruits qui mûrissent toute 
l'année : tels sont la banane, le jack; 
d'autres, tels que lés mangues, les 
mangoustans , les dourians , ne vien- 
nent' en maturité à Batavia que dans 
la saison sèche; ils mûrissent plus 
tard -dans les contrées élevées : l'in- 
dustrie peut donc suppléer à la nature 
pour en procurer dans toutes les sai- 
sons. 

La banane, que les Malais appellent 
pisanp , peut tenir le premier rang 
parmi leurs fruits. Cette plante, connue 
sous le nom de figuier d'Inde ( musa 
paracUsiaca) , est un des aliments les 
plus nécessaires à l'homme. On la 



m 



rUJSflVEBlft. 



tre««« âan$ ^hM^^ la UfOê torride; 
mais, 4ao9 ces t\m» eXk est d'une 
qualité suf^ieure à iôelk die T Améri- 
que ; 9XJm ies M^ais la juangeut-ils 
sans loi Cpûre «ubir aucune tfsmior- 
mation , tandis que les Américaine I9 
font torréfier avant 4e la manger. 
Il ^aîusqu^à seize yariétésdel)ananes 
cultivées c^cûaq variétés sauvages dans 
la Malaisié : on n'en connaît ijMe trois 
espèoes dans rAmériquc éiwmoxiale. 
A Maïndanao e^ dans les foretsdes île^ 
Philippines, on trouve encore en abon- 
dance une autre espèce de banane sau- 
vage {mma texWU) , ^ooX Tépiderme 
fibreux est employé à la fabrication 
des étofSes, et que ies Aidais appel- 
lent mani/a rope^ parce qir on c;n peu^ 
faire des <x)rdagaB. 

Il y a 4ieux sosrtes ^'a^bre 4 fçà» 
(arioearpw incisa)^ Tune produisant 
des graines, et Tautre qui n'en pro- 
duit pas. Cette 4ernière variété est la 
véritable espèce d'arbre à pain, ou 
rima en matai. On le fait torréfier. Il 
est inférieur dans la Malaisié à celui 
|ui croit dans les Iles de la mer du 
lud. La variété è graines parait être 
originaire de la partie orientale de 
r^Fohipel indien ; on l'y trouve à l'é- 
tat sauvage. Il parait probable que les 
Malais et les Javanais l'apportèrent 
de Banda à Java, lorsqu'ils y faisaient 
le commerce des épiceries, avant l'ar- 
rivée des Européens. 

Le fruit le plus exquis de l'Orient, et 
peut-être du monde , est le mangous- 
tan {garcinia mangostana). U est 
légèrement acide , d'une saveur extpê- 
ipement délicate et très<«ain ; il a l'as- 
pect d'une grenade mûre; il est petitet 
sphériqoe : une éowce brune, dure à 
l'extérieur, plus douce jet moins foncée 
intérieureoiont , recouvre une pulpe 
blanche et transparente comme 4^ 
neige : cette palpée est la aepje partie 
mangeable du fruit 

Il y en a une seconde espèce ( gar* 
cmia cekbiaa)i qui croît aans l^s fo- 
rêts de Jaiva «t de Célèbes; mais il 
ne faut pas la confondre avec le véri- 
table mangoustan, qui prospère à peine 
au nord de la latitude de Louçon, aux 
ttes Philippines , et qu'iMi a vainçmenyt 



l 



tenté 4a nalsuralteer ,au^ J&sÀ»sg^^ , ^ 
Cochin , à la Chine et à âiam. 

L£ fruÂt le 1^ estiixvé des indigè- 
nes est le dourian {durpoziWhitnis)^ 
auquel les étrai^ers, repoussés par sa 
couleur et son odeur, attachent bien 
Qioîns de prjx. B a presque lagrosseur 
d'une tê^ humaine , tantôt spnérique, 
t^tôt ovoïde; jsa couleur e?t d'un vert 

i'aunâtre ; il ressemble au fruit de l'ar- 
)re à pain , mai^ il est plus volumi- 
neux quand il est ^ur. ^es graines , 
enveil^oppées d'uae belle pulpe blanche, 
sojQt renfermées ,dans cinq cellules 
longitudinales, dont cliacune contient, 
depuis une jusqu'à quatre semences 
de la grosseur d'un jçeuf de pigeon : 
une l^èce p£;)Iicule , qui recouvre la 
pulpe, leur servanf d'enveloppe, les 
empêche d'adhérer les unes aux au- 
tres. Cette pulpe est la partie man- 
geable , comme celle du mangoustan. 
M. Crawfurd, à qui nous avons ^em- 
prunté de nombreux et curieux dé- 
tails sur la culture et autres parties 
de l'histoire naturelle de Java, assure 
qu'on n'en est jamais rassasié. Pour 
manger ces grames , on les fait rôtir ; 
elles ont le goût du marron. Le dou- 
rian croit dans toute la Malaisié : on 
n'a pu le naturaliser j)i à Ava ni à 
Siam. Les monarques de ces contrées 
en reçoivent des présents de I9 pres- 
qu'île de MalakHa. 

L'arbre qui produit ce fruit ne pa- 
raît pas exister dans l'état sauvage. Il 
est originaire deMalakka ; il cron sur 
un terrain généralement médiocre , et 
il a l'aspect de nos pommiers. On en 
compte trois variétés, parmi lesquelles 
celle de Bornéo produit des fruits plus 
gros que la tête d'un hom(i)e. Le.aou- 
rian coûte auvent autant qu'une dou- 
zaine d'ananas. 

Le jack {artocarpu^ i^^gpfolia ) 
se divise en deux variétés , savoir : 
le jack proprement dit , et je cham- 
padak; le premier produit oes fruits 
d'une grosseur mohstriieuse, qui nms- 
sent sur le tronc et sur les plus fortes 
branches. Un ^ul fruit de jack est 
quelquefois la charge d'une femme 
allant au marché. iT croit en abon- 
dance; il y en a 4aas f;out;e$ les s^ii* 



OCJÊANfE. 



i.m 



soM. liQB Mtods du ^j$ e» eoo- 
sommest jine craide ^ntité; naie 
son gttât, très^Bort, ijéjplaU généraie- 
v«»«C ma. EiavQféeios : il «st très-nu- 
tritif et origwtire de riodoustao. Lo 
soeotid, mrâts «tm que le jaek , d'une 
fetroae ptes oiaonaie et plus fntooe, 
prodaitilesiTaitseun eoâtplus a^éar 
Ue, jranfermaBt en pente quuidte une 
maigre feorineuse. lieslavanais préfè- 
resxtle ohampaëakan jaefc , etk prix en 
j^reiiiicr est plus élevé que k prix eu 
sficond. Le champadak est évidemaieiit 
originaôre de isesHes^ car on ae te 
Fetminre en aucune autre oontrée. 

Le fimit appelé nuÊng^e (mmng^sra 
inéica ) parait inrîeinaîre de l'Inde , 
où il est cultivé , auxtout dans le midi de 
h presqu'île. Zl j enadnq variétéspin- 
cipales ; et on en conoaf t deux variétés 
sauvages^utreceUecpfonnommeififffip 
gue/Mide. Cefinût, oultîvé avec soin, 
atteint un grand degré de perfection. 
Les Orientaux en font le plus grand cas, 
mais les Eun^éens le dédaignent. Le 
soulthan de Java en possède dans ses 
jardins une variété appelée efoéi^/ en ja- 
vanais, qui est supéneure aux man- 
gues du Bengale et de Malabar. On 
ne le connaissait pas encore à Banda et 
à Amboine avant Tannée l<lô6 , pen- 
dant ]a<|uelle les Hollandais Vy ont 
introduit. 

Le pamplemmisse ou shaddak {ci* 
trus àeeumanus ) prospère à Bata- 
via , ee ^ui lui a fjEiit donner le nom 
de Sata^nimbou: il fut morte de 
l'Amérique par un capitaine de navire, 
appelé ^bacfdok. 

JJ ananas {bromeUa anatws) eroft 
en abondant et presque sans culturel 
ee fruit est deux ou trois fois plus gros 
gue celui dé nos serres chaîtdes. I^e 
meilleur ananas eottte ordinairement à 
Java vingt cenftimes de France. Il est 
probeArleqûe les Portugais apportèrent 
ce fruit de rAmérique : il nrt intro* 
duit dans Tl^ndoustan , sous le rèf|[ne 
de Temperetur A)(bar. Il était cultivé 
à la €hine avant Tannée 1«W. 

Les deux variétés nona (anona 
imtamma ^ reficîéMa ) sont fort 
répandues. JElles sent originaires de 
TAawtique e^^agnole. Cki donnée ee 



fruit le nMa 4e srUsoya , jparce qye 
son goàt a melque «hose d^un nkcta 
bit avec 4v Uit et des œufs. 

Iddjamboy^ieugeniajambos) estd'un 
goût assez lade. U en existe plusieurs 
variétés, cultivées <et sauvages. Le jam- 
bon klin^, qui ressanble assez à la 
poire appelée fim^e-mùdame , est la 
meilleure ; elle est originaire de la côte 
de€oi!omandel. 

Le guava {p$idkmpomiferum\qà\^ 
selon Ruraph, a été appcMiié du Pérou 
aux Iles Philippines par les Espagnols, 
se h^ouve en abondance dans la Ma- 
laisie. 

La pafM^ {eaviea papaya) est 
un fruit assez agréable, et c'est un 
excellent aliment po«r les bestiaux. 
Les naturels 0'ea tont aucun cas , ils 
ncétendeat qu'il n*est bon que pour 
les porcs. Ce fruit, qui fut également 
apporté par les Espagnols ou par les 
Portugais, contient une grande quan- 
tité de saeobarine. Il donne des rruits 
en abondance pendant toute Tannée. 

Le véritable oachou {anacarcUum 
OGMetUale) est peu estimé : ce sont les 
Portugais qui Tont implanté dans la Ma* 
latsie.ll estd'unequalitétnférieuredans 
les contrées de formation secondaire. 

On donne pour suuxNrts à cette 
plante le manguier, le jack et Té- 
rythrina, sur la côte de Malabar, le 
bois élancé de Tarékier, et même le 
cocotier dans TArcbipel indien. £1^ 
grimpe autour de ces supporta, comme 
la vigne autour de Técnalas. Les Eu- 
ropéens péfèrent le dadapiertfUiri- 
na coraikdenérum ) et le mangkou- 
dou ( morinda dùrifoUa ) , dont nous 
avons déjà parlé. On forme les plan- 
tations dans des parties défrichées de 
forêts ; les plantes ont deux pieds de 
hauteur; à BeDO0ulen,oa met^ntre 
elles une distance de quatre pieds, et 
à Pinang de sept et demi. Ch^ue pied 
pousse norizotttalemeiit ptueieurs re- 
jetons autour du pioâ prineipa]; à Pi^ 
a^ng on les détactiede leur support» 
on les enterre dans une fosse cimu-r 
laire de dix-huit pouces de diamètre , 
et on laisse le sommet de la tige, seul 
hors de terre. Cette epénutioa se fait' 
dans la «aieon humide; elle fût iialtof 



loa 



L'UNIVERS. 



un nombre plus considérable de reje- 
tons. L'on récolte les fruits au bout 
de trois ans. L'arbuste est en plein rap- 
port la cinquième année , lusqu'à la 
neuvième , et-décrolt vers la quator- 
zième; il dépérit totalement entre la 
vingtième et la trentième année de son 
existence, selon que lanoature du sol 
lui est f\us favorable. 

On fait sécher le fruit en l'étendant 
sur des nattes exposées au soleil. Le 
poivre blanc n'est que la même graine 
très -mûre qu'on a laissée séjour- 
ner dans de Teau courante pendant 
une dizaine de jours. 

Le café est un article d'une culture 
très-étendue. Cette plante croîtnnieux 
sur les montagnes que dans les plai- 
nes; aussi sa qualité dépend du sol. 
Sa meilleure exposition est dans les 
vallées des hautes montagnes à trois 
ou quatre mille pieds au-dessus du 
niveau de la mer. Les terres les plus 
favorables à cette plante sont les ter- 
res grasses substantielles mêlées de 
sable, et elle souffre dans les terres 
argileuses. Ses feuilles ^ au lieu d'un 
vert sombre, y deviennent jaunâtres. 
Le café des plaines vient promptement 
en maturité, mais la graine en est 
grosse, spongieuse et peu aromati- 
que. 

Cette plante fut apportée en t723, 
d'Arabie à Java , par le gouverneur 
général ZwaardekroOn. Elle n'est guè- 
re cultivée hors des limites de cette 
île. 

Le cacao a été introduit aux îles 
Philippines, par les Espagnols, qui l'y 
ont apporté de TAmérique. On com- 
mence a le cultiver à Java. 

Le doukouhy de la grosseur d'un 
oeuf de pigeon , approche beaucoup du 
mangoustan et ciu dourian , au rang 
desquels il est placé dans l'estime des 
indigènes. 

Le ramboutan {nephelium lapta- 
ceum)y de la même grosseur que le 
doukouh, est recouvert d'uneenveloppe 
dure et épineuse; l'intérieur renferme 
une pulpe légèrement acide et agréa- 
.ble à manger. 

La grenade {pumica granatam\ ap- 
portée de la Pisrse, la calebasse, la 



fourde, le melon musqué, le melon 
'eau {cucurbUa,cUruUus)y les frai<- 
ses et la pêche , ont été apportés par 
les Européens. C'est aux Arabes qu on 
doit l'introduction du raisin. 

Le tamarin {tamarindus indica) 
est l'un des plus grands arbres de la 
Malaisie, dont il est originaire. Sa 
taille égale celle de nos plus grands 
châtaigniers ; son feuillage est si épais 
qu'il répand une fraîcheur délicieuse 
autour de lui. Aussi le vovageur le re- 
cherche avec empressement pour y faire 
sa halte au milieu du jour, et y puiser 
une boisson aussi agréable que salu- 
taire. On le plante en avenues. Ses 
fruits, fort estimés, sont une des 
branches les plus considérables d'ex- 
portation ; ils acquièrent la plus grancto 
perfection à Java, et ne mûrissent point 
aux Moluques. Les orangers , les ci- 
tronniers et les autres vé^taux comes- 
tibles de la famille des aurantiacées 
sont fort répandus dans la Malaisie , 
et surtout à Java, où on en fait peu 
de cas. 

' XV. PLANTES A ÉPICERIES. 

Le poivre noir {piper nigrum) est 
trop connu pour que nous en donnions 
la description. Cette plante s'élève en 
grimpant à la hauteur de 35 pieds ; le 
fruit est vert ; il devient rouge et en- 
suite noir en se séchant. On le récolte 
deux fois chaque année. La culture du 
poivre noir est plus soignée à Java 
Qu'ailleurs, quoiqu'il soit d'origine 
étrangère ; mais il prospère mieux dans 
les autres îles de la Malaisie. Il est 
diflicile de déterminer quelle est la 
meilleure qualité du poivre de Java 
ou du poivre de la côte de Malabar. 
Celui de Bantam paraît être le meil- 
leur de tous ceux qu'on récolte dans 
la grande île de Java. Il préfère les 
montagnes de roche primitive. 

L'arbre dont les produits sont les 
plus considérables dans la plus vaste 
et la plus importante division de l'O- 
céanie que nous décrivons, est le gi- 
roflier {carycphyUm aromaUctis), 
l'un des plus beaux de cette contrée. 
Le tropic est droit; il s'élève jusqu'à 



cinq pieds avant de pousser des bran* 
ches; son écorce, fortement adhé- 
rente au bois, qui est très-dur , est unie 
et d'une couleur gris sale. Ce bois néan- 
moins ne peuj servir à la marque- 
terie. Le giroflier pousse'beaucoup de 
nouvelles feuilles vers le mois de mai , 
époque à laquelle commence la mous- 
son , ou saison humide des Moluques. 
Son fruit, primitivement vert, ensuite 
d^un jaune pâle, devient d'un beau 
rouge très-varié. C'est quand il a subi 
cette dernière transformation qu'on 
le récolte. Cette plante se divise en 
cinq variétés, savoir : le eiroflier or- 
dinaire ou giroflier femelle, celui à 
tige pâle , le kiry ou loury^ le giroflier 
royal, qu'on ne rencontre que rare- 
ment, et le giroflier sauvage. Le giro- 
flier femelle donne une excellente huile 
volatile : on n'estime pas le giroflier ^ 
sauvage. 

De toutes les plantes usuelles, le 
ziroflier est, peut-être, celle dont les 
nmites géographiques sont les plus 
resserrées. Il a été introduit de Mat- 
cfaian et des cinq îles Moluques à 
Amboine,peu de temps seulement 
avant l'arrivée des Portugais. Il ne 
irospère point dans les grandes îles 
elles que Guiiolo et Ceram; il ne dé- 
passe guère à l'est les limites des îles 
Bourou et Xoula. Les Javanais et 
les Bouguis le transportèrent à Java 
et à Mangkassar; mais il n'y donne 
point de fruits. Cependant il fut 
transporté, il y a cinquante ans, à 
l'île de France, à l'île Bourbon et en 
Amérique, où depuis^ je l'ai vu pros- 
pérer; mais ses fruits sont d'une 
qualité bien inférieure à ceux des îles 
Moluques. 

Le giroflier ne peut prospérer sur 
les bonis de la mer, dont les éclabous- 
sures lui nuisent, ni sur le sol des 
montagnes, oùf il est exposé au froid. 
Ce que nous disons des éciaboussures 
de la mer semblera puéril aux Euro- 
péens; cependant, dans laMalaisie, le 
.sol est SI fertile, qu'on y rencontre 
sur les côtes une foule de plantes, cul- 
tivées avec succès. 

Le giroflier préfère uiie terre sub- 
stantidle sur un lit de gravier. La 



tell 



OCÉANIE. 109 

jeune plante a besoin de Totobrage des 
canarys et des cocotiers , pour qu'elle 
soit à l'abri des rayons du soleil. Cet 
arbre peut vivre jusqu'à cent trente 
ans dans les îles dont il est originaire; 
mais à Amboine, il ne vit pas au-delà 
de 75 ans. 

* La récolte des dous de girofle est 
fort simple. On balaie la terre sous 
les arbres ; on cueiUe le fruit à la main 
ou avec des bâtons recourbés; seule- 
ment on doit secouer l'aitre légère- 
ment. On place ces clous sur des claies , 
et on les expose ainsi au-dessus d'un 
feu très-faible qui leur donne une cou- 
leur brune. Le soleil achève de les 
dessécher. Dans quelques endroits, 
avant de les fumer, on les échaudeavec 
de l'eau bouillante. Cette récolte se fait 
depuis le mois d'octobre jusqu'à celui 
de décembre. 

Le muscadier {nux myrisHca ) est 
un arbre de 40 à 50 pieds, qui a beau- 
coup de ressemblance avec le giroflier : 
ses branches sont plus ^latérales ; son 
écorce est unie, de couleur cendrée 
mêlée de vert; l'intérieur est rou^e. 
La liqueur qui en sort par incision 
tache les étoffes; les feuilles, sembla- 
^bles à celles de notre poirier, mais 
plus oblongues et plus grandes, sont 
grisâtres en-dessous : cette prticula* 
rite est le caractère distinctif des noi- 
setiers. L'arbre souffre et ne produit 
point de fruit, si on lui fait subir l'é- 
lagage. Sa fleur , qui offre l'aspect du 
lis des vallées , renferme au milieu 
un petit pistil rouge; le fruit mûrit 
en 9 mois. Le muscadier produit con- 
tinuellement des fleurs et des fruits , 
et son fruit est cramoisi. 

On compte jusqu'à huit espèces de 
noix muscades, qui paraissent être 
autant de variétés modifiées par la | 
nature. [ 

Les fleurs mâles croissent séparé- 
ment. Il est arrivé quelquefois que 
des planteurs ignorants les ont cou- ^ 
pées. 1 

Le muscadier croît dans une plus 

grande étendue de pavs que le giro- 
ier. On l'a rencontre aansl' Australie, 
à la Cochinchine et dans le Dekkan de 
l'Inde. Le meilleur est celui qui croît 



**o 



L? UNIVERS. 



dtng tetki lioiaq^ۥetiaal]aKo(H 
veUe-6uiaéé. 

Quant au macis, espèce de filet 
rouge §tti recouvre la muscade, tes 
naturels de ces contrées restiment si 
peu (ju'Ùs le négligent; mais les Euro- 
péens en font beaucoup de cas. 

On connaît deux espèces de noix 
nuiscade dans le commerce ; la meilleu- 
re qualité, ^ae Ton cueille « est envoyée 
en Europe; la qualité inférieure, que 
Ton ramasse au pied de Tarbre, est 
vendue dans les Indes. 

Les arbres sont plantés à la distance 
de 24 pieds : un acro anglais produit 
environ 304 livres. 

Le massoy {cortex (minus ^kvmph.) 
est un autre arbre à épicerie. Son rruît 
est sembiaèie au larigseh ; son écoree 
est de deux espèces : celle de la partie 
inférieure du tronc est la plus grosse. 
Son nom spécifique vient de sa déno- 
minati(»i vulgaire (mm. Cette écoree 
est un cosmétique dont on fait usage 
à Java, et même à la Chine et au 
Japon. 

Le (ni&Uawan(laurus cuUtknvan^ L.) 
ressemble ^u cassia liçîiea. L'arbre 
est eievé et fort ; le fruit a la forme 
d'un petit gland grisâtre et uni ; on le 
voit rareooent et il paraît sans fleur. 
/ L'écorce seule est employée ; sacouleur 
cendrée est moins foncée que celle du 
massoy : on en fait un cosmétique, et 
otï l'utilise aussi dans la cuisine à Java 
et à Bali. En la distillant, on en extrait 
une huile essentielle et une eau acre. 

XVt DIS ilBUaS D'OEKEKBNT. 

Les divers peuples de la Malaisie 
aiment beaucoup les fleurs : les femmes 
croiraientleur parure incomplète si eUes 
ne se charg^ient de fleurs ; les hommes 
eux-mém«s eii portent très-souvent. 

Leur parfum est quelquefois si fort 
qu'il affecte trop fortement les organes 
des Européens : ee qui oblige souvent 
les naturels de renoncer à en parer 
ieUrs appartements. 

Les fleurs qu*on cultive le plus com- 
munément sont le champakay apporté 
du Bengale {MicheUa ckampaka); le 
tmaXcr ou mulaU {nifctafiUms}^ dont 



la fleur estbland»; le tanjotmg (mi- 
tnusaps ekngi ] ; le Hs aquatique 
{nynwhxct-Tieliunba) ^ qui e&i sacré 
dans la mythologie des anciens Égyp- 
tiens, ainsi que dans celle des Hin- 
dous, et par conséquent des Javans, 
des Balinais et autres peuples du grand 
Archipel indien ; le kcmboja {plimieria 
obtusa)i aux feuilles sombres et funè- 
bres, aux pétales blaoïcs au dehors et 
jaunes en dedans; le soulassi ( oei- 
mum), que Ton plante sur les tom- 
beaux, à répoque de la cérémonie 
annuelle à la mémoire des ntorts. 

La plupart des plantes d'Europe, 
et principalement la rose, perdent leur 
parfum et dégénèrent promptement 
dans ces contrées , quoiqu'elles y crois- 
sent d'abord en anondance piBndant 
quelques annnées. 

XViî. PLAKtËS et RÉSfNÊS W>UR LA PAR. 
FUMERIE. 

Le benjoin {styrax benzoin) t&i un 
arbre d'une grandeur médiocre. Il pro- 
duit une gonune, employée comme 
encens chez les musulmans et les ca- 
tholiques. On obtient cette comme au 
moyen d'une incision faite a Técorce. 
Pendant les trois premières années de 
la croissance de l'arbre , elle est blan- 
che; elle brunit ensuite. Le benjoin 
cesse de produire à l'âge de douze 
ans. n croit dans les plames chaudes 
et le voisinage des rivières, et se 
propage par le semis. 

Le Ugmm etioes^ bois d'aigle, ou 
agfdotsin^ produit une substance onc- 
tueuse. Cet arbre, originaire de Siam, 
et particulièrement du royaume de 
Tsiampa , est exporté en Chine et au 
Japon. Il est généralement peu connu. 

Le bois de sandal ( sankuuin) croit 
principalement sur les montagnes. On 
en connaît trois variétés. Cet arbre 
est originaire de la MaTaisîe ; maïs 
nous le retrouverons dans la Porynésie. 

La meilleure qualité de sandaf existe 
depuis (a partie (»*fentale de Javajus- 
qu à Timor. 

XVIIf. PLAIfTBS MÉMCnrALES. 

Les plantes médicinales de la Malai- 
sie paraissent é^ d'une utilité supé* 



OCÊAÎ^IE. 



lil 



tiewrt it céHesf dé Plndè , ât h CbiAe et 
ée r Amërîqtie: M. le docteur HorsfieM 
a éontiéy a ce sujet, des détails d*ua 
grand întérêt pour les enfants d'fllp- 
pocratc. Wmis les intitons a prendre 
corinaissance de Touvrage de ce savant 
médecin voyageur. Nous citerons seu- 
lement les plantes médicinales qui nous 
ont paru le plus en usage dans la Ma- 
latsîe ei en Europe. 

Le cnbêbe (piper ct^eba) est" on 
remède eltcellerit pour la goérison de 
la syphilis simple. Cette plante a une 
odenr aromatique particulière, et un 

§oût singulier, sans âcreté. Une dose 
e trois drachmes, prise sept à huit 
fois dans ime journée , à la manière 
du û&rtex pertwianum^ quoiqu'elle 
ne produise aucun effet sensible , ar- 
rête l'écoulement, et tous les symp- 
tômes inflammatoires, dans l'espace 
de 24 à 79 heures ; mais si on ne la con- 
tinue pas pJusieursjours encore après la 
cessation de ces symptômes , ils repa- 
raissent, ï^ris en grande quantité , ce 
médicament a des qualités doucement 
cathartîques, et, dans certaines cir- 
constances , il diminue l'engorgement 
des parties. 

Ce fut un Anglais qui en fit , par 
hasard , la découverte pendant l'occu- 
pation militaire de Java ; les naturels 
du pays eux-mêmes, et les Européens, 
n*en avaient aucune connaissance. Le 
peu de publicité donnée à cette décou- 
verte retarda long-temps l'expérience 
qu'on en a faite dans nois climats tem- 
pérés d'Europe. 

Le tamarin , dont nous avons déjà 
parlé y est un fruit précieux. On en fait 
une limonade fortsalubre, et sa pulpe 
est souvent émplovée, dans plusieurs 
maladies, dans la Maiaisie, en Perse, 
en Turquie, en Arabie, en Nubie, en 
Abyssi nie et autres contrées de l'Orient . 
Sa pulpe , mêlée avec f huile de pignon 
d'Inde, est un pirçatîf très-sAr et rrès- 
doux, que les indigènes emploient firé- 
quemment. Les médecins de la Ma- 
iaisie ordonnent, dans lecasd*érj^sipèle, 
un cataplasme fait avec les feuilles de 
tamarin broyées. 

Le dàtou ra^ est tlne j^nte narcoti- 
^U9 doitt l'ilctfTM est frèt*r^mar(|aa* 



Me. En fdU, un batelier javaùàh, 
descendant la rivière dans son canot, ; 
Wncontra sur \A rive un Chinois qui 
fc? pria de l'y recevoir et de le conduire 
à sa destination, et lof fit manger des 
viandes mêlées de datoura. Le Java- 
nais s'endormit aussitôt , et fut très- 
sursis le lendemain de se trouver dé- 
pouillé de tout ce qu'il avait sur lui, 
dans une forêt, où le traître Chinois 
l'avait tt'ansporté pendant son sommeil. 

Le hamadoH {urHca wens) est une 
plante qui possède des qualités très- 
stinNilàfttés. Vwitchar et h tchettik 
sont remarquables par leurs ^«^opriétés 
ténéneuses. 

Le ricin ou palfna-ehrisJy croît sur 
les côtes de Java et de Soumâdra ; il est 
émineffnment purgatif. 

La godomouo (artemisia) est une 
plante astringente et aromatique. 

Le bromem ananas est un excellent 
diurétique. 

Le gambir {Dolcameria inermis) 
est un tonique fort en usage parmi les 
Malais. 

Le m€thdakahhi{phmefia) est une 
plante émolliente fort estimée. 

Le wadouri {astdepias giganfeû) 
est un puissant émétique. 

Il y a des plantes qui croissi^nt en 
arbustes dans les climats tempérés, et 
qui sont des arbres dans la ione équi- 
noxîafe. Tel est le kayoupouti {mêla- 
leuca leucoctendron) , espèce de myrte 
d'une hauteur gigantesque. On en 
connaît trois espèces ; deux servent à 
l'économie domestique. La plus grande 
espèce croît à Bornéo, à Bourou et à 
Ceram, où elle y forme la rencontre 
des fofêts sur les montagnes, et fait 
périr les arbres qui l'entourent. Les 
Moluquois emploient son étsofce à cal- 
fater. Us distillent les feuilles de la 
phiS petite espèce, et en obtiennent 
une huile remarquable par sa pro- 
priété sudorifique. Le kayoupouti 
( bois blanc ) a été ainsi nommé , à 
cause de la mancheur de son écorce. 
Cette huile prise en friction, est d'un 
grand effet contre les douleurs rhu- 
matismales. 

L'arbre qui produit la cannelle n*est 
pas originaire d« la UritMe ; S rimî 



il2 



L'UNIVERS. 



de Ceylan. J'en ai tu près de Zam- 
boanga , dans Hle de M aîndanao, et 
M. Reinwart en a naturalisé plusieurs 
esj^èces dans le jardin de Buitenzorg, 
près de Batavia. 

La casse est originaire des Philip- 
pines, de Soumâdra, de Bornéo et 
de Célèbes. Le meilleur camphre vient 
de Bornéo. Nous en parlerons dans la 
description de cette grande tle. 

Le cardamome ( amomum carda" 

momum ) se trouve à Java, dans les 

. deux états de culture et de nature. Il 

réussit beaucoup aux Moluques , où il 

fut apporté en 1670. 

On fait beaucoup usage dans ces 
lies du gingembre ( amomum zinr 
ziber ) ; daus plusieurs contrées cette 
denrée est préférée aux plus fines épi* 
ceries. On en cultive deux variétés, 
le ^rand et le petit; il y a des sous- 
Tariétés remarauables par leurs cou- 
leurs brune et blanche. 

On a naturalisé à Java la vanille » 
qui y a été apportée d'Anaérique. 

Nous ne dirons rien ici de la miné- 
ralogie, ni de la zoologie : nous avons 
traité ce sujet d'une manière aussi 
complète que nous étions capable de 
le faire, au tableau général de TOcéa- 
nie; et à chaque description particu- 
lière des îles qui va suivre, nous par- 
lerons des parties les plus importantes 
de l'histoire naturelle que nous aurions 
pu omettre. 

XrX. MALADIES. 1 

Nous dirons peu de chose des ma- 
ladies auxquelles sont sujets lés habi- 
tants de la Malaisie. ^ 

Les maladies inflammatoires y sont 
moins fréquentes qu'en Europe. On 
a vu souvent des criminels, âgés de 
cinquante à soixante ans , auxquels le 
bourreau avait coupé le nez ou une 
mnrin , ou un pied, se laver seulement 
avec de Teau fraîche, et guérir en 
peu de jours. 

Les fièvres rémittentes et intermit- 
tentes , ainsi que la petite vérole et la 
syphilis, y sont assez communes. La 
lèpre rè^ne dans différentes parties de 
la Malaisie, ainsi que dans presque 
toute rOcéanie. 



La chaleur du dimat rend Ikisage 
des bains indispensable dans la Malai- 
sie. Les Javanais surtout suivent ri- 
goureusement les préceptes de Tislâ^ 
misme : ils se baignent au moins cinq 
fois par jour , et vont même à l'eau 
pour satisfaire à des besoins que les 
gens du commun, en Europe, satisfont 
sans scrupule et sans pudeur dans des 
rues peu fréquentées. Aussi, il n'existe 
peutitre pas au monde de villes plus 
propres que celles de 111e ée Java. 

Il est nécessaire de changer souvent 
de vêtements, à cause de la transpira- 
tion presque continuelle qu'on éprouve 
dans toutes les îles de la Malaisie ou 
grand Archipel indien. Un coup de so- 
leil y est quelquefois mortel , surtout 
pour les Européens. Les préceptes du 
kôran qui ordonnent les ablutions , 
l'usage du turban et la sobriété dans 
les repas, et oui proscrivent l'usage, 
du vin et des boissons spiritueuses à 
tous les musulmans, sont d'excellentes 
lois d'hygiène dans les régions in- 
tertropicales : elles semblent prouver 
Î|ue le grand Mohammed a fait sa re- 
igion pour les peuples de la zone tor- 
ride. 

Le choléra-morbus, ou plutôt le mor- 
dechi de l'Inde ( c'est là son véritable 
nom ), a exercé ses ravages dans les 
différentesparties de la Malaisie. (Voy. 
à ce sujet rarticle Samarang , dans la 
description de Java. } 

XX. ILBS BNDAMÀNBS OU ARDAMEII. 

DESCIUFnON GÉOGRAPmQUE BT HISTOIBB 
ITATURELLB. 

Le système delà grande chaîne sou- 
mâdrienne qui commence aux £n- 
damènes, mal à propos nommées An- 
damen , nous fait comprendre dans la 
limite géographique de la Malaisie 
les sauvages de ces îles qui appartien- 
nent à la race endamène, éparse dans 
un grand nombre d'îles de TOcéanie. 
Les côtes de tout le groupe des Enda- 
mènes, et principalement de la grande 
île, sont hérissées de rochers; seule- 
ment en certains endroits on découvre 
baies sablonneuses , ou les 



ateauz peuvent prendra terre*. 



OCÉANIE. 



118 



La fougère épineuse, les palétu* 
viers et uoe espèce de rotang ( cala- 
mus) sauvage, couvrent les rivages 
des baies et des criques, tandis que les 
parties centrales se revêtent d'arbres 
aussi grands que variés , mais qui ont 
un aspect sombre et mélancolique, à 
cause du grand nombre de plantes 
grimpantes et parasites et des oruyè- 
res dont ils sont entourés. Ces ar* 
brisseaux, en croissant et en mêlant 
leurs branchages, forment une forêt 
impraticable qui s'étend sur tout le 
pays.Les petitestles n'en sont pas moins 
hérissées que les autres, et elles ren- 
ferment toutes qudques collines mé* 
diocres. La grande se fait remarquer 
par une montagne prodigieuse à la- 

Suelle sa forme a fait donner le nom 
e pic de la Selle. Par un temps serein 
on l'aperçoit à la distance de vingt- 
cina lieues, et il s'élève à près de deux 
mille quatre cents pieds de hauteur 
perpendiculaire. On ne remarque dans 
ce groupe aucune rivière considéra- 
ble ; mais des petits ruisseaux , des- 
cendant des montagnes, fournissent 
aux habitants une eau pure et lim- 
pide , et forment dans leur chute une 
multitude de petites cascades, ombra- 
gées par les rorêtsc dont ces hauteurs 
sont couronnées. 

Le sol de ces fies est très-varié. 
Dans quelques-unes, c'est un riche ter- 
reau noir, dans d'autres une argile 
blanche et noire. Ici un sable léçer , 
là une argile mêlée à des cailloux 
de couleurs différentes; ailleurs une 
terre rouge et jaune ; mais le terreau 
noir est le plus commun. Non loin de 
l'extrémité de la grande île, où le sol 
est haché et rocailleux, on a reconnu 
les traces de l'existence de métaux, 
particulièrement d'étain, et dans une 

{lierre de taille on a trouvé des feuil- 
ets d'un jaune brillant , comme de la 
poudre d or. Quelques-unes des hau- 
TOurs qui ceignent la côte, offrent .à 
leurs bases des couches sdiisteuses , 
d'une couleur bleuât|re. On y a reconnu 
la brescia ou poudding, et une espèce 
d'ocre rouge assez semblable au cinabre. 
n est même probable que les montagnes 
renferment des mines de mercure. 

8* Uvraiion. (Ogsânis.) 



Les forêts immenses qui couvrent 
Cfi$ terres présentent une grande variété 
d'arbres. Les plus communs sent : le 
poan , le dammar ( arbre qui fournit 
une résine), et autres arbres à huile; 
le bois rouse pour la teinture , l'é- 
bène, le bedoam ou amandier, le soun- 
dré, le tchingré et le bindé, qui sont 
utiles à la construction et pourraient 
l'être à l'ébénisterie; le plaas, qui 
sert ^ux habitants à faire des arcs ; 
le keutch, qui fournit la terra japo* 
nica; le laurier d'Alexandrie, le peu- 
plier et le bambou, employés à divers 
usages ; le melori ou arbre à pain 
des îles de Nicobar, l'aloès , le rotan , 
et plusieurs variétés d'arbrisseaux. On 
V a aussi trouvé un petit nombre d'ar- 
bres fruitiers sauvages ; mais un fait 
remarquable , c'est que le cocotier , si 
commun dans les pays des tropiques, 
est ici presque inconnu. 

Les seuls quadrupèdes qu'on ait 
aperçus dans ces îles so^t le sanglier, 
le singe et le rat. On y voit un grand 
nombre de reptiles , parmi lesquels le 

{>lus commun est le serpent vert, dont 
e venin est subtil; des mille -pieds, 
dont quelques-uns ont dix pouces de 
long, et des scorpions très-dangereux. 

Les forêts sont peuplées d'une mul- 
titude d'oiseaux de diiiérentes espèces : 
les plus communs sont les pigeons , 
les perroquets, les martins-pécheurs , 
les courlieux, les hérons et les chouet- 
tes. Pendant la nuit l'air retentit au 
loin du chant d'une espèce d'oiseau dont 
la voix ressemble à celle du coucou. 

Les principales cavernes des rochers 
offrent un asile à ces salanganes (hi- 
rondelles) dont les nids sont bons à 
manger. C'est dans les grottes qu'elles 
pondent leurs œufs : l'incubation com- 
mence en décembre , et continue jus- 
qu'au mois de mai. On n'a trouvé dfans 
leurs nids que deux œufs blancs ta- 
chetés ; mais on croit qu'elles pondent 
tous les mois. 

Le poisson fourmille dans les havres 
et dans les criques : on y trouve le 
mulet, la sole, la sardine, l'alose, la 
langouste, la vieille, la chevrette et 
le diable. Les récifs sont tapissés de 
coquillages, et dans quelques endroits 



114 



L'UNIVERS. 



on ramasse des huîtres d'une excel- 
lente Qualité. On y voit aussi des re- 
Î[uins aune taille* extraordinaire, et 
es naturels sont renommés pour leur 
courage et leur adresse à les combattre. 
A ce sujet nous traduirons le récit 
suivant, ^ue nous avons emprunté à 
The asiatic Journal. Nous avons cru, 
pour distraire nos lecteurs de la gra- 
vité du sujet, et d'après la réputation 
des Endamens, pouvoir placer chez eux 
la scène que la Revue anglaise place 
dans la même nier et sur les bords 
de THougli. 

XX. COMBAT D'UN HOMME ET D'UN REQUIN. 

« Je me promenais sur les bords de 
la rivière, dans un moment où des 
bateaux du pays débarquaient leur 
chargement à terre. Un nombre con- 
wdérable de coulis ou porteurs étaient 
occupés sur le rivage à cette opéra- 
tion ; tout à coup, je les vis tous s'en- 
fuir du bord de Teau, comme frappés 
d'une terreur soudaine; bientôt après 
ils revinrent par un mouvement de 
curiosité, tout en craignant de s'ap- 
prociier du rivage; enlin, ils s'éloi- 
gnèrent de nouveau. J'appris que ce 
trouble était occasioné par l'apparition 
d'un poisson énorme et d'un aspect 
étrange , qui nageait presque au mi- 
lieu des bateaux. Sachant que les cro- 
codiles étaient assez communs, je con- 
jecturai d'abord que le poisson en 
question devait être un de ces terri- 
bles reptiles; mais, me rappelant qu'ils 
étaient bien connus des mdigènes , je 
me dirigeai vers la grève, pour recon- 
naître quel était l'animai qui leur pa- 
raissait si terrible. J'aperçus alors un 
requin monstrueux, tantôt nageant à 
la surface de l'eau , tuntôt s'entonçant 
comme s'il eût poursuivi sa proie.* 

« Dans cet instant, un habitant, placé 
sur le toit de la chambre de l'un des 
baceaux, et tenant à la main une corde 
qu'il roulait lentement , épiait les 
mouvements du requin d'un œil qui 
indiquait l'intention de l'affronter dans 
son propre élément. Il avait fait une 
^rte de nœud coulant à la corde , et. 
la saisissant d'une main , il étendait 



l'autre bras , comme s'il eût déjà nagé. 
Son attitude était vraiment pittores- 

3 ue, pendant au'il attendait l'approche 
u requin. Celui-ci se montra près de 
la surface de l'eau , à une vingtaine de 
pieds du bateau. Aussitôt l'homme 
plongea dans le fleuve , à une très-pe- 
tite distance des effroyables mâchoires 
du monstre ; le requin se retourna ira* 
médiatement et nagea sravement vers 
son adversaire. Ce dernier, à son tour, 
sans être intimidé, allongea son bras 
resté libre, et nagea vers son ennemi. 
Arrivé à peu près à deux pieds de lui, 
il plongea sous son ventre, et pres- 

?[ue au même instar^ t'animai s'én- 
onça dans l'eau. L'agresseur intrépide, 
dans cette lutte épouvantable, reparut . 
bientôt de l'autre côté du requin , na- 
geant hardiment avec la main qu'il 
avait libre, et tenant de l'autre la corde 
derrière son dos. L'animal, qui s'était 
également montré de nouveau , nagea 
aussitôt vers lui , et tandis qu'il s'éle- 
vait au-dessus du corps de l'homme , 
afin de pouvoir saisir sa proie , celui- 
ci , faisant un effort violent , descen- 
dit perpendiculairement, les pieds en 
avant ; le vorace animal le suivit par 
un mouvement tellement simultané, 
que je ne pus me défendre de l'idéequ'ils 
s'étr.ient enfoncés dans l'eau en com- 
battant. Il me parut qu'ils étaient res- 
tés près de vingt secondes hors de 
vue ; pendant tout ce temps , l'inquié- 
tude m'empêcha de respirer, et je 
tressaillais d'horreur en attendant l'is- 
sue de ce combat affreux. Tout à coup 
l'intrépide agresseur parut, tenant ses 
deux mains au-dessus de sa tête , et 
criant : Tan! tam d une voix qui an- 
nonçait la victoire qu'il venait de rem- 
port*er au fond des eaux. Les gens du 
bateau étaient prêts ; ils tirèrent aus- 
sitôt la corde, et la victime, qui, en 
se débattant , frappait l'eau de colère, 
fut amenée sur le rivage, et dépecée en 
peu d'instants. 

« On mesura le requin ; &a longueur 
était de dix pieds neuf pouces, et sa 
plus grande circonférence de trois pieds 
sept pouces. L'Hindou ne portait ÎTau* 
très marques du monstre qu'une lé- 
gère blessure au bras gauche, qu'i! 



avait dû recevoir d'un coup de la 
queue ou d'une des nageoires de son 
redoutable ennemi. 9 

XXI. CARACTÈRE DES END AMÈNES , OU 
AND AMEN S. 

Les Andamens ou plutôt Endamènes 
nous paraissent être descendants de 
ces Endamènes de Bornéo vdont nous 
avons déjà parlé au chapitredePanthro- 
pologie), auxquels ils ressemblent par la 
couleur de leur teint, qui est d'un noir 
fuligineux^ par leur petite stature, et 
leur aspect sauvage et féroce, ainsi que 
les Endamènes oe la Papouasie , les 
Australiens et autres insulaires. Le 
capitaine Hamiiton, qui les a vus dans 
un état où il devait leur inspirer la 
crainte, les dépeint comme un peuple 
doux , se- nourrissant de riz et d'au- 
tres végétaux. Mais nous préférons 
nous en rapporter à la relation des 
deux voyageurs arabes qui , après avoir 
parcouru ri nde et la Chi ne, au IX' siècle 
de rère chrétienne , visitèrent ces sau- 
vages , et les ont dépeints tels qu'ils 
le sont par les Anglais, qui tentèrent 
de s'y établir. 

« Par-delà les îles Nejabalos (pro- 
« bablement Nicobar) s'étend la mer 
« d'Endamen. Les peuplesqui l'habitent 
« mangentde la viande crue; leur teint 
« est noir, leur chevelure frisée, leur 
« air et leur aspect affreux ; leurs 
« pieds ont près d'une coudée de lon- 
« gueur, et ils vont entièrement nus, 
« Ils n'ont point de barques, et, s'ils 
« en avaient , ils dévoreraient tous les 
« navigateurs qui passeraient dans ces 
a lieux. » 

Ajoutons, pour achever leur por- 
trait, que leurs lèvres sont épaisses , 
leur nez aplati, leur ventre proéminent, 
leurs membres décharnés et mal for- 
més. Leurs femmes se couvrent d'une 
espèce de petit tablier, mais il ne leur 
sert que comme ornement, et elles 
le quittent sans témoigner la moin- 
dre honte de paraître dans un état 
complet de nudité. Les hommes sont 
adroits, rusés, vindicatifs, ingrats, 
mais cbérissant l'indépetidance plus 
que tous les autres biens. Tous les 



OCÈANIE. 115 

matins ils se frottent le corps' de 
boue, ou se vautrent dans des mares, 
à l'instar des buffles, pour se garan- 
tir de la piqûre des insectes; et ils 
teignent leur chevelure laineuse avec 
de l'ocre rouge et du cinabre, ainsi 
que plusieurs peuplades de la Mêla* 
nésie. Le capitaine d'un pattmar in- 
dien m'a assuré qu'ils étaient anthro- 
pophages. 

Les Endamènes n'ont pas encore 
essayé de cultiver la terre. Les fem- 
mes sont charcées de ramasser des 
coquillages sur les récifs, pendant que 
les hommes tuent, ave(^ leurs flèches, 
les oiseaux ou les sangliers dans les 
forets , et les poissons dans la mer. Ils 
sont fort adroits dans cette pèche sin- 
gulière, et ils savent même attirer les 
poissons avec des torches allumées au 
milieu de la nuit la plus obseure. Ils 
font cuire leurs irets sur une espèce de 
gril fait de bambous; mais il n'em- 
ploient ni sel, ni aucun autre assai- 
sonnement. ^ 

Ces insulaires sont pleins de viva- 
cité. Ils aiment intiniinent les chan- 
sons et la danse. Leur langue est 
douce , et leurs chants se composent 
d'un récitatif accompagné .d'un chœur. 
Selon M. Colebroocfee. à gui nous de- 
vons une partie de l'histoire naturelle 
de ce pa\ s , ils dansent en rond , cha- 
cun se donnant tour à tour des petits 
c^ups de pied, en frappant son der- 
rière. Ils saluent en élevant une jambe 
et en touchant avec la main la partie 
inférieure de la cuisse. 

Leurs huttes consistent en 3 ou 4 
piquets ûxés en terre, liés les uns 
aux autres au sommet, en forme de 
cône, sur lequel on forme un toit de 
branches et de feuilles d'arbres; con- 
struction qui rappelle les premiers ru- 
diments de l'architecture. Ils ornent 
ces huttes de quelques vases de terre 
et de défenses de sanglier. 

Leurs canots consistent en un tronc 
d'arbre creusé au moyen du feu "ou 
avec des instruments en pierre; ils se 
servent aussi de radeaux faits de bam- 
bous, pour passer d'une île à l'autre. 
Leurs arcs sont for^ longs et d'une 
forme bizarre. Leurs flèches sont gar- 

8. 



116 



L'LNIVERS. 



nies, d'un os de poisson ou d'une dé- 
fense de sanglier , et quelquefois d'un 
seul morceau de bois pointu durci au 
feu. Ils font également usage d'un bou- 
clier en bois. Leurs filets ne peuvent 
servir qu'à prendre du petit poisson; 
leurs femmes tressent des paniers 
d'osier très-grossiers, pour porter les 
coquillages et autres aliments. 

Le climat des îles Endamens est 
assez tempéré; les marées y sont ré- 
gulières ; le flux vient de l'ouest et 
s'élève ordinairement jusqu'à huit 
pieds. La variation de la boussole est 
de 2 «> 30 vers Test. 

Un établissement anglais fut formé 
dans une petite île à 1 extrémité mé- 
ridionale de la grande Endamen, en 
1 791 , sous le nom de Ghatam , et de 
(à transporté au port Cornwallis, 
dans une petite île près de la côte orien- 
tale, à cinq lieues environ de l'extré- 
mité septentrionale , et dans une si- 
tuation admirable. Il fut destiné à re- 
cevoir les criminels condamnés, au 
Bengale , à la déportation. Mais il fut 
abandonné en 1793, à cause de son 
insalubrité et des mœurs insociables 
des naturels. C'est dans ce port qu'en 
1824 , eut lieu le rendez-vous de l'es- 
cadre anglaise qui s'empara plus tard 
de Rangoun et de quelques points de 
là côte de l'empire Birman qui sont 
restés à la compagnie des Indes. On 
suppose que la population de ces îles 
ne-s* élève pas à plus de 3000 sauvages. 

A une distance de 15 lieues à rest 
des Endamens , j'ai aperçu en mer le 
volcan de l'île Barren, vomissant des 
laves rougeâtres , et jetant, peu loin du 
navire, des pierres de soixante à cent 
auintaux,^qui faisaient bouillonner les 
flots comme un océan enflammé. 

XXII. ARCmPEL DE NIKOBAR. 

A une distance de 80 lieues environ 
au sud des Endamens , gît l'archipel de 
Nikobar (les Frederiks*oeme ^ ou îles 
de P'rédérikdes Danois). Il comprend 
dix îles principales, et un grand nom- 
bre d'autres beaucoup plus petites, 
disposées en groupes. La grande île 
avait 'jadis un petit établissement da- 



nois au fond d'une baie spacieuse et 
sûre, que les fièvres ont dâruit. Pen- 
dant que j['étais au Bengale , M. le co- 
lonel danois Krefting, gouverneur des 
colonies danoises de llnde, m'avait 
donné une lettre de recommandation 
pour le chef du poste militaire qui 
restait encore à Nikobar avec quelques 
soldats , car les missionnaires Pavaient 
abandonné. Les dernières nouvelles re- 

}|ue8 de ce pays m'empêchèrent d*aller 
e visiter; mais, grâce à la bienveil- 
lance de M. Kreftinç , je vais donner 
une courte description d'un pays in- 
téressant , sur lequel nous n'avons en- 
core aucune relation détaillée. 

Les habitants des^îles Nikobar sont 
craintifs , hospitaliers , et ressemblent 
aux Malais par les formes du corps et 
la couleur de la peau ; leurs yeux sont 

Setits et légèrement obliques. Ils sont 
oux et soumis, à moins qu'ils ne 
soient excités par la jalousie ou quel- 
ques provocations. C'est à tort que 
quelques marins les ont représentés 
comme cannibales. Leurs femmes sont 
jolies, bien faites et d'une grande dou- 
ceur. Mais ce peuple, ignorant le pre- 
mier des arts, raericulture, et dé- 
rmrvvL de toute inaustrie, périt peu 
peu de misère. Dans leur habillement, 
une petite bande de drap pend derrière 
eux , et c'est peut - être là l'origine 
de ce conte absurde dû à l'ignorance 
de Kioping, marin suédois, que ces 
insulaires avaient une queue, ainsi 
qu'on représente le diable. Cette 
erreur inconcevable a été adoptée par 
Linné , Buffon et Monboddo. 

Les îles principales sont : Grand - 
Nikobar, la plus grande de tout l'ar- 
chipel ; Petit-Nikobar, ou Sambelang ; 
Ketchoul ; Kamorta,oàles Autrichiens 
ont fondé, en 1778, une colonie, qu'ils 
ont abandonnée depuis; Noncovery, 
où les Danois avaient un établissement, 
également abandonné; Trioouta, Te- 
ressa, Tchaouri, Tillantchang, Tafouin 
^ etKarnikobar, la plus septentrionale. 
En vue des trois îles Nikobar propre- 
ment dites , il y a un vaste et excellent 
port. 

La plupart de ces lies sont monta- 
gneuses, et quelques-unes d'une hau- 



OCÉANIE. 



. 117 



teur considérable; Trikouta, Tafouin 
et Ramikèbar sont plates et couvertes 
de forêts de cocotiers. Les autres îles 
sont également riches en cocotiers, en 
aréquiers et bétel, en cèdres, en bois 
de construction d'une taille immense , 
tels que le bois de teck , le bindé et au- 
tres; des cannes à sucre , des lauriers- 
cassia , du bois de sassafras excellent, 
le larum, nommé melori par les Portu- 
gais, qui donne un fruit meilleur que 
celui de l'arbre à pain de Taïti, dont il 
diffère; le manguier, dont le fruit est 
précieux pour la table et pour la méde- 
cine; rigname, etc. 

Les bufnes et les bœufs, amenés 
d'Europe et deFInde, y ont singuliè- 
rement multiplié. 

Les nids d^oiseaux bons à mander , 
que les Indiens nomment hinléne , y 
adbondent. On y trouve le pigeon , le 
pemN|uet, d'énormes chauve-souris, 
le chien, le sanglier, le cochon, le 
singe , le crocodile et un grand nombre 
de reptiles et de scorpions. 

Leur commerce consiste en ambre 
gris, en écaille de tortue , cocos, can- 
nelle sauvage, et en admirables et 
nombreux coquillages, qu'ils échangent 
contre des draps , du fer et du tabac. 

Les Pïikobariens ont une idée confuse 
d'un Dieu inconnu, d'un être élevé 
qu'ils nomment KnaUen, 

Leurs villages sont composés de 10 
à 12 huttes. Ils sont commandés par 
un capitaine , qui dirige le commerce 
avec les étrangers. 

XXUl. POULO.PIWAIIG ou L'ILE PINANG. 

BXSCEZFTIOV, P&ODITCTZOHS BT APBKÇIT BISTOKIQCB. 

Poulo-Pinang (en malais île de 
l' Arek ) , nommée également île du 
Prince-de-Galles, est située à l'entrée 
du détroit de Malakka, près de la côte 
occidentale de la presqu'île de ce 
nom , par 5" 25 de lat. N. et par 98* de 
long, orientale. Elleaprès de5 lieues de 
long, du N. au S. , et 3 lieues de large. 
Cette île semble de loin n'être que la 
pointe avancée du royaume continen- 
tal de Keddah, tant le canal qui les 
sépare est étroit. La rade formée par 
le détroit qui la sépare de Keddah est 



immense; elle contient plusieurs ha- 
vres excellents, même pour les plus 
^os vaisseaux; il y existe un bassm 
intérieur formé par l'extrême pointe 
orientale de l'île et celle de Jérajah, 
dans lequel les navires peuvent rece- 
voir toutes les réparations nécessaires, 
excepté celles qui exigent qu'ils soient 
mis en chantier. 

Une chaîne de montagnes, assise 
sur le milieu de cette'île, renferme des 
sources nombreuses qui arrosent abon- 
damment son sol sablonneux. Ce sol, 
qui repose sur un fond de granit, 
composé d'un terrain noirâtre, mêlé 
de gravier et de terre glaise , autrefois 
fécondé par les feuilles des arbres sé- 
culaires qui le couvraient, a beaucoup 
perdu de sa richesse dans les endroits 
où ils ont été abattus ; cependant dans 
l'intérieur il est encore susceptible de 
toute sorte de culture, et on en a 
utilisé une grande partie avec succès. 
Les principales productions sont le 

Eoivre, le café, le sucre, le gingem- 
re, le bétel, les noix de coco, les 
yams, les patates, les oranges, les 
citrons, les grenades, les mangous- 
tans et le caoutchou. On y a implante 
la noix muscade, le piment, la cannelle 
et le girofle. Les forêts fournissent 
d'excellents bois de construction et de 
mâture de toutes les grandeurs; les 
joncs , les bambous et tes rotans sont 
si serrés dans quelques endroits, qu'ils 
arrêtent la circulation de l'air , et y 
engendrent des miasmes fétides. 

Cette île faisait autrefois partie du 
royaume de Keddah (*). Le capitaine 
Light, Anglais, ayant eu occasion de 
rendre quelques services au souverain 
de ce pays , celui-ci , dans sa recon- 
naissance , lui donna sa fille en ma- 
riage, et pour dot la propriété de 
Pouio-Pinang. Le capitaine Light, en 
bon patriote, fit hommage a l'An- 
gleterre du territoire concédé. Le 
gouvernement du Bengale, calculant 
les immenses avantages qu'il recueil- 
lerait d'un établissement qui unirait 

(*) Dans les limites qu'on assigne à ce 
royaume , habite la peuplade sauvage con- 
nue soui le nom de Samang. 



118 



L'UNIVERS. 



le commerce du Bengale avec celui de 
la Chine, et diminuerait la prépondé- 
rance hollandaise dans ces parages, 
accepta sans hésitation cette offre aussi 
généreuse. Il envoya sir John Mac- 
pherson pour fonder une colonie dans 
cette île. Licht en fut nommé gou- 
verneur, et le 11 août 1786, jour an- 
niversaire de la naissance du prince 
de Galles, dont ie nouvel établisse- 
ment reçut le nom , il en prit posses- 
sion au nom de la Grande-Bretagne, 
avec toutes les formalités d'usage. Le 
roi de Keddah ayant paru s'effarou- 
cher de cet envahissement d'une puis- 
sance. c|ui pouvait devenir son enne- 
mie, Light vainauit ses scrupules en lui 
faisant oublier raveuir , au moyen de 
quelques avantages présents, et sti- 
pula en sa faveur une redevance an- 
nuelle de 60,000 piastres. 

Il bûtit d'abord le fort Cornwallis, 
aussi mal construit i|Ue mal situé, et 
qu'une frégate de 64 détruirait aussi 
tacitement que la batterie qui domine 
la rade de Malakka. Il attira dans 
Poulo - Pinang une inlinité de coioiis 
et de négociants de tous les pays. 
Sous son fidmiriistration, c^tte île par- 
vint en huit ans à un increvable degré 
de prospérité. La population se com- 
posa d'abord de Malais, qui furent là, 
comme à Singhapoura, plus doux et 

«lus paisibles que dans le reste de la 
lalaisie, et de quelques centaines de 
Chinois attirés par ses promesses. Ces 
derniers formaient le principal noyau 
commercial d^ Tlle, par leur industrie 
et leur activité. 

Quoiaue l'amour du pays domine for- 
tement les laborieux Chinois, ils n'hési- 
tent cependant pas à le quitter p(mr al- 
ler chez d'autres peuples amasser des 
richesses, dont ils vont jouir plus tard 
dans leur patrie, en pavant une immu- 
nité au mandarin chargéd'exécuter la loi 
contre les émigrânts, obtenant à cenrix 
une heureuse sécurité. Ils ont d ail- 
leurs le soin d'arranger leur vie à l'é- 
tranger , de manière à ce qu'elle leur 
rappelle les souvenirs et les habitudes 
do leur patrie. Ils ont à Poulo-Pinang 
des cimetières semblables à ceux de 
Kangton. Leurs habitations sont or- 



nées à l'extérieur de peintures symé- 
triques, et à Tintérieur d'un autel à 
Konfoutze (Confucius), sur lequel est 
sa statue, avec le génie familier qui lui 
parle à l'oreille, et devant lequel ils 
brillent constamment des p&rfums et 
des papiers dorés. Le seul regret 
au'ait éprouvé leur patriotisme , c'est 
d'avoir été contraints à planter et à 
cultiver l'arbre à thé, qui dans peu 
d'an.iées s'est parfaitement acclimaté 
sur cette terre fertile qui demande à 
peine les soins de l'homme. 

Quinze ans après, la population de 
Pinang s'était décuplée. En 1802, elle 
s'élevait à 10,000 âmes, en 1805 à 
15,000, -en 1821 à 35,000, en 1830 
à 45,000, dont 19,000 Malais et 8,000 
Chinois; le reste se composait d'An- 
glais, de Hollandais, de Portugais, 
d'Américains, d'Arabes, de Parsis, 
de Siamois, de Birmans, de Chou- 
lias, d'Annamiens et de quelques 
noirs d'Afrique. Cette augmentation 
d*t population s'est opérée en partie 
au détriment de la ville de Malakka, 

3ui a marché depuis vers une déca- 
ence effrayante. 

Le capitaine Light avait tracé, con- 
tre le fort Cornwallis , le plan de la 
ville de Genrges-Town^ dans la pre- 
mière année de son administration; 
elle est le chef-lieu et la seule ville de 
l'île. Les naturels l'appellent Taniona- 
Painaike, Elle est liàtie au N.-E. de 
l'île. Ses rues, coupées à angles droits, 
sont remarquables par leur largeur et 
leur propreté. Elle possède des mar- 
chés qui abondent en toutes sortes 
de denrées. Chaque jour, Georges- 
Town s'enrichit d étaHlissements nou- 
veaux. La société des missions de 
Londres, qui y tient une succursale, y 
a fait établir un asile pour les orphe- 
lins de pères euro{)éens , plusieurs hô- 
pitaux et un dispensaire pour les na- 
turels. Il y a un séminaire dirigé par 
des missionnaires catholiques français. 
On contpte un grand nombre d'écoles, 
une bibliothèque, un journal et une 
revue littéraire. Devenue un point de 
relâche entre le Bengale et la Chine , 
Georges -Town s'est transformée en 
un vaste entrepôt, où les commer- 



OCÉANIE. 



119 



fants étrdpgdrs vienaent échanger leurs 
marchandises pour qu, numéraire, ou 
pour des prouuits de même valeur. 
Comme port militaire et comme port 
marchand, Poulo-f inang justiflasi tien 
dans lé commencement les prévisions 
de la compagnie anglaise cies Indes, 
par Us avantages dont elle dota son 
commerce, qu'elle voulut les doubler en 
augmentant son territoire aux dépens 
de la Birmanie. En 1802, elle conclut 
avec le roi de Keddah un traité par le- 
quel elle obtint la cession du district 
ma^itimequi fait face à l'île de Pinang, 
m ijennant une redevance annuelle de 
i'jyOOO piastres, stipulée en faveur de 
ce prince. Ce territoire annexé, qui 
comprend une étendue de soixante or- 
longs , à partir des bords de la mer , 
n'est guère au-dessous de celui de 
Poulo-Pinang par sa fertilité. 11 four- 
Bit deux produits inconnus a cette île, 
ce sont 1 étain et le marfll ou dents 
d' éléphant. Ce district a reçu dès An- 
glais je nom de province de vVellesley. 

XUV. COMMERCE ET INDUSTRIE. 

Le commerce de Pinang semble dé- 
croître depuis quelques années; c'est, 
sans doute, ce qui a porté le gouver- 
nement anglaisa l'affranchir des droits 
d'entrée et de sortie qui l'entravaient. 

Tous les bâtiments de la côte occi- 
dentale de la Birmanie, destin'^s sur- 
tout pour la Chine, y mouillent pour 
se rafraîcïu'r et acheter les articles 
de commerce dont ils ont besoin. Les 
navires de la compagnie des Indes, 
aussi destinés pour la Chine, viennent 
y charger de l'étain, des rota n s , du 
sagou, du poivre, des noix de bétel, 
de l'arek , des nids d'oiseaux et au- 
tres productions; ils versent dans les 
entrepôts les thés qu'ils en rappor- 
tent, et qui sont exportés ensuite en 
Europe. Les négociants européens y 
ûnportent les produits de leurs manu- 
iàctures, tels que des usteiisîles de 
coutellerie, des armes à feu , des an- 
cres, des clous, de la ferblanterie, 
des feuilles de plomb , des barres de 
fer, des livres, des chaussures, des 
eâbles, des meubles, plusieurs arti- 



cles de draperie, de verrerie, de cha- 
pellerie , de quincaillerie , de bonnete- 
rie, des instruments de physique et 
mathématiques , des montres, des ar- 
ticles en pwqué, des couleurs pour la 
peinture, des vins, etc. On y importe, 
en outre, un çrand nombre de mar- 
chandises de Madras et du Bengale et 
une grande quantité d'articles des pro- 
duits territoriaux de l'Hindoustan et 
des côtes d'Afrique, tels qu'opium, 
tabac , beliioin , camphre , poudre 
d'or , dents d'éléphant, etc. Le plupart 
de ces maichantlises sont ensuite ex- 
portées à Soumâdra, Djonksejlon(.Ian 
Silan), où les Français avaient com- 
mencé à s'établir en 1688 , et autres 
îles. Les importations se sont élevées 
de 1827 à 1828, à !3,38%24I fr. , et 
les exportations à 15,1.56,774 fr. La 
monnaie de compte en usage à Pinang 
est la piastre d'Espagne, laquelle se 
divise en 10 kopangs, dont chacun 
comprend 10 pièces. La monnaie cou- 
rante est frappée dans l'île : c'est une 
pièce d'étain,aont 16 pèsent 604gran> 
mes 725. On pèse l'or et l'argent au 
boungkal, dont ie poids égale 2 piastres . 
d'Espagne. Seize laels égalent 1 katty, 
100 kattys égalent 1 pikle, 40 pikies 
égalent un koyan, et le koyan égale 
2,413 kilograninies 204. La niesure en 
usage pour les tissus est l'astah, dont la 
longueur équivaut à 18 pouces anglais. 

Le malavou est la langue du pays. 

Poulo-f^inang offre une tempéra- 
ture si calme et si uniforme , une 
atmosphère si pure qu'on l'a nommée 
le Montpellier des Indes. Au point 
culminant de cette île et vers le nord 
sailht un pavillon de signaux , qu'en- 
tourent des habitations clair-semées. 
C'est là que les Anglais , malades dans 
l'Hindostan, viennent chercher la 
guérison et la santé. L'air est si salu- 
bre dans cette partie montagneuse de 
l'île, qu'il serait difQcile d'en donner 
une idée. Le thern^omètre v varie à 
peine de 5* à 6° pendant tout le cours 
de l'année. Aussi les Européens se 
donnent-ils rendez-vous sur ces hauts 
plateaux pour leurs promenades, et y 
viennent-ils en pèlerinage. Montés sur 
d'excellents dievaux dt Soumâdra, les 



120 



L'UISIVERS. 



créoles s'y rendent à Tenvi par des 
sentiers rocailleux que la nache a 
frayés au travers d'arbres de haute 
futaie , serrés comme de^ pilotis. J'ar- 
rivai moi-même malade dans cette île, 
et j'y retrouvai la santé après un court 
séjour, dans une maison située sur le 

Ï)lus élevé de ces plateaux, où je reçus 
es soins les plus affectueux de l'ex- 
cellent missionnaire anglais M. Hut- 
chins, que j'avais surnommé le Jupi- 
ter olympien et le Jupiter sauveur de 
Poulo-Pinang. 

Depuis 1805, la compagnie anglaise 
des Indes a établi à Georges-Town 
une administration régulière, et y a 
envoyé un gouverneur sous la dépien- 
dance du gouverneur général de l'Hin- 
doustan. Mais il est probable que les 
possessions britanniques à l'est et au 
sud du Salouen (*) formeront plus 
tard un gouvernement dont Pinang 
pourrait devenir ie chef-lieu. Le gou- 
verneur de cette île a déjà sous sa dé- 
pendance le deputy résident de Sing- 
hapoura et celui de Malakka. 

ILES DESOUNOA, 

ZJIPKOPIBICXHT SOICMICS SB hk 80SDJI. 

On comprend sous ce nom les îles de 
Soumâdra, Java, Soumbawa, Endé ou 
Flores, Timor, Arrou et les îles qui en 
dépendent ; mais nous n'y placerons 
pas Bornéo, ainsi que l'ont fait quel- 
ques géographes : Bornéo n'appartient 
nullement à ce groupe. Lenomae5o2^7i- 
da nous paraît venir du samkritSindou 
(grande eau), et rappelle le 5m7w;? ou 
entrée de la mer Baltique. 

XXV. SOUMADRA (SUMATRA.) 

HTD&OG&A.PBIB , OBOOBAPBZB BT TOLCABS. 

Cette grande terre, connue des Ara- 
bes sous le nom de Saborma , s'étend 
du nord-ouest au sud-est, l'espace de 
376 lieues ; sa largeur varie oe 20 à 

(*) Rivière de la Birmaoîe a l'est de la- 
quelle float situées les provinces de Marta- 
ban, Te, Tavay, Tanasserim, conquises 
par les Anglais en x8a6 sur Tempereur aux 
pieds d*or : c'est le titre que prend l'empe- 
reur des Birmans. 



85 lieues. Une chatne de montagnes 
la traverse dans toute sa longueur: 
elle se rapproche surtout de la côte 
occidentale , mais ses côtes sont bas- 
ses et marécageuses. Sur les gradins 
des chaînes secondaires se développent 
quatre grands lacs , qui forment des 
torrents redoutables et de magnifiques 
cascades. La plus célèbrede ces cascades, 
celle de Mansselar , descend du Gou- 
nong-Passaman (mont Ophir des Euro- 
péens ), qui est élevé de 2,170 toises 
au-dessus du niveau de la mer , selon 
Robert Nairne, tandis que la plus 
haute montagne de Soumâdra, le 
Gounong-Kossoumbra, a une élévation 
de 2,3ô0 toises. Sur le versant occi- 
dental on ne trouve que des torrents 
ou petites rivières, excepté la Sinkel; 
mais sur le versant opposé, des plaines 
de 60 lieues de large sont arrosées par 
de grands cours d'eau, tels que leSiak, 
rindrasiri , dans le royaume de Siak , 
la Jamoi , entre le royaume de ce nom 
et Palembang , et la Toulang, grossie 
de la Moussi dans ce dernier royaume. 
On y connaît cinq volcans : celui de 
Berapi a 2,033 toises de hauteur ; celui 
de Gounong-Dembo , 1,877, et l'Ayer- 
Raya , situé sur les chaînes secondai- 
res, et le plus actif de tous, 1,377 
au-dessus de la mer; aussi les tremble- 
ments de terre sont fréquents à Sou- 
mâdra. 

XXVI. EXCURSION A LA MONTAGNE SACRÉE 
OE BON&O. 

La montagne de Bonko, inconnue 
jusqu'à ce iour, mérite une descrip- 
tion particulière. Nous l'avons extraite 
des Malayan-MiceUanies, 

Le Gounong-Bonko y ou montagne 
du PcUn de sucre, s'élève détachée de 
la chaîne régulière dont elle fait par- 
tie; elle est, par sa conformation sin- 
gulière , un excellent point de recon- 
naissance sur cette partie de la côte. 
Le Bonko est situé à aix-huit milles (six 
lieues) environ dans le nord-est de 
Benkoulen ; mais sa position et sa dis- 
tance de cette ville - n'avaient jamais 
été bien déterminées; deux fois déjà 
les Européens avaient cherché, mais 
en vain, à le gravir, et l'opinion po- 



palaire veut qu'il soit inaccessible. 
Les montagnes remarquables , comme 
celle-ci , passent généralement , dans 
l'opinion des naturels, pour être la 
demeure des esprits , et leurs sommets 
sont considérés comme kramatSy ou 
lieux d'une sainteté particulière. Le 
sommet du Pain de sucre est, dit-on, 
un kramat de cette espèce , et Ton as- 
sure que, par superstition , les naturels 
s'aventurent quelquefois à le visiter. 
Une société d'Anglais , alors maîtres 
de Bencoulen (en juin 1821 ) , résolut 
de hasarder une nouvelle tentative, 
espérant corriger et étendre les ob- 
servations déjà commencées sur la 
côte , et parvenir à une reconnaissance 
plus complète de cette partie du pays. 

Nos lecteurs ne liront pas sans in- 
térêt le récit de cette opération im- 
portante , qui d'ailleurs fera connaître 
ce pays si singulier et si pittoresque , 
mieux-que toutes les descriptions mé- 
thodiques. 

Après avoir traversé la rivière de 
Benkoulen, ces Anglais parcoururent 
le pajrs à cheval jusqu'à Loubou-Ponar. 
Ils prirent ensuite à pied la direction de 
Pandjong, dans le pays des Reyangs , vu 
l'impossibilité de conduire les montu- 
res plus loin. Le troisième jour , ils 
passèrent toute la nuit à Redjak- 
Bessi , dernier village qu'on trouvé sur 
le chemin de la montagne. Ce village 
est situé sur les bords de F Aver-Kiti , 
ruisseau qui tombe dans le Simpang- 
Ayer, au-dessous de Pandiong. Dans 
cet endroit , on prit des dispositions 
pour escalader" la montagne, et l'on 
se précautionna d'une petite tente, 
dans le cas où un jour ne suffirait pas 
pour la gravir. Partis de Redjak- 
Bessi, les voyageurs firent environs 
milles sur un terrain inégal, peu élevé 
d'abord , mais bientôt devenu plus 
roide et présentant enfin les obstacles 
les plus grands. Arrêtés bientôt au 

Sied d'un rocher suspendu au-dessus 
e leurs têtes , ils dressèrent leur tente 
dans cet endroit même, car il eût été 
impossible de la porter quelques pas 
plus loin. Le chemin, depuis Redjak- 
Bessi, est traversé d'épaisses forêts qui 
cachent entièrement la vue delà mon- 



OCÉANIE. 121 

tagne; et, depuis ce villaee, on cesse 
de Fapercevoir, quoique , ae plus loin , 
elle semble suspendue au-dessus. C'est 
alorsgue cette compagnie parut se faire 
une idée des difficultés 'qu'allait pré- 
senter la roideur de la montée. 

Peu après avoir quitté Redjak-Bessi, 
les voyageurs traversèrent, sur un pont 
de bambous construit pour le moment, 
une petite rivière ou torrent qui se pré- 
cipite d'une hauteur considérable dans 
un abîme affreux, resserré entre deux 
rochers , et ne laissant aux eaux qu'un 
canal fort étroit. Ce pont, suspendu 
à plus de cent pieds au-dessus du tor- 
rent, et d'où la vue se perd dans l'im- 
mensité d'un spectacle magnifique, 
forme, avec la cascade et le bois épais 
qui l'environnent, un tableau tout-à- 
lait romantique. Ils rencontrèrent de 
dangereux précipices; mais le dernier 
était fait surtout pour les décourager. 
Ils furent obligés de le franchir, en 
faisant plusieurs pas sur le bord très- 
étroit d un rocher à pic et d'une élé- 
vation tellement considérable, que l'œil 
plongeait au fond de cet abîme sans 
pouvoir rien distinguer. Un tronc 
d'arbre desséché fut le point d'appui 
d'où, avec un élan vigoureux, on 
réussit à quitter cet endroit dangereux. 
Après ce passage, l'épaisseur de la 
mousse et l'apparence raoougrie des air- 
bres indiquaient les approches du som- 
met. En effet, vers les deux heures, 
les voyageurs se trouvèrent au point 
le plus élevé de la montagne. C était 
une place stérile dont la largeur ne dé- 
passe pas cinq yards (quinze pieds), 
entourée partout de précipices , cachés 
en partie par des djongles , ou brous- 
sailles. De toutes les personnes qui 
composaient la société , lorsqu'on coui- 
mença à s'élever au-dessus de la base 
de la montagne, quelques-unes seule- 
ment atteignirent le grand but de cette - 
excursion. Les autres restèrent sous 
leur tente , découragés par les obsta- 
cles qui croissaient; mais le petit nom- 
bre cle ceux qui ne se laissèrent point 
rebuter, fut amplement dédommagé 

Sar le point de vue admirable qu'on 
écouvrit de ce sommet. La ligne des 
côtes , depuis Layé, au nord, jusqu'à une 



Iti 



L'UNIVERS. 



distanoe considérable par-delà Bouf- 
. falou , au sud , se dessinait sous leurs 
yeux; à Taide d'une lunette, on dis- 
tinguait les navires dans le bassin de 
Rat-Island, ainsi que les remparts 
blanchis du fort Malnorougb. Au sud, 
Tceil plongeait sur les hauteurs de 
fioukit'Randies, ou la croupe du lion , 
et Boukit-Kabout (hauteur du brouil- 
lard ) , qui forment une ligne droite 
avec le Pain-de-Sucre* Au centre de 
rîle, la vue était iruerceptée par une 
masse de nuages qui dirigeaient leur 
course vers la montagne, ce qui força 
les vo3rageurs a faire, avec le plus de 
célérité possible, les observations et 
les relèvements projetés. Dans Tim- 

Sossibilité d'apporter jusqu'à cet en- 
roit des instruments d'un gros vo- 
lume , on dut exécuter les opérations 
avec un compas de petite dimension. 
La végétation, sur ce sonimet, a 
tous les caractères des plantes alpines. 
Une mousse épaisse tapisse les rochers 
et les troncs d'arbres , et l'on rencon- 
tre plusieurs arbustes des espèces par- 
ticulières aux régions élevées , tels que 
le vacciniumy le rhododetuiron ^ etc. 
On y trouva aussi une plante que les 
naturels regardent comme pouvant 
remplacer le thé , et remarquable par ' 
ses feuilles épaisses et brillantes; elle 
formera un nouveau genre dans la fa- 
mille des ihyrtacées. Les observations, 
terminées, la société songea à re- 
descendre, le nuage continuant à s'ap- 
procher de plus en plus et menaçant 
de couvrir la montagne et ks environs 
d'un déluge de pluie. Les mêmes dif- 
ficultés qu'ils avaient éprouvées à la 
montée se renouvelèrent à la des- 
cente. Cependant elle fut facilitée en 
quelques endroits , au moyen des bam- 
bous attachés solidement* au pied des 
arbres qu'on rencontrait çà et là , au 
>bord des escarpements, le long des- 
quels on se laissait glisser; mais il y 
avait beaucoup de précautions à pren- 
dre pour se retrouver sur les pieds au 
moment où les mains quittaient cette 
espèce de rampe. 

La société était environ à la moitié 
de la descente , quand les nuages qui 
enveloppaient alors la cime du luont , 



tombèrent en pluie et rendirent la 
marche encore plus difficile. Heureu- 
sement les parties les plus escarpées 
étaient franchies , et les arbres , deve- 
nus plus nombreux , offrirent quelque 
abri contre l'orage. Mais bientôt l'eau 
afflua tellement ae toutes parts , que 
la dernière partie de la descente se fit 
au milieu d un véritable torrent. La 
compagnie atteignit la tente une heure 
avant le coucher du soleil. Aux envi- 
rons , tout était inondé. La pluie con- 
tinuant à tomber par torrents , on ré- 
solut de pousser jusqu'à Redjak-Bessi , 
plutôt que de passer la nuit dans une 
position si incommode. A^ant forcé 
la marche , on arriva au village aux 
approches de la nuit. 

Après un jour de repos, le 16, on 
atteignit Pounjong,et le jour suivant, 
pour regagner Bencoulen , on se diri- 
gea par lepaysdeBoukit-Kandies, sur 
la rivière de Bencoulen. Après avoir 
passé au moins douze fois la rivière de 
Bencoulen, depuis leur départ de Pand- 
jong, les voyageurs s'embarquèrent 
sur les sampans, espèce de grands 
bateaux chinois, que l'on avait com- 
mandés d'avance, et le bagage fut placé 
sur des radeaux de bambous. Les em- 
barcations durent franchir d'abord une 
suite continuelle de petites cascades 
rapides, en risquant de se heurter 
contre les troncs d'arbres et autres 
obstacles qui hérissent cette partie de 
la rivière. Deux fois entraînés, les 
bateaux se remplirent d'eau ; ce ne fût 
pas sans peine qu'on évita d'être sub- 
mergé. La rivière de Bencoulen devient 
plus profonde, et sOài cours plus ré- 
gulier, au-dessous de l'endroit oii elle 
se réunit avec le Rindorvati. 

Grâce à ce court mais pénible 
voyage des Anglais , on connaît aujour- 
d'I'iui la ha'iteur du fameux Gounong- 
Bonko, montagne en quelque sorte 
fabouée ou consacrée. Elle est de près 
de trois mille pieds ; sa forme pitto- 
resaue et la manière hardie dont elle 
se dessine au milieu de la chaîne des 
monts qui l'environnent ^ la rend,ent 
fort remarquable : elle se compose de 
masses de basalte et de trap, suDstance 
qui domine dans cette partie de Sou- 



OCEANIE, 



123 



mâdra. Tout le pays traversé dans 
cette excursion est extrêmement mon- 
tuenx et resserré : les habitants y sont 
fort rares. Une forêt sombre et sau- 
vage le couvre presque en entier, et 
elle fournit de fort beaux bois, en 
grande quantité. On admire la richesse 
du sol le long des rivières; celui des 
forêts n'est guère moins técond, sur- 
tout là où s'élèvent les massifs de 
bambous , que Ton sait occuper géné- 
ralement les meilleurs terrains. Le 
riz se cultive spécialement dans les 
ladangs ; mais on ne compte que peu 
de sawahs (terrain nivelé destiné 
aux irrigations). A Tello-Anou, on 
voit une petite plantation de musca- 
diers qui , sans avoir jamais reçu 
d'engrais, n'ont cependant pas moins 
de vigueur que ceux qui croissent dans 
la ville. 

Les indigènes de cette partie de Sou- 
màdra, comme ceux du reste de l'île, 
se livrent peu à la culture des terres. 
Le sol de ce pays exige des travaux 
qui effraient leurparesse. C'est surtout 
aux laborieux Chinois qu'on doit les 
produits agricoles*de l'île : ils fertilisent, 
a force d'engrais , les plateaux les plus 
stériles. 

XXVn. SOL ET CLIMAT. 

L'équateur coupe obliquement Sou- 
mâdra en deux parties à peu' près 
égales ; néanmoins cette île jouit d une 
température assez modérée , le ther- 
momètre ne s'élevant guère au-dessus 
de 24" de Réaumur, tandis que dans 
le Hengale je l'ai vu atteindre 34° au 
conïmencement du mois de novembre. 
Dans l'intérieur , les habitants sont . 
obligés d'ailumer du feu le malin pour 
se chauffer, à cause des brouillards 
{kabout) qui enveloppent les collines, 
et ne sont eufierement dissipés que 
trois heures après le lever du soleil. 
Le tonnerre et les éclairs sont fré- 
quents , surtout pendant la mousson 
de nord-ouest , temps de la saison plu- 
vieuse qui commence en décembre et 
finit en mars; la mousson sèche com- 
mence en mai et finit en septembre. 
Les gelées, la neiçe et la grêle sont 
inconnues à Soumâdra. 



On a exasréré Vinsalubrîté du cli- 
mat de cette île : la côte occidentale 
étant marécageuse et très-brumeuse, 
décime les e()uipages européens qui 
viennent y faire la traite clu poivre, 
et, sous ce rapport, elle mérite le sur- 
nom de Côte de la peste ; mais tout le 
littoral , depuis la pointe d'Achin jus- 
qu'aux îles de BanKa , offre des sites 
aussi salubres qu'agréables. 

XXVUI. HISTOIRE NATURELLE DESOUMADRA. 

mvitALOOXB. 

Le soi est généralement une terre 
grasse, rougeâtre, couverte d'une 
couche noire, et quelquefois calcinée. 
Les marais , sur toute la partie occi- 
dentale , en font parfois comme un 
vaste lac parsemé d'îles; les trois quarts 
de Soumfidra, principalement vers le 
sud , présentent une forêt impénétra- 
ble. On trouve dans les montagnes de 
la stéatite , du granit gris, du marbre, 
du pétrole et du nappai y sorte de 
roche savonneuse. L'or, le cuivre, le 
fer, le soufre, le charbon de terre, le sal- 
pêtre , l'étain , ce rare et précieux mi- 
néral, abondent en divers endroits 
de l'île. Les Malais de Padang et de 
Menangkarbou vendent paran de 11 à 
12,000 onces d'or, recueilli principa- 
lement par le lavasje. Les mines de 
Sipini et de Cay donnent de l'or de 
18 à 20 karats.M. Crawfurd porte à 
86,000 onces la quantité recueillie 
dans toute rîle, y compris Lemoun, 
Batang-Assi, Poucallang et Yainbou : 
nous croyons ce chiffre exagéré. Les 
Malais seuls ont le privilège d exploiter 
l'or, car les Hollandais y ont renoncé, 
après plusieurs .essais infructueux; 
i'.s préfèrent l'acheter aux premiers à 
bon compte. L'acier de Menangkarbou 
est préférable à celui de l'Europe. 
L'étain existe près de Palembang; c'est 
une continuation des rit;hes cwiches 
de fianka. La petite île de Poulo-Pisang 
est presque entièrement formée d'ua 
lit ae cristal de roche. 

XXIX. BOTANIQUE. 

Le riz que l'on cultive dans cette 
grande île est de deux sortes : lèpre- 



124 



L'UMVERS. 



mier , qui est le plus gros ^ le plus blanc 
et de meilleur goût, provient des 
terres hautes et sèches; le second, 
plus abondant et plus commun, des 
terres basses et baignées. Le grain se 
sème à l'époque de la mousson des 
pluies , au mois d'octobre , et se récolte 
six mois après , au commencement de 
la mousson sèche. 
Le cocotier est un des végétaux les 

S lus utiles aux Soumâdriens. La pulpe 
u coco sert d'assaisonnement à 
presque tous leurs mets, ainsi que 
dans l'Inde. Ils en tirent une huile à 
brûler et à oindre les cheveux; ils en 
extraient une liqueur fermentée , appe- 
lée todcU; la tête leur fournit un chou 
bon à manger , et ils font des balais 
avec les fibres : mais ils dédaignent 
l'écorce , dont ailleurs on fabrique des 
cordes, préférant pour cet usage le 
rotan et réiou. 

Le bambou s'élève à une hauteur 
et atteint une grosseur extraordi- 
naires. 

Le bétel (pinang) forme une des . 
plantations les plus considérables de 
Soumàdra. On y cultive aussi une foule 
d'épices, telles que le girofle, le cur- 
cuma, le poivre de Cayenne, le gin- 
gembre, le cardamome et la coriandre. 

L'anou, sorte de palmier, produit 
le sucre nommé djaggari^ qui est 

E référé à celui de la canne, dont les 
abitants ne se servent que pour la 
mâcher et se rafraîchir, surtout en 
voyage. Le diarak , dont la graine pro- 
duit Thuile de ricin (palma christi); 
le kratou, ou mûrier nain ; le sésame, 
la casse, le chanvre, les ignames, le 
mais , les patates douces , le sagou , y 
sont également cultivés. Le dourian, 
dont la pulpe blanche a le goût d'ail 
rôti et possède des qualités aphrodi- 
siaques, le goyavier, le jaauier, le 
mangoustan, le manguier ^ rarbre à 
pain, le billinbin, le lança, le bran- 
ganier, le jambosier, le bananier, l'a- 
nanas, l'oranger, le citronnier, la 
panpelmoiisse, produisent les fruits les 
plus remarquables. On compte parmi 
les plantes a teinture, le sapan, l'in- 
digo, lecassoumbo, ou carthamusdes 
Indiens, Toubar, etc. 



La flore soumâdrienne est une des 
plus riches du clobe. Toutes les varié- 
tés de TAsie sy mêlent à un grand 
nombre d'espèces particulières à la Ma- 
laisie. INous citerons , parmi les plus 
remarquables, l'arbre triste, s&imda 
maloune, qui ne fleurit que la nuit, 
et le raflesia , trouvé par M. Arnold 
à Soumàdra et à Java; c'est la plus 
grande des fleurs connues (voy.j?/. 22), 
car Varistohchia corcUJloray qui avait 
eu cette réputation jusqu'à l'instant 
de la découverte de M. le docteur Ar- 
nold, n'a, selon M. de Humboldt, 
que 16 pouces de diamètre. 

Dans les régions équatoriales , le sol 
manifeste une puissance de végétation 
que nos climats tempérés ne peuvent 
nous faire connaître. Nous n'avons 
pas, parmi les arbres de l'Europe, 
l'équivalent du boabab africain , ni du 
bombax océanien; aucun de nos ro- 
seaux n'est comparable aux bambous. 
Mais que dirons-nous d'une fleur de 
plus de huit pieds de tour^ et qui ne 
pèse pas moins de 15 livres ? Ajoutons, 
pour que rien ne manque à un tel 
prodige, que cette fleur gigantesque 
croît et s'épanouit sans tige ni feuilles , 
qu'elle constitue presque toute la 
plante, car la menue racine qui l'at- 
tache à la terre n'a pas six pouces de 
longueur. 

Nous emprunterons à l'auteur de 
cette découverte , le docteur Arnold , 
le récit qu'il en a adressé à un de 
ses amis en Europe : 

« J'accompagnais sir Thomas Stam- 
« ford Raffles, alors gouverneur des 
« établissements anglais dans l'île de 
« Soumâdra,dans unede ses excursions. 
« Je marchais un peu en avant de l'es- 
« corte, lorsqu'un de nos serviteurs 
R malais accourut et me rappela; son 
a reçard exprimait une joyeuse sur- 
« prise. Suivez-moi,, me diit-il; une 
a jleur si grande y si belle y si mer- 
« veilleuse! A une centaine de pas, 
« je fus en présence de cette merveille , 
« et mon admiration ne fut pas moin- 
« dre gue celle de mon guide. Je 
« voyais, sous des broussailles, une 
<( fleur immense appliquée contre la 
« terre; je résolus sur-le-champ de 



OCÉANIE. 



135 



« m'en emparer et de la* transporter 
« dans notre cabane. Armé du parang 
« (sorte de serpe) du Malais , je me 
« mis à détacher la plante, et je ne fus 
« pas médiocrement surpris de voir 
« qu'elle ne tenait au sol quej)arune 
« petite racine, longue tout au plus 
« de deux doigts. J'emportai ce tr^or. 
« Si je l'avais découvert tout seul et 
« sans témoins , j'oserais à peine dé- 
« crire une telle plante ; personne ne 
« voudrait me croire sur ma parole ; 
« mais je me sens assez fortifié par 
« des témoignages qu'on ne récusera 
« point. 

« Notre fleur était fort épaisse dans 
« toutes ses parties; dans quelques 
« endroits elle avait trois lignes , et 
« dans d'autres, le triple. La substance 
« des pétales et du nectaire était nour- 
« Tissante. Lorsque je vis la fleur en 
« son lieu natal , le nectaire était plein 
« de mouches, attirées apparemment 
« par l'odeur de viande qu'elle exhale. 

« Le diamètre de cette fleur prodi- 
« gieuse est de plus de deux pieds 
« n^uf pouces, et, par conséquent, la 
« circonférence est d'environ huit 
« pieds neuf pouces. Suivant notre 
« estimation, te nectaire pouvait con- 
te tenir une douzaine de pintes , et le 
« poids de toute la fleur n'était pas 
« au-dessous de guinze livres (voy. 
« /)/.22). Les indigènes de l'intérieur 
« de Soumâdra nomment cette plante 
« singulière krovbtml^ mot qui, dans 
« leur idiome, signifie grande fleur, 
« Ils disent que sa végétation dure 
« trois mois, depuis l'ai^parition du 
« bouton jusqu'à l'épanouissement de 
^ la fleur; au'on ne la voit qu'une 
« seule fois dans le cours de l'année , 
« vers la fin de la saison pluvieuse. 
ce C'est une plante parasite qui pousse 
« sur les racmes et le tronc du cissus 
« angustifoUa. Elle se forme et croit 
« sous une enveloppe globuleuse, 
» comniie plusieurs plantes de la fa- 
it mille des champignons.» 

Ce géant n'empêche point que des 
nains, qui lui ressemblent quant à la 
forihe, la contexture et le mode de 
végétation , ne croissent autour de 
lui. Le docteur Horsfield a trouvé 



une rafflesia^hitn conformée, qui 
avait à peine trois pouces de dia- 
mètre. Quelques espèces établissent 
une gradation entre ces deux ex- 
trêmes. 

A la suite du hrofubovl, ou rafflesia 
Arnoldiy on placera \arafflesiapatma^ 
trouvée par M. Blum dans une petite 
île , près de .Tava , et que les habitants 
nomment patma. Elle a cinq pétales 
et un vaste nectaire, comme celle 
d'Arnold. Son diamètre est à peu près 
de deux pieds. 

Le savant botaniste Blum a placé 
dans sa flt/re de Java une autre fleur 
ou plante qui a beaucoup de rapports 
avec les précédentes; cest la brug- 
Thansia Zippelii : elle croît sur des 
collines élevées de deux cents toises 
au moins au-dessus du niveau de 
l'Océan. On voit que c'est une plante 
parasite , comme les rafflesias et dont 
l'odeur n'est pas moins désagréable. 

Cette plante rappelle que Réaumur 
fut autrefois témoin d'une végétation 
é^lement extraordinaire; mais ce n'é- 
tait pas une plante parasite : il la vit 
sur un mur de son parc de Réaumur, 
dans le Poitou, et il l'a décrite sous le 
nom de boletus coralloîdes fœtidus. 
Son odeur était celle d'une chair en 
putréfaction. Ce singulier corail végé- 
tal n'occupait pas moins de place 
qu*une rafflesia y4!moldi y dont l'odeur 
est comparable à la sienne, car la 
plante observée par Arnold était en 
pleine végétation, et loin de l'époque 
où sa décomposition devait exhaler 
une odeur cadavéreuse, tandis gue ce 
fut dans un état de putridité déjà fort 
avancée que Réaumur fit dessmer et 
décrivit le bolet de son parc. Il s'éton-- 
nait que le dessinateur pût rester as- 
sez près de ce foyer d'infection pour 
en apercevoir toutes les parties et 
achever son ouvrage. 

Il faut encore compter parmi les 
plantes les plus précieuses de fîle de 
Soumâdra, le poivre, le camphre 
{dryobalanops camphora) de Cole- 
brooke, bien différent du laurier 
camphrier du Japon, le benjoin, la 
cassia lianea (cannelle commune) , les 
rotans, le coton de soie qui provient 



125 



L'UNIVERS. 



du bombax , les bois d'ébène, de teck , 
de sandal et d'aloës, le bois de fer et 
du café médiocre. 

XXX. ZOOLOGIE. 

Soumâdra compte beaucoup d'es- 
pèces d'animaux qui lui sont corn* 
muns avec TAsie méridionate , tels 
que le maïba ou tapir bicolore de 
Malakka (voyez p/. 21 ) et le gibbon 
aux longs bras de Tlnde transgangéti- 
que. Ses chevaux, ainsi que ceux de 
toute la Malaisie, sont petits', mais 
bien faits, bardis et vigoureux. Les 
vaches , les chèvres et les brebis sont 
également de petite taille. Le buffle 
(karbou)y est employé à plusieurs tra- 
vaux domesti(}ues. Les forets sont peu- 
plées par 1 éléphant , le rhinocéros bi- 
corne (badak) , plus petit que ses con- 
génères d'Afrique, avec la peau toute 
parée d'écussons et hérissée de poils 
roicjes et courts (*) ;rhippopotame, que 
A'iarsden assure avoir vu dans les ma- 
rais de cette ile , et que Cuvier ne vou- 
lait pas y admettre; le tia;re royal; 
Tours noir, qui détruit et ronge le cœur 
des cocotiers; des antilopes noires à 
ciMnière grise, des daims, des sangliers, 
des civettes, la loutre , le porc-épic et 

f plusieurs espèces de singes, particu- 
ièrement le singe à menton barbu 
{simia nemestriua), qui parait partt- 
.culier à cette grande terre. Parmi les 
habitants des forêts, il ne faut pas en 
oublier le roi, je veux dire forang- 
houtan. Parmi ceux-ci, le pythecm 
satyras semble être plutôt 1 analoj^ue 
du pongo de Wurnib que du duoi- 
panzé d'Angola et du Congo. Cette 
espèce, autrefoiscommune à Soumâdra, 
y devient chaque jour plus rare. 

?ious dirons un mot d'une des es- 
pèces les plus communes de la famille 
des singes , mais qui est intéressante 
par son bon naturel. C'est le kra 
i/asciciUaris) , et le chingkau {si cris- 

(*) Raffles prétend que dans rintcrieur 
de Soumâdra il existe une espèce de rhi- 
nocéros unicorne, nommé tennon par les 
indigènes; mais comme plusieurs peuples 
malais donnent ce nom au tapir, qtie les 
Soumâdriens nomment babi-aiou^ nous res- 
terons dans le doute à ce sujet. 



tala). On éprouve du plaisir à voir les 
petits du chingkau et du simpai {si 
melalophos) embrasser et caresser 
leurs mères. Dans la première de ces 
espèces, l'animal encore jeune se dis- 
tiniîue par sa couleur roussâtre, et 
l'adulte par. sa peau noire; dans la 
seconde, au contraire, la robe des 
jeunes est fort noire , tundis que celle 
des vieux est roussâtre, de telle sorte 
oue l'on dirait que les mères ont 
^angé leurs petits. 

On y trouve aussi le siamang. Nous 
décrirons Torang et le siamang au 
diapitre Bornéo. 

L'awgrawg ou oiseau-rhinocéros, ainsi 
nommé d'une espèce de corne qu'il 
porte sur la tête , ne semble pas en- 
core bien classé par les naturalistes : 
par ses caractères , il paraît apparte- 
nir à la famille des kasoars. 

Les reptiles fourmillent à Soumâdra, 
depuis le crand crocodile des rivières 
qui dévore les hommes, jusqu'aux lé- 
zards habitant des maisons , et cou- 
rant sur le plafond des apparte- 
ments , qu'ils délivrent des io^octes. 
Le caméléon et le lézard volant se 
montrent dans les broussailles. Nulle 

Eart les insectes ne sont plus nom- 
reux, ni plus importuns que dass 
cette île. On y trouve des fourmis de 
toutes sortes , et surtout cette fourmi 
blanclie ou termite qui dévaste tout, 
maisons, bois, meubles, vivres; vé- 
ritable fléau de ces cm.tréBS orien- 
tales, contre lequel l'buile de'çétrole 
paraît seule avoir une vertu préserva- 
trice. 

C'est à Soumâdra que le faisan est 
de la plus rare beauté, plus gros que 
Je faisan ordinaire, d'un jrfunaage plus 
saillant et plus riche. Les poules 
d'inde y abondent; eMcs atteignent 
dans le midi de l'île à une hauteur ex- 
traordinaire, comme ceHes de Ban- 
tam. Vardea argala du Bengale se 
trouve dans le royaunïedePalembanç. 
Les autres csnècês d'oiseaux sont gé- 
néralement celles du continent indien. 
On trouve enfin dans les grottes de 
l'Me de Soumâdra , coirane dans une 
crande partie de la Midaisie, ias nids 
d'oiseaux qu'on doit à la salangane. 



OCÊANIE. 



127 



XXXI. ÉTATS DE SIAK, D'ACHIW ET AUTRES 
ÉTATS DE L'ILE DE SOUMADRA. COLO- 
mES HOLLANDAISES DAKS CETTE ILE. 

lie royaume de Siak occupe la par- 
tie moyenne de la côte orientale , que 
traverse le fleuve de ce nom. D'après 
M. Anderson, le dernier voyapeur 
qili Tait parcourue , les villes princi- 
^les sont Siak , située sur ce fleuve, 
et résidence du souithan; Delhi sur la 
rivière de ce nom ; Kampar , port 
commerçant d*oà dépendent les îles 
de Roupbt et de Pantiour ; Langfcat , 
viile de commerce qui compte deux 
ctnts prcthos (navires); Batou-Bara, 
non moins importante pour sa ma- 
rine, et résidence d'un puissant rad- 
jah. Tout ce littoral oftre de beaux 
terrains bien arrosés et couverts de ri- 
chescultures, ainsi (fue des havres et des 
criques d'une sûreté admirable. Les dif- 
férents chefs de ces districts se font la 
^erre entre eux , et le peuple, adonné 
a la "''"^♦erie, lance, au travers du 
détroïc deMalakka, près de deux mille 
prahos armés, navires marchands en 
apparence , mais forbans à Toccasion. 
Le pays des Battas confine avec la 
soulthanie d'Ach in , l'ancien état de 
Menangkarbou et le gouvernement hol- 
landais de Padang. C'est une espèce 
de confédération rormée par un grand 
nombre de chefs de district. On n'y 
compte que des villages , sauf Barons, 
petite ville, principal marché du cam- 
phre, et Tappanouli, bourgade remar- 
quable par l'immense et magniflque 
baie à laquelle elle donne son nom , et 
[u'on peut considérer comme une 
les plus belles et des plus sûres q*ii 
existent sur le elobe. 

Le royaume d'Achin n'embrasse au- 
jourd'hui que l'extrémité septentrio- 
nale de l'île. Vers la lin du XVr siècle 
et jusqu'à la moitié du XVII*, les 
Acninais furent la nation prépon- 
dérante de la Malaisie, parce qu'ils 
étaient les alliés de tous les peuples 
commerçants de l'Orient, depuis le 
Japon jusqu'à l'Arabie. A cette bril- 
lante époque, leur marine comptait 
600 voiles , et l'empire achinals s'éten- 
dait sur presque la moitié de Soumâ- 



I 



dra et sur une grande partie de la 
péninsule de Malakka. Aujourd'hui il 
est plongé dans l'anarchie, l'autorité 
du souithan ne s'étend qu'à la capitale 
et aux environs, car tous les chefs de 
district sont de fait indépendants. 

La ville d'y/cAm, qu^en est la capi- 
tale, est enveloppée d'une forêt de co- 
cotiers , de bananiers , d'ananas et de 
bambous. LIne rivière couverte de ba- 
teaux passe au milieu. Sa population 
a été tellement diminuée, ainsi que 
son commerce, que nous ne pensaos 
pas qu'on doive la porter à plus de 
18 à 20,000 habitants. Le roi exploite 
tout le commerce d'Achin. Les autres 
endroits remarquables sont TeiosaU' 
couayy Pedir^ et Moukki^ bourgade 
renommée à cause de la riche mine 
de cuivre exploitée dans son voisi- 
nage. 

La partie hollandaise de Soumâdra 
comprend le gouvernement de Padang 
et l'ancien étutde Menangkarbou,utie 
partie du pays des Lampoungs et le 
royaume de Palembang. Le gouverne- 
ment de Padang a pour chef-lieu Pa- 
dang , ville peuplée d'environ 12,000 
âmes. Il compte encore Natal , Ben* 
coulen avec 8,000 habitants, le fort 
Marlborough , cédé par les Anglais en 
1825, si je m'en souviens, et Pont- 
chang-ketchii dans l'admirable baie de 
Tappanouli. Les Hollandais se sont 
emparés sur les padris de Menangkar* 
bou, de la vilie de fiangsa, la plus 
considérable de cet état, et de celles de 
Pandja-RachoungetdeMenangkarbou; 
mais ce pays, qui vient d'être désolé 
par la guerre qui éclata naguère entre 
ses chefs et le gouvernement général 
de Batavia, n'est pas encore entière- 
ment soumis à ses nouveaux maîtres. 

Le pays des Lampoungs est le plus 
ingrat de cette île vaste et riche. 

Le royaume de Palembang , conquis 
aussi par les Ho.Mandais et en partie ré* 
volté contre eux , est fertile. La capi* 
taie a environ 25,000 habitants. Elit 
est construite sur pilotis , au bord du 
Mousi. Elle a des relations étendues 
avec toutes les îles malaises, l'Inde, 
la Birmanie, Siam, l'Annam et la 
Chine. La mosquée et le dalan ( palais 



f28 



L'UNIVERS. 



/ 



du roi) sont deux édifices remarqua- 
bles. 

Les états malais sont gouvernés par 
un radjah qui prend le titre de soultban. 
Ses délégués sont des datous , espèce 
de barons. Dans tous les pays où Ton 
rencontre ces datous, à Maïndanao, 
à HÔlo, etc., on doit se dire en pays 
malais. A Benkoulen, ville hollandaise, 
et neutre par conséquent, il y a quatre 
datous , qui ont pour chef un pand- 
jeran , pour représenter les différents 
pouvoirs indigènes disséminés dans 
cette grande île. 

XXXII. DES DlFFl^.RENTS PEUPLES DE 
SOUMADRA. 

La population de cette grande terre 
est un mélange de peuples divers et 
de races distinctes fort difficiles à clas- 
ser. Nous-méme en avons déjà décrit 
deux nouvelles variétés, au chapitre An- 
thropologie. Nous subordonnerons* le 
classement desraces aux délimitations 
géographiques, ainsi que Ta fait le 
savant Marsden, avec cette différence 
que nous considérons les Reyangs, 
non comme autocthones, mais comme 
originaires de Tîle immense de Bor- 
néo ; de même que les Malais de M e- 
nangkarbou et dé toute File de Soumâ- 
dra sont issus des Dayas de Bornéo, 
civilisés plus tard par les Bouguisde 
Célèbes et les colons hindous qui s'é- 
tablirent dans cette grande terre. Nous 
pensons que la comparaison des lan- 
gues, de Talphabet, des lois et des 
coutumes , justifie notre opinion, dont 
nous croyons avoir démontré Texacti- 
tude dans notre Tableau général de 
rOcéahie. Nous placerons les Malais 
dans rétat de Menangkarbou; les 
Achinais , les Battas , les Reyangs et les 
Lampouns dans les provinces qui por- 
tent ces noms. 

Ici, il est facile d'observer la diffé- 
rence du type indien et du typemalai- 
sien , malgré quelques mélanges. Les 
pommettes saillantes, les joues creuses, 
rœil petite le nez épaté, les lèvres 
larges remplacent chez les Malais la 
coupe régulière du visage, le nez effilé, 
l'ovale des contours et l'harmonieuse 
disposition des traits des Hindous. 



XXX ni. COUTUMES DES RETANGS, DBS' 
LAMPOUNGS ET DES INDIGÈNES DE MB- 
NANG-KARBOU. 

Le peuple, dont nous allons parler, 
off^e, sous le rapport physique, une 
grande ressemblance avec les Malais. 

Les Reyangs qui habitent l'intérieur 
de l'île parlent un langage différent 
du malais; ils s'étendent depuis Layé, 
dans le nord , jusqu'à la rivière de 
Sillebar, dans le sud. L'espace compris 
entre la rivière de Serawy et celle de 
Benkoulen est occupé par la tribu 
desDoueblas.La tribu des Serawy est 
celle qui y domine. Quoique ces di- 
verses tribus semblent ne former qu'un 
seul peuple, elles ont cependant cha- 
cune quelques coutumes qui les dis- 
tinguent les unes des autre». 

Les Reyangs, originaires des bords 
du Reyang, rivière de la côte occiden- 
tale de l'île de Bornéo, sont, ainsi que 
tous les Malais, d'une taili» ^n au- 
dessus de la moyenne. Leur» .«^ iibres 
sont petits , mais bien proportionnés. 
Les ftmmes ont l'habitude de pétrir 
la tête de leurs enfants, ainsi que 
dans quelques îles de l'Océanie. Elles 
leur aplatissent le nez, compriment 
le crâne et allongent les oreilles de 
manière à ce qu'elles se tiennent 
droites hors de la tête. Les yeux des 
Reyangs sont vifs et noirs comme 
ceux dé tous les Océaniens, etquelque- 
fois obliques comme ceux des Cliinois. 
Ce qui provient sans doute d'anciens 
croisements qu'il est presque impossi- 
ble d'apprécier. Leurs cheveux sont 
noirs et épais; les femmes les laissent 
croître jusqu'à ce qu'ils touchent la 
terre. Les hommes se brillent le poil 
avec la chaux vive , que les Reyangs 
nomment chounan^ et les Malais 
kapour. 

Ce peuple est d'un naturel paisible, 
intelligent, grave , réservé , endurant , 
moins fourbe et moins cruel que les 
Malais, peu haineux, mais implacable 
dans ses naines. Sobres dans leur nour- 
riture, les Reyangs vivent de végétaux ; 
mais généreux dans leur hospitalité, ils 
sacrifient une chèvre pour régaler un 



étranger. On peut leur reprodierTin- 
dolenee, la méfiance et ta servilité. 
Leurs femmes sont dociles, modestes 
et généralement chastes. 

Leur pancyeran ou prince , est 
assisté d un conseil de dmpattiSy ou 
chefs de village; mais ceux-ci n'ont 

Qu'une autorité précaire, auoi(]ue leur 
ignité soit ordinairement héréditaire. 
Le pajrs des R^angs est divisé en qua- 
tre tnbus et il a pour voisin le gouverne- 
ment de Passounuth y vaste province 
régie par les mêmes lois et les mêmes 
coutumes. Là aussi sont quatre pand- 
jerans, qui relèvent du sultan de Pa- 
lembang, depuis Tépoque de la con- 
quête javanaise. 

Les lois et coutumes des Reyangs , 
fixant Faction et là distribution de la 
justice, sont détaillées avec beaucoup 
de soin dans leur addat, ou code. 
Celui qui est .condamné pour vol paie 
deux fois la valeur de l'objet volé, 
avec une amende en sus ; le meurtre 
se rachète [^ un bangoun^ somme 
d'argent qui varie de 80 à 500 pias- 
tres, suivant ladifjnité, râge,.le rang 
et le sexe de la victime. Le serment 
judiciaire est entouré d'une grande 
solennité et est rarement l'occasion 
d'un parjure. La peine capitale est 
^resgue ignorée à Soumâdra, par la 
facilité qu on a de racheter le meur- 
tre. La prison des criminels est une 
espèce de cage carrée faite en bam- 
bou et assurée aux quatre angles pr 
de forts madriers. Cet usage, qui existe 
encore en Asie , nous autorise a ajouter 
foi à la cage dans laquelle Timour fit 
enfermer Bayazid, malgré l'incrédu- 
lité de plusieurs de nos historiens. 

L'esclavage n'est pas très-dur par- 
mi eux; les esclaves, qui y sont peu 
nombreux, et les domestiques, vivent, 
ainsi que dans l'Orient , presque tou- 
jours sur le pied de Tégatité , avec les 
différents membres de la famille. 

La cérémonie du mariage est assez 
bizarre : la vierge doit se défendre 
même contre la possession légitime; 
elle lutte de toutes ses forces avec son 
mari, et cette lutte dure quelquefois plu- 
sieurs jours; mais enfin la pudeur suc- 
combe, quoi^eplus tard que chez nous. 

9" Livraison, (OcBAmE.) 



OCÉÀNtE ' 129 

La polygamie est tolérée à Soumâ- 
dra ; mais il est rare , à l'exception 
des chefs , qu'ils épousent plus a'une 
femme. Les Malais sont généralement 
moins ardents que les Asiatiques. 

On célèbre une fête ou Bimbang, 
consacrée aux combats de coqs, à une 
danse lente, lascive et grotesque, syi- 
vie de chants accompagnés du sinden, 
ou flûte malaise, et de la Unkah, ou 
timbale. Les danseuses sont ornées de 
riches habits de soie , leurs jambes et 
leurs bras chargés d'anneaux d'or, et 
leurs cheveux parfumés de fleurs ou 
d'huile de benjoin : dans les intermè- 
des , un bouffon divertit l'assemblée. 

Ont voit peu d'exemples de longévité 
dans cet étrange pays. La durée de 
la vie excède rarement 60 ans. L'en- 
fant qui naît reçoit un nom ; il reçoit 
ftius tard son surnom, suivant lesqua* 
ités qui le distinguent. 

Musulmans ou idolâtres, les Sou- 
mâdriens reconnaissent un dieu , Val- 
iah des Arabes , dont le nom est fort 

S eu dénaturé dans les quatre idiomes 
e cette grande terre. Mais ils vénèrent 
aussi des esprits supérieurs , Djinns 
et DiouaîsAe premier mot vient du 
persan , et le second est emprunté aux 
dioutas des Hindous. 

Les peuples de Soumâdra, et principa- 
lement les Reyangs, ont , ainsi que tous 
les peuples de l'Orient, le plus grand 
respect pour la tombe de leurs ancêtres. 
Ils jurent par leurs mânes sacrés. Leur 
croyance à la métempsycose, empruntée 
aux' Hindous , en dinere d'une manière 
étrange, puisqu'ils croient que leurs 
âmes vont se loger, après leur mort, 
dans le corps des tigres , et c'est là 
l'origine de leur respect , dont nous 
avons déjà parlé, pour ces animaux , 
contre lesquels ils ne se battent qu'à 
leur corps défraidant. Ils prétendent 
que, dans un district secret de Tinté- 
rieur de Soumâdra, les tigres ont un 
gouvernement et une cour, où ils ha- 
bitent des villes et des maisons cou- 
vertes de cheveux de femmes. Us vé- 
nèrent aussi les crocodiles qui dévo- 
rent les baigneurs. Ainsi faisaient les 
Égyptiens; ainsi agissent encore cer- 
tames peuplades nc^res envers les ser- 



13Ô 



L'UWIVÊRSi 



pents. De tous les temps , et eh toiis 
pays, les hommes, agités par la crainte, 
respérance , la reconnaissance ou l'ad- 
miration , ont élevé des autels aut 
hommes, aux animaujc, aux plahted, 
aux astres, et même aux phénomènes 
physiques dont ils croyiient recevoir 
des4)iénfaîts , du dont ils redoutaient 
la colère y ou enfin qui étonnaient leur 
intelligence. 

Ces moeurs, plus particulières aux 
Reyangs, Se reproduisent presque en- 
tièrement chez les Lampoungs , qui 
sont leurs voisins. 

Les Lampoungs habitent l'extrémité 
Hiàridionale de Soûmâdra, depuis Pà- 
lembang jusqu'à la frontière des Pas- 
soumah. Ce sont les habitants de Tîle 
qui ressemblent le plus aux Chinois, 
par leurs visages en losange et leurs 
yeux bridés. Leurs fenimes sont les 
plus belles et les mieux faites de cette 
grande. terre. Leurs mœurs sont plus 
corrompues que celles des Reyangs. 
Ils adotent la mer, 

Les md;iilrels de Menangkarbou sont 
tous mahomflfiédanis. La secte des Pa- 
dris , dont le cb6f était le radjah de 
Passaman ^ ayant été vaincue par les 
Hollandais, ceux-ci eut conservé la 
suzeraineté du paufs. 

tXXIV. LOIS BT OHJTUMtS DES BATTAS 
AffTHltopdPilAGfi». 

îïous avons dit qu'il existait , ààm 
la partie septentrionale de Soumâdrai 
un peuple fort nombreux ^ occupant 
tout le pays compris entre AciiHi, 
Meilangkaroou et la mer ; m sont les 
Battâs. 

Les Battas ne résideht pmb sur îa 
côte, et préfèrent rihtérieuir de Tile) 
Leur pbpulatidn fie compose d'«nviroil 
deux mnlions 4'indiviKlus< Ike» gim* 
vernemeht est réguttîÂ^ : ils ont des ati«- 
semblées déh'béMtites et dHfiabites or% 
teurs. Presque toufe les Batte» davëni 
écrire; ils ont iihifc tânfgaeBttineéen> 
ture particulières. Ifâ rt^ohnai^stent tm 
seul Dieu suprême y ^qtifel fis donireirt 
le titre de Dibatà-assi-assi ; its ont de 
plus trois autres srahds dieiix, qu'ils 
supposent avoir tté créés par le pre- 



mier. Ce peuple n^est p»a8 tnenteui^^ 
comme les Bengalais ; il possède le 
sentiment de l'honneur au plus haut 
degré ; il est belliqueux ; il se distingue 
par sa probité, sa bonne foi.etsa pru- 
dence. Le pa^s qu'il habite ïBst par- 
faitfement cultivé, et te» drrmfes n'y 
sont pas très-nombreux. Cependant , 
malgré toutfes leurs quàlftélî , maigre 
l'état de civilisation où ils sont arri- 
vés , tes Battas n'en sont (ieâ làdoins 
de véritables anthropophages. Voici 
quelques détails ^ ce sujets qu^oh 
doit a sir Stamford Râffles : 

Il y a quelques années, un hoâim^ 
ayant été iDonvaincd d'aduttèife ^ tut -, 
conformément à la loi dtt pay%, feôft*- 
damné à être mangé; Lé élij^lîéfe.^ie- 
vait avoir lieu près.deTaWianbiiH'; ott 
invita le résident anglais à J^iissîStfet** 
mais il f efusà , H tt/a àsâ^tâiil 57 
rendit à sa place avec '^n piïttAét m- 
dîgêne. Af rivés au lietl de l'e^édittoftt 
ils virent une grande M^é de J^eiipîè 
rassemblée : le cl'itnînel étiiit Ijff 4 uli 
arbre, les brâS étendus. L'èxiécuteur 
de la sentence , chèïd'uiî éfertaih rahg: 
s'avance Vérâ sa Victihjè; ùh grànâ 
couteau à là lilàih ; isi^rës lui ; tenait 
un homme portant Ùià plaî ttt^ut, 
contenant une pr^âratîoti ^he les 
Malais hommeht srniihbta, fet nul est 
faite avecdiiseletd'autftes ingrédients. 
L'exécuteur appeflé a hâtite tbix îe mart 
offensé, et liii dèn^âhdfe quèil'e partie 
du corps de là victimfe il désirait: 
Celui-ci désigna l'oreille dfôîte ; Texé- 
çuteut l'abattit aussitôt d'iip èfeUlcioup^ 
et la renut au mari^ qui alla la tteïû' 
pér dansl^ sauce et la mangea ën^uite^ 
Cela fait, tous les assistants se jetèrent 
sur le corps du sUppliciç^ dont chacun 
coupa et mangea la partie qui lui con- 
vint. ^Lorsqiie l'on eut çnleVê ainsi une 
fcande quatitite j^è chair dé là Victime, 
un d'eux lui W^Ç]^ iinjçôuteau dans 
te eœ^ir, niais c'etm ^^s âoufe paîr 
déférence pour jes.dejix étrangers gifi 
■aesilstaient au s£$pHqe,^japâisl'^n 
ne donne, ie «oup de.^râée am coh- 
dfitmhés. . . . 1. . 

Les Bakas W un eôaè 4e jois d*uoe 
.faaiite aid^^uité , et c'cfit j^ l'^pect 
pour ces lois et pour les institutioios de 






leurs ancêtres quMls se mansent les 
uns les autres. Ce code condamne à 
être mangés vivants : 1® ceux qui Sfe 
rendent coupables d'adultère; 2<» ceux 
qui commettent un vol au milieu de ta 
nuit ; S*" les prisonniers faits dans lés 
siierres importantes , c'est-à-dire dans 
les guerres d*un district contré un au- 
tre ;^ 4* ceux qui, étant delà même tribU, 
se marient ensemble, union défendue 

Sarce que les contractants descendent 
es mêmes père et mère; 5* enfin ceux 
mi attaquent traîtreusement un vil- 
lage, une maison ou une personne. 
Quiconque a - commis un des crimes 
énuméres ci-dessus, est dûment jugé 
et condamné par un tribunal compé- 
tent. Apr^ les débats, la sentence est 
prononcée, et les chefe boivent chacun 
un coup: cette formalité équivaut chez 
BOUS è celle de signer un jugement. 
On laisse ensuite s'écouler aeux ou 
trois Jours pour donner au peuple Ife 
temps de s^assembler. En cas d'adul- 
tère, la sentence ne peut être exécutée 
qu'autant que les parents de la femme 
coupabte se présentent pour assister au 
su^lce. Le jour fixé; le prisonnier 
est amené , attaché à un poteau les 
bras étendus, et, comme il a été dit 
d -dessus, le inari, ou la partie offen- 
Éiéè, s'atanee et choisit le premier 
ffîDix^u, ordinairement les oreilles; 
les autres viennent ensuite, suivant 
leur ^ngi et coupent eux-mêmes les 
morceaux . oui soni le plus à leur 
goât. Qttâha chacuir a pris sa part, Je 
chdf de l'Ëissemblée s'approche de la 
▼icttmé , lui coupe la tête , l'emporté 
€ih6£ hii eomme un trophée, et là 
Éuspend devant sa maison. La cerveHë 
ip^artièlft à eè chef ou à la partie 
dtnniMfe. On lui attribue des vertus 
magiques; aussi est-elle ordinaire-^ 
ment cotisetv'ée avec soin dans une 
bmitdhe.^ Ofl ne mange jamais les 
boyaux; mais le cœur, la paume des 
pieds ) Sont réputés les morceaux les 
pl«s Riafids. La cliair du criminel est 
irfan^è tantôt cfrue , tantôt grillée, et 
jamais ailleurs que sur le lieu du sup- 
pute; 00 rassaisotine avec du sel, on 
y ajoute siNiveilt du riz. Jamais on ne 
Doii du vin de palmier ni d'autres li- 



OCÉANÎE. 181 

queurs fortes pendant ces repas ; qu«î- 
quéâ individus apportent avec eux des 
bambous creux, et les femplis^ntde 
sang qu'ils boivent. Le supplice doit 
être touJbUrë biiblîc : les hommes seuls 
y assistent 4 la bHài> humaine é^aut 
défendue aux femmes. Oepehdant oà 
prétend i]ué eelles-d î^efi pi-èctirerit 
de temps à autre à la- dérobée. QUël- 

3Qes auteui^ affirhnent que bèâucbup . 
e Battas préfèrent la chair fHimaîMe 
à toute autre; mais malgré -c^ gbbt 
prononcé, on n'a pas d'exemâlé Qii'lfe 
aient cherché à le satisliiire hm ^té^ 
cas où la loi le perhoet. QU^ll^é ré- 
voltantes, quelque monstrueux «Hiè 
puissent être ces exéetitiocisri \\;W^\ ^ 
pas .moins vrai qu'elles sotit th téf- 
sultat des délibérations les plMeiiime^ 
et rarement, l'effet. d'une teftgèahcè 
immédiate et particulière 5 ♦iicepté 
pourtant quand il s'aeit d'un prîfeohpielr 
de guerre. Lorsqu'elles avalent lieu ; 
il n7 avait pas un seul homntë im 
parmi les assistants. L'attachement 
des Battas pour les lois qui Ordon^éHt 
ce supplice est plus fd^t énebrè qeé 
celui des Mohammedan^ |N>ui^ le Kdraii: 
On a calculé quMls manget^t, etitem^ 
de paix, de soixante à cent indivjtftti 
par an. 

Autreftns^ les Batta§ êtaleiit daiii 
l'usage de tttangef aufed leurs parents , 
quand ceux-ci devenaient tçof vieux 
pour travailler, tés vieill^trds cM^s* 
saient alors tranquillement oiBie Jmn^ 
che d'arbre horizontale^ et s'y Suss 

{)endàient par les mai&s^ taiaidts que 
eurs enfapts et leurs voisia^ dansaient 
et criaient : <t Quana le. fruit est môTt 
« il faut qu'il tombe. » Cette déré«» 
hionîe avait Ifeq dans la sal^n des 
dtrons. Dèsaué les victimes fatiguées^ 
ne pouvant plus se tenir ainsi ^u^peu*- 
dues, tombaient par terre, tous let 
assistants se précipitaient s.or eUet,: 
les mettaient en pièces etj dévoraient 
leur chair avec délices* Cette oqulitow 
de manger les gens âgés est sèandOQhée^ 
aujourd'hui. Il faut espérer qu'ils ônK' 
ront un jour par renoncer t9tit4l*fîét. 
au cannibalisme, .^ . . 

Le rhinocéros, lebufSc) l^éléi^laHà 
et les tigres sont noifxbreux dans l'ia* 



itû 



LVUNIVERS. 



teneur de SoumUra; midi niiHe paît 
le tigre n'a mieux mérité qu'on lui 
appli^t le beau yers de Saint-Lain- 
bertf 

m Tocjottt hre ât tasf «t to^oan alUré. » 

A peine existe-t-il dans les montagnes 
des' Battas une fiamille dont un de ses 
membres n'ait été la proie de ces bor- 
ribles animaux. 

Dans plusieurs localités, les babi- 
jtants ne prennent aucune précaution 
contre leur fureur, attendu qu'ils les 
r^ardent comme des animaux sacrés. 
De même que les Balinais , ils croient 
à la transmigration des âmes, et ils 
appellent les ticres ninis. ou grands* 
pms. On raconte que sur le bord d'une 
des rivières de rile , il y eut une an- 
née plus de tent individus emportés 
par ces animaux. Quand ils entrent 
dans un village , les niabitants poussent 
la folie jusqu'à mettre devant leur 
maison, comme offrande à l'animal , 
du riz et des fruits qu'ils apprêtent 
exprès; ils croient que le tigre, touché 
de leurs dons , passera sans leur faire 
aucun mal. Ils can agissent de même 
à l'apprbcbede la petite vérole , persua- 
dés qu'ils apaiseront par là l'esprit du 



XXXV. COOTUHBS ET USAGES DSS AITTRES 
PJSUPLB8 DB SOUMAORA. 

Les peuples de l'intérieur de Sou- 
mfldra habitent des cUmsowms ou vil- 
lages, iitués presque toujours sur 
les bords d'une rivière ou d'un lac, 
èfltoitfés d'arbres fruitiers et se com- 
posant d'un carré de. Misons cou- 
pées pardes passages. Gésniaisons sont 
en bois, cette constructioii étant la 
moins dangereuse dans un pays où les 
tremblemei^ de iem sont fréquente , 
et la base des maisons est sur des po- 
teaux de sept à huit pieds de hauteur 
(foy.p/.»l). 

Quand ils prennent leurs repas, les 
naturels ne tiennent pas les jambes 
croisées comme lesOrienteux, excepté 
les Chinois, mais le coude appuyé sur 
l'un de leurs eenoux , autour (fun grand 
cabaret en bois, en guise tie table, 
■ooteaii sur des pieds, et chargé de 



plate en cuivré. Leurs alimente ordi- 
naires sont le riz, qu'ils préparent en 
kari' à la manière des Hindous , et du 
poisson ; mais dans les grands repas 
lis y ajoutent différentes espèces de 
viandes oui sont en horreur aux Hin- 
dous, telles que le karbou (buffle) , la 
chèvre et la volaille. Us salent les oeu£s 
de poissons, et ils se régalent souvent 
d'une espèce de caviar composé de 
ftai de cnevrettes. 
Leur médecine consiste dans l'em- 

eoi de quelques simples. Les ma- 
dies les plus horrinles à Soumâ- 
dra sont la lèpre et Téléphanthiasis , 
qui ravagent plusieurs parties de l'O- 
céanie. 

L'industrie est peu avancée; cepen- 
dant le royaume d'Achin possédait 
jadis des fonderies de canons , et Me- 
nangkarbou fabrique encore des armes 
à feu et des kriss dont la trempe est 
excellente; mais c'est surtout dans les 
ouvrages en filigranes d*or et d'argent 
le plus fin que se distinguent les Sou- 
mâdriens. J'en ai vu d'un fini admira» 
ble et supérieurs à ceux des Hindous 
et des chinois. Us réussissent encore 
dans la poterie, le tissage des étoffes 
et la fabrication du sucre. 

Les femmes sont chargées des tra- 
vaux les plus pénibles : elles portent 
de l'eau, arrosent les plantetions , dul- 
tivent la- terre, ete., ainsi que les 
esclaves, qui sont nombreux dans cette 
îte(vov. jM. 23). 

Dans un pays de forêts impéniétra- 
Ùes, tel que Soumâdra, où abondent 
les bêtes féroces , la chasse est devenue 
une nécessité ; mais , par un préjugé 
superstitieux , les habitante res|>ectent 
les tigres, à moins qu'il n'aient à 
venger la mort d'un de leurs parents 
tournés sous les coups de ces animaux, 
les plus terribles qui soient au monde. 

Il existe à Soumâdra, comme chez les 
Malekasses (*) et chez quelques insulai- 
res de rOcéanie, la coutume bizarre de 
se limer lesdente, qui sont bellesetblan- 
ches, ainsi que celles des Africains, 

(*) Et non pas Malgaches. Tojes le ta- 
bleau polyelotte des luigiies dans la 5' li- 
vraison de rOçéanie. 



OCKAME. 



13a 



grâces à Tbabitude de vivre générale- 
ment de végétaux. Ils font cette opé- 
ration an moyen d*une pierre à aiguiser. 
Les Larapoungs vernissent leurs dents 
,avec de la gomme, les Malais les lioir- 
cissent par Tusage où ils sont de mâ- 
cher le Détel ou le gambir : en d'au- 
tres endroits, ils les enchâssentdansune 
plaque d'or. Dans quelques tles voi- 
sines les femmes agrandissent l'ou- 
verture de leurs oreilles de manière à y 
passer quelque ornement grand comme 
la main. 

Les Soumâdriens aiment passion- 
nément les jeux, tels que les dés, la 
balle, et par -dessus lout les com- 
bats de coqs , ainsi gue la plupart des 
habitants delà Maïaisie. Cette coutume, 
qui existe en Bretagne et en Angle- 
terre sous le nom de cochpUy pa- 
raît fort ancienne dans toute cette par- 
tie du monde ; mais iiulle part oii ne 
voit des parieurs plus acharnée , plus 
forcenés qu'à Soumâdra , si on en ex- 
cepte les Philippins. Quelques-uns 
jouent leurs femmes , leurs mères et 
leurs filles. La race des coqs malais 
est d'une vigueur et d'un courage 
rares. L'usage est de ne laisser bat- 
tre que des coqs d'une couleur op- 
posée. Celui qui tue l'autre en lui ou- 
vrant la poitrme avec ses redoutables 
ergots, est caressé, choyé, porté en 
triomphe, et j'ai vu plusieurs de ces 
vainqueurs emplumés achetés de 60 à 
100 piastres (*). 

Ces peuples^ ainsi que tous leis Ma- 
lais , et surtout ceux des côtes , aiment 
passionnément l'opium. On en tire 
annuellement de 200 à 250 caisses du 
Bengale ou de Malwa. On l'importe en 
gâteaux de cinq à six livres , envelop- 
pés de feuilles sèches. Les Turcs et la 
plupart des Orientaux l'emploient en 
substance ; les Malais le fument et s'eni- 
vrent de sa fumée au point d'en deve- 
nir furieux. C'est ainsi qu'ils excitent 
leur courage quand ils veulent s'em- 
parer d'un navire , et alors tout l'é- 
quipage tombe sous leurs coups. C'est 
surtout à Java ^e l'on rencontre de 

n La piastre d'Espagne vaut ordioaire- 
iqem 4e 5 fr, ao e. à 5 fr, 3o c. 



ces forcenés, et les Hollandais ont été 
obKsés de permettre de courir sus mal- 

r Heurs dénégations, car ils donnent 
mort à tous ceux qu'ils rencontrent 
sur leur passage; c'est ce qui a eu lieu 
quelquefois au cri d'amock (*). 

Les habitants de la partie sud-est de 
Soumâdra, et surtout ceux de Palem- 
bang, sont d'une haute stature, et pa- 
raissent ressembler aux Kayans de 
Bornéo. Ils sont braves et fiers, tempé- 
rants etjustes , mais passionnés et vio- 
Jents. Fortement attachés à leurs an- 
ciennes coutumes, toute innovation 
leur déplatt. D'un caractère naturelle- 
ment mdépendant, ils se montrent 
très-jaloux de leurs franchises anti- 
ques. Bien loin d'attacher du prix à la 
loyauté dans les affaires, ils ne se 
font aucun scrupule de tromper l'é- 
tranger. Ils sont fort adroits dans le 
maniement de leurs armes. Lorsqu'ils 
sont attaqués , ils placent en première 
ligne leurs femmes et leurs enfants. 
C est ainsi-que périrent dans leur der- 
nière pierre avec les Hollandais cent 
vingt femmes qui demeurèrent fermes 
à leur poste, avec leurs enfants dans 
leurs bras. Ils sont très-indystrienx et 
très-sobres; rarement on les voit se 
nourrir de viande , bien qu'ils aient des 
chèvres et de la volaille en abondance. 
Ils mangent sans répugnance la chair 
des animaux qu'ils trouvent morts. Ils 
s'abstiennent cependant de celle de 
pofc. La seule boisson enivrante dont 
ils fassent usage est une liqueur fer- 
mentée extraite du riz ; ils rappellent 
broum^ et la réservent pour les jours 
de fête. De même que les Javans et 
les autres peuples de HOrient , ils 
ont de Taversion pour le lait et pour 
les mets dans la préparation desmiels 
il entre. Un chef à qui on en onrai' 
un jour avec du thé, refîisa, et ajouta 
d'un ton mécontent : « Suis-je donc 
un enfant j>our prendre du lait? » ^ 

Les Malais de Palembang sont mu- 
sulmans comme pr^ue tous les Ma- 
lais; mais leur religion est mêlée d'un 

(*) C'est oomme si on disait : Yoilà l'en- 
ragé. L'homme qui est dans cet état est 
appelé amohpower. 



184 



L'UNIVERS. 



rfiste de p^gamstne. Imxrs idées sur 
J'univers soat singulières : ils croient; 
que 1^ terrip, entièrement immobile^ 
fl^t portée par ]in bœtjf » U bœuf pai: 
.^jne pie^-rp , la pierre par qn poi^sqp , le 
poisson par l'e^j^, j'gau m^V^xx, Pajf paf! 
les ténèbres, les téppnres par Ja lu- 
mière. C'est sans dout^ pne aliégoriQf 
mais léseras ep est perdu. |Fs se disent 
originaires dp !a cote occidentale de 
Bqrnéo, et non de Johor, ainsi que 
Font avancé quelques auteur^. Tls ont 
jadis étendu leur domination a Jîolo, à^ 
Palawap ( la Paragoua) , à. Irlande ^ âj* 
Mindanao et autres parties des Philin- 

Sines, ainsi qu'à Poulo-Pinang (jj^ 
\x Prince-de-Galles), Sfimlielan 0|i 
Junksayleï), et Sïngliajpiouru^ }a ville 
du lion. Nops placerons ces fies 
dans.la I^alaisie, excepté celle df^ 
Samhelap, qf|î ne cpntient qp'un très- 
petit nombre de JVjalais, etquf touche 
au contipeiit a^iatiqu^, dont elle dé- 
pend géograplii^uewe^^. ^■ 

ixXYL CONDUITS ps^ QAPISE^ OU JŒTOBS 
FILLES myi^ l^E^ lifaANQfïlS. 

Selpn qn usage général, dans toptes 
\^s villes cfù S^rrêt^ Iq yoyagPMr ppm 
passer la nuit, les |eqne$ 61t0s ou ga- 
aises ne tardant pa$ h venir 1^ sofr , lui 
Offrir en çéférupoie un présent d'arek' 
et de bétel (siri) (*)>pour*provoquef 
«es largesses à leur ég^rd; aussi ré- 
franger ne pianque pas qé se munir 
d'une suffisante quantité cj^éventails , 
miroirs et autres objets de ce genre; 
raffluepce des dames qui accourent Ip 
saluef étant souvept tr^s-considéraj- 
ble. Quelquefois c'est un festin qui est 
QfferJ à î étranger, et en "cette occ^- 
s|pn toqtes les beautés des environs 
spri^ ipYitëe^ à s'y présenti^ , et ne 
manqqept jamfiis de s'y trouver- Ces 
ftstîps, qui ont aussi Heu dans les oc- 
casion^ solennelles de m.ariage, ne sont 
point sans agrément pour 'un Euro- 
péen qui y trouve le piquaqt de la 
nouveauté et de la singularité. Ils ont 
lieu dans les baVeys^ ou maisons pu- 
bliques : ce sont de vastes bâtiments, 

n **inangen malai- 



prdinairement situés au centre du Til- 
lage , disposés pour ces réunions , et 
destinés également au logement des 
étrangers. Voici quel est a peu près 
le cérémonial de ces fêtes, quand des 
Européens y assistent : les hommes oc- 
cupent le fond de l'appartement. Les 
gadises, dans leurs plus beaux atours , 
paraissent vers les neuf heures du soir, 
et prennent place sur les coussins gui 
garnissent le parquet en demi-cercle ; 
derrière elles se placent les femmes ma- 
riées qui les accompagnent ; chacune 
.porte une boîte de siri , faite de ma- 
tières différentes r et plus ou moins 
ôrnëe, selon les moyens et le rang de 
la personne. Dans une harangue quç 
ïe Qhef du village, ou l'un des anciens, 
fait alors au pom des dames, il sou- 
haite u«e heureuse arrivée aux. étran- 
gers, et la termine par l'offre du bé- 
tel ; le voyageur doit foire une ré- 
ponse analogue, et après avoir ôté de 
chaque boîte les feuilles de siri, il les 
remplace pat un petit présent propor- 
tionnéi autant que possible, au rang 
de la jeune fille, maîtresse de la boîte : 
OP peut toutefois retarder la remise 
des présents jusqu'à la fin de la réu- 
nion ; puis , commencent les amuse- 
ments de la soirée : ils consistent pour 
les jeunes getis en danses et en chants, 
pendant que les vieillards , rangés à 
prt en cercle, fument et mâchent de 
l'opium, l^es instruments de musique 
sont les katingangs, espèce d'harmo- 
nica, composée de petits gongs placéà 
siu: un châssis. Un grand espace se 
trouve réservé pour la danse, qu'exé- 
cutent cinq ou six jeunes filles; le pas 
en est grave, et le saUndani ou 
écharpe arrangée sur leurs épaujes, et 
dpnt elles tiennent les extrémités à la 
main pour la d^évelopper par toutes 
sortes de mouvjemerits , rend cette 
danse très-grapieuse, et lui donne l'ap- 
parence de la danse du châle en Eu- 
rope. 

xixvn. jPiîTïotiîîs qv combats dd cHAifT. 

Le combat du chant ou le pantoun 
semble une espèce de divertissement 
particulier aux habitants de Soumâdra 



OCÉANIE. 



195 



et à qo^es tribus de Bornéo; Us ont 
un goût très-prononcé pour le chant , 
exécuté ordinairement par deux per- 
sonnes assises en face Tune de Tautre, 
aprêis avoir dansé ensemble, ou bien par 
Quelque jeune fille ou femme, dansTen- 
aroitoù elle s»è trouve, et sans se dé- 
ranger. C'est d'abord une suite de pan- 
toutts, en forme de récitatif, ou chant 
irpégulier ; un bayang^ ou jeune hom- 
me , y répond de (a même manière , et 
le combat continue indéfiniment, du 
jusqu'à oe que Tun des deux chanteurs 
se trouve dans F impossibilité dé faire 
une réponse analogue. 

Quand fun des jeunes gens ou des 
jeunes filles est fatigué, d'autres re- 
prennent lé dialogue à leur place, et 
continuent ainsi le combat. 

Les pantouns malais sont à propre- 
ment parler des quatrains , dont lés 
deux premiers vers contiennent une 
image, e^ lés deux derniers donnent 
la morale; quelquefois la figure est 
très-claire, en ce que les quatre vers 
sont tout éptîers employés à Texpri- 
mer , d^au^res fois elle reste envelop- 
pée pour éprouver la sagacité de celui 
qui répond. Quelquefois le tout est 
compris en une ou plusieurs figures ; 
fort souvent aussi, le commencement 
c|m pantoun paraît n'être là que pour 
l^ nme, ou du moins n'a aucun rap- 
port avec le sujet. Chez les naturels 
Wéjany et Serawy on donne une plus 
grande latitude au séramba ou pan- 
^un ; Içi figure embrasse un pluspand 
pornbre de vers, et le poète, au heu de 
§^assujettir au rhythme, jf substitue 
souvent une pxosç mesurée. Le pan- 
tQiîn est fréquemment arrangé en 
fornie d'éqigme dont le sens exige de 
HutelUgence pour être découvert, et 
souvept une réponse folle vient exciter 
la joie des assistants. On trouve par- 
fois ()an^ ces pantouns, des mots aérî- 
¥és du langage de Sounda, qui a passé 
ep partie oans la poésie de toutes les 
ti'itps au sud de Kataoun , tandis 

fu'âii nord, c'est le dialecte menai^g- 
arloK^^ qui domine. L'origine de cette 
4istinction se rapporte à l^époque des 
guerres entre Imnang-Iaya, prince 
javsinais,etTouanko-Orang-Mouda de 



Menangkarbou. ILes vestiges de la 
langue sounda s'arrêtent aux limites 
des possessions du premier. 

Dans ces disputes les pantouns sont 
supposés être des improvisations, et le 
sont quelauefois réellement ; mais la 
npémoire de ces insulaires est en gé- 
néral si bien meublée de vers tout 
-faits, qu'à l'instar de plusieurs impro- 
visateurs que j'ai connus a Rome et- à' 
Waples, ils put r^r^ment besotin de re- 
courir à l'invention. La traduction que 
j?ai déjà essayé de faire qe pourra 
donner que très-dif^lej;nent une idée 
exacte de leur valeur çt de leur signi- 
fication. Quioonqqe a cherché à trans- 
porter dans une lapgue d'Europe 
resprit d'une composition orientale , 
doit avoir senti latlifficulté de s'en ti- 
rer d'une manière satisfaisante, tant 
la structure générale de ces langues est 
différente! Il semble que les idées 
coulent d'une autre source. Eh bien ! 
ce que nous venons de dire s'appli- 

3ue particulièrement aux pantouns, 
ont le mérite principal consiste dans 
la concision , et qiii doit surtout ren- 
fermer plus de sens que de mots. Les 
figures et les allusions se font remar- 
quer souvent par leur finesse, et quel- 
quefois on est frappé de la force de 
rimagination et du sentiment poéti- 
que. 

Ces réunions ne sont point les seu- 
les occasions où' les pantouns soient 
employés; ils entrent agssi pour beau- 
coup dans les conversations particu- 
lières. C'est un mérite que doit pos- 
séder essentiellement quiconque aspire 
à la réputation d'homme galant. Ciliez 
ces peuples, la facilité et resprît dans 
l'espèce ûe poésie dont nous parlons , 
sont des moyens d'obtenir les bonnes 
ç-aces d'une belle^ comme on les ob- 
tient dans notre Europe avec des mé- 
disances de bon ton, des rouerieç ingé- 
nieuses , de délicates flatteries , et Vart 
de dire des riens agréables. Les pan- 
toixm sont souvent accompagnés d'qn 
échange de fleurs et autres symboles 
muets qui ont un sens mystique , intel- 
ligible seulement pour les personnes 
initiées à ce mode secret de commu- 
nication. Ce langage des fleurs existe 



136 



L'UjNIVERS. 



dans tout l'Orient. Nous avons donné 
un échantillon du pantoun à la suite 
du chapitre de Tidiomographie. 

XXXVUI. LANGUES ET DIALECTES DE 
SOUMADRA. 

Nous ne finirons pas cet article, 
sans observer que plusieurs termes 
arabes , persans , hindous , portugais ] 
espagnols et hollandais, se sont mêlés, 
non-seulement dans la languemalayou , 
mais encore, quoique en plus petit 
nombre, dans les dialectes reyane, 
batta , etc. Ces idiomes se prêtent fa- 
cilement à de pareils néologismes. Les 
Malais écrivent aujourd'hui en carac- 
tères arabes, ouoiqu'on retrouve dans 
quelques peuplades de l'intérieur une 
écriture primitive et originale. Les 
idiomes reyang et batta, qui sont 
les plus répandus à Soumâdra après le 
m^lai, offî^ent moins de différence dans 
les mots que dans leur sens attributif; 
mais ce qui est unique peut-être dans 
les annales des hommes , c'est que deux 
peuples habitant la même Ile , arrivés 
a une civilisation égale, parlant des 
langues qui ont la même origine, em- 
ploient des alphabets distincts , non- 
seulementrunderautre,maisencorede 
toutes les autres nations. Au reste, la 
d ifférence la plus grande qui existe entre 
le malayou et les autres idiomes de 
Soumâdra , c'est que le premier s'écrit 
comme l'arabe , dedroite à gauche, tan- 
dis que les autres, tels que le batta, le 
reyang et le larapoung, s'écrivent de 
gauche à droite, ainsi que le sanskrit 
et les langues de l'Europe. Les carac- 
tères se tracent avec de f'encre sur des 
feuilles d'arbre, pu bien avec un stylet 
en fer, et même avec le kriss ( poi- 
gnard), sur des fragments de bambou. 

XXXIX. PIRATES MALAIS. 

La piraterie, quoique contenue par les 
Européens établis près de Soumâdra, 
y exerce encore toutes ses fureurs. 
En 1830, les Malais de la côte septen- 
trionale de Soumâdra massacrèrent une 
partie ^e l'équipage du navire améri- 
cain the Friendship de Salem. En 
conséquence, le gouvernement des 



États-Unis expédia la frégate lePoto- 
mac y pour tirer vengeance de cette 
barbarie. Ce bâtiment, commandé par 
le capitaine Downes , arriva le 5 fé- 
vrier 1831 devant Kanalah-fiatton , 
et se présenta comme navire marchand, 
portant pavillon danois, ce qui trompa 
complètement les indigènes. 

Le capitaine Downes envoya en re- 
connaissance un détachement égale- 
ment déguisé ; mais comme le rivage 
était couvert d'hommes armés, les sol- 
dats ne débarquèrent pas. On résolut 
de faire une attaque le lendemain ma- 
tin ; une troupe de 200 hommes des- 
cendit à terre à deux heures , à la fa- 
veur de l'obscurité , à peu près à un 
mille et demi de la ville , sans être dé- 
couverte par Tennemi ; cependant elle 
ne tarda pas à l'être , mais elle mar- 
cha rapidement sur le premier fort, 
dont raccès était très-difficile. Les 
Malais- poussèrent le cri de guerre, et 
combattirent avec une grande fureur ; 
ce qui n'empêcha pas le fort d'être 
•emporté. Presque tous ceux qui le dé- 
fendaient furent passés au fil ae l'épée ; 
parmi eux se trouvait un chef nommé 
Pou-mohammed. 

Une autre troupe d'Américains at- 
taqua un fof t derrière la ville : en peu 
de temps il se rendit. Alors le combat 
devint général ; hommes , femmes, en- 
fants s'enfuirent de tous les côtés ; les 
prahos ne tardèrent pas à être rem- 
plis de fuyards , dont plusieurs furent 
tués par le feu des assaillants. Les 
assiégeants prirent ensuite le troisième 
fort, qui était le plus formidable, et le 

Eavillon de l'Union fiit arboré sur les 
atteries. Les Américains mirent en- 
suite ie feu à la ville ; la plupart des 
maisons particulières et des bazars fu- 
rent détruits. Les troupes se rembar- 
quèrent: elles avaient eu deux hommes 
tués et quelques blessés. 

Les chefs malais envoyèrent des dé- 
putés au capitaine pour demander la 
paix, et promettre qu'à l'avenir il ne 
serait fait aucune insulte à ses com- 
patriotes. On convint à€ cesser les 
hostilités ; et plusieurs autres chefs' du 
voisinage s'empressèrent de faire leur 
souipission. 



OCEANIE 



ïsr 



XL/ ILE NIAS. 



Poulo Nias , <;*est-à-dire File Nias, 
si inexactement tiécrite par Malte- 
Brun , est la plus ^ande de celles qui 
bordent la côte occidentale de Soumâ- 
dra. Elle a environ 23 lieues du sud- 
est au nord-ouest ; elle est montueuse, 
- sillonnée de rivières , bien peuplée et 
cultivée avec art, fertile et d un aspect 
délicieux. On y voit du riz et des pa- 
tates douces jusque sur le sommet aes 
collines. Ses villages sont entourés 
d'arbros fruitiers, de grands cocotiers 
et de boscfuets charmants. 

Jjes habitants de ce beau pays sont 
robustes, d'une taille moyenne , bien 
faits , et d'une physionomie et d'un 
teint qui les rapprochent du beau type 
hindou. Leurs femmes, sont après cel- 
les de Holo, les plus jolies et les plus 
aimables de cet archipel. Nous avons 
relevé une erreur grave de Malte- 
Brun ^ au chapitre de l'anthropolo- 
gie , au sujet des hommes à écaille de 
cette Ile. Sa population est de près de 
200,000 âmes. Elle possède plusieurs 
mouillages excellents, surtout les ports 
Souambara et de Tellotélano , sur la 
cote méridionale de l'île, d'où l'on ex- 
porte une grande quantité d'esclaves. 

Le pays est divisé en un grand nom- 
bre de tribus qui représentent assez 
bien les clans de l'Ecosse, et sont 
gouvernés par 50 radjahs, dont le plus 
puissant est celui de Bokonaro, Ces 
tribus sont toujours en guerre; c'est 
pourquoi les villages sont situés sur 
des hauteurs d'une longue défense , 
ainsi que chez les Nouveaux-Zeelandals. 
C'est surtout dans l'île de Nias queles 
Européens et les Malais vont acheter 
des esclaves , et là, comme en Afrique, 
les guerres cesseraient entre tribus, si 
la cupidité ne leur mettait le fer en 
m^in pour entretenir un trafic aussi 
exécrable qui se consomme au milieu 
de circonstances révoltantes, malgré 
la surveillance des croiseurs anglais et 
la sévérité de quelques gouverneurs 
hollandais. 

Les moeurs, les lois et le costume 
dés Niasiens difiëreiit peu de ceux des 
Soumâdriens , et nul peuple peut^tre 



ne chérit plus son indépendance; car 
il est souvent révolté du spectacle de 
l'esclavage dont ses yeux sont souveq^ 



XLI. ILSS POOOm ou VASSAIT ST ILB 
BNGANO. 

xoBoms n costvmbs. 

Parmi les îles qui environnent Sou- 
mâdra, il faut remarquer les îles 
Po^ghi, visitées récemment p»ar John 
Cnsp, qui y à séjourné un mois : c'est 
le seul voyageur qui npus ait laissé 
quelques notions sur les mœurs et les 
usages du peuple qui les habite (*). 
Un navigateur hollandais a donné à 
ces îles le nom de Nassau ; mais leurs 
habitants les appellent Pogehi. Ces 
habitants sont désignés par les Sou- 
mâdriens sous le nom éfOrang-Ma- 
tawis. Leur nombre n'est pas considé- 
rable ; ils sont divisés en faibles 
tribus , dont chacune habite un petit 
village sur le bord d'un ruisseau. L'île 
septentrionale renferme sept villages , 
dont le principal se nomme Kokoup. 
L'île méridionale en renferme cinq. 
La population de ces deux îles monte a 
peine a 1400 habitants : l'intérieur est 
inhabité. Porah, ou l'île de la Fortune, 
a pour population la même race d'hom- 
mes et le même nombre d'habitants. 
Leur taille est rarement au-dessus de 
cinq pieds et demi ; beaucoup restent 
au-dessous : leurs membres sont bien 
proportionnés, et ils ont beaucoup d'ex- 
pression dans la physionomie ; leur 
teint , semblable a celui des Malais, 
est d'un brun clair, ou tirant sur la 
couleur du cuivre. Si l'on considère la 
douceur du climat , la facilité de s'y 

Srocurer une nourriture saine et abon- 
ante, et le peu d'obstacles qui s'op- 
posent à la communication aes deux 
sexes , on est forcé d'en conclure que 
ce peuple ne s'est établi que depuis 
peu de temps dans ces îles. Les mai- 
sons y sont de bambou, et construites 

(*) "^oyez j4n aécount ofthe inhabitants 
ofttie Poggy or Nassau Islands , lying of 
Sumatra , ùr John Crisp, -esq., in the Mia^ 
tick researches, vol. VI. pag. 77. 



m 



L'UIÎIVERS. 



on place 1^ ^Qlaflle et (^ coçbops. 
L'habilleme^;^t des habitants coqsist^ 
en un morceau d'étoffe grossière, faite 
d'ecorce d'arbres, qu'ils roulent en 
cei^ituçe «t. font ^sm'^ eqtTQ leurs 
jambes. Ils portent dies colliers compo- 
sés de grains de verrç.^c(e petites perles 
de couleur verte', et autres colifichets 
( Ypy. pi, 2^). Les f^mine$ fui allèT«nt 
reçiiare visita à Crisp, dans leq^s cai^ots, 
étaient coiffées d'un bonnet (Je feuilles 
de p(sang ( bananes )j fait çn |pain £(ff 
siiiçre : deu3ç autres fe^ijUes leur cou- 
vraient, l'inné Ja poitrine et l'autre Ip 
bas-ventye ; ridais étan^ facile a se dé- 
chirer, ce^te àpèce (Je îpeinture avait 
l'air de frangçs grossières. Dans l'în- 
t^rîçur des maisbî^s , \^ deqx §exes 
m portent qv|'un morceau dç toil^ au- 
tp^r d^ leurs re^ns. I|s n^ foi\t ppint 
us2|g^ de rpuile ^e çpco pojir oindrç 
lei^rs cheveux npirs, qui deviendraient 
PQUf tai^t plus longs ^t plus beaq:!^ par ce 
moyen , et ils n'oi^t pas lemén^e soin de 
les peigner. I|s liment aussi leurs dents, 
compoe à Soumâdra , ppur les rendra 
pointues, et ont presque tous (a peau 
marquetée de petits points forrnant di- 
vers dessins. Lorsque^ les enfantp ont 
atteint rage de seize ans, on com-r 
mence à frac^r ^^V leur corps ]e^ 
contours de certaii^es figures, et, à tne- 
sure qu'ils avancent ep âge et vqnt 
en campagne, on agrandit ces contours 
que l'on rernplit de certaines couleurs. 
Ces marques sont une récompense acr 
cordée à celui c|i|i e^ vaincu un ennemi « 
c'est l'explication qu'on donna à Crisp 
de cet usage, qni daps son Qriginç 
aura été, sans doute, une distinction 
militaire, et qui est aujourd'hui de- 
v^ï^u général ( vpy. la même pi- ). 
Les femmes avaient une étoile sur les 
épaules , et quelqqes signes sur le 4e- . 
hors de la main. Le sagbu est la prin- 
cipale pourriture de ce peuple. On^ 
coupe le palmier-sagou, qui y est fort' 
abondant, lorsqu'il est arrivé à sa 
grosseur ordinaire; on en enlève la 
nîoelle ^ et à force dé la remuer ^t dp 
la pétrir dans un paquet, ou l'on a 
soin de renouveler l'eau firéquemment, 
on parvient à séparer la parUe farir 



neose de la partie* filamenteuse. La 
première se précipite au fond : on la 
met ensuite dans des sacs faits avec 
Une espèce de jonc, où elle peut se 
eopserver pendant quelque temps; 
pour s'en servir, on la lave de nouveau j 
on Tiptroduit dans le creux d'iin banij-. 
bo^ , et on la fait griller au feu. Ce^ 
îpsqlaires ont, en outre, des ignames, 
des patates douces, dès pisangs ( fi- 
gues bananes) et autris^ végétaux; ilf 
se nourrissent aussi de viande de po-i 
chon, de daim rouge, 4^ vçtiaille et de 
poisson. L'usage de ip^cher du bétel , 
si commun en Oriept, |eur est ipponnq. 
Les fqr^tÉi des îles Pogghi renfernîQnt 
quelques tigres et un assez pra^d 
i^oniorç de singes, mais pas de chèvres. 

]peurs armes sont l'arc ê| les flè- 
cl^es : \^ premier est fait e^ bois^ idQ 
nekboyg, espèce de palipier^ qui, aii 
bout d'un certain tenips, devient tçès-> 
élastique; |a corde est en boyau; \e9 
flèches sont de banibou où de qt^e)* 
^e autrp îiois léger \ et arm^s d/une 
pointe en çqivrp ou d'un bpis'extré* 
m^fpept dur^ ellef a^^nt spuyent em- 
poisonpées, çt quoiqu-elle§ ne soient 
point garnie^ de pluiï^çs, ^llès ft*çi^. 
sont pa^ inoips lancées av^ b^uço^p 
de force et de jiistessè. Le^ irjbut 
d'pran^-^Fatou^is qui (imitent ces iles 
ne se f^nt ppint la guerr^ eptre ^lês; 
maiiçelles put été autrefois Ippg-^enpps 
ep guerre avec les l^abitapfs'd'up^ île 
plus au nord) appelée S^Hiii,. ^ 

ta reiigipp de c^ peup|e§f est s^X^i 
d^ la patur^. l^es [^léppmèpes les plus 
marquapis, tels que je mouvement 
appSarept du sqleil , celui df la lune, le 
tonnerre , les éclairs et le$ trembjQ- 
meqts de terre, leur donnent Pidée d'un 
être surnaturel : il se tropve panni 
eux des hommes d'une intelligence et 
d'upe pénétration ^upérieuriBS, qui pré- 
tendent avoir de§ relaiipns aY§c tes 
puissances céleste$, et savent eaptivér 
ainsi l'admiration de leurs cpmpatrio^ 
tes. Us font quelquefois des saprifiees 
en volailles et en cochons npur qî^tenir 
la guérison de leurs maladiesi, pour 
apaiser le courroux de leurs dieux, 
et ppur $e les rendre f^iYoriiblf» daQ« 
l^rs entreprises. 



0CÉ4iNlE. 



lad 



Leur maaiàre d'ensevelir les morts 
ne çBffîre point 4p pelle des habitants 
de Taïti î dès qu'un liomme a rendu 
}e derpijpf.^pjipîf, spn corps est trans- 
pprtj^dans un lieu destine à cet effet, 
^ipl^c^^siir up échafaud appelé 7'a&*- 
OiM : on je pare de corau:!c et des 
autres ornements qu'il portait pendant 
ça vie; ensuite on le couvre de feuilles, 
sous lesquelles on le laissa pourrir , et 
les personnes qui cojnposaient le con- 
voi, funèbre s'en retournent à la mai- 
son du défunt, où ils arrachent tous 
les ariireç qui l'entourent. 

Lqs chefs de ces insulaires n'ont rien 
qui les distingue dans leur habillement : 
ce sont eux qui règlent les cérémonies 
dans les fêtes publiques, mais ils n'exer- 
cent aucune autorité : les différends 
sont iugés et les délits puni$ par l'as- 
semblée de tous les habitants d'un vil- 
lage. Les hommes seuls peuvent héri- 
ter: la maison, les plantations, les 
armes et les meubles du père passent 
à ses enfants. Celui qui a commis un 
vol un peu considérable, et se trouve 
inhabile à la restitution, est condamné 
à mort. L'assassin est remis entre les 
(pains des parents du défunt, qui ont 
ie droit de lui ôter là vie. Les délits 
sont rares chez ce peuple. 

Les mariages se concertent entre les 
parents des enfants ; lorsque les arran- 
gements sont pris , l'époux se rend à 
la maison de l'épouse et la conduit chez 
lui : cette cérémonie est accompagnée 
de fêtes , pt on y tue un cochon. La 
polygamie n'est point permise. Lors- 
qu'une femme a manqué à la foi con- 
jugale, le mari a le droit de se saisir 
de tout ce que possède le séducteur ; 
quelquefois aussi il punit la femme 
en lu» coupânjt les cheveux. Si c'est 
rbomme qui s'est rendu coupable d'in- 
fidélité, la femme peut le quitter et re- 
tourner chez ses parents ; mais elle 
ne peut se remarier. Le commerce 
des deux, sexes , entre personnes nubi- 
les, n'est point regardé comme une 
chose honteuse ni comme un délit. Au 
contraire, on estime et on recherche 
davantage une fille qui a eu un en- 
fant avant d'être mariée : il en est 
même qui en ont ejii deux ou trois^ que 



le mari prend avec la mère le jour du 
mariage. 

L'île Engano ou Trompeuse, située 
à environ trente lieues de Soumâdra, 
et entourée de récifs dangereux, est 
fort peu connue : on la disait h^itée 
par une race d'anthropophages ; mais 
Charles Miller, qui l'a visitée , n'y a 
trouvé qu'un peuple simple et grossier, 
d'une stature haute, d'un teint bronzé, 
vivant dans des cabanes d'une forme 
singulière , bâties sur des piliers en 
bois de fer , et dont la nourriture con- 
siste en poisson sec, noix (je coco, 
patates douces , cannes à sucre et quel- 
ques lichens croissant sur les rochers. 

Xyi. SINGHAPOURA. 

UBJIKTK DU COMJNBKCS. 

Sînghapoura ( ville du Lion ) , nom» 
méeàtortSincapour, présente un phé- 
nomène nouveau dans f'histoirede l^co- 
nomie politique , et semble une preuve 
vivante de l'excellence des théories qu'a 
révélées cette science admirable et trop 
négligée , 't)ar îa rapidité prodigieuse 
avec laquelle cette île est parvenue au 
de^ré de splendeur commerciale et de 
civilisation qu'elle étale aujourd'hui 
aux yeux du monde. Hier ce n'était 
qu'une terre sauvage habitée par quel- 
gues pécheurs et quelques pirates ; au- 
jourd liui c'est une colonie riche et 
puissante, où une population active 
et laborieuse , assemblage d'hommes 
de toutes les nations , est venue natu- 
raliser les mœurs , les coutumes , les 
industries les plus variées , et se sou- 
mettre d'un accord unanime à l'em- 
pire d'une même loi et d'une seule 
administration. 

. C'est Un beau spectacle à voir et 
à méditer que cette réunion bizarre , 
cet étonnant contraste d'hommes di- 
vers, naguère ennemis les uns des 
autres, rassemblés par l'application 
d'une belle théorie sur le sol de Sin- 
ghapoura , où vingt peuples , oubliant 
leurs préjugés nationaux , se sont donné 
rendez- vous et se livrent chaque jour à: 
des transactions aniicales. Ici se bâte 
lentement un Chinois , à la physionomie 
grave et réservée, au regard oWi- 



140 



L'UNIVERS. 



que et malin , à la barbede bouc , et dont 
la tête, rasée et couverte d'une calotte 
mesquine présente un bouquet de 
cheveux qui descend en nattes jus- 
que sur leâ talons : là un Euro^n 
* au sourire orgueilleux, aux .manières 
aisées, à la désinvolture citadine; 
à côté, quelques groupes de coulis 
(portefaix) malais, avec le mouchoir 
roulé autour de la tête , ou le chapeau 
de paille tressée, à forme conique; 

g us loin, quelques Arabes ou quelques 
indous. Cette nature sauvage et soli- 
taire, qui n'était troublée naguère que 
par des reptiles et quelques quadru- 
pèdes ihoffensifis , a fait place à de 
jolies -maisons de campagne environ- 
nées de vastes jardins. Le palais du 
gouvernement , entouré d'une galerie 
à colonnes, s'élève non loin d'une 
hutte malaise; un temple protestant 
à côté de Téglise catholique, et un ci- 
metière chinois près d'une mosquée. 
Bans cette rade , où navigtlaient autre- 
fois les prahos des pirates ou la mor 
deste- pirogue d'un pêcheur» malais , se 
heurtent et se croisent les navires 
européens couronnés de canons et 
ornés de pavillons de toutes les cou- 
leurs, les jonques de la Chine, de Siam 
et d'Annam, les korokoros des Bou- 
guis, les proms de Bornéo, et les 
pontinos des Philippines. Enfin Singha- 
poura, en dix années d'existence , nous 
rappelle la brillante peinture que Fé- 
nélon a tracée de l'ancienne Tyr. 

XUIK POSITION DE SINGHAPOURA. 

L'île de Singhapoiira affecte une 
forme elliptique; elle est située à 
l'extrémité orientale du détroit de 
Malakka. Elle a environ 10 lieues 
dans sa plus grande longueur, et 5 
lieues dans sa plus grande largeur. Sa 
superficie est d- environ 270 milles car- 
rés. L'établissement anglais embrasse 
cependant un circuit de 100 milles en- 
viron, dans lequel sont compris à 
peu près 50 flots déserts, ainsi 
que les espaces de mers et détroits en- 
deçà d'un rayon de 10 milles, à partir 
des côtes de l'île principale. Elle n'est 
Réparée du continent que par le dé- 



troit du même nom, et n'ayant même 
qu'un quart de mille en plus dans la 
partie la j)Ius étroite. 

Ce canal était autrefois le passage 
habituel des Indes à la Chine. Mais le 
front méridional de Sinshapourar re- 
garde une vaste chaîne diles situées à 
environ 9 milles de distance, toutes 
désertes ou tout au plus- habitées par 
quelques races à peu près sauvages, 
dont on ne connah guère que l'exis- 
tence : c'est le canal formé par ces 
tles qui sert aujourd'hui à la grande 
communication commercial entre les 
parties occidentales de l'Asie, la Chine 
et rOcéanie. Le passage le plus sûr et 
le plus comniode se trouve si rappro- 
che de Singhapoura, que les vaisseaux, 
en le traversant , longent de très-près 
les mouillages. 

La ville est située au sud de l'île 
par r 17' latitude nord , et i03' 
50' 45" longitude est, sur une rivière, 
ou plutôt une baie d'eau salée , navi- 
gable pour les allèges sur environ trois 
quarts de mille depuis la mer. Un cer- 
tain nombre de ces allèges toujours 
prêtes permet , presque toute l'année , 
de décharger les marchandises sur les 
quais , à la porte des magasins, ou de 
les charger sur les navires. 

Les Anglais formèrent l'établis- 
sement de Singhapoura en février 
1818, mais cette ne avait été cédée 
un siècle auparavant , par le roi de 
Djohor, au capitaine Hamil.ton, qui 
avait fait dans sa patrie des récits 
exagérés sur sa fécondité; toutefois 
les colonisateurs modernes n'avaient au- 
cune connaissance de ce droit préexis- 
tant, quand ils obtinrent des posses- 
seurs indigènes la portion du littoral 
où ils établirent leur * comptoir. La 
possession souveraine dans les limites 
actuelles n'en fut confirmée qu'en 1825 
au gouvernement britannique , par un 
traité avec le roi des Pays-Bas et les 
princes malais de Djohor, auxquels 
cette île appartenait. Cette cession fut 
faite moyennant la somme de 60,000 
piastres, et un tribut annuel de 24,000 
piastres, payable à chacun d'eux. 

Le commerce de cette colonie prit 
bientôt un essor prodigieux : la popu- 



OCÉANIÈ. 



lation s*aocnit prop6«/ionDeUeinent 
avec la même rapidité. 

XUV. DES DIFFÉIII^TS PEtPLBS RÉVIflS 
A SOIOHAPOURA. 

En 1819, cent cinquante Malais, 
moitié pécheurs , moitié pirates, occu- 
paient seuls la petite anse de Singha- 
poura. 

Lors du premier recensement de la 
population en janvier 1824, elle s'éleva 
a 10,688; en 1828, elle montait à 
15,834, sans compter dans aucun de 
ces chiffres les troupes, les éc[uipages, 
ni les condamnés indiens , ni une po- 
pulation flottante d'enviroù 3,000 
âmes. Voici le tableau du recense- 
ment de 1827 , indiquant la propor- 
tion des diverses classes d'habitants : 

Biiles. Fnnelles. Total. 

Enropéent 69 18 , 87 

Indi|^dnfl« chréticDS 138 60 188 

Arméoiens 16 3 19 

Arabes 18 18 

Natifs de Coromanddi et 

Malabar. 772 5 777 

Ifatifs du Bengale et de 

l'Hindoostan 209 35 244 

Siamois 6 2 7 

Bongois 766 676 1242 

Malais 250! 2289 4790 

JavaYiais 174 «1 267 

Chinms 5647 *34l 6088 

CafFres 2 3 6 

10,907 3,426 13,732 

Au l^' janvier 1830, la population 
s'élevait à 16,634, dont 12,213 hom- 
mes et 4,421 femmes. 

Ainsi qu'on vient de le voir, de 
tous ces peuples d'origines différentes, 
qui se sont donné rendez-vous à Sin- 
ghapoura , ce sont les Chinois , les Ma- 
lais et les Bouguis qui sont les plus 
nombreux. 

Les Chinois forment la masse Gé- 
nérale des boutiquiers , ainsi que des . 
ouvriers (*} ; actifs, laborieux, intelli- 
gents , et . rusés en affaires , aucun 
métier ne leur répugne. Eux seuls 
s'occupent du Jardinage , et ils en re- 
thrent des bénéfices d^utint plus con- 
sidérables, que les Talinsas et les 
Malabare^, absorbés dans leurs spé- 

(*) Quelques Indieus exercent le métier 
de bijoutier. 



141 

culations, enfermés dans leurs bouti- 

3ues et dans les entrepôts, dédaignent 
'exploiter eux-mêmes les ressources 
territoriales du sol riche et fertile dé 
cette petite île, que féconde encore un 
climat temi)éré. 

Les Malais de Singhapoura se divi- 
sent en deux classes ; les Malais de 
terre, ou Orang-Darat , sont bûche- 
rons , laboureurs et mardiands. Ils 
fournissent des produits du voisinage 
aux marchés de cette colonie, qui 
sont ouverts tous les jours et à toute 
heure, et les approvisionnements de 
légumes, de fruits, de blé. Les Ma- 
lais de la mer, ou Orang-Lcumt , sont 
bateliers , marins ou pécheurs , et y 
apportent des poissons, et principale- 
ment dès tortues vertes, la nourri- 
ture animale qui coâte le moins dans 
cet établissement. Il y a, en outre, une 
autre classe de Malais qu'on désigne 
sous le nom d*Orang'SaUaf, presque 
tous originaires de la province dé Dio- 
hor ; ce sont eux qui font le service 
du petit détroit de Singhapoura. ^ 

XLV. COMMERCE. 

Les Anglais sont les principaux né- 
gociants et agents; plusieurs bouti- 
quiers, huissiers -priseurs et courtiers 
de commerce sont également Anelais. 
Quoique en petit nombre , ce sont eux 
qui font toute la force de Singhapoura, 
parce que sans eux cette colonie , dé- 
nuée de capitaux, ne serait plus qu'un 
comptoir sans ordre, incapable d'in- 
spirer de la confiance, un entrepôt 
sans activité et sans prospérité. 

Au premier rang des négociants, je 
dois compter un Portugais , M. AI- 
meida , père d'une nombreuse famille, 
et dont la bienveillante hospitalité en- 
vers les étrangers , et principalement 
envers les Français, mérite toute leiur 
gratitude. Si le cadre de cet ouvrage le 
permettait, je citerais de lui un grand 
nombre de traits honorables dont j'ai 
été le témoin dans mes trois passages 
à Singhapoura , et en particulier , après 
mon naufrage , sur l'écueil de Pearo- 
branctty peu distant de cette île. 

Ici on ne prélève aucune espèce de 



i4i 



L*tNlVERS. 



droit d'importation ni d'exportation , 
ni aucun droit d'ancrage, de relâche,, 
ni aucun autre; mais on tient un re- 
gistre des importations et exporta- 
tions. Les patrons dés navires sont 
obligé^, d'en faire le rapport, et dç dé- 
livrer des factures à remployé supé- 
rieur commis à cet effet. JPour parer 
aux frais d'administration, on s'esi 
contenté d'établir «quelques droits sur 
la vente de l'opium , une taxe sur la 
fabrication à domicile àe» liqueurs fer- 
mentéasi une autre taxe sur les jeux, 
et enfin quelques droits sur la trans- 
mission des rentes et des frais de pos- 
tes. Toutes ces charges peu onéreuses, 
et presque inaperçues , suffisent pour 
mettre les dépenses en équilibre avec 

, le btKiget. (Ge budget s'élevait, en 1829^ 

' à environ 160,0()0 piastres. 

Gt»^ à la liberté du commerce et 
à une administration économe et libé- 
rale, Singliapoura, peu productive par 
elle-même , et n'offrant guère à l'ex- 
portation que le cachou , le gambir et 
le sagou perlé , qu'on y prépare avec 
la matière brute importée du nord 
de Soumâdra, et quelques instruments 
atatoircs et autreis, fabriqués par tes 
Chinois àvfc eu fer d'Europe , est de- 
vcnire l'entrepôt de tous les peuples 
comhierçanta du monde. Le tableau 
snivaht des importations et exporta- 
tions peàdaiit 18â9 indiquera Tim- 
poHanée du commerce et les pays avec 
lesquels il se traite : 



Importations. 

Caictatta 431,6461. 

Madras.. 41,«6» 

Bomjifty, 37.«>88 

Angleterre 192,01^ 

Le reste dé rEuropè. . . 54,167 

Chine 179.287 

Poiilo - Pinanç 88,301 

Malakka.. 27.862 

Java 228.463 

Ifes dé Frénce et BourlMÀ I5,599f 

OBylftû 1,935 

aiam.... 27.581 

Cbchinchine I0,K44 

Achin 289 

KTtttt potu dtt pays. . . 351. i7â 



ÉxporiE avions. 

b 163,134 1. s. 

113.809 

18.801 
278,951 

27.223 
IBI.9ai> 

64.612 

48,055 
102,637 

11,91» 

46.710 
8;557 

851.743 



ToTlL. . . 1 ,4SH.&99 1. fc. 1,387,201 1. •. 

La différence entre les^ exportations 

9$ ifiiportotions j^rovient surtout des 

^ traites que tire principaleiiiénli le gQu« 



vernement sur le Bengale ^ pour les 

Î «astres d'Espagne; trartes que paient 
es négociants, et qui ne ^sorit pas 
comprises dans les exportations. 

Les exportations s'élèvent mainte- 
nant à près dfe 4 milltbnd par an ^de- 
puis qu^un nouvel article pour là con- 
sommation malaise et chinoise) le 
coton filé, y a été introduit en masse, 
ces dernières années. Vbîci le détail 
des aHicteâ éxpi&irrâ^s eh 1829 : 

Nids d'-oiseaux ., quiatoÙK . 224 

Benjoin , Sià'm ; '.', : . 700 

Ctimphrê , BôriiSè , ; 10 

Café , J4rtf et. SoumAdtà 37.^521 

Poudre d'or; Bornéo , etc. onces . 1 1 ,000 

Poivre , Soamàdra iiqiiîntâux.' 44 h7Û 

Saçoh , Singhatrouni : 10,^4$ 

Étarn. Battci. ete ;.., .a,,. l$*ùi^ 

Sucre , Siam 17,349 

Riz , Malais et Sîain ; 86,021^ 

Sel, ^ain. 54,683 

Camphre . Chine ,. 1,47^ 

Thé, idem cjais^s. 2,640 . 

Soie brute , idem • • • • • .i>allçs. $55 

Q^um , Indes. . . ^, : • • • • .livres ■ .94,169. 

Gunny (grosse toile) Bengale.... .pièces. 14(^,557 

Pft* en barres, Angleterre. .... ..quintaux. . 9,555 

Coton. Angleterre .pièces. 17b,79I 

Quelques-uns de nos lecteurs seront 
peut -être cUïteux de connaître l'im- 
portance du commerce des Chinoîâ 
avec Sin^Hapoura. Ce conrunerce est le 
plus considérable après celui des An- 
^idis. rat vu dans l'année 1829 dix 
jonques chinoises , dont quatre d'Émoi 
et six de Kahgtdîl, de 250 "à 40b jtôh-- 
rieaux. Le chargement de cçlleè d'Êmtfi 
se tx)mposait de poBcelalriês , d'om- 
brelles en papier, de toiles; de petite 
pâtes à manger semblables au ternii- 
cellé, de fruits secs , de petites bou- 
gies pour briller devafit les Images des 
dieux, du tâlbacï dé Chine éxtr?/hemetit 
fin , de quelques pièces de nankiri et de 
là soie ectue. La Valeur âë ces éai'gtii- 
sbns était 'de 70 & ^0 ttiiWe piasites. 
La cargais'ori dès jofiqtiés de jferfngtori 
consistait dans les mêfnés articles, et 
avait dé plusf du salin ; du cfâtnphre , 
du thé et du sucre-candi, de la laque, 
de la nacre, du cdiVrt Ûù Japon , dii 
sang-dragon, de l'oirpimenï, et un plus 
grand nombre de nankin , bteu, gris 
et jaune. La valeur de cette careaispn 
était proportionnelleûient sefnbfia)le à 
celle a'Ëmoï. 



OCÉAI^ÎÊ. 



les jonques font lestées avec da gra- 
nit, si commun aux environs deKana- 
ton. Lies cargaisons appiartieniient ordi- 
nairement aux propriétaires des jon- 
ques, qui demeurent en Chine ; mais ils 
• accordent auxeoimmandânts, atix offi- 
ciers, ainsi qu'au reste de l'équipage, 
la faculté d'av^oir à bord une certàme 
quantité de mardiandises, proportion- 
née à la granileur de la jonque. Pour 
une jonque portant 8000 .pikies de 
marcnandisés, on en accorcjhe SOO au 
comiiiandant, 100 au premier ofOcier, 
50 à chacun des deux commis, et 7 
ptkles à chaque matelot. 

Voici les objets que ces jonques 
prennent en retour : nids d'oiseaux <, 
camj^re de Bornéo, vichos do mar{*) 
ou tripan, bois de sandal et d'éfoène, 
girofle, cannelle, nluscade, écailles de 
tortue, nageoires de requins, cuirs 
de foufîles, et quelques étoffes d'Eu- 
rope. Les cens de Kangton prennent 
en particulier de Tagar-agar (Jktctis 
^accharinus ) f substance marine que 
tes Malais ramassent dans des ëcueite 
de corail aux environs de Singhapourà^ 
et dont lés iChihois font une excellente 
gelée; de Tétain, du zinc , du poivre^ 
du gambir , et 8 à 16 caisses d'opiuhii 
du Bengale pour chaque ionque. 

La monnaie et les poid^ sont sim- 
ples et commodes; les comptes setiBn^ 
nmit en piastres d'Ëspafne, divisées en 
100 parties, que représentent ou les 
chits nollandais ,. ou du bitlon anglais 
de la même valeur. Presque tout se 
vend BU poîds^ comme en Chine. 

Les poids en usage sont le plklè 
chinois de iOO fs;àttis, ou 138 ^ livres 
anglaises avûit dupmds. Le riz ( pro- 
duit de ISfatti et de l'airchipei ) et le sei 
se vendent au koyan de 40 pikles ; la 
poudre d'or au poids malais bonngkal, 
pesant 2 piastres d'Espagne, ou 832 
grains trôy. Le riz du Bengale, le 
froment et les dem^éeâ du même pavs 
se valident au sac de 2 maofids au 
Bengale^ ou 164i livi-es avdrttiipôic^. 

.. Q Je fuppoke ^ne ce so'fit ttms mbtj por- 
tugais qiui signifieiit vers de ia mer : Ira -Av- 
glais écrivent beefeh de mer^ èe qui J06 si- 
gnifie rien. Ce sont des holothuries. 



143 

Les {K)id8 ei mesures d^Angleterre 
s'emploient fréquemment pour les ob- 
jets venant d'Europe. Le mode de 
commerce parmi les négociants est 
simple et avantageux. Au lieu de 
confier les affaires à des agents du 
pays, comme dans d'autres parties de 
l'Inde, ils les font eux- m^es, avec 
l'aide parfois d'un Chinois qui leiir 
sert de courtier ou d'interprète. Lés 
négociants européens font ies affaires 
pour leur compte; mais la principale 
partie ne consiste qu'en agences pour 
le compte de maisons de Londres^ de 
Liverpool, Amsterdam , Anvets, C9I- 
cutta , Bombay, Madras, Kangton, Ba- 
tavia , etc. Il y a aussi des agents des 
diverses compagnies d'assurance de 
Calcutta et ailleurs , et les polices se 
Jont gans peinle pour quelque sonukie 
que ce soit^. 

Dans les transactions avec les indi- 
gènes , les orientaux et les Chinois , ofa 
se sert delà langue malaise ; simple et 
facile., les négociants ne tardent pas 
à en savoir âssiez . poulr traiter kuis 
affaires. 

LaChttHiiqtie de Singbap6ui*a publie 
chaque semaine fe prix courant, ie 
.comité des iarrivag» et dépeo'ts, et 
le détail officiel dtes exportations et 
importations deia semaine ahtérieuré. 

De tels avantages commerciaux eu§- 1 
5ent été sans garantie , si l'administra- 
tiondeSin^apouran'eâtpasfliislesftié. 
gociants à l'abri de la crainte, comme 
elle les dégageait de tontes entraves. 
La liberté ftt l'égalité qu'on leut* accor- 
dait devenaient dés avantages ilhnsoi- 
res , «'ils n'étarent proté^ par la jus- 
tice. On a institué une justice et une 
i>ol«îe ^rigoureuse, qui, seules, pou- 
vaient assum* la prospérité de la c«t- 
ïôtîie , len faisant régner l'équité. Pen- 
dant tes ^miè^es années, le résident 
seul aVait rempli les fonctions de |a- 
gé, et ses décrets él;arent néamnoiti^ 
exécutés sans dif&cnlté. Depuis loite 
Sin^apoura ayant été réunie aux résl- 
den<^s de Matakka et dePouto-Pinang, 
on y a installé des cours de justice à 
l'instair de celles établie^ dans les^s- 
sessions ai^o^hdiennes; Il y a ùae 
cour de recarder ^ commune à l'éta^ 



^,\ 



Iv^ 



144 



L'UNIVERS. 



blissement et à 6etix de Pinang et de 
Malakka. La force àrrhéè , aux ordres 
du résident, se compose d'environ deux 
cents cipayes indiens , commandés par 
des officiers anglais. 

XLVI. DESCRIPTIOHS. ' 

L*aspect général de Singhapoura 
présente une surface inégale et ondu- 
leuse ; elle se divise en plusieurs (]uar- 
tîers. Sur la rive gauche de la rivière, 
dans la plaine qui fait face à la rade, 
se trouvent les quartiers malais et eu- 
ropéens. C'est dans ce dernier que sont 
situés rhôtel du résident, le palais de 
justice , les prisons , Thôtel des doua- 
nes, le jardin de botanique, Tbos- 
pice et une foule de vastes entrepôts. 
A Test de la rivière est le Gami)ong- 
glan, où demeurent les Boughis et 
quelques Malais, et où sont situées 
leurs mosquées; à Touest se trouvent 
le Campons ou bourg chinois avec ses 
rues dites de Makao et de Kangton et 
ses pagodes ; et , enfin , le bourg Chou- 
lia qu'habitent les. Hindous et les Mu- 
sulmans de l'Inde. 

Non loin de là sont de belles forêts 
abondantes en bois de construction, 
peuplées de quelques animaux féroces, 
tels que l'onoe et le chat sauvage, 
de nombreux serpents , de singes 
de plusieurs espèces , de loutres , 
d'écureuils volants , de vampires , 
de porcs -épies, de chacals, de brad- 
. ypes (*), de daims et de moschus 
pygmaeus ( espèce de lièvre sans oreil- 
les). On y trouve en outre de nom- 
breuses variétés d'oiseaux : les plus 
communs sont les grimpeurs et les 
palmipèdes. 

Grâce à sa température égale et va- 
mant à peine du 30'' au 27» centigrade, 
Singhapoura -partage avec Poulo-Pi- 
nang la réputation d'un site salubre 
et favorable aux malades. C'est à cette 
lie que les Anglais viennent demander 
la guérison des coups de soleil , de la 
-dyssenterie et des fièvres dont ils ont 
été atteints au Bengale et à la côte de 

(*) Espèce de paresseux, genre de mam- 
mifère de Tordre des édentés. 



Goromandel. Les produits du sot aident 
autant que le climat à des cures ines- 
pérées. 

Eh outre, les environs de la ville 
offrent des sites agréables et pitto- 
resques, où le promeneur va savourer 
avec délices les exhalaisons parfumées 
d'une nature riante et tempérée, et 
enivrer son esprit de distractions né- 
cessaires au milieude cette atmosphère 
marchande. Ici ce sont des allées où 
chaque soir, au coucher du soleil, les 
habitants viennent étaler leur luxe 
dans leurs jolis équipages traînés par 
de petits chevaux javanais vifs , forts 
et pleins de grâce ; là commence un 
coteau à la rampe douce et ombragée, 
couvert à son sommet de charmantes 
maisons de campagne européennes 
élevées sur des pieux, et entouré à ses 

Sieds de cases malaises simples et mo- 
estes. Puis, du hautdeces monticules, 
l'œil contemple, au travers de massif 
de verdure , la ville de Singhapoura 
avec sa ligne de rues symétriques et bien 
alignées, sa rivière animée de barques 
et de. navires, et plus loin, l'entrée 
du port, défendue par quelques ca- 
nons en batterie , et le fort (*) com- 
mencé, et sa rade en demi-cercle peu- 
plée de mâts et de pavillons aux mille 
couleurs. 

Enfin, il semble, à voir ce pays 
que dix années ont suffi pour animer 
et enrichir, que les merveilles pré- 
dites par Adam Smith , Say et leurs 
successeurs, s'y soient réalisées comme 
par enchantement. Puisse l'avidité des 
monopoleurs ne pas anéantir , par la 
suite, la [)rospérité qu'a procurée à 
cette colonie un système de commerce 
aussi sage et libéral dans son appli- 
cation qu'étonnant dans ses résultats ! 

- XLVil. ROYAUME DE LIIVGAIT. 

Parmi les îles qui dépendent géogra- 
phiquement de Soumâdra , il faut en- 
core compter Lingan, île peu impor- 
tante, fiintang et quelques petites îles, 

(*) Dans les fondations de ce fort j'ai vu 
une grande inscription en caraciei^ sans- 
krits , gravés sur un rocher. 




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KlcidtinC». von J '. i-.r u li (?d m und Branl. 



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OCÉANIK. 



146 



formant ensemble le petit ro;j^aume de 
Lingan, dont les Hollandais ont la 
suzeraineté. Le.soulthan de Lingan a 
cédé à un prince indigène les royaumes 
de Djohor et de Pahang, situés sur 
la presqu'île de Malakka , et , moyen- 
nant une redevance, l'îlot de Tanjông- 
Pinang au gouvernement de Batavia. 
C'est sur cet îlot qu'a été fondé réta- 
blissement hollandais deRiou; mais, 
malgré sa franchise, il ne peut lutter 
avec Singhapoura, qui en est peu 
éloigné. En 1829, j'ai vu plusieurs 
centaines de Chinois le déserter pour 
s'établir dans cette dernière ville. 
L'îlot de Tanjong-Pinang touche à l'île 
Bintang, qui a environ 10 lieues de 
longueur et six de largeur. Elle est 
couverte de forêts, où les Chinois cul- 
tivent le bétel, l'arek, le gambir, le 
poivre et le sucre. C'est là, qu'a- 
près mon naufrage à bord du DouradOy 
je découvris la Rienziana dis ficha, 

filante utile à la médecine et qui offre 
e caractère de la végétation austra- 
lienne. J'ai donné la description de 
cette plante à l'Académie royale de mé- 
decine. 

XLVIII. ILE DE BANKA. 

Un bras de mer sépare l'île de Sou- 
raâdra de celle de Banka, fameuse 

f)ar ses mines d'étain, Timah, enma- 
ais ; ce bras de mer a pris le nom de 
détroit de Banka. Les côtes de cette 
île sont peu habitées : les habitants, 
redoutant les pirates malais, ont bâti 
leurs hameaux loin des attérages et 
dans le» vallées intérieures. Mintou, 
sa capitale , est à une lieue dans les 
terres , sa population est d'environ 4 
à 500 habitants chinois et malais. Les 
grandes et petites mines Kolong et 
Koulit sont exploitées par les Chinois. 
La formation géologique de cette île 
est de roc primitif. Les plus hautes 
montagnes sont de granit; celles d'une 
moindre élévation sont de pierre 
ferrugineuse rouge, et c'est entre 
elles qu'on trouve l'étain dans des 
dépôts d'alluvion, rarement au-dessous 
de 24 pieds au-dessous de sa sur- 
face. Comme on n'a encore observé 

10" Livraison. TOcéanïe. ) 



qu'environ 8400 milles carrés géogra- 
phiques, on n'exploite les mines que 
dans la partie du nord-ouest; mais il 
paraît que l'étain abonde dans tout le 
reste de l'île. On se borne à des exca- 
vations perpendiculaires; les fosses 
n'ont guère au-delà de 100 pieds de 
longueur, à cause de l'abonaance de 
la matière. Aussitôt que l'on découvre 
une minière , après l'avoir sondée, l'on 
enlève la terre et on la lave, ce que 
facilitent le grand nombre de ruisseaux 
qui arrosent l'île. La fusion ne se fait 
qu'une fois par an et pendant la nuit, 
pour éviter la chaleur du jour. On 
peut fondre dans une nuit 6000 livres 
d'étain; X)n en fait des lingots de 60 
kattis , environ 60 livres de France. 
Banka possède d'excellents ports. 
M. Crawfurd dit expressément gué 
c'est la meilleure route commerciale 
de Siam au Japon. Singhapoura nous 
a paru rivaliser sous ce rapport avec 
Banka. Mais cette dernière île pour- 
rait être un jour d'une grande im- 
portance pour les Hollandais , placée 
comme elle l'est entre Bornéo, Sou- 
mâdra, Java, les Moluques, les Phi- 
lippines , Siam , l'empire d'Annam et 
la Chine, et le japon. 

L'exploitation des mines est entre les 
mains d'environ 3000 Chinois, qui, 
malgré la rudesse de leurs travaux, 
jouissent d'une bonne santé. Pour con- 
naître la richesse des produits, nos 
lecteurs consulteront le chapitre Miné- 
ralogie de notre tableau général 

XUX. ILE DE BILUTOUN «tc. 

Près de Banka est située l'île de 
BiUitoutty et non Billington, qui est 
riche en mines d'étain, et surtout en 
mines de fer, production rare dans 
toutes les contrées intertropicales. 
Celui-ci estd'une excellente qualité. Ses 
habitants sont braves et entreprenants. 
La baron Van der Capellen, ex-gouver- 
neur-général des possessions hollandai- 
ses dans la Malaisie, les empêcha non 
seulement de se livrer à la piraterie 
pour laquelle ils avaient un penchant 
décidé, mais encore il établit des chan- 
tiers de construction à BilHtoun, d'où 

10 



i4é 



L^LJSIVEilS. 



sprtirfiQt les cruisprawen, petits bâ- 
|im«nts eroiseurs qui , avec des équî- 
fWges mi-partis a^Êuropéens et d'indi- 
fèpes I disaient la police dans ces mer^ 
infestées de foruans. Ces pirates 
sont encore contenus aujourd'hui par 
une petite garnison hollandaise. 

Les autorités anglaises de Malakka, 
t'oulo-Pinang et Singhapoura , et les 
autorités hollandaises de la côte orien- 
tale de Soumâdra , surveillent égale- 
ment les petites îles Carimon , long- 
temps infestées de pirates. Je ne par- 
lerai point des Iles fiabi, Sinkep, 
Sepora ^ etc. ; elles sont ou inconnues 
ou d'un mince intérêt. Je . me suis 
même trop appesanti sur quelques pe- 
tites terres, le cadre d^ TÙnivers 
pittoresque ne me permettant pas de 
m*étendre autant que je le voudrais. 
Je ne donnerai que la position des îles 
innombrables de TOcéanie qui ne peu- 
yent fournir ni description de quelque 
intérêt, ni histoire de quelque étendue. 

L. ILE DE JAVA. 
nmàxiom asoa&AraïQoi >t ropoLiTioii. 

L'île de Java (*), séparée de ta 

§ ointe méridionale par le détroit de 
ounâtty s'étend de l'ouest à Test, en 
s'inclinant un peu au sud y dans une 
longueur de 240 lieues, de 103°à il2* 
long. £« ; elle est coupée obliquement 
par le 7* degré de lat. S. Sa largeur 
Varie de XA a 50 lieues ; sa superficie 
est évaluée à 5,743 lieues , et sa po- 
pulation, suivant le dernier recense- 
ment, à 5 millions, dont plus desdeux 
Siers forment la domination hoilan- 
aise, et l'autre tîets forme des 
états indépendants. Cette population 
est formée d'un 40* d'Européens , Ara- 
^ bes , Hindous de la côte de Coroman- 
del. Malais, Bousuis, Mangkassars 
et esclaves; les (Chinois y sont au 
nombre de plus d'un demi-million. 
Mais te nombre des habitants est su- 
jet à varier; car des maladies épidé- 

(*) EQe parait avoir reçu son boid de 
Jattoua, ûTge» parce qu'elle produit en 
abondance un erain de cette espèce (c'est 
lo panicum itaïicum). 



miques font souvent des ravages dans 
la partie nord. En 1822 , |e nombre 
des individus moissonnés par le cho- 
léra fut de 110,000. En grandeur cette 
île ne vient qu^après Bornéo et Sou- 
mâdra; mais sa population, son agri- 
culture, sonindustrie , son commerces 
ses arts et sa civilisation lui assurent 
le premier rang dans la Malaisie. 

Java est traversée dans sa longueur 
par une suite de trois chaînes formant 
38 montagnes bien distinctes et fort 
élevées , ou l'on compte plus de quinze 
volcans éteints ou en ignition. L'élé- 
vation duGcunoung-Karang, une des 
principales montagnes, n'est que de 
5,263 pieds anglais suivant Horsfield ; 
celle d Ardjouna,surla côte prientale, 
est de 10,614. Les plus hautes ne dé- 
passent pas 12,000 pieds. Elles sont 
toutes recouvertes de la plus brillante 
végétation. Parmi ses nombreux yol- 
cans, celui dont le cratère est le plus 
large, est JianMwôan-ProAott, c'est-à- 
dire la barque ( Prahou ) renversée, 
parce que son cratère , qui est situé à 
2000 pieds de hauteur, a la forme d'un 
entonnoir. Celui de Guédé est à envi- 
ron 10,000 pieds au-dessus de la mer. 

Les volcans paraissent avoir formé 
la base de l'île entière de Java : on 
trouve en plusieurs endroits les tra- 
ces d'une origine sous-marine. Nous 
pensons que la Malaisie, et surtout la 
Micronésie, la Polynésie et la Méla- 
nésie y compris l'Australie, loin d'être 
les débris d un continent, ainsi qu'on 
l'a dit si souvent, sont au contraire des 
terres moins anciennes que les autres 
divisions du globe , des îles qui se rap- 
prochent dans d'horribles mouvements 
çonvulsifs, jusqu'à ce qu'elles s'embras- 
sent pour se confondre et ne faire qu'un 
continent. A partir du détroit de 
Sounda, cette chaîne volcanique, peu 
interrompue, qui traverse Java, con- 
tinue jusqu'au 25'' degré à l'est, c'est-à- 
dire, tout près des côtes occidentales 
de la Papouasie. 

U. TEMPÉRATtKE , CLIMAT ET MOtSSONS. 

L'île entière îouît d'un cTîmart salu» 
bre, excepté oans quelques expo»- 



OCÉANtE. 



lit 



tions dé ià cète àxi mord, doiit on a 
fort exagéré riftsaiubrîté, surtout à 
regard de la capitale. 

La température est presque toujours 
la même entré les dix prenïîers paral- 
lèles de réquatfeur ; les vents périodi- 
ques établissent ici deux moussons, 
ou saisons : celle de la sécheresse , 
qui dure environ 6 mois, et celle des 
pluies, gui rècne également 6 mois. 
Les mois de.aécembre et de janvier 
sont les plus humides; les mois de 
juillet et d août , les plus secs. Durant 
cette saison , leâ nuits sont plus chau- 
des que le jour. Dans les montagnes 
on passe rarement une journée sans 
orage, et dès que le bruit de la foudre 
se fait entendre, on sent la terre trem- 
bler sous ses pas ; les éclairs embrasent 
l'atmosphère comme des nuages de feu, 
et leur lumière est tellement rive et 
éblouissante qu'on est contraint de fer- 
mer les yeux. Quand la pluie tombe, 
ce n'est pas en brouillard , ni en erain 
ou en poussière monotone et constante 
comme à Paris, ce sont des torrents, 
des cataractes , un déluge : le ciel sem- 
ble se fondre en eaux pendant plu- 
sieurs jours, et les animaux épouvantés 
font entendre des cris de terreur. 
Pendant la mousson sèche, on n'é- 
prouve point la sécheresse de l'Hin- 
doustan; mais l'atmosphère est souvent 
rafraîchie par des pluies à verse qui 
rendent à la terre toute sa parure. 

Le Delta de l'Egypte n'est pas plus 
fertile que les environs de Sourabaya, 
dont le sol est sans cesse en culture, 
et non pas comme celui de l'Europe, 
asservi à quatre saisons. 

Le thermomètre de Fahrenheit s'é- 
lève à 95 degrés vers trois heures après 
midi dans les plaines basses de Bata- 
via , de Samarang et de Sourabaya. 
Au-dessus de la plaine de Samarang, 
à 1000 pieds d'élévation, il est souvent 
à 45° et plus au-dessus de ; il mar- 
que TC» a 74** le matin et le soir, et 
87 et demi à midi dans les appartements 
bien aérés. 

^ Les Hollandais ont établi leurs prin- 
cipales villes loin des volcans; aussi 
elles ne sont presque pas sujettes aux 
tremblements de terre. 



ut. GÉdLodni. 



La formation géologique de Java 
est ddnc essentiellement volcanique. 
Quelques- uns de ses volcans furent 
engloutie à .des époques récentes, 
d'autres à des épOc^ues inconnues. 
Des montagnes calcaires 4 moins éle- 
vées auc les volcans brûlants, et jdont 
les cimes sont en forme de table, 
comme la montagne qui porte ce nom 
au cap de Bontîe-Ëspérance , couvrent 
en plusieurs endroits les espaces entre 
deux volcans; des terres d'alluvion sont 
dans les parties inférieures des cours 
des rivières, principalement sur la 
côte du nord : on en reconnaît la limite 
avec les montagnes primitives et se- 
condaires. 

On ne trouve point de granit, ni de 
diâmsintâ, maiâ beaucoup de échorl 
pyroxène , de quartz , de miCci (*) , de 
feldspath et de cofnéenne trapp, prin- 
cipalement dans les montagnes secon- 
daires de la côte du sud ; on y rencontre 
aussi la chrysoprase, l'a^e, Tagate 
jaspée, le cristal de roche, lé jaspe 
commun, la chalcédoine, l'obsidienne 
et le potphyfe. On voit d^ffs les actes 
de la Société de Batavia qu'on y a 
trouvé de l'argent en 172S et 1744, 
mais gue TeXploitation était si peu 
lucrative qu'elle fut aussitôt abandon- 
née. On trouve des pyrites ferrugineu- 
ses et de J'ocre brun , et on a reconnu 
l'existence dû mercure dans les rizières 
argileuses de la rivière de Deiiiak. 
Les terres d'alluvion proviennent d'at- 
térissements d'une origine beaucoup 
ptus récente : elles commencent à une 
lieue de la mer, et elles sont formées 
de sables, de bou« et de coquillages. 
Le sol est varié; mais il consiste gé- 
néralement en une argile rougeâtre 
peu fertile, une argile noire très-riche, 
et une marne Jaune entièrement sté- 
rile. La terre du bord des rivières et 
du fond des vallées est de prenrîèré 

(*) Le quartz , le feldspath et le mica sont 
les éTémems essentiels du granit, qui est 
une roche dii .sol primordial, mais simi)îe-î 
ment quand xh sont tous les tf*ois rétniis et 
qjnfïli sont immédiatement a^gés entre tu'i 
et comme entrelacés. 

10. 



148 



L'UNIVERS. 



qualité. Entraînée des montagnes par 
les eaux courantes, la terre végétale res- 
semble au terreau de nos jardins d'Eu- 
rope ; elle ne s'appauvrit pas , et son 
odeur empyreumatique est facile à 
reconnaître à l'étrianger nouvellement 
débarqué. 

Une Ile aussi montagneuse doit être 
sillonnée de nombreuses rivières. En 
effet, on en compte 50 médiocres, dont 
5 à 6 sont navigables à quelques milles 
de distance de la mer. Les deux plus 
grandes sont celles de Solo et de Keairi. 
Leurs rives fertiles offrent tout ce que 
la foresterie (*) et l'horticulture ont 
d'utile et d'agréable dans les cinq par- 
ties du monde. 

LUI. HISTOIRE NATURELLE. 

On trouve à Java les différents de- 
grés de l'échelle végétale, depuis les 
plantes aquatiques jusqu'aux plantes 
alpines; la profusion des végétaux 
étonne à chaque pas , depuis les côtes 
sablonneuses jusqu'au fond du cratère 
des volcans. 

On compte plus de cent variétés de 
riz, qui ont presque tous des noms 
différents. Les plantes les plus utiles 
qui croissent dans l'île sont le maïs 
(zea mahis), les fèves ou kachang, 
le Chili {capsUum\ la canne à sucre, 
le cocotier , l'arékier ou pinang , 
l'arbre à pain, le palmier gomouti, 
l'arbre à eau ou du voyageur ( le ra- 
venal) (**), l'arbre à savon ou rarak 
( sapindus saponaria ), le gambir , le 
coton y le bendoud , arbrisseau d'où dé- 
coule la gomme élastique, la banane 
ou pisang, le bambou , le mangoustan, 
le ramboutan, le jack, le dattier, le 
grenadier, le figuier, Tananas, l'arbre 
du benjoin, le glougo, l'agave, le 
manioc, le kantang, le tamarinde , le 
pamplemousse, le copal, le wang-ko- 
dou, le kappok , le jambo, le kavari , 
le tek, le kijatil qui fournit un ex- 

(*) Je prends la liberté de fabriquer ce 
mot utile qui nous manque. 

(**) Il provient des îles de la mer du Sud 
«t il a été transplanté à Java par d'Entrecas- 
teaux. Je Tai vu naturalisé k l'île Bourbon. 



cellent bois de charpente, la vanille, 
le cochenille, le pastel, Tanak, le da- 
toura, le mollo, le bolanza, l'arbre 
qui produit l'eugénia ou pomme de 
rose, ledourian, l'oranger, le citron- 
nier , le cardamome {kapol), le cacao, 
le maguey, espèce d'artichaut, le 
manguier , le poivrier , le kabah , qui 
fournit une huile balsamique , le tou- 
rennapi, qui sert à faire de jolis 
meubles , l'arum ( sente) , le cassan , 
la batate douce, l'yamou igname des 
Américains, le sagauioundaetle sagou, 
espèce de palmier, le cafier, abrité 
par le dadap {eryihrina-coroUoden- 
drum), le ricinus (dcharak),la cale- 
basse, le tabac. 

On y trouve aussi le melon et 
le raisin, le poivrier, l'indigo, etc.; 
plusieurs espèces d'arbres de construc- 
tion, de charronnage, de menuiserie, 
d'ébénisterie. Les fougères, qui ne sont 
en Europe que des plantes herbacées 
s'élèvent dans l'île de Java à la hau- 
teur de 80 pieds; rien n'est plus pit- 
toresque qu un bocage de fougères en 
arbres. EnGn quelques espèces de 
mousses s'y élèvent a la hauteur d'un 
pied. 

Cette lie importante renferme plu- 
sieurs plantes vénéneuses , entre autres 
Varhor toxicaria de Rumph, appelé 
antchar, qui croît à la partie orien- 
tale de Java , à Bornéo et à Célèbes , 
et le tchettik^ plante rampante dont 
la frUctiGcation n'est pas encore 
connue. Le suc vénéneux de ces deux 
plantes sert à empoisonner des flèches 
très-minces de bambou , qu'on lance 
avec des sarbacanes. 

Nous décrirons l'aptchar ou pohoun 
oupas , à l'article Célèbes. 

Le chameau et l'âne ^ l'éléphant 
même, q^ui est indigène àSoumadra, 
existent a Java , mais non pas dans l'é- 
tat sauvage. Les chevaux , qu'on croit 
être venus d'Arabie, y sont devenus 
petits , mais sans perdre leur force et 
leur vivacité. Le porc chinois s'y natu- 
ralise à merveille; les chèvres, le 
bœuf et la vache y prospèrent , et d'é- 
normes bufnes aident l'agriculteur 
dans ses utiles travaux. Les moutons, 
les gazelles, les lièvres et les lapins, 



OCÉANIE. 



149 



le tigre (feUs Ugris) et une espèce de 
léopard, le chat tigre, le chacal, le 
rhinocéros bicorne, dans la partie oc- 
cidentale , des cerfs de plusieurs esi)è- 
ces et une grande quantité de singes 
peuplent ses forêts. 

La plupart des oiseaux de basse-cour 
de l'Europe ont été transportés à Java : 
lesfaisans, lesjouglisou grèbes, les pies, 
les cailles , la poule de Java , les bé- 
cassines , les canards , les oies sauva- 
ges etTaigle blanc, peuplent les bois 
et les marais. Lafamîlle des perroquets 
se compose d'une foule d'individus 
inconnus aux autres contrées de la 
zone torride. Le kakatoua blanc , dont 
la tête est ornée d'une aigrette jaune , 
et le lori rouge y sont assez communs; 
le magnifique argus mâle (voy. »/. 6), 
l'émou ou kasoar casqué des Mpfuques, 
gallinacée gigantesque, semblable par 
sa taille à rautruche africaine et au 
nhandou de l'Amérique, à la chèvre 
par son crâne , et au sanglier par ses 
plumes, y sont naturalisés. La fameus* 
salangane ( hirundo esculenta)^ hiron- 
delle dont le nid excite la gourmandise 
des Chinois , s'y trouve dans des ca- 
vernes situées auprès de. la mer. Le 
crocodile infeste les rivières. Les fo- 
rêts renferment des serpents de toute 
grandeur et Voutar-sawa^ python- 
améthiste, nommé faussement boa y 
(grande couleuvre des îles de Sounda) , 
espèce qui a plus de 30 pieds de long , 
ainsi qu'une vipère verte fort dange- 
reuse. Valentyn a compté 538 espèces 
de poissons. Cette liste a été augmen- 
tée depuis. 

On y voit des lézards, des camé- 
léons, rigouane et lejekko,qui tire 
son nom du cri qu'il fait entendre. 
Les insectes fourmillent, mais ils sont 
moins dangereux qu'on ne le suppose. 

Les productions minérales parais- 
sent être rares à Java ; mais nous pen- 
sons que l'étain , le fer , le cuivre , le 
marbre et même l'or v existent. Les 
' indigènes travaillent fort bien le cui- 
vre, rétain et le fer étrangers, parce 
qu'aucun . métal n'est exploité dans 
cette grande île , sauf le soufre et le 
sel qui y forment un grand objet de 
commerce. 



Nous ne nous sommes pas étendus 
sur l'histoire naturelle de Java, nous 
n'avons fait que rappeler ses produc- 
tions dans une nomenclature assez 
aride, pour ne pas nous répéter. Nous 
les avons décrites dans l'histoire natu- 
relle de la Malaisie, que nous avons 
rendue aussi complète qu'il nous a été 
possible , et nous y renvoyons nos lec- 
teurs. ' 

LIV. CARACTERE DES JAVANS ET LEI3RS 
COUTUMES. 

Les Javans indigènes, ou Bhoumiy 
sont petits de taille et d'un teint jau- 
nâtre ou tanné; il reste encore, seule- 
ment dans les cantons de l'intérieur , 
quelques noirs, ainsi que dans un grand 
nombre d'îles de la Malaisie. L'hospita- 
lité est une vertu commune chez les 
Javans. On est assuré de trouver chez 
eux un asile et la nourriture, au 
moins pour 24 heures. Ils sont doux , 
paisibles. Le domestique est docile et 
zélé ; le maître commande avec égards 
et bonté. Les liens de famille sont 
puissants parmi eux, et ce peuple, 
quoique musulman , est très-tolérant 
en matière de religion. Le vol et la 

Siraterie comptent un grand nombre 
e sectateurs dans les classes inférieu- 
res ; mais les gens aisés du pays sont 
honnêtes et fidèles, et, de plus, fort 
attachés aux lieux qui les ont vus naî- 
tre. Un Javan ne quittera que pour 
un motif indispensable les tombeaux 
de ses pères; mais il est crédule, super- 
stitieux et pétri de préjugés : croirait- 
on sérieuremenl que quelques Javanais 
instruits prétendent descendre du dieu 
Vichnou et que quelques montagnards 
se disent issus d'un Wouwou (*) ? 

Les Maures, ou musulmans indiens , 
les Bouguis, les Malais, les descen- 
dants des Portugais et les Arabes for- 
ment la liste des étrangers qui habi- 
tent Java, non compris les Européens 
et les Chinois, dont le nombre s'élève 
à plus de 300,000. Les Chinois ont un 
capitaine et plusieurs lieutenants pour 

(*) C'est le nom vulgaire de plusieurs 
espèces de gibbous, mais plus parliculière- 
ment de Vhylobates agilh. 



lAa 



LMJKlVEiiS. 



cjiacuiie de leiirs résidences. Ils sont 
rame du commerce de cette île, et dans 
lés provinces indigènes ils sont les 
fermiers de presaue tous les revenus. 

Le mohamméaisme est la religion 
du pays , et les habitants ont la plus 
Jurande vénération pour les tombeaux 
de leurs saints, dont quelques-uns sont 
de beaux monuments. 

Chez les Javans, la polygamie n'est 
I>ratiquée que par les grands. Le di- 
vorce est autorisé par la loi et par la 
coutume. Les personnes d*une classe 
inférieure Fobtiennent moyennant 100 
francs, et ceux de la classe supérieure, 
au prix d® ^^ francs. Les femmes 
sont laborieuses et entendent bien 
réconomje domestique. 

Leurs naissances sont célébrées par 
beaucoup de cérémonies. Le père prend 
le nom qu'on a donné à son fils : s'il 
s'appeile Généreux y le père prend le 
nom ûepére du généreux. De 8 à 12 
ans , les enfants mâles sont circoncis. 
Les enterrements se font sans osten- 
tation ni cris, mais avec décence 
et avant le coucher du soleil, ainsi que 
chez les juifs et les musulmans. Les 
cimetières sont entourés de kamhaia 
{plumieria obt-usa), plante dont le 
reuiilage semble inspirer la vénération 
et la mélancolie. 

LV. INDUSTBIE ET ftiANUFACTURES. 

La médecine à Java se réduit à des 
ik*ictions et à des onctions sur les par- 
ties affectées, et, chose étrange!- les 
médecins indigènes sont plus recher- 
chés par les Hollandais pour le traite- 
ment de leurs maladies que les méde- 
cins européens. 

Les Javans excellent dans la tanne- 
rie. La métallurgie a fait quelques pro- 
grès dans cette île, et surtout dans 
Fart du charpentier, du constructeur 
et de rébéniste. L'or et l'argent sont 
travaillés avec autant d'art qu'à Sou- 
m^dra et aux Philippines. J^e sel est 
un objet important de fabrication, 
ainsi que celle du papier, qu'on fait 
avec l'écorce du ghugo ( morua papy- 
rifera). La chasse et la pêche occu- 
pent un grand nombre d'individus. On 
prend le poisson avec des filets ou au 



iQOyen de plantes narcotiques , et le 
ipeilleur prat pour ces insulaires con- 
siste en une ^poignée de jangoustins, 
petits poissons que l'on fait fermen- 
ter, siiier et sécher au soleil. Les 
montagnards, descendants des Hin- 
dous , ne mangent encore que des vé- 
gétaux. 

L'art de tisser et de teindre les 
étoffes à Java est très-remarquable. 

Nous avons décrit les costumes des 
Javans dans le tableau général. On 
peut les diviser en costumes de pay- 
sans, de guerre, civils et de cour. Le 
vêtement des femmes, celui des fiancés, 
et surtout celui des Ropguines , sont 
très-riches et très-gracieux ( voy. pL 
24 et 25), 

Ce sont ordinairement les femmes 
qui fabriquent le coton ; elles séparent 
la graine au moyen de deux petits rou- 
leaux de bois dont les circonférences 
se touchent; ensuite elles le cardent. 

Un pikle de coton en laine ( 135 liv. 
et demie) se vend onze piastres (envi- 
ron 57 francs); et lorsqu'il est filé, 24 
(environ 125 fi^. ). Le bitord, teint en 
indigo, vaut 50 francs de plus : avant 
d'être tissé il coûte encore 50 francs 
additionnels: Ainsi la matière prête à 
fabriquer coûte environ 450 pour 
cent plus que la matière brute. La fa- 
brication des indiennes a fait peu de 
progrès. 

Le coton peint (jarit) se distingue 
en louri teint en fil et en batik teint en 
étoffe. 

Pour rendre la teinture plus facile et 

f)lus solide, on trempe l'étoffe dans de 
'eau; ensuite on la sèche et on la ca- 
landre. Alors commence le procédé 
d'où vient le nom de batik. On liquéfie 
une once de cire dans un vase de 
cuivre ou de coton ; quelquefois on 
emploie une noix de coco. Le vase a un 
tube de deux pouces de long par lequel 
on fait écouler la cire ; ce tube sert 
de pinceau pour tracer les contours 
qu'on ne veut pas soumettre ù la tein- 
ture; ensuite on plonge l'étoffe dans le 
bain color.mt. 

Pour fixer la couleur eçarlate on 
trempe d'abord TétolTe dans de T'huile, 
et au bout de cinq jours on la lave dans 



del'eau chaude ^e iriz. Le dIus souvent 
il faut dix jours pour teindre en bafik , 
quelquefois quinze; alors Tétoffe ac- 
quiert une valeur estimative de 100 
pour cent. 

Quand on connaît ce procédé , il ne 
semble plus si étonnant que les dessins 
des étones de Tlnde soient si peu cor- 
rects. On remue plusieurs fois l'étoffe 
dans la couleur qu'on veut lui donher, 
réduite à Tétat liquide, afin jue 
toutes les parties en soient pénétrées. 
C'est ainsi qu'on teint les ceintures de 
soie appelées cMncU. H ya près de cent 
espèces de baUhs; les nuances de quel- 
ques-unes sont exclusivement réservées 
aux monarques. Les seules couleurs 
bien distinctes sont le bleu et Técarlate ; 
les autres laissent toujours beaucoup à 
désirer sous le rapport de la perfection. 
C'est du vin de Vdif^niborassusefomu- 
fi/s) qu'on forme Pîndigo; on robtient 
encore d'autres acides végétaux. Le 
noir provient de Pécorce exotique ap- 
pelée thigHy et de l'écorce du man- 
goustan {garcfnia mançostcma); on le 
fait au |TK)yen de diverses autres infu- 
sions et de celle de la paille de riz. Le 
vert ^'obtient du bleu daîr et d'une 
décoction de kgraiig (boîs exotique ), à 
laquelle on in5e du vitriol. 

C'est le teyranç seul qui prodoit le 
jaune ; on y ajoutede l'écorce du nangha 
{artoearmts integrifoliay Jack) et du 
plem dodol. 

On obtient l'écavlate de la racine do 
wong-koudou {morinda ombeliata). 
Quand on a fait bouillir l'étoffe dans 
mille de itrtjen ou kamiriy on la lave 
dans une décoction de merang ou paille 
Ae pari. Après cette opération on la 
plonge dans Flnfusion du wong-koudou 
et d'écorce de iirak, variété du fruit 
appelé kepounmung. La propriété de 
cette dernière plante est d'augmen- 
ter la force de la première. Pour fabri- 
quer le roiige conu^et, on macère les ra- 
cines découpées du wong-kou(!k)u dans 
de l'eau , et on les réduit au tiers par 
i'ébullition; on infuse dans ce liquide du 
kasombakHng {Mœa orettana) pour 
obtenir une couleur rose solide. 

pans les districts maritimes , quand 
on veut donner à la soie une belle eou- 



OCÉANIE. 161 

leur cramoisie, on ajoute de la gomme 
laque , tembafou ou embtihu. 

La fabrication du pap er se fait avee 
le glou?»o ( moTtis papyrifera ). Lors- 
que l'arbre est dans sa deuxièttie ou 
troisième année, on en coupe l'écorce 
et on la divise eu morceaux de 18 pou- 
ces de longueur. On la laisse dans l'eau 
pendant 24 heures^ alors l'épiderme se 
détache facilement, les filaments du 
livret s'amollissent^ on les bat avec un 
morceau de bois, et on les lave h grande 
eau. On trempe dans une décoction de 
riz le papier qu'on destine à récriture. 
Ce procédé approche beaucoup de éelui 
qu'on pratique dqns les lies de la mer 
au Sud pour fabriquer les étoffes. 

Le soufre est tres-abondant dpns les 
Dseudo- volcans : son état est très-pur. 
Le bois équivalant à celui de bour- 
daine s'y trouve communénrfent. Mal- 
gré tous ces avantages . on préfère la 
poudre à canon apportée d'Europe. Il 
y a à Grissé, dans l'île de Java, une 
manufacture de salpêtre, établie soua 
la surveillance des officiers européens, 
qui fournit par ah 2000 pikle^^ au gou- 
vernement, évalués à environ 4000 fr. 



I.VI. 



COMBATS DB COQS. COMBAT PB 
TAWRBâtJX. 



Les combats de porcs , de cailles , 
de grillons, etc., sont très en usage 
à Java parmi les personnes qui ne sont 
pas d'un rang élevé. Ils joùe;nt aussi 
au ceif-volant comme les enfants en 
France. 

Le coq est Tdoimal favori des insu- 
laires de la Malaisie. Les chansons des 
Bouguiâ et surtout les poésies des Ja- 
vans célèbrent souvent les combats 
de coqs. La race la plus estimée pro- 
vient de Célèbes et de Bornéo. A Java 
on les fait combattre sans éperon , 
comme le font les mohammedang de 
l'Hindoustan ; à Célèbes on leur attache 
un éperon artificiel de la forme d'une 
petite faucille , moins meurtrière que 
les éperons dont on se sert en Angle- 
terre. 

Les combats de taureaux sont com- 
muns à Madoura, ainsi que dans Test de 
Java. On n'emploie ni des diièns. 



15S 



L'UNIVERS. 



comme en Angleterre, ni des hommes 
ou des chevaux, comme en Espagne, 
mais on excite des taureaux attirés par 
une vache dans un cercle immense 
nommé cUoun ahun. Une fois excités, 
on ramène la vache , et ils se combat- 
tent à outrance. Les taureaux les plus 
estimés sont ceux de Soumanap , qui 
sont de petite taille, mais braves et 
vigoureux. Tous ces ieux, et quel- 
ques autres , donnent lieu à des paris 
considérables. 

LWU. COMBAT DU BUFFLE ET DU TIGRE. 

Le combat chéri des princes et 
des grands est celui du tigre contre 
le bufQe, supérieur à nos taureaux 
en taille, en force et en courage, et 
digne, de se mesurer avec ce téroce 
animal. 

C'est à M. Crawfurd, qui a été té- 
moin de ce combat , que nous en em- 
pruntons les détails, en les abrégeant. 

On prépare, dans une vaste arène, 
une cage circulaire de gros bambous , 
qui a environ 10 pieds de diamètre et 
15 pieds de hauteur; elle est ouverte 
en-dessus et fortement attachée à la 
terre. On introduit d'abord le bufQe, 
et ensuite le tigre. Leur première ren- 
contre dans ce lieu resserré est ter- 
rible. Le bufHe est Tassaillant : il 
pousse avec violence son antagoniste 
contre les barreaux,. et cherche à l'é- 
craser. Le tigre , redoutant la force du 
buffle, veut l'éviter; celui-là saute 
adroitement à la gorge ou sur la tête 
de son adversaire , ce qui prouve dans 
le tigre des habitudes semblables à celles 
du chat. On laisse reposer les deux 
combattants après cette première at- 
taque. M. Crawfurd a vu un buffle 
écraser un tigre au premier effort. 
Mais il n'en est pas de même dans 
l'Inde : dans les combats entre un 
bufHe et un éléphant, clouer le buf- 
fle à terre en poussant un rugisse- 
ment épouvantable, est l'affaire d'un 
instant pour un éléphant aguerri. 

Si le tigre refuse de combattre après 
ce premier assaut, on l'excite en le 

{)iquant avec des bâtons pointus , en 
'incommodant par la fumée de la paille, 



ou en lui ietant de l'eau bouillante. 

On excite le buffle en lui versant 
sur la peau une dissolution de piment 
(capsicum), ou en le provoquant avec 
des orties, dont les aiguillons sont tel- 
lement brûlants qu'ils feraient naître 
une lièvre de rage dans rhomiiie qui 
en serait piqué. Cette scène cruelle 
dure environ une demi-heure. Si l'un 
des deux athlètes est hors de combat, 
on introduit d'autres combattants. 

Lorsque le tigre a survécu, on le 
destine a périr par le rampok. Voici 
l'origine de ce jeu terrible. Un grand 
nombre de tigres infestent le voisinage 
des lieux habités ; ils s'y introduisent 
pour tuer les chevaux et les bestiaux ; 
aussi l'on met le plus grand soin à ex- 
terminer cet animal. 
. Dès qu'on a découvert le repaire 
d'un tigre ^ les habitants mâles des en- 
virons sont appelés pour lui donner la 
chasse : ils reçoivent les ordres d'un 
chef; chaque nomme est armé d'une 
lance. On cerne le repaire par deux ou 
trois rangs de chasseurs : on éveille 
le tigre par des cris , par le bruit du 
gong (espèce de tambour), ou par le 
feu. On laisse assez de place pour qu'il 
puisse s'échapper jusqu à une certaine 
distance^ mais sans rompre les rangs : 
lorsqu'il veut les forcer , on le tue. 

Le souverain donne quelouefois le 
spectacle du rampok aux haoitants de 
sa capitale. Alors on place des cages 
remplies de tigres au milieu d'une 
vaste arène; des piqueurs forment un 
carré fort étendu de 4 rangs d'épais- 
seur. Deux ou trois hommes prennent 
les ordres du prince, placent des feuil- 
les sèches et tressées devant la porte 
de chaque cage, qu'ils lèvent, y met- 
tent le feu et se retirent à pas* lents , 
au son de la musique.. Aussitôt que 
le tigre sent le feu, il s'élance et 
cherche à se faire un passage à travers 
la fumée qui le repousse. Le féroce 
animal, attaqué de nouveau, veut s'é- 
lancer, et périt sous les piques. Quel- 
quefois il se retire au centre du carré: 
ce (|ui arrive presque toujours, lors- 
qu'il a déjà combattu un buffle ; alors 
le prince désigne six à huit lanciers 
qui s'avancent de sang-froid, et ne 



f 



OCEANIE. 



163 



manquent presque jamais de percer le 
tigre au premier coup. 

L'usage de forcer les criminels à 
combattre les tigres est aussi ancien 
que l'empire de Matarem ; cependant , 
depuis long -temps ce cruel amuse- 
ment est presque tombé en désuétude; 
il a "même été aboli par des traités , 
ainsi que la mutilation et la torture. 

En 1812, deux criminels furent ex- 
posés à ce supplice par ordre du soul- 
than de Djokjokarta. On doni^a à cha- 
cun d'eux un kriss dont la pointe était 
émoussée ; on ouvrit une cage d'où 
s'élança un tigre." Le premier de ces 
malheureux fut bientôt mis en pièces; 
mais le second combattit pendant Cii- 
\iron deux heures , et eut le bonheur 
de tuer le tigre en le frappant plusieurs 
fois sur la tête , dans les yeux et sous 
les oreilles. Le concours du peuple à 
cet horrible spectacle était immense. 
Là , comme chez nous, dans les temps 
barbares , le peuple superstitieux crut 
que le ciel avait ainsi manifesté l'inno- 
cence de cet homme ; il obtint sa grâce, 
et même il fut élevé au rang de mantrî, 
pour l'indemniser des dangers qu'il 
•avait courus. 

LVm. DANSE. 

Letandak, espèce de danse, est, 
suivant Raffles , le divertissement chéri 
des Javanais. A peine est - il nuit, 
dit-il , qu'on entend de tous côtés les 
sons d'une musique bruyante : le 
peuple sort de ses habitations et se 
porte en foule sur Içs places publiques 
où les danseuses sont rassemblées. 
Sous une tente dressée à la hâte et 
éclairée d'une Quantité de lampes, 
trois ou quatre femmes à demi nues , 
la tête parée de fleurs , accompagnées 
des instrumenls par des musiciens qui 
les suivent, et s'accompagnant elles-mê- 
mes de la voix, mettent en mouvement 
toutes les parties de leur corps : les bras, 
les jambes, les mains, la tête, les 
yeux tout est en action. Attirés par la 
voix de ces sirènes, les hommes vien- 
nent prendre part à leurs jeux, la 
danse va toujours s'animant'de plus 
en plus , les danseuses redoublent d'ar- 
deur , les danseurs veulent les imiter : 



mais bientôt fatigués d'un exercice 
aussi violent, ils se retirent et vont 
reprendre leur place parmi les specta- 
teurs , après avoir payé néanmoins le 
Êlaisir qu'ils se sont procuré et em- 
rassé leurs danseuses. Quelque sé- 
duisant que soit pour un Javanais un 
pareil spectacle, il ne peut réjouir les 
yeux d'un Européen de bon goût. Ces 
danseuses s'appellent Ronguines (voy. 
pi. 24 ) et sont les courtisanes au 
pays : leur profession est généralement 
méprisée, et il n'est pas de femme hon- 
nête qui voulût s'abaisser à danser 
même en particulier (*). 

Le soulthan de Djokjokarta entre- 
tient chez lui des danseuses d'un autre 
genre, qu'on nomme bedaios ou sram- 
pis : elles dansent, dit-on, avec grâce, 
forment des ballets réguliers, et ont 

Quelque ressemblance avec les baya- 
ères de l'Inde. Peu de gens ont eu 
occasion de les voir , le soulthan et le 
gouverneur de Samarang ayant seuls 
le droit d'en avoir. On" croit que la 
gravité hollandaise est ce qui empêche 
le gouverneur de jouir du même privi- 
lège; mais son lieutenant, ou gouver- 
neur javanais, qui est sous ses ordres, 
a une •troupe de bedoïos à son service, 
et fait consister en cela un des plus 
beaux attributs de sa place. 

Lorsque le soulthan se montre en pu- 
blic, ses pages exécutent devant lui 
une marche , qu'on peut appeler plu- 
tôt une danse; mais, ce cas excepté, 
les Javanais n'ont point de danses par- 
ticulières aux hommes , comme on en 
voit chez leurs voisins ; et ceux qui , à 
Batavia , se livrent à cet exercice dans 
les fêtes solennelles , sont des étran- 
gers de Mangkassar, Je Bali et de 
Bima. 

LIX. JAVANS ET AUTRES PEUPLES QUI 
MAWGENT DE LA TERRE. 

Il nous reste à parler d'un usage 
fort extraordinaire. M. Leschenault 

(*) Il en est de même dans tout rOrient. Les 
a//w^jdePÉgypteel les danseuses de la Perse, 
sans èlre au-dessus de oos figurantes des 
petits théâtres, sont supérieures aux deva- 
dassi, que nous appelons bayadères, et sur- 
tout aux ronguines. 



iW 



L'UKIVERS. 



le 



de 1q Tour , d^ns une lettre à T illustre 
voyageur M. de Humboldt, commu- 
nique les détails suivants sur les ha- 
bitants de Java qui mangent quelque- 
fois de la terre : 

a Cet aliment est une espèce d'argile 
rougeâtre, un peu ferrugineuse; on 
1 étend en lames minces, on la fait 
torréfier sur une plague de tôle , après 
ravoir roulée en petits cornets ayant 
la forme à peu près deJ'écorce de can- 
nelle du commerce ; en cet état elle 
. rend le nom d'ampo, et se vend dans 
[es marchés publics. L'ampo a un goût 
de brillé très-fade que lui a donné la 
torréfaction; il e»t très - absorbant , 
happe à la langue et la dessèche. II n*y 
a presque que Tes femmes qui mangent 
Fampo, surtout dans le temps de leurs 
grossesses , ou lorsqu'elles sont attein- 
tes du mal (ju'on nomme en Europe 
appétit déréglé. Plusieurs mangent 
aussi l'ampo pour se faire maigrir, 
parce que la maigreur est une beauté 
parmi les Javans (*), et le désir de rester 
plus long-temps belles leur ferme les 
yeux sur les suites pernicieuses de cet 
usage, qui , car rhabitude, devient un 
besoin dont il leur est très-difficile de 
se sevrer. Elles perdent Tappétitet ne 
prennent plus qu'avec dégoût une très- 
petite quantité de nourriture. Je pense 
que l'ampo n'agit que comme ansor- 
bant, en s'emparant du suc gastrique ; 
il dissimule les besoins de restoniac , 
sans les satisfaire. Bien loin de nour- 
rir le corps i il le prive de Tappétit , 
cet avertissement utile que la nature 
lui a donné pour pourvoir à sa con- 
servation; aussi 1 usage habituel de 
l'ampo fait-il dépérir et conduit-il in- 
sensiblement à l étisie et à une mort 
prématurée. Il serait très-utile pour 
apaiser momentanément la faim daAs 
une ciroonstanee où l'on serait priTé 
de nourriture, ou bien si l'on n'avait 
pour la satisfaire que des substances 
malsaines ou nuisibles. » 

Il est certain que cet usage existe aussi 
chez quelques sauvages de la Terre 

(*) Le contraire existe en Turkie et en 
Ciiine, où la beauté consiste dans Fembon- 
poiiit. L. D. R. 



d'Arnheîm. Georgi,dans son excellente 
DescriptiondelaRussie,cite également 
des exemples de cettesingulière manière 
de se nourrir. Dans le Kamtchatka , 
près du fleuve Oloutorâ, et en divers 
autres endroits, il se trouve, dit-il, 
une argile lithomarge que les Tun- 
gouses et les Russes eux-mêmes man- 
gent, soit seule, soit délayée dans de 
l'eau ou du lait : elle ne leur cause 
que des obstructions légères qui leur 
sont môme salutaires dans le prin- 
temps , époque où , en mangeant trop- 
de poissons, ils s'attirent des diar- 
rhées. Mais un long usage serait rrai- 
semblablement funeste à la santé. 

Cette argile , analysée par Lowtz , 
contient , sur cent parties , cinquante- 
huit de terre ferrugineuse, ringt-huit 
de terre alumineuse, hu|t de fibres 
combustibles , sept d'eau. 

LX. DIVISIONS GÉOGRAPHIQUES KT POUTI- 
QUES. CAPrTALE ET AUTRES VILLES. 

Malgré les guerres cpie le gouverne- 
ment vient de soutenir contre le fa- 
meux chef Dipo-Neiïoro, homme d'un 
grand caractère, dont nous parlerons 
dans l'histoire de Java, il a conservé * 
l'empire sur toutes les parties de 
cette grande île En 1823, cette su- 
perbe colonie fut partagée en vingt ré- 
sidences , y compris les états indépen- 
dants. 

Voici les villes et les lienx les phis 
remarquables de cette fie florissante r 

Batavia, capitale de l'Océanie hol- 
landaise, s'élève avec orgueil dans la 
résidence de ce nom. Elle est située 
sur les bords de te rivière Tjilîwong, 
et, quoique déchue de son ancienne 
splendeur , elle est encore la pi^emière 
ville commerçante de toute TOcéanle. 
Sous le gouvernement de' Tillustre 
Daendels, l'ancienne Batavia Ait aban- 
donnée et démolie en partie ; niîais le 
baron van der Capelien adopta une 
autre méthode. Il fit réparer quelques 
édifices de l'ancienne ville, et, uour 
détruire son insalubrité, fit de^iecher 
les canaux , éloigner les cimetières et 
les voiries , élargir les rues , et cette 
métropole des établissements holl«n- 



OCÉANIE. 



m 



dais dans la Bfalaisie est à peu près 
aussi salubre aujourd'hui que les au- 
tres villes de Java. Elle possède de 
beaux édifices , tels que Téglisé luthé- 
rienne, le grand hôpital militaire et le . 
nouveau palais du Weltevreden. La 
Société des arts et des sciences est le 
premier corps savant établi par les 
Européens dans l'Orient. Le gouver- 
neur habite le beau château de Buiten- 
zoorg, dans la résidence de ce nom; il 
possède un des plus riches jardins- bo- 
taniques du globe. 

' La population de Batavia est de 
60,000 âmes , y compris la garnison du 
Weltevreden. 

Dans la résidence de Kadou se trou- 
vent les ruines célèbres de Boro-Bodo, 
que nous décrirons i)lus bas. 

Les autres villes importantes sont 
Sourabaya, Samarang, Sourakarta et 
Djokjokarta. 

LXl. SOURABAYA. 

Sourabaya est la ville de la rési- 
dence de ce nom la plus peuplée et 
la plus Qorissante , grâces a l'activité, 
agricole et commerçante de ses ha- 
bitants. Après Batavia, elle est la 
plus importante de l'île, tant par sa 
situation à l'embouchure du ICediri, 
auquel on donne aussi quelquefois le 
nom de Sourabaya, que par sa rade, 
qui est aussi belle que sûre. Elle pos- 
sède un arsenal maritime, de beaux 
chantiers, un hôtel de monnaie pour 
frapper les petites pièces de cuivre, et 
une fonderie de boulets. 

On connaît Pamour des Hollandais 
pour les fleurs : aussi les jardins de 
cette ville sont riches en plantes exo- 
tiques des plus rares. On y voit des 
eugenia à fleurs rouges et à fleurs blan- 
ches de la plus grande beauté , de jolis 
bosquets de diverses espèces et variétés 
de roses, et de vastes serres chaudes 
de balsamines, de reines-marguerites 
de la Chine, d'œillets d'Inde , de bluets. 
M. Midelkop, un des plus riches habi- 
tants de Sourabaya , est propriétaire 
d'un superbe jardin et d'une ménagerie 
d'ani ^aux fort rares. Il tient en cage 
un oiseau de paradis émeraude vivant, 
et possède dans un parc fermé trois 



cents cer£s et biches mouafaetés iixxxm 
rare beauté. 

Sourabaya se divise en quartiers 
hollandais, chinois et malai. Lepremier 
et le dernier sont dans le genre de ceux 
de Singhapoura et de Batavia. Mais la 
ville hollandaise mérite une description 
toute particulière. Les édifices sont 
ornés avec goût. L'élégance et la pro- 
preté de3 salons se rapprochent de celles 
des salons de La Hâve ou d'Aipster- 
dam. Les magasins , les ateliers même 
annoncent une ville opulente. Les voi- 
tures sont très-nombreuses, car les 
personnes aisées ne vont jamais à pied 
dans ce pays , et les chevaux , quoique 
petits , sont d'une rare vitesse. 

Dans la résidence de Passarouang 
est le district de Gratté. Dans c^ 
district se trouve le lac Ranou , re- 
marquable par la douceur des crocodi- 
les. Ces reptiles sauriens respectent les 
Javans du voisinage qui s'y baignent, 
et qui les régalent quelquefois de pou- 
les; mais les indigènes , étrangers à ce 
canton, ont isouvent payé de leur vie 
une telle témérité. 

LXU. SAMARANG. LE MORDECHI OD CHO- 
LÉRA-MORBUS. 

Remarquons dans la résidence de 
Samarang, Samarang, une des trois 
grandes villes de Java. Sou port est 
obstrué en partie par un banc de vase. 

C'est dans cette ville que le mordes 
chiy que nous appelons choléra-mor^ 
hits y a exercé les plUs horribles ravages. 
Il y fut importe, en 1819, de l'Inde 
transgangétiqué. De Samarang il com- 
mença à s'étendre d'abord le long de 
toute la cote septentrionale de Java, en- 
suite dans l'intérieur de l'île. Il emporta 
dans sa marche cent dix mille habitants. 
Mais c'est à Batavia , et surtout dans le 
portde Samarang, où il reparut en 1622, 
qu'il fut le plus désastreux. Depuis la 
t&rxMe peste noire, que les chroniques 
contemporaines du XIV* siècle pré- 
tendent avoir emporté la moitié de 
la population de l'ancien continent, ja- 
mais épidémie aussi dévorante ne par- 
courut une aussi vaste surface et ne 
frappa un aussi grand nombre de vic- 
times. Cet épouvantable fléau se pro- 



156 



L'UNIVERS. 



pagea du Delta du Gange , où il est 
eiiuémique , dans toute l'Asie méridio- 
nale et orientale, et dans une grande 
partie de l'Asie moyenne; il décima les 
populations des Philippines et du reste 
de la iVlalaisie , jusqu'aux extrémités 
orientales de l'archipel des Moluques. 
Après avoir moissonné les îles de 
Ceylan , de France , de Bourbon , de 
Madagascar et de Zanzibar, il-envahit 
l'Arabie et pénétra en Perse, en Syrie 
et en Egypte. De la Perse, il s'étendit 
en Russie, et parcourut cet empire 
immense dans toute son étendue. De 
Moscou et de Saint-Pétersbourg, il se 
propagea avec une effrayante rapidité 
jusqu'aux armées entre lesquelles de- 
vait se décider le sort de la belli- 
queuse et malheureuse Pologne. De là, 
Il s'étendit en Hongrie, en Autriche, 
en Bohême , en Prusse , dans le reste 
de l'Allemagne , en Angleterre et en 
France ; enlin , franchissant l'Atlanti- 
que, il s'élança comme un vautour 
affamé sur le Nouveau-Monde, et ayant 
repris son vol vers notre occident , il 
désole aujourd'hui l'Espagne et Alger. 
Mais cej; inexplicable (léau, qui, dans 
les Gràiides-Indes orientales , en Océa- 
nie et en Afrique , nous a paru , à nous, 
voyageur aussi infatigable que lui; 
peu redoutable pour les Européens , 
amis de la tempérance, n'a nulle part , 
peut-être , enlevé plus de victimes qu'à 
Samarang. 

LXIU. ÉTATS DE L'EMPEREUR ET DU 
SOULTHAiN. 

Les résidences de Djokjokarta et de 
Sourakarta sont gouvernées par des 
princes javans, descendant des empe- 
reurs de Matarem, qui , vers la fin du 
X V' siècle , dominaient presque toute 
l'île de Java. 

A la suite de la guerre terminée 
en 1755, la compagnie hollandaise des 
Indes orientales partagea l'empire de 
Matarem entre l'empereur ou sousou- 
imn de Matarem et le soulthan de Djok- 
jokarta. Leurs états sont enclavés l'un 
, dans l'autre de manière à en rendre 
la description difficile. La surface de 
ces ieux états dépendants du gou- 
verneur-général des établissements 



hollandais (lequel réside à Batavia, et 
a remplacé la compagnie); leur surface 
réunie, dis-je, est de quatre mille 
lieues carrées , et leur population de 
• 1,660,000 aines, dont un million dans 
les états du «ousounan (*) , et 660,000 
dans ceux du soulthan. 

Sourakarta, capitale du premier, est 
une grande ville , ou plutôt une réu- 
nion de villages, dont la population 
est d'environ 100,000 âmes 

Djokjokarta est Iî^ capitale du se- 
cond. Sa construction est semblable 
à celle de Sourakarta, et sa popula- 
tion est également de 100,000 habi- 
tants. Mais le palais est très-inférieur 
au kralon , ou palais impérial du sou- 
soupan. 

Sur la coté septentrionale de Java , 
j'ai vuAnyer, joli port de relâche et 
d'approvisionnement pour les navires 
qui retournent en Europe (voy. pi. 39). 

LXIV. PLANTATIONS DES EUROPÉENS. 

Parmi les Européens qui se sont 
livrés avec le plus de succès à la cul- 
ture des terres dans ces différentes ré- 
sidences, nous devons nommer avec 
distinction les planteurs suivants dont 
les propriétés sont les plus considé- 
rables après les grandes plantations du 
gouvernement hollandais : messieurs 
de la Bretonnière , Louis et Pitet , 
Français; Mac Lane, Anglais, et le 
baron Bowens van der Boyen, Hollan- 
dais, dont l'immense plantation de 
café a été détruite pendant la der- 
nière insurrection contre le gouverne- 
ment de Batavia. 

M. Dyard, savant voyageur français, 
a également rendu de grands services 
à cette grande et riche contrée, en 
éclairant les colons sur les procédés 
les plus utiles et les plus économiques 
à employer dans l'agriculture et dans 
l'industrie. 

LXV. MONUMENTS ANTIQUES ET DU MOYEN 
AGE. 

De toutes les formes qu'a revêtues la 
pensée pour parler aux peuples , la plus 
imposante est celle qu'elle emprunte à 

(*) Ce mot signifie messager de Dieu. 



l'architecture, qui, bien comprise, 
traduit au philosophe par des rormes 
palpables, les institutions et même 
les doctrines incompréhensibles au vul- 
gaire ignare et impertinent. 

Les monuments m'ont toujours paru 
fournir la preuve vivante de l'état de la 
civilisation des peuples. Ils deviennent 
en quelque sorte fa source de leur his- 
toire, lorsqu'il s'y rattache, comme 
aux antiques édifîces de l'Egypte, de 
la Chaldée et de l'Arménie, de l'Inde 
et delà Malaisie, une langue, un mythe 
ou une tradition. Ainsi l'histoire du 
fameux Marcvus Coriolan est basée sur 
la description du temple de la Fortuna 
mtUiebris à Rome. 
' Convaincu de cette vérité, je me 
suis beaucoup occupé pendant vingt- 
un ans de voyages, de Tunis au Mexi- 
^e, de Van à Grenade, de l'Ecosse 
a la Polynésie; des ruines de Troie 
à celles âe'Tyr, d'Assabet de Jérusa- 
lem ; dans les^ murs de Rome et d'Athè- 
nes; en Egypte et dans une partie de 
l'Ethiopie; en Arabie et en Syrie; 
dans l'empire othoman; dans l'Orient; 
dans l'Inde; en Chiné et en Océanie; 
je me suis, dis-jè, beaucoup occupé 
des inscriptions hiéroglyphiques et 
cunéiformes, des caractères inconnus, 
et principalement de l'architecture des 
nations. J'ai comparé entre eux les 
monuments de ces divers pays pour 
juger leur histoire et leurs institu- 
tions , de même que je cherchai à con- 
naître les révolutions et l'histoire du 
globe dans les divers âges de la 
géologie. Vingt et un ans de voyages 
n'ont pas sufli pour atteindre mon dou- 
ble but , qui était de connaître la na- 
ture et ses époques et surtout l'homme 
et l'histoire des peuples. Heureux si 
quelquefois j'ai découvert, pour me 
servir de l'expression poétique des 
Arabes , le sens caché des pierres écri- 
tes : hcbcfjar maktovb! 

Dans l'île de Java , l'architecture et 
la sculpture sa sœur ont fleuri avec plus 
d'éclat que dans la Perse et dans le 
Mexique, et ont égalé les chefs-d'œu- 
vre en ce genre de l'Egypte et de l'Hin- 
doustan ; néanmoins on n'y a point dé- 
couvert jusqu'à présent de grands 



OCÉANIE* 167 

temples souterrains, mais seulement 
une petite chapelle. 

Avant de décrire les nombreux et 
admirables monuments épars sur le sol 
de cette île , nous croyons devoir don- 
ner d'abord quelques détails sur ceux 
qui ont été construits depuis l'intro- 
duction de l'islamisme dans cette 
contrée. 

LXVr. TOMBEAUX ET MOSQUÉES. 

Dans les environs de Cbéribon, on 
trouve le tombeau du célèbre cheik 
Moulang , qui propagea le premier la 
religion de Mohammed à Java. 

Dans tm village nommé Trangoulan, 
près de l'antique et célèbre Madjapa- 
nit, on remarque le magnifique mau- 
solée d'un prmce musulman, ainsi 
que le tombeau de sa femme et de 
sa nourrice. Il porte la date de 1320, 
sculptée en relief et dans les anciens 
caractères en usage chez les mohain- 
niédans. A côté on voit les tombeaux 
de neuf autres chefs. Leur garde est 
confiée à des prêtres. 

A Kediri on voit une mosquée mu- 
sulmane nommée Âstana-ajedong ^ 
construite avec les débris d'anciens 



tchandis, ou temples javanais, qui ont 
également servi à la construction de 
plusieurs maisons et édifices. Ces 
tchandis ont été détruits et abattus 
depuis l'introduction du culte de Ma- 
hommed, en haine de l'idolâtrie; leurs 
débris ont vraisemblablement été tirés 
de l'antique ville Dara, dont les annales 
javanaises font si souvent mention. 
Les mosquées modernes sont d'une mé- 
diocre élégance. 

Pour décrire tous les monuments an- 
tiques de Java, nous avons dû, dans nos 
excursions archéologiques, consulter 
les écrits du docteur Horsfield , du ca- 
pitaine Baker, du colonel Colin Macken- 
zie, dont l'excursion , en 1 8 1 2 , est insé- 
rée dans les actes de la Société de Bata- 
via, de M. Crawfurd, et particuliè-. 
rement de sir Stamford Rafïles, qui 
s'est distingué pendant cinq ans à 
Java comme gouverneur et comme ar- 
chéologue, et qui a fait lui-même des 
découvertes utiles et remarquables 
dans cette contrée. • ^ 



158 



L'UNIVERS. 



Les raines d'ardiiteeture et de 
sculpture de eette lledassique sont plus 
Donibreuses depuis CbérÎDon jusqu'à 
Sourabaya, que dans la partie occi- 
dentale. Nous décrirons, en détail le 
teolple de Brambanan , celui de Boro- 
Bodo, les ruines de Sing'a-Sarj , dans 
le district de Ma ang, et les ruines du 
monument pyramidal de Soukou. En- 
suite nous mentionnerons toutes les 
autres antiquités connues de moindre 
importance. 

LXYII. LE GRAHD TEMPLE DE imAMBÀNAN. 

Les ruines deBrambauan, entre les 
districts dé Pàjang et de Matarem, 
sont bien Conservées, Elles furent 
découvertes par un ingénieur hollan- 
dais, construisant un fort à Kletan, 
près de la grande route qui conduit de la 
capitale des états du sousounan ou 
empereur de Sourakarta ou Matarem , 
à celle des états du sôulthan de Djokjo- 
karta. Cest dans cette riche et fertile 
partie de Java, remarquable par le 
Merbabou , le Sindoro et lé Soumbing, 
les plus hautes montagnes de Tîle, 
qu'existent une foule de monuments 
de tout genre, rappelant la puissance 
et l'antique civilisaltion de cette belle 
contrée. 

Le Tchandi, ou temple deRobou-Da- 
lem, est tellement couvert de broussail- 
les, qu'on n'a pu en visiter que l'étendue, 
laquelle est de 600 à 900 pieds français. 
Les ruines de la clôture n'ont pas en- 
core été découvertes. A environ 120 
pieds du côté de l'ouest du temple, il y 
avait autrefois deUx statues antiques, 
colossales, représentant des recha$ 
(gardiens du teniule) agenouillés. Ces 
deux statues sont renversées, et l'une 
d'elles est brisée par le milieu ; elles .soht 
taillées d'un seul bloc, et elles étaient 
jadis en regard l'une de l'autre. Les 
.deux rechas ressemblent aux prêtres 
mendiants dé l'Inde. Leur tête a la 
hauteur de deux pieds : on peut juger 
par elle de là grandeur delà statue. Les 
rechas portent une épée attachée au 
cdté !roitd'unelargeceintureau milieu 
du corps, la seule partie qui soit cour 
verte: ils ont la bouche ouverte et fort 



grande. Leur main droite went une 
massue octogone, la gauche iin serpent 
roulé; de petits serpents sont entrela- 
cés autour des manches sur lesquelles 
la têteet la queue se réunissent en forme 
de nœuds. Ces statues sont sembla- 
bles à celles du temple de.Bénarès, la 
Rome et l'Athènes de l'Inde, et leur 
exécution est de la plus grande beauté, 
il est probable qu'en faisant des fouil- 
les on trouverait les statues des divi- 
nités de ce temple. La porte a trois 
pieds et demi de large, sur 12 de hau- 
teur; elle conduit à uiî appartement 
de 20 pieds carrés, dont le sol est 
couvert de décombres; sa hauteur ac- 
tuelle est de 28 pieds. Le toit est une 
pyramide quadrangulaire de 14 pieds 
a sa base. Là pierre dont le temple 
et les statues ont été taillés est d'un 
grain commun. L'aspect de son inté- 
rieur rappelle la pagode à sept encein- 
tes de Si nngam(voy. pZ. 37). 

Non loin de là est un beau bas- 
relief de 18 pouces sur 5, représen- 
tant un éléphant caparaçonné, ainsi 
qu'ils sont dans l'Hindoustan. On re- 
connaît dans les figures assises la pos- 
ture des Hindous pendant la prière 
appelée toupichuy adressée à la prin« 
cipale divinité du culte brahminique. 

LXVIII. TEMPLE ET STATUES DE LORO- 
OJONGRANG. 

Le Tchandi , ou temple de Loro- 
Djongrang, au nord du village de 
Brambanan , se composait jadis de 20 
petits édifices^ dont 12 petits temples: 
ce n'est plus aujourd'hui qu'une énorme 
masse de pierres. Le principal templ^e 
a 90 pieds de hauteur. En entrant , eiK 
face de la porte, on voit une statue 
de la déesse Loro-Djongrang, avec les 
attributs du Kouviran , et de la hau- 
teur de 6 pifeds 3 pouces. Le premier 
de ses huit bras tient une queue de 
buffle, le second une épée appelée 
courçj ïe troisième le nhouda, le 
((uatrieme le choukour , le cinquième 
la lune, le sixième l'écu, le septième 
l'étendard , et le huitième les cheveux 
de Mahikassour, qui est le vice per^ 
sonniiié. Il est enlevé avec violence 
par la déesse, parce qu'il a voulu tuer 



;dۃANIE. 



iS^ 



le tatff eâti mnêS (roy. pi. 80). Cette 
déesse i Quelquefois, ticftt un sabre eri 
«à main Danâ les ouvrages sanskrits 
elle porte plusieurs noms , tels que ceut 
de Bhâwani, Derf , Mahamia, etc. , et 
surtout celui de Dourga 

Les autres parties d" temple renfer- 
ment une belle statue de BitaraG^anaou 
Oanesâ (dieu de la sagesse) , ainsi que 
celles de Ghîva et autres divités hin- 
doues. Toutes ces immenses construc- 
tions sont en pierre de taille, sans 
mortier ni ciment ; et les plantes qui ont 
poussé au milieu de leurs débris, en les 
environnant de verdure, les couvrent 
de leur ombrage , et leur prêtent des 
beautés pittoresques qui ajoutent à 
leur aspect vénérable. 

LXIX. LES MILLE TEMPLES 

A 420 toises au nord et du temple 
de Loro-Djongrang , on voit les 
Tichàndi-Siwou (mille temples). Jamais 
on n*a contemplé un plus grand nom- 
bre de colonnes , de statues , de bas- 
reliefs entassés dans un même lieu: 
tout est terminé et poli avec un goât 
pur et très-exercé. Les statues des gar- 
diens ou portiers du temple {rechas) 
ont 9 pieds de hauteur quoique agenouil- 
lées , et offrent au reste la plus gran- 
de ressemblance avec celles du grand 
temple de Brambanan (voy. pL 27). 
Leurs grosses faces offrent une expres- 
sion de galté qu*on ne retrouve dans 
aucun des monuments épars sur le sol 
de rîle, ni dans ceux de THindoustan. 
Tousces^temples renferment une statue 
de Bouddha, et ont la forme d'un paral- 
lélogramme de la longueur d'environ 
540 pieds, sar une largeur de 510 : 
ils sont , à peu près , tous construits 
sur le même plan , et le st}ie de Tar- 
ehitecture , les costumes et les emblè- 
mes des statues et des bas-reliefs qui 
les ornent, sont exactement sembla- 
bles à ceux des temples hindous ; ils 
ont chacun quatre entrées placées aux 
quatre points cardinaux. Leurs plus 
grands côtés font face à Torient et à roc- 
cident. On remarque dans le grand tem- 

Ëe une figure de la trimourU ( triple 
rme), ou triade hfindoue , différente 



de la triade &yptlenne(Tojr.p/. âo). La 
distribution intérieure, amsî que celle 
des temples de Loro-Djongrang, est 
en fbrme de croix, et la pkjsgrimde de 
toutes les Galles est placée 'au centre. 

LXX. TEMPLE DE KALIBEKINO ET SALLB 
D'AUDIENCE D£ KAUBjBlflitG. PALAIS Dfl 
KALASSAlf. 

. A Kalibening, village peu loin dé 
Brambanan, se trouvent les débris 
d'un temple pareil à ceux de Tchandi- 
Siwou et de Loro-Djongrang; mais 
ses ornements annoncent plus d'art et 
d'habileté dans l'exécution. 

Près du temple de Kalibening se 
trouvent les rumes d'une salle d'au- 
dience ; il y a deux statues colossales 
de rechas, d'une exécution admirable; 
derrière ces statues est une masse 
confuse de briques , formant vraise^n- 
blablement les restes de cette salle, 
oui était entourée de 14 piliers. Au 
dehors, une varanda ou galerie , qui 
régnait tout autour de cette salle, 
était soutenue par 22 piliers. Le bâ- 
timent s'étend de Test a l'ouest. L'ap- 
partement intérieur est de 47 pieds, y 
compris les piliers; sa largeur était 
de 28; la varanda en avait 12 de large. 

Près de Brambanan sont les ruines 
du palais de Kalassan (voy. pL 33). 
Les ruines de Dinangan, sur la route 
de Brambanan à Djokjokarta, étalent 
des statues dont une est gigantesque, 
mais médiocre. 

LXXI. TEMPLE DE BOROBODO ET STATUE 
DE BOUDDHA 

Dans lés limites de la province de 
Kadou , non loin de Magouelan, et près 
de la frontière des états du soultbân 
de Djokjokarta , se trouvent les ruines 
célèbres de Boro-Bodo (voy. pL 29). On 
y voit les débris d'un temple qui couron- 
nait une petite'colIineconique,et dont là 
construction, selon Railles, remonterait 
au commencement du 6* ou , tout au 
plus, du S"* siècle de l'ère javanaise 
Ce temple a la forme d'un carré long, 
et est entouré de sept rang& de murs, 
qui décroissent à mesure que l'on 
graivit la colline, et est surmonléd'un 



16a 



L'UNIVERS. 



dôme qui recouvre son sommet. Ce 
dôme a environ 50 pieds de diamè- 
tre; chaque côté du carré extérieur est 
d'environ 620 pieds , et un triple rang 
de tours , au nombre de 72 , accompa-r 
gne les murs de cette dernière enceinte. 
Dans les parois de ces murs et de ces 
tours, existent, des niches où sont 

S lacées des figures sculptées plus gran- 
es que nature ; elles représentent des 
personnes assises avec les jambes croi- 
sées; il y en a près de 400. On a 
trouvé dans ces ruines une statue mu- 
tilée que M. Raffles a cru être une 
statue de Brahmâ , et que nous attri- 
buons à Bouddha ; ainsi que nous es- 
saierons de le prouver à la fin du cha- 
pitre des antiquités , en donnant notre 
opinion sur ces monuments. La gra- 
vure de Bouddha {\oy. pL 32) a été 
faite d'après le dessin d'une statue 
en argent que nous avons donnée au 
Cabinet du Roi et oui y est placée. La 
hauteur du temple ae Bodo est d'envi- 
ron 100 pieds. Quoique l'alignement de 
cet édifice paraisse droit lorsqu'il est 
vu de loin, il est tronqué réellement, 
parce qu'on a voulu le mettre en har- 
monie avec la coupe irrégulière du 
sommet de la colline. La même forme 
a été observée à chaque terrasse (voy. 
pL 29). 

LXXn. TEMPLES INNOMBRABLES ET DE- 
MEURES DES DIEUX. 

Sur un plateau du célèbre Gou- 
noug-diena (mont des dieux) ou Gou- 
noug-praliOy parce qu'il a la forme 
du corps d'une barque [praho ) , au 
nord-ouest du mont Sindoro, à une 
hauteur de 600 pieds au-dessus des 
plaines environnantes, et de 1000 
pieds au-dessus de la surface de la 
mer, on voit les restes de plusieurs 
temples, des statues de la déesse 
Dourga, et d'autres sculptures fort re- 
marquables et peu maltraitées. On gra- 
vit sur ce plateau à l'aide de mardies 
en pierres entièrement bouleversées 
et presque ensevelies sous les amas 
de iaves, de scories, qui ravagèrent 
ces lieux, long-temps après que ces 
monuments furent élevés. Au centre 



de cette plaine élevée, on trouve en*- 
core quatre temples mieux conservés 
que les autres , et d'une architecture 
élégante. Plus tard , on y a découvert 
les ruines de 400 temples, disposés 
d'une manière admirable, et formant 
entre eux de grandes rues régulières. 

Toute la contrée située entre Gou- 
nong-Dieng et Brambanan est couverte 
de ruines d'édifices sacrés. Plusieurs 
villages entre Bledran et Jetis , sur la 
route de Banioumas, à travers le Ka- 
dou , en offrent également : on ren-~ 
contre à chaque instant des débris de 
murs , de corniches , de bas-reliefs et 
de statues. 

Selon les traditions", on suppose que 
cette contrée avait été la résidence des 
dieux et des demi-dieux de l'antiquité 
javanaise. 

• LXXUL RUINES DIVERSES. 

Les districts dcTayaraya, Chéribon, 
Bawa, Kalangbret, Trengali, Prana- 
raga et Magetan sont couverts de rui- 
nes dispersées et solitaires. On dis- 
tingue généralement par le nom de 
Kotah-Bedah les restes de villes , de 
forts et autres édifices. 

Les environs de l'ancienne Madjapa- 
hit sont fort remarquables sous plu- 
sieurs rapports. A l'ouest on voyait, 
à Madion , quatre monuments en pier- 
re, revêtus d'inscriptions lisibles : on 
y trouve encore des restes de réchas 
et d'autres débris de sculptures. On a 
découvert dans des fouilles, à Tou- 
moung-Goung, les restes d'un bain qui 
recevait l'eau par l'intermédiaire de six 
conduits. Les fontaines sont couvertes 
d'inscriptions, et les sculptures sont 
assez bien exécutées. 
- . A l'est de la rivière de Solo , gisent 
çà et là une foule de ruines monu- 
mentales, particulièrement dans les 
districts de Madion , Kirtasana , Ke- 
diri et Streng'at, qui renferment les 
antiquités les pi us intéressantes de cette 
contrée. 

Au pied de la colline de Klotock, 
qui est une prolongation du mont 
AVillis , à un peu plus d'une demi-lieue 
à l'ouest du Kediri, est la cave de 



JAVA. 




m. 



'■^ 4:^tUif-^r^ a^*/^^ ^^i^.îw^-^î^^-'' c ^é^^e^!Z<^*5R'«!>î'z^- 



^z^.^^^c^^ ^^ — . 



Bra-miniacLea Bild eiti cr Gottin. 



OCÉANIÈ. 



i^t 



Sela-Manglene. Elle consiste en quatre 
petites chambres contiguës et sem- 
blables , carrées , un peu oblongues et 
creusées dans le roc. La plus grande 
est , à peu près , longue de vingt ^ieds. 
Les deux murs des deux pnncipaux 
appartements sont ornés de sculptures 
et de bas-reliefs ; la construction sem- 
ble, indiquer un lieu consacré à la pé- 
nitence ou à des exercices religieux. 
Sur le chemin de cette cave se trou- 
vent plusieurs rechas artistement sculp- 
tés. Il y a dans le vestibule un lin- 
gam (*) , des réservoirs d'eau et des 
figures. Sur la porte extérieure, du 
côté nord , est gravée une inscription. 
Aux environs de Kediri , on rencontre 
des débris d'antiquités de toute es- 

Fèce ; il est probable qu'à l'époque de 
introduction de l'islamisme, plusieurs 
tchandis ont été détruits pour con- 
struire une mosquée. 

LXXIV. RUINES DE MÂDJAPÂHIT. 

C'est au milieu des immenses forêts 
de tecks , qui s'élèvent le long du Ke- 
diri , qu'était située la célèbre ville de 
Madjapahit, antique capitalede l'empire 
javanais, dans ses temps les plus flo- 
rissants. Ses ruines couvrent un es- 
pace de plusieurs milles. On trouve 
encore debout plusieurs temples en 
briques et des débris de portes. Depuis 
lé heu où s'élevait cette ville fameuse , 
jusqu'à Pabalingo, vers l'est, on ren- 
contre à chaque pas d'anciennes con- 
structions en briques. Il est bien dif- 
ficile de déterminer l'étendue de Maja- 
pahit, parce que son emplacement est 
aujourd hui recouvert de tecks d'une 
hauteur prodigieuse; mais on voit en- 
core les murs de son étang : ils sont 
faits de briques cuites, et ont 100 
pieds de longueur sur douze de hau- 
teur. 

LXXV. RUINES DE SENTOUL, GIDAH ET 
PENATAJLAN. 

A Sentoul , à l'est de Kédiri , on 
voit, au milieu d*une antique forêt, 
un petit édifice construit avec une 

(*) C'est le (^Uus de rantiquité grecque. 
11' Livraison. (Ocjkanie.) 



élégance extraordinaire; les enta- 
blements des murs qui l'entourent sont 
ornés , dans l'intérieur, de sculptures 
parfaitement finies. A son sommet 
on voit encore un tank ou réservoir 
d'eau, d'une assez grande dimension, et 
sous ses fondations on a creusé une 
chapelle souterraine. Cet édifice paraît 
avoir été un tombeau. Aux environs 
de Gidah , village peu éloigné de celui 
de Blitar , est un temple en briques 
dont les ornements sont en pierres; 
la construction et les sculptures sont 
exécutées avec une étonnante habileté. 
En s'avançant vers le nord-est, on 
aperçoit les antiquités de Penataran, 
rangées parmi les plus considérables 
et les plus curieuses de Java. Le plan 
de ces édifices semble indiquer qu'ils ont 
été destinés à des usages religieux. Ils 
occupent un espace de forme oblongue 
qui se trouvait partagé en trois par- , 
ties distinctes et environné d'un mur \ 
extérieur ; l'entrée principale est car- \ 
dée par deux statues colossales. Une l 
statue de retcha, ou gardien agenouillé, 
et dont la figure à quatre visages sem- v 
ble annoncer le aieu Brahma, est ' 

K lacée dans un petit temple , dont la 
eauté l'emporte peutnêtre sur tout 
ceux que nous avons déjà décrits. 

LXXVI, TEMPLES RUINÉS BT STATUES DE 4 
SING'ASARl. ^ 

Dans le district de Malane se trou- ^ 
vent les célèbres ruines de Sing'a- r 
Sari. On y voit un tchandi ou temple, . 
dont la principale entrée, à l'ouest, 
a 30 pieds de hauteur, et au-dessus 
de laquelle est sculptée une énorme 
tête de Gorgone; on voit autour de 
l'édifice d'autres sculptures qui ont 
été mutilées ; on en a découvert d'in- 
tactes, en s'avançant dans la forêt 
voisine ; une^ entre autres , de 5 pieds 
de long , qui représentait le taureau 
NqncU (voy. p/. 31). Oh a trouvé aussi 
contre un arbre/ïoiossai une magnifique 
statue à quatre têtes ; une autre de 
Mahadeva, avec son trident, accom- 
pagnée d'une inscription en caractères 
devanagari (voy. p^^32); une déesse 
avec la fleur de lotus (voy. pi. 35) ; un* 

il 



l(^ L'UNIVERS. 

rJ}aF«leWMrya(lfi)îol)eil),av^ ses sept 
chevaui J4MQp$ ^ qui ont leurs queues 
r^jetées en, arrière, et dans l'attitude 
c)'une CQUfse rapide, A 50 toises delà, 
est une super^ statue colossale de 
Ganesa, avec sa trompe d'éléphant, ses 
gros bras et ses Jambes énormes (voy. 
pi. 38). Cette Geure paraît avoir été 
primitivement [uacée sur une plate- 
forme ou dans un temple , car tout à 
Tentour est amoncelée une quantité 
considérable de pierres. Enfin, en s'a- 
vançant encore un peu plus dans le 
bois*, on trouve deux ne ces statues gi- 
gantesques qui représentent des rechas, 
accroupis selon la coutume : ces sta- 
tues, taillées dans uj(i seul bloc de 
pierre, avaient douze ^ieds de haut, 
quoiqu elles fussetit ajssises. 

LXXV^. HUmES D«KOTAH-B^DAH,D£KEDAL 
£T Ui DJAGOU. 

£n se dirigeant au sud par Malang , 
on rencontre Içs ruines de Soupit-Ou- 
rang, connues sous le nom de Kotahr 
Bedah, ou le Fort démoli; c'est là 
que se retirèrent les habitants de Ma- 
qjapahit, quand leur ville eut été dé- 
truite. Le mur de ce fort est construit en 
briques , et placé entre deux rivières 
qui Fentourent aux trois quarts de 
son circuit et se riunissent. Quoique 
irrégulier, il est cependant dans une 
position bien choisie. Il a^ environ 
^00 pieds de wconférence eta depuis 
5^0 jusqu'à 100 pifds de profondeur. 
La partie qui n est point oaisnée par 
l'eau des deux rivières est large de 
76 pieds environ, et profonde de 60, 
et devant cette partie on a creusé un 
fossé communiquant avec elles.~ A 
sept milles au sud-est de Malang, sont 
encore d'autres ruines. 

On trouve à Kedal les débris d'un ma- 
P[nifique temple en pierre , situé sur les 
limités de la lorét : quatre lions sculptés^ 
soutiennent la corniche, deux autres 
sputien^neat rentrée. Les lions dès 
angles ^ la Gorgone de la prte, trois 
«[normes serpents entrelaces sur la tête 
de la principale statue, qui tient dans 
une inain la léte de l'un d'eux , for- 
ij^t UB f ffet pittoresque d'une grande 



beauté. Un vase rempli d'eau et la 
tête d'un serpent qui y est attachée 
surmontent la tête d'une autre statue. 
A Djagou et dans l'intérieur de la fo- 
rêt, sont d'autres riiines plus consi- 
dérables; l'édifice principal est un des 
plus grands de tous ceux dont les rui- 
nes sont éparses dans cette partie de 
l'île. On )[ a découvert la statue d'une 
divinité hindoue dont la tête avilit été 
enlevée, et au dos de laguelie était 
une inscription en caractère devan^- 
gari. L'édifice a trois étages, et les 
mtervalles de chacun sont ornés de bas- 
reliefs représentant des batailles entre- 
mêlées de figures d'oiseaux et d'autres 
animaux passablement dégradés. Uu 
de cesbas-relieifis représente une bataille 
entre une armée de peuples civilisés 
et une armée de Râkcliasas {*), Toutes 
ces ruines, selon l'opinion de RafTIes, 
qui nous paraît bien fondée, sont les 
restes de rantique ville de Dgegueland, 
dont il est souvent fait mention dans 
les annales de Java. 

LXXVIIl. PYRAHms ET TBMVLBS DE SOUKOU 
Et DE BANIOCKOUNINQ. STATUES DE 
BANIOU-WANDGI 

A environ 20 milles géographiques 
à l'est de Sourakarta, et non loin du 
village de Soukou , on voit d'intéres- 
santes ruines sur une des collines dé- 
pendantes du majestuçùx mont Lawou . 
Une des constructions principales con- 
siste en une pyramide tronquée, qui 
s'élève sur le sommet de trois terrasses 
superposées les unes au-dessus des au- 
tres. Près de la pyramide sont des 
sculptures, deux obélisques et des 
tougou ou bornes , et des piliers en 
partie renversés. Les terrasses ont 
environ 167 pieds de longueur; la pre- 
mière en a 80 de hauteur, la seconde 30, 
et la terrasse supérieure 130. La 
porte d'entrée du monument de Sou- 
kou a également la forme d'une py- 

(*) Je pense que les Ràkchasas représen- 
tés dans ces bas-relieCs étaient des pépies 
sauvages et voleurs, comm^ les Kedas de 
Ceylan, car le mot sanskrit Ràkchasa a 
quelquefois ce sens ; néanmoins il se traduit 
généralement par mauvais génies. 



MALAISIE. 



MALAISIEN. 




<SZ/tl,Az.^y^ a^^&^^^^t^*V^,^'€t^. 



St&tae des OeaieBA. 



OCÉAjVIë. 



161 



fainide ; elle ett de 7 pieds et demi de 
hftut et d'environ 3 de large. Une tête 
de Gorgone forme la clef de i'archi* 
trave. 

Il y a plusieurs figures sculptées sur 
la façade. On y voit un homme auk 
formes gigantesques qui dévore un 
enfant , et à sa droite , un chien dont 
la tête est enlevée; un oiseau, qui pa^' 
rait être une cigogne ^ est au pied d'un 
arbre , sur les branches duquel est un 
autre oiseau semblable àun pigeon ; sur 
ce pigeon ulanc, une espèce de faucon 
ou d'aigle. Au-dessus d'une statue hu^ 
maine dont la bouche presse la queue 
d'un serpent entortillé, on remarque 
une figure qui se rapproche du sphinx; 
mais elle en diffère en ce qu'elle est 
suspendue dans l'air, etqu'ellealesjam* 
bes , les bras et la aueue étendus. Sa 
queue est celle d'un lézard ; ses griffes 
ont des espèces de membranes ; mais le 
torse, les membres et la face ont la 
forme humaine. Au-<lessu9 serpente 
un petit reptile semblable à un ver, 
ou, peut-être, à un aspic. 

A la face du nord et à celle du sud 
de la porte, un aigle colossal étend 
ses ailes et tient dans ses serres un 
immense serpent replié en trots. La 
tête est tournée vers l'aigle et ornée 
d'une couronne. Est-ce une allégorie? 

Près de la première terrasse sont des 
pierres brisées, des restes d'inscrip* 
tions, des sculptures de figure hu- 
maine , de tigre, d'éléphant et de bœuf; 
on y remarque, entre autres, unere* 
présentation d'un homme à cheval 
suivi de cinq hommes armés de lan- 
ees et d'un porteur de payong ( para- 
sol). I^ base de l'édifice est un carré 
parfait de 43 pieds et demi de chaque 
c<té; la hauteur est de Id pieds : il y 
a au-dessus une espèce de ccM-nichle 
de 4 pieds 9 pouces de hauteur; le 
toit est de 31 pieds 2 pouces du nord 
an sud, et 19 pieds 9 pouces de l'est 
à l'ouest. Les côtés de la f)yramide 
correspondent aux quatre points car^ 
dinaux; son sommet est orné, du 
côté de l'édifice, de deux serpents, qui 
paraissent avoir servi de tuyaux. Toute 
la construction est plane et revêtue 
d'ornements sacrés. 



Une lafgi^ ]|ieri^ de 6 pieds de long, 
ayant la forme d'une tortue, est étendue 
à terre à chaque oété de lédifiee prin- 
cipal. 

On distingue parmi ces ruines une 
statue humaine d*une taille gigantes- 
que , ayant des bras ailés comme les 
chauve-souris; et souvent cette même 
figure se trouvd sculptée dans les bas- 
reliefs avec les mêmes formes fantas- 
tiques. On rencontre dans d'autres en* 
droits des statues tenant un trident 
, dans chaque main ; d'autres ont des mas- 
sues; on en voit une avec un Unajam 
(phallus), emblème de la reproduction^ 
long de 6 pieds, et revêtu d'une lon- 



gue inscription. ToUtesdes sculptures, 
qui semblent appartenir à une autre 
époque que celles de Boro-Bodo, de 



Malang ou de Brambanan , sont exé« 
entées avec moins d'art, moins tra- 
vaillées, et nous paraissent être plus 
anciennes que les dernières. 

Non loin de là , du côté sud de l'en- 
trée ^ sont épars les restes de deux 
temples « dans lesquels on a trouvé dee 
cendres d'un feu récemment allumé. 
Quand les naturels du pavs veulent aé 
préserver de quelque malheur , ils ont 
coutume de faire du feu et de brâler 
des parfums dans de temple. 

L'autre bâtiment, qui est encore plus 
au sud , ne parait avoir conservé dea 
restes de sa forme pyramidale que du 
côté du sud-est. 

On y a trouvé deux inscriptions, 
formées chacune de quatre caractères. 
On voit en outre sur la terrasse un 
vase de pierre , que la tradition assure 
ne pouvoir jamais être rempli. Sur 
diverses pierres sont sculptés des élé- 
phants , un chien sur ses quatre pattes, 
un singe , l'étendard d'Arjouna, et deux 
statues gigantesques qui sont représen- 
tées plusieurs fois. 

Près du village de Baniou-Kouning 
(eau jaune) , et à quelque distance d'un 
cratère volcanique, est situé un tchandi, 
ou temple , oui porte le nom du village. 
Il est probabie ^u'il existe dans son 
voisinage des antiquités iuoonnues aux 
Européens. 

Enfin, on rmeontre dans la province 
de Baniou-wandgf plusieurs statues a^ 

IL 



164 



L'UNIVERS. 



partenant au culte des Hindous , qui 
est encore dominant dans File de Bali , 
à peu de distance de cette province. 

LXXIX. OPINIONS DE L'AUTEUR SUR L'ÉPO- 
QUE ET LE SENS DES PRINCIPAUX MONU- 
MENTS DÉ JAVA. 

Plusieurs orientalistes des sociétés 
asiatiques de Bombay, de Calcutta et de 
FEuropeyOnt prétendu qu'il n'existait 
dans aucune partie de Java, pas même 
à Boro-Bodo, aucun monument du 
culte de Bouddha. Un Brabmân, com- 
pagnon de voyage de sir Stramford 
Raffles , probablement nourri dans la 
haine héréditaire de sa caste contre 
les Bouddhistes, hii dit que la coif- 
fure artificielle de cheveux laineux, 
un des insignes de Bouddha , que Ton 
voit sur quelques figures du temple de 
Boro-Bodo , faisait aussi partie de Tha- 
billement des dévots du culte brahmi- 
nique de THindoustan dans certaines 
expiations. Mais ce temple ressemble 
tefiement, par sa construction et par ses 
sculptures , à ceux que j'ai vus à Ce^lan, 
que je né doute pas qu^il ne fût dédié à 
Bouddha , ainsi que son nom semble 
rindiquer. Le nom de Boro-Bodo ne 
dériverait - il pas en effet de Bara- 
Bouddha, le grand Bouddha? Ce tem- 
ple d'ailleurs olfre une ressemblance 
presque entière avec celui de Bouddha , 
à Gayia dans l'Hindoustan. 

De tous les édifices qui sont con- 
struits en pierres de taille ou en bri- 
ques (ces derniers matériaux paraissent 
plus récents que les autres), il n'en 
est aucun 9 si Ton en croit RafQes, 
qui remonte plus haut que la nais- 
sance de Jésus; et la fondation des 
plus grands peut être placée , selon ce 
savant, entre le VI" et le IX" siècle 
de notre ère. Ainsi, d'après cette 
évaluation, ils appartiendraient au 
moyen âge , et pourraient servir à je- 
ter du jour sur cette période jusqu'à 
présent si peu connue de l'histoire 
hindoue. Si ce-s monuments ne remon- 
tent pas à une époque plus reculée, 
nous serions en droit de soutenir l'o- 
pinion, que nous venons d'émettre, 
qu'ils étaient consacrés à Bouddha et 
qu'ils ont été élevés par ses sectateurs, 



après qu'ils eurent été vaincuset chas» 
ses du continentde l'Inde par les^Brah- 
mâns. 

Mais la difficulté la plus grande et 
la plus importante à résoudre, serait 
de déterminer à quel culte appartient 
le plus grand des temples de Soukou. 
Nous avons décrit plus haut cet im- 
mense monument à lorme pyramidale, 
dont le style sévère, simple et gran- 
diose, est moins poli que ceux de Boro- 
Bodo, de Malang et de Brambanan , et 
il ne possède rien qui rappelle le culte 
brahminique. H semble au contraire 
avoir une grande analogie avec les tem- 
ples égyptiens. 

Le monstre qui dévore l'enfant 
rappelle Typhon; le chien, Auubis; 
la cigogne, Ibis; l'arbre, le palmier 
égyptien , symbole de l'année. Le pi- 
geon , le faucon et le grand serpent ap- 
partiennent peut-être aussi à l'an- 
cienne Egypte. Cependant, malgré tant 
de rapprochements, ce qui m'empê- 
cherait de croire à une émigration 
des Égyptiens à Java, ou dans l'Inde, 
c'est qu'à Java, comme dans Tlnde, 
on ne trouve aucun hiéroglyphe. 

Qu'on me permette une reflexion au 
sujet de ces types égyptiens. Je n'ai 
jamais pu concevoir comment Juvénal 
a cru que les Égyptiens adoraient la 
cigogne, le chat, le chien, le bœuf, 
les oignons , etc. Chacun de ces ani- 
maux était un symbole religieux , et 
il est toujours employé comme tel 
dans les nombreuses représentations 
du culte égyptien. Ainsi le scarabée 
était consacre au soleil , parce qu'il a 
30 doigts , de même que le mois solaire 
a 30 jours. L'ibis représentait le grand 
Toth, parce que son pas était de la di- 
mension d'un étalon métrique, et qu'il 
avait inventé la science des nom- 
bres. 

Ce temple n'aurait-il pas été plutôt 
consacré a la nature, ou au soleil, qui 
ont été adorés depuis le temple d'Am- 
mon , qui rendait ses oracles dans les 
déserts de la Libye, jusqu'au Japon, 
c'est-à-dire , jus u'à l'extrémité de 
l'ancien monde civilisé? Ce culte existe 
encore dans plusieurs parties de L'Asie 
centrale, de l'Océanie, et d'autres con- 



OCÉAINIE. 



165 



trées où Tislamisme et le christianisme 
ne sont pas établis. 

Quoiqu'il en soit, je pense que le 
grand monument de Soukou , à lorme 
pyramidale , est antérieur à toutes les 
autres antiquités de Java , et que cette 
forme n'est pas particulière à TÉgypte, 
ainsi que quelques auteurs Font pré- 
tendu , car on la trouve dans plusieurs 
des grands monuments de TRindous- 
tan et de la presqu'île au-delà du 
Gange. 

~1.XXX. INSCRIPTIOliS ET MONNAIES 
ANCIENNES. 

Sur ce même sol où s'élèvent tous 
ces temples fameux dont l'âge et la 
construction souvent incertaine trom- 
pent l'espérance de l'historien , il existe 
des monuments d'un autre genre, qu'on 
peut interroger avec plus de succès : 
c'est un grand nombre d'inscriptions 
gravées que le peuple de Java ne com- 
prend plus. Elles sont de quatre espèces : 
1** en langue sansk rite {parfaite) et en 
caractère devanagari; 2* en ancien 
caractère javanais ou kawi ; 3" en 
ancien caractère qui paraît avoir quel- 
que rapport avec le javanais qui ap- 
partient à l'idiome (*) Sounda; 4° en 
caractères inconnus, qui ne ressem- 
blent ni au javanais, ni au sanskrit, 
et qu'il n'a point encore été pos- 
sible de déchiffrer. Il est peut-être 
utile d'observer qu'anciennement il 
était d'usage dans l'Inde d'ériger des 
colonnes ornées d'inscriptions pour 
transmettre à la postérité le souvenir 
de certains événements. On gravait 
aussi sur des tables de métal ou de 
pierre les décrets par lesquels les rois 
accordaient des terres , et ces tables 
servaient de titre aux possesseurs ainsi 
favorisés. Nous avions nous-même , 
parmi les vastes collections perdues 
dans le naufrage qui nous a ruiné, deux 
inscriptions de ce genre en cuivre. 

La plus ancienne des inscriptions in- 
diennes, qui ont été expliquées, a pour 
sujet une investiture de terres gravée 
sur une table de cuivre, trouvée a Mon- 
guir dans le Bengale; elle date, selon 

(*) Cel idiome csi en usage dans l'île de 
Java, 



Wilkins, del'an 23 avant J.-C. (*). Com- 
me elle ne marque cependant qu'une 
seule époque, celle du 33* sombos (c'est- 
à-dire année) , tout ce que l'on peut en 
inférer, c'est qu'il y est question de l'ère 
de yicramadityay laquelle commence 
à la mort de ce roi, l'an 56 avant 
J.-C. (**). On retrouve dans cette 

Erécieuse inscription les noms des 
éros les plus remarquables duMa- 
habharata, et celui d'un conr|uérant, 
nommé Paoul-Deb, qui sounnt l'Inde, 
depuis les sources du Gange jusqu'au 
pont de Rama, à Lanka (Ceyian), cé- 
lébré dans le Ramayana, 

Il existe encore un grand nombre 
de ces inscriptions qui pourront dis- 
siper plusieurs erreurs historiques et 
chronologiques. 

Le colonel Mackenzie en a rapporté 
en Angleterre plusieurs qu'il avait 
trouvées dans les ruines de Bramba- 
nan et de Singasari ; elles sont en 
ancien devanagari; elles paraissent 
dater de 7 à 800 ans , et ressemblent 
à l'hindou sassanoura du continent. 
M. Horfield a écrit une dissertation 
sur une autre inscription en kawi , ou 
ancien javanais. Mais elles ne con- 
tiennent, pour la plupart, que des 
maximes. 

On trouve beaucoup d'anciennes 
monnaies de cuivre et de bronze à 
Java. Parmi celles que nous avons vues, 
quelques-unes sont ouvertes au centre 
comme les monnaies chinoises et japo- 
naises. KnGn , les restes de l'ancienne 
civilisation javanaise se trouvent dans 
l'île de Bail , où se réfugièrent le plus 
grand nombre de ceux qui échappèrent 
a la destruction de Madjapahit. 

IVous pensons que les Hindous ont 
renversé les antioues monuments de 
Java , et les musulmans ceux des Hin- 
dous : ainsi les Romains détruisirent 
dans les Gaules l'ancienne langue et 
tous les monuments du culte des 
druides; ainsi les Arabes ont interdit 
aux Égyptiens la langue de leurs pè- 
res , et mutilé les temples élevés par 
les Pharaons. 

C) Asiat. Res.y t. I, pag. ra3. 
(*•) Il>U.,i. I, pag. 123. 



160 



L^UNIVERS. 



LXXXI, RkLIGION. 



Les peuples de la Malaisie, et sur^ 
tout tes Javans, ont adopté sueeessî- 
vemçnt diverses religions, sur )e9- 
craeUes nous donnerons quelques dé- 
tails, te culte de Chiva^ et de Dour- 
§^, du Lingam et du Yoni, mêlé au 
ouddhïsnie, domma à Java; mais 
il fut considérablement réformé de- 
puis son origine. Les fragments qui 
nous restent desanciens écrits javanais 
renfermei[^ des détails qui semblent 
prouver que cehii de Chiva était plus 
en vigueur que celui de Bouddha dans 
les anciens temps ; ce ne fut que dans 
les siècles modernes que celui de 
Bouddha obtint la suprématie. L'in- 
vocation suivante, qui se trouve en 
tête. é(*un petit traite de morale assez 
ancien » paraît le démontrer. « Je te 
Sjalue , haâ (Chiva) ; je t'invoque parce 
que tu es fe seigneur des (Ueuxeûdes 
hommes. Je Vinvoquey Kesawa (Vich- 
Bou) y parce que tu éclaires Tentende- 
ment. Je t'invoque, 5owna» (Sourya), 
parce que tu éclaires le monde. » 

En outre, les musulmans javanais 
d'aujourd'hui ont conservé plusieurs 
épithètes données par leurjs ancêtres à 
Chiva, quiprouvent la prééminence de 
ce dieu, n est nommé JoacU-Nata^ 
c'est-à-dîre, le seigneur de l'univers , 
Twang-f^anang (le tout-puissant), 
Mahakeway le grand dieu. On le ren- 
contre enoore dans les romans malais 
et javagais sous le nom de Gourou 
(instructeur),, et il en est le principal 
personnage. On a donné quelquefois, 
en signe d*açothéose, aux meilletnrs 
rois de Java, le surnom de Batara^ 
qui ne signifie pas le dieu incarné 
comme d^ns l'Hmdoustan, mais une 
divinité. 

Aujourd'hui tes habitants de Java 
n'attachent àufiune idée distincte an 
mot Bouddha, mi'ils prononcent Bou- 
da, et ils considèrent ses sectateurs 
comme des idolâtres. 

M. Baffles a cité un ancien manu- 
scrit qui démontre que les habitants 
de Chéribon suivaient, outre le culte 

; (*) Le soleil. ' 



de Chiva et de Bouddha , eehff ée 
Vichnou. 

C'est de KaKaga ou plutôt Tértn|s;a , 
le seul pays de l'Inde que les Javanais 
désignent par son véritable nom, qu'ils 
assurent qje leurs ancêtres re^rêot 
leur religion. Cette assertion est du 
reste confirmée par le» témoignages 
des Brahmâns de Bail. 

Dans leurs superstitions relfeieuses, 
les Javanais recoanafssatent plusieurs 
génies, dont les noms se sont transmis 
jusqu'aiôourd'hui^.. Ils croinit encore à 
plusieurs mauvais génies : les uns ha- 
bi^nt les §ra<id& arbres et errent 
pènda^l la auit ; ils sont noouoés Ba- 
naspati. L«s K.abo-Kam^ sont les 
protectevirs des voleurs et des malfai- 
teurs ; ils prennent ordioai rendent la 
foFHie du buffle, «t souvent aussi 
eeUe des maris potur tromper les iem- 
n^es. Les Barkasahan habicent Tair et 
n'ont jamais de demeure fixe. VieDoent 
ensuite les Wiwi , qui ont la forme de 
ffraçMleslenmies, A enlèvent les en- 
rants ; les Prayang0O> qui habitent tes 
arbre» et 1» bord d«$ rivières : ils 
ptreaaent la figure de belles femmes , 
et , par ce mo¥en , ils ensorcellent les 
bomiiaes et les . rendent £ous. Les 
IXaoani^t soj^t de boiits g,énies à forme 
humaine , protecteurs des maisons et 
des villages. Les IDadiOuag-aweu soat 
tes patroos des chasseurs et les.pro^ 
tecteurs (tes annenawR sauvagiBs des 



Las âQci^Rs habitants de Java 
croyaient à la métem^isycose,. et par 
conséquent aux récompenses et aux 
peini^s d'une aatre vie. Ma's il paraît 
m!Û9 n'imitèrent les austérités et le 
laoatisme des Hindous que d^s les 
pénitences et Ij^ sacrifiice des veuves 
sur le bûchor de leurs mai:is,. qu'ils 
leur ont empruntés. 

Quant au reste, ils professent le 
mohammédisme , ainsi que les Malais ; 
mais, au mépris de la loi du prophète, 
ils ne se font aucun>^rupule de man- 
der des animaux défendus, ni de boire 
au vin et des liqueurs. 

LXXXU. DU CALENDRIER. 

Les Javans ont puisé leur calendrier 



OCÉANIE. 



HT 



dans les traditions de leurs ancêtres 
etdansles ouvrages des Hindous et des 
Arabes. Ils n'ont point de mesure 
exacte pour diviser la journée. Le 
gnomon et le clepsydre leur sont in- 
connus. Il parait que Féchelle qui' 
naire ou des cinq doists de leur nu- 
mération , sur laquelle est basé leur 
svstème numérique, a fourni les moyens 
de subdiviser la journée en matrn, 
avant-midi, et après-midi, déclih du 
soleil , coucher , soir , nuit , minuit et 
déclin de la nuit. Chaque partie de 
, cette révolution diurne est désignée 
par un nom particoKer. Le jour civil 
commence au lever du sôlerl. Dans 
les opérations astrologiques, le jour 
de 24 heures, se divise en 5 parties, 
à chacune desquelles préside une di- 
vinité brahminique. Le peuple calcuîe 
d'après les désignanticns suivantes : 
lorsque le buffle va paître, lorsqu'on 
le ramène du pâturage, ete. Cepen- 
dant, dans plusieurs morceaux de 
poésie, an trouve cette périphrase : 
hrsqtte Vombre avait tant de pieds de 
longuetér ; ee qui ferait supposer qUe 
les Hindous, a qui les Javans ont 
emprunté la division du jour en 5 par- 
ties, avaient observé l'augmentation 
et la diminution. de l'ombre solaire- 
La semaine ou série de sept jours 
a été introduite ^ Java par les fiin- 
dous , et renouvelée par les Arabes. 
Bans les premiers temps, les peuples 
de cette île la divisaient en cing jours, 
ainsi que les Mexicains. Cinq dirinités 
présidaient aux cinq jours de leur 
setoalne quifiaîre; ils recevaient les 
noms de tagpi, pahing, pon^ wagî^ 
kliwon , qui ont Vraisemblablement 
dû leur origine aux couleurs de Thori- 
zon. Le premier jour était le bleu et 
l'orient, le second le rouge et le 
sud , le troisième le jaune et l'occident, 
le quatrième le noir et le nord, le 
cinquième de couleur mêlée et le foyer, 
ou le centre. Ces divisions représen- 
tent aussi les bazars, ou jours de 
marché. Les noms de l'a semaine heb- 
domadaire sont évidemment sanskrits, 
savoir : daïtia, qui correspond à notre 
dimanche, lonia lundi , angara mardi, 
hùuddhu mercredi, tvraspoH jeudi, 



soukra vendredi 5 et êonisehwa sa- 
medi. 

Les dénominations de noir et de nord 
démontrent d'une manière incontesta- 
ble que cette subdivision a pris nais- 
sance dans rHîndofustan ^ où le soldl 
n'est jamais boréal comme à Java et 
dans lés contrées équinoxialés. En étu- 
diant la langue javanaise, on recon- 
naît que ce peuple avait un calendrier 
civff et rural avant que le brahniinisme 
se filt étaJ)li parmi eux ; ainsi, ce peuple 
avait fait de grands progrès dans la 
civilisation. Il paraît que Tannée civile 
était primitivement divisée en trente 
périodes , appelées wotikou] dont cha- 
cune avaît un nom distinct; ces noms 
sont véritablement aborigènes. Ces 
trente woukous ont été divisés, dIus 
tard , en six classes qui sont. présidées 
par les divinités de l'Hindoustan , 
savoir : 

X Sinfô par Yaina. ! 

2 Lantlap par Maliadera. [ 

3 Woukir par Kouwira. r 

4 Kourantil parr Pourousangkara. 

5 Tolou par Bayou. 

6 Goumbrag par Chakra. 

7 ^ari|^-alit par Asmart (Iswara). 

8 Warig-agoung paf Pancharo$mi (planète 4« 

Bouddha.) 

9 Joaloaiig par Wang! Samboii. 
to SoDiigsang par Çana (Gara. 
II Galoungan par Kainajayii- 

^i Kounlngaa par Oaitia. 
i3 Langker par Kala. 
i4 Mandasiya par Brabma. 
i5 Jouloung-poujoad par Maheswara. 
16 Pahang par GourittiaT. 
J7 Koûronlont par Vichuou. 
18 Mnraki par Souragaaa. 
. 19 Tambir par Chiva. 
20 Madangkousigah , par Afigapatî ' 
ai Matai par Sakri. 
li Wougi par Kouwira. 
a3 Manahit par Chitragatra*' 
24 Praugbakat par Bayou. . 
iS Bala par Doarga. 

26 Woukou par Singha-jalma. 

27 "Wayang par Devi-»ri. 

2e Roula w ou par Darina-ràdja. 

29 DonkoQt par Soukri. 

30 'Watougoanoung par Ariiabaga et Naf a-girt. 

Le calendrier rural est deaëojotirjs. 
II se divise en douze moi^ on âoixte 
saisons^ d'une longueur inégale, et 
est terminé par des jottrs intercalaires. 

Il est prenable qu'un woukou égalle 
14 jours, ou une demi-lunaison, tfmsi 
qu*àBali,oùlé ITetlelS'froïfkotiéont 
lés nom^ de denx glandes dlvinîl^, 



168 L'UNIVERS. 

kamadértJba ou krichna et sakcJif7ii , dent aux signes du, zodiaque, avec 

3ui correspondent à l'Amour et la Vénus lesquels cette période a beaucoup d'i- 
es Grecs et des Romains , et dont les dentité : nul doute que ce cycle n'ait 
fêtes se succèdent à Bali après un court été apporté par les Hindous. Les dé- 
intervalle. Ce qui donne plus de force nominations de chaque année sont 
à cette opinion , qui a d'abord été émise véritablement d'étymologie sanskrite , 
par le docte M. Crawfurd , c'est que savoir : le bélier , le taureau , le pa- 
les Hindous calculaient par demi-lu- pillon, Técrevisse, le lion, Ja vierge, 
naisons. ta balance , le scorpion , le sagittaire 

ou l'archer , la chèvre , le pot à l'eau 

Ko»o,le premier mois est de 4r jours. ^^ IC poiSSOn^ Cn obSCrvaut qUC IcS 

Katîgo.".*.V.*.V.V.3«.V.V.V.*. a4 gémcaux sont remplacés par unpapil- 

Kapat. 4« ^4' lou. Ccs signcs Qu zodiaquc turent 

JjJjJJJ^ gê îi trouvés sur un ancien manuscrit dé- 

KÎp?toi.*.*.*!.'.'.'.V .'.*..'.'!!;.* 4i couvert à Ghéribon, en 1813, et sur 

Kawoioi «« a6 un grand nombre de vases de cuivre 

KasaXiôû ""?o* 25 ^'®" ^ trouvés daus les provinces du 

pasto. ....'.*.*.*. 1 1 • ... '. * '. '. * a3 Centre et de l'est de Java ( voy . pi: 34) . 

! Sodo ia« 4t Ainsi nous retrouvons en Oceanie le 

zodiaque de l'Asie centrale que l'Eu- 

A Bali , j'année rurale commence au rope a également adopté. 

fl« mois, vers le mois d'avril. Elle sem- Il y a encore deux autres cycles : 

ble donc se rapporter au commence- l'un de 21 ans (javanais), l'autre de 30 

ment de Tannée actuelle des Hin- années ( mohammédanes ). Enfin , de- 

dous. puis un siècle , les Javanais ont em- 

Ce calendrier est indubitablement prunté aux Européens, et surtout aux 

d'origine javanaise, car il s'adapte Hollandais, une partie de la mesure 

exclusivement à l'agriculture de Java, du temps. 
Ce sont les prêtres qui l'annoncent au 

peuple. Lxxxni. de la justice et des lois dans 

L'année civile brahminique ou de les états soumis aux princes javans. 
Saka ou de Salivana , servit à calculer 

l'ère de Java. Cette année est lunaire : La justice et le pouvoir exécutif sont 

les prêtres ont soin de calculer les confiés à la même personne. La loi 

jours intercalaires. Elle subsista en- écrite qui régit les Javanais n'est que 

core 155 ans après l'introduction de le kôran modifié par la coutume et 

l'islamisme : l'ère de l'hégire lui a l'usage. Ce peuple n'a adopté la reli- 

été substituée sous le règne d'Agoung gion de Mohammed que depuis la des- 

(le grand soulthan) , en 1633 de l'ère traction de l'empire hindou de Madja- 

vulgaire. On a trouvé des vestiges de pahit, et depuis 350 ans, c'est-à-dire, 

l'année tropicale des Hindous dans oien après les peuples ôe l'Inde, 

plusieurs monuments antiques de cette L'administration hollandaise est , à 

grande île. peu de chose près , semblable à celle 

Les Javans ont plusieurs espèces de des autres Européens dans leurs colo- 

cycles; celui de sept ans qu'on re- nies,si ce n'est qu'ils ont respecté plus 

trouve au Tibet et a Siam. Les noms qu'eux les usages des indigènes: et qu'ils 

des années, dont la plupart tirent leur n'ont pas pr^upé l'arbre pour cueillir le 

origine du sanskrit, sont mangkaray fruit. Mais elle diffère considérable- 

le îangoustan (poisson), mema, la ment chez les princes de Java, 

chèvre , katabang^ le cent-pieds , wi- Il y a deux espèces de cours de 

chUray le ver, mintouna. le poisson , justice, celle du panghoulou, ou grand- 

waSy le scorpion , maïcna , le buffle, prêtre, qui observe rigoureusement la 

' Ce peuple a en outre un cycle de loi du prophète, et celle du djaksa (sur- 

dpuze ans , dont les années cprrespoo- vaillant ) , qui se conforme davantage 



OCÉANIE. 



169 



aux coutumes et aiix usages. La juri- 
diction du panghoulou se compose des 
offenses capitales , des divorces , des 
contrats et aes héritages ; c'est en quel- 
c|ue sorte devant lui qu'on appelle des 
jugements du djaksa. Celui-ci informe 
des vols , escroqueries et offenses in- 
férieures; ses membres sont chargés 
de recevoir les dépositions, d'examiner 
les faits , de veiller et de régler la po- 
lice générale du pays; ils remplissent 
les mêmes fonctions que nos procu- 
reurs-généraux en France. 

Voici les devoirs de cet emploi, 
tels qu'ils sont formulés dans le NUi 
Praja : 

<i Dans toute occasion un djaksa doit 
se montrer impartial; il doit estimer 
à leur juste valeur toutes les affaires 
qui lui sont présentées, de même qu'un 
marchand pesé avec équité les mar- 
chandises dans sa balance. Il doit être 
au-dessus de toute séduction , soit de 
paroles, soit d'argent; il doit se con- 
duire de manière à ne commettre au- 
cune injustice : les conséquences qui 
en résulteraient seraient très-préju- 
liciables à l'état. Il ne doit recevoir 
)ucun présent des parties qui seront 
traduites devant lui, non-seulement 
)arce, qu'il ne peut espérer qu'il en 
"ésulte un bien , mais parce que le pu- 
Dlic tiendra des discours injurieux à 
sa réputation. 

<^ il jugera le plus promptement 
possible toutes les causes qui lui sont 
soumises conformément à la loi ; elles 
ne seront pas long-temps pendantes 
au détriment des parties. Un djaksa 
doit s'informer de toutes les circon- 
stances* relatives à l'affaire qui lui est 
présentée; il doit être convaincu de 
l'évidence : après cela , il prendra la 
cause en considération. Il ne doit pas 
prêter l'oreille au mensonge; sa décision 
doit être conforme à la vérité. 

a Un djaksa qui observe tout cela , 
jouira d'une 4iaute réputation. Il aura 
moins de réputation, s'il juge d'après 
les avis des autres ; il sera semblable à 
une sorte d'oiseau qui , pour se procu- 
rer la nourriture qui lui est nécessaire, 
plonge dans l'eau sans penser au dan- 
ger de perdre la vie , auquel il s'expose 



en se privant de l'^tir atmosphérique. 
Un djaksa, totalement incapable de 
remplis les fonctions de son état , est 
arrogant dans ses manières, et, en 
même temps , assez vil pour tirer un 
avantage personnel des malheureux 
qui s'adressent à lui; il est semblable 
a une chauve-souris qui vole des.fruits 
sur un arbre pendant l'obscurité, ou 
à un chasseur qui n'a d'autre but 
que son égoïsme, et détruit indistinc- 
tement tout ce qui se trouve sur son 
chemin. Il ressemble aussi à un prê- 
tre qui attend chaque jour dans le 
temple, sans avoir d'autre but que 
son profit; et à un écrivain qui prosti- 
tue sa plume au premier venu , ou à 
un magicien qui gagne sa vie par la 
nécromancie. » 

Si ces préceptes, à la fois si simples 
et si nobles, présidaient à ce que nous 
appelons la justice en France^ on ne 
verrait pas ces abus qui ruinent des 
familles par la longueur des procès, et 
mettent quelquefois le rang et la puis- 
sance en balance avec l'équité. 

Les cours suprêmes du panghoulou 
et du djaksa ont leur résidence auprès 
du gouvernement. C'est devant eux 
qu'on appelle des causes jugées par 
les cours inférieures de. chaque pro- 
vince. Ces tribunaux sont soumis à la 
juridiction d'un chef de subdivision {de- 
mang), et souvent d'un &aA;e/, ou chef 
de village. Mais la puissance du pan- 
ghoulou cesse au moment où les preu- 
ves ont été transmises à l'autorité su- 
périeure. Il est chargé de terminer les 
différends de peu d'importance , et de 
faire observer les cérémonies de la re- 
ligion, qui sont sous la surveillance 
de la justice chez les insulaires de 
Java , comme chez les autres peuples - 
soumi sa l'isliamisme. Les tribunaux 
suprêmes ayant le droit de rendre les 
jugements, il résulte de l'institution 
de la magistrature, telle que nous ve- 
nons de l'exposer , que les juges in- 
férieurs peuvent différer d'opinion 
dans une cause peu importante , mais 
que l'unité présidera au jugement des 
affaires d'un grand intérêt. 

Afin d'inspirer le respect aux parties» 
en associanx les idées religieuses slvos, 



170 



L'UNIVERS. 



formes de la justice, le panghoulou 
siège toujours sous le portique de la 
mosquée , nommé SirambL Les pres- 
tations de serment, qui sont fréquem- 
ment exigées à Java, se font dans Tin- 
térieur même, parfois avec une grande 
solennité. 

La cour qui siège auprès du gou- 
vernement se compose du panghoulou, 
du prêtre de la mosquée et de quatre 
religieux de Tordre appelé Patm Ne- 
gara^ auxquels , après Texamèn de la 
cause , on se rapporte sur le point de la 
loi et sur la décision de la cour. C'est 
le souverain ou son ministre qui pro- 
nonce le jugement. 

Les fonctions de la cour du djaksa 
sont d'une nature mixte, moins im- 
pcrtantes que celles de la cour pré- 
cédente, et environnées de nK>ins de 
solennité. Cette cour se compose du 
jaksa , ou chef, qu'on peut considérer 
comme l'ofôcier légal du premier mi- 
nistre, et des djaksas, ou ses kiiwans 
( assistants ) , qui lui servent de 
conseil. 

Le code des Javanais est divisé en 
deux parties : la première se com- 
pose des lois qui concernent le moham- 
médisme, et qu'on désigne sous le 
nom de HoukouTJt allak (expression 
aral>e qui signifie commandement de 
Dieu); la seconde renferme les lois 

3ui concernent |a coutume et la tra- 
ition : on les appelle en javanais 
Youdha nagara^ dont le sens peut 
s'exprimer ainsi : décisions relatives 
à la société. 

Les décisions musulmanes sont pui- 
sées principalement dans quelques 
ouvrages écrits en arabe ; cependant, 
dans plusieurs provinces , on consulte 
les traditions en langue du pays. 

Les coutumes se transmettent gé- 
néralement par tradition orale; quel- 
ques-unes sont écrites. Telles sont 
celles renfermées dans le Jouqoul 
mouda patihy composé depuis environ 
six cents ans; c'est le plus ancien ou- 
vrage de jurisprudence de Java. Après 
cet ouvrage vient le Hadjakapa, qu'on 
appelle le fils du Jougoul mouda. 

Le soulthan de Demak , qui fut le 
premier prince mohammédan, ayant 



sans doute l'intention de favoriser Tin- 
troduction de l'islamisme dans toute 
cette contrée , fit faire . une compi- 
lation des lois javanaises pour les 
mettre en harmonie avec cette reli- 
gion. Ce code, vraiment curieux par 
fe raffinement des distinctions, par le 
mélange des maximes morales, par 
les interprétations de lois positives, et 
par son esprit de casuiste, fut rédigé 
par un radjah de l'ouest, appelé Sang 
Prahou SouHa Aletn, Il renfermait 
1507 articles^ que l'on réduisit au 
nombre de 144. 

C'est toujours au prln(^ que se rap- 
porte le pouvoir discrétionnaire pour 
adapter les lois aux circonstances, ou 
les modifi^er dans l'application des 
peines afilictives, telles que la tête 
tranchée, les combats avec les ti- 
gres , etc. Selon le Youdha nagara , il 
peut commuer en peine pécuniaire les 
peines infligées par la loi pour les in- 
fractions aux lois somptuàires. 

IXXXIV, LOIS COLONIALES ET POLICE. 

Outre les lois et règlements émanés 
des gouvernements successifs de Java , 
et d'antres actes officiels ^ la loi. hol- 
landaise est admise comme la base des 
lois coloniales. 

La collection des statuts et règle- 
ments anciens est nommée Piacaat- 
hock. Une résolution de l'année*! 760, 
du conseil des Indes , porte que les 
coutumes des mohammédans en ma^ 
tière de succession, et tes successions 
ab-intesfat^ seront sanctionnées et 
promulguées. 

Kn niatière civile, les naturels dn 
pays et les Chinois, dans le district 
de Batavia , paraissent être gouvernés 
par les mêmes lois que les Européens. 

Dans la ville de Batavia et les en- 
virons , la justice criminelle a été ren- 
due sans distinction d'habitants , selon 
la loi européenne, depuis l'établisse- 
ment des Hollandais. 

A Bantam , if en a été de même , 
mais seulement à l'égard des Chinois 
qui y résident; la juridiction crimi- 
nelle a été laissée au soulthan kSé- 
gard des naturels. 



OCEANIE. 



171 



' Ce n'est que soas le gouvernement 
de J'illustre maréchal Daendels qu'une 
cour fut établie selon le mode euro- 
péen dans le district de Batavia et dans 
ceux de EHakatra et des Preaijieers. 

Il parafe que primitivement les au- 
torites du pays ne livraient point les 
criminels aux tribunaux hollandais. 
Maintenant les régences des deux der- 
niers districts jouissent d'une situation 
assez paisible et assez fortunée. Les 
Chinois , entièrement séparés des 
Européens, et les autres étrangers des 
environs de Batavta,sontâdmmistrés 
par leurs chefs respectifs. Les crimes 
y sont extrêmement rares. 

D^ns les états indigènes, la police 
est confiée au Raden adîvatiy ou pre- 
nrier" mrhristre. Les grandes provinces 
qui entourent Batavia sont divisées 
en cantons de 200 à tOOO chachas-, ou^ 
Csrmtlle^. Chaque village a une orga-^ 
nisatfon distincte. Le chef' du village 
exerce hit seul presque tous les pou- 
voirs. Les habffants sont obligés d« 
fèirc des patrouilles de nuit. 

LXXXT. ORGANlS.\TrOW MILITAIRE. 

Avant les soîxarrted'ernfères années, 
époque où tes HolTandïiis commencè- 
rent à dominer dans l'île entière , les 
naturels dti pays se firent une guerre 
continuelle pendant plusieurs siècles. 
I>epuis ce temps, de sages réformes, 
introduites avec les institutions euro- 
péennes,, ont excessivement diminué 
cette ardeur belliqueuse. 

Sous ie couvernement indigène, 
toute îa population mâle , en état d'e 
porter lés armes , est soumise au 
service militaire; mais la culture des 
terres et les divers emplois publics 
ont fett rédm>e au tiers le nombre de 
soldats , excepté dans les circonstances 
extraordinafres. On se contertte au- 
jourd'hui du nombre nécessaire pour 
Te maintien de irordre. Le sousounou- 
nan, ou empereur, a une garde d'un 
millier d'hommes seulement. Le gou- 
vernement européen lui fournit le reste 
de son escorte. 

Autrefois^, chaque village fournissait 
un nombre de soldats * nendant leur 



absence, leurs champs et leurs jardins 
étaient cultivés par d'autres habitants 
désignés par le chef du village pour 
aider, dans cette culture, leurs fem- 
meè et leurs familles. Le chef du vil- 
lage était chargé de pourvoir aux be- 
soins de ces dernières. 

Le souverain , en sa qualité de chef 
militaire , porte , entre autres, le titre 
de senapati, seigneur de la guerre. 
Lorsqu'une armée est levée» if confie 
à des chefs appelés ividana le com- 
mandement die corps de troupes de 
320 hommes. Sous clwque widana, il 
y a quatre lourahs ou tindihs. qui 
commandent des compagnies ae 80 
hommes, et qui ont cnacun deux 
officiers subalternes, appelés bàJbakels 
ou sesabafs, qui commandent 40 hom- 
mes. Les widanas sont salariés pen- 
dant leur service par des prestations 
en nature; mais ils sont chargés d'en- 
tretenir les officiers inférieurs. 

Lorsqu'une troupe est en marche, 
on fait des demandes aux districts voi- 
sins , c[ui doivent l'approvisionner sans 
en exiger de paiement; lorsque Tar- 
naée est sur le pays ennemi , elle vit 
de pilla^. Les réo^isitions en argent 
sont inconnnes. 

Les- armées javanaises sont princS- 
paTement composées d'infanterie. Le 
souverain ne s'occupe nullement de 
Parmcment; chaque soldat doit être 
équipé totalement avant de partir pour 
sa destination. Chaque villa^ïe a sa 
provision de piques et quelquefois d'ar- 
mes à feu. 

tXXXVI. PRÉCIS DE L'HISTOIRE DE JAVA (*) 
DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES 
JUSQU'A NOS JOURS. 

F* »poi)oB. omiGiirB %t iirvki.M ds j^ta jusqu'à 

rJt FIS OV DKSVZBa BNPIBB Ba.ARHiaiqflB BB 
CBTTB- XX.B. 

Les écrivains anglais qui ont par- 

(*) Les manuscrits originaux composant 
les différentes périodes de cette histoire 
furent trouvés par sir Slamford Raffli's dans 
les archives javanaises, dont une partie eiit 
déposée chez le Panambaham de Soumanap, 
Pautre chez le successeur du Kiaî-adi-pati 
de Demak , et le reste chez le* secrétaire du 



172 



L'UINIVERS. 



couru Java et les îles de Souiida , no* 
tamment MM. Rafïles et Crawfurd (*), 
supposent que les premiers habitants 
de la grande île de Java étaient des 
Égyptiens bannis de leur patrie. 
M. Middelkop, savant hollandais , par- 
tage cette opinion. Mais il nous pa- 
raît plus prooable que les Javans , ou 
Javanais, ont suivi primitivement le 
culte de la nature, et spécialement 
le culte héliaque ou du soleil , qu'ils 
n'ont emprunté à aucun peuple, et que, 

f)lus tard , ils ont reçu de THindoustan 
a religion brahmanique et la religion 
de Bouddha. L'absence des hiérogly- 
phes dans ce pays, les monuments 
hindous qu'on y trouve, les vestiges 
de la langue sa'nskrite qui existe en- 
core dans son ancien idiome , son 
ancienne religion , sa littérature , ses 
chants, ses préjugés, malgré l'in- 
troduction du mohammédisme et du 
christianisme , semblent nous au- 
toriser à émettre cette opinion que 
nous avons cherché à prouver dans 
le chapitre des antiquités qui précède 
ce précis. On retrouve parmi les Ja- 

Pangeran Adi-pati de Sourakarta. Ces re- 
, Gueils orientaux contiennent quelques dé- 
tails contradictoires , romanesques et même 
puérils, mais ils font mieux connaître un 
peuple dont l'histoire est si singulière et 
qdi est éerite avec ceUe simplicité qui ca- 
ractérise l'antiquité. La chronologie prophé- 
tique de Aja- Jaya-Baya , et quelques autres 
fragments historiques manuscrits, cités dans 
les premières pages de cette histoire, furent 
également trouvés par sir Stamford , chez 
l'empereur de Solo, dans l'île de Java. Il 
en enrichit l'AngletciTe, où aucun ouvrage 
sur l'histoire malaise et javanaise n'avait été 
encore publié. C'est aussi à ce savant et 
habile administrateur qu'on doit une partie 
de l'histoire moderne de ce pays , écrite en 
anglais , d'après les documents trouvés aux 
archives hollandaises de Batavia. Ne pou- 
vant guère consulter et employer d'autre au- 
torité que la sieime , puisqu'elle est à peu 
près unique, nous avons peu ajouté aux faits, 
peu touché au style, mais nous avons fait 
précéder cette histoire de quelques considé- 
rations, nous y avons mêlé nos réflexions, et 
nous y avons ajouté des notes explicatives. 
(*) Hîstory of Java-Uistory of the east 
indian archipela^o. 



vans ou Javanais, toutes les extrava- 
gances mythologiques des Hindous, 
ce qui prouve des relations très-an- 
ciennes, tandis qu'il n'existe que des 
rapports généraux de sabéisme entre 
les Javans et les Egyptiens (*). 

Mais il n'y a rien dfe certain dans leur 
histoire avant l'arrivée supposée ù^Acli 
ou Jji'Sakay la première année de 
l'ère javanaise, qui correspond à la 70" 
de Tère vulgaire. Les écrits antérieurs 
à cette époque ont disparu. 

« Prabou Jaya-Baya , disent les his- 
« toriens, était un grand et puissant 
a prince d' Astina (**) , descendant au 
« 5* degré d'ArdJouna, fils de Pandou 
« Deva-Nata. Son pengy'awa, ou 
« principal ministre, était un homme 
« entreprenant et d'un grand savoir. 
« On l'envoya visiter les pays étrangers . 
« Dans le cours de ses voyages, il 
« débarqua dans l'île de Java, qu'ha- 
« bitait une race de Râkchasas (***). 
« Cette île était appelée Nousa-Kin- 
« dang. L'événement dont nous par- 
« Ions arriva la première année de 
« l'ère javanaise , et se trouve désigné 
« dans le Ghandra-Sangkala , par les 
« niots nir , abou , tonpo , jolar , qui 
« signifient littéralement : auctme y 
« poussière y aucun , homnie^ méta- 
« phore de la figure mythologique 1000 

« Il découvrit le grain appdéjawa- 
« wouty qui était alors le principal 
« aliment des habitants, et, d'après 
« cette découverte , il changea le nom 
« du pays , qui était JVousa-Kindang, 
a en celui de Nousa-Jawa. En s'avan- 
« çant dans l'île , il trouva les cada- 
« vres de deux Râkchasas, tenant cha- 
« cun une feuille : l'une était une în- 
« scription en pourwa (anciens carac- 
« tères ) , et l'autre en siamois ^ il les 
« réunit pour en former les vingt let- 
« très de l'alphabeth javanais. 

« Il eut à combattre plusieurs fois 



a; 



{*) Nous avons déjà dit que nous croyons 
[ue les Javans descendent primitivement 
es Dayas. 

(**) Partie de Java considérée aujour- 
d'hui comme la terre sainte de ce pays. 

(***) Mot sanskrit oui signifie mauvais 
çénic. 



OGÉANÎE. 



m 



« les Râkchasa^, et particulièrement 
« les Deyata-Ghengkar. Après avoir 
« fixé les dates de ses différentes dé- 
« couvertes , et ayoir laissé des souve- 
« nirs de sa visite , il retourna enfin 
« à Astina , et rendit compte par écrit 
« à son souverain de tout ce qu'il 
« avait vu. » 

Il y a plusieurs versions sur Aji- 
Saka , qui a fait un code de lois. Le 
savant orientaliste sir William Jones 
prétend que Saka est un des noms de 
Bouddha; d'autres prétendent que c'é- 
tait un prince puissant. 

Après que le voyage du ministre 
de Jaya-Baya fut terminé, le prince 
de Rom envoya deux mille familles au 
peuple de Java , et c'est à cette époque 
^ue commence Tan premier de Tere 
javanaise. Toute cette population périt, 
a Texception de vingt familles qui re- 
tournèrent à Rom. 

Ainsi, le mot Rom, mentionné dès 
la première année de l'ère de Java (Fan- 
née 76 de rère chrétienne), signifierait 
Rome ou l'empire romain du temps 
dé Vespasien. Cette époque était en 
effet celle du commerce romain dans 
tout son éclat. L'erreur même de ces 
annales malaises, qui nomment Alexan- 
dre fils de Darius, semble le prouver, 
parce que si les Malais avaient eu 
connaissance de nos historiens grecs et 
latins, ils n'auraient point avancé une 
erreur gue les écrivains européens 
les plus Ignorants n'auraient pas com- 
mise. Les JVlalais auront copié les Per- 
sans et les Hindous , qui confondirent 
Alexandre, les Perses, les Ptolémées 
et les Romains sous le nom de Jiom; 
ainsi , dans l'Orient, tous les Européens 
sont nommés Franguis , mot qui a dû 
distinguer d'abord les Francs, ou 
Français. 

Les 45 ans d'absence d'Alexandre 
désignent, peut-être, les 47 ans qui 
s'écoulèrent entre le partage de son em- 

Kire après la bataille d'Issus, et l'éta- 
lissement des Arsacides en Asie. 
« La dixième annéede l'ère javanaise, 
« le grand prince de Kling(*) envoya 
«^à Java vingt mille fauiilies , qui y 

(*) C*esl-à-dire l'Hindôustan. 



prospérèrent et s'y multiplièrent en 
continuant de vivre dans l'état de na- 
ture , jusqu'à l'année 289 , que l'Être 
suprême les bénit en leur donnant un 
prince, nommé Kamo. Ce prince ré- 
gna environ 100 ans ; il eut pour suc- 
cesseur Basou-Keti;le nom du sou- 
verain était Wirata. Après la mort 
de Basou-Keti , son nls Mangsa- 
Pati lui succéda. Le père et le fils 
régnèrent ensemble 300 ans. Une 
autre principauté, nommée Jstinay 
: se forma dans ce temps ; ' elle était 
: gouvernée par leprincePoucla-Sara,* 
: qui eut pour successeur son fils 

> Abiasa; après celui-ci, Pandou- 
^ Deva-^ata, son fils, monta sur 
i le trône. Le règne de ces trois prin- 
' ces dura environ 100 ans. 

« L'an 800, Jaya-Baya succéda à 
' Pandou , et transporta le siéçe du 
: gouvernement d' Astina à Kédiri. A 
: sa mort , le royaume de Kédiri 
: étant démembré , ueux autres royau- 
: mes s'élevèrent sur ses ruines ; l'un 

> appelé Brambanan , dont le prince 
' se nommait Baka, et l'autre Peng'- 

ging, dont le prince était appelé An- 
gling-Dria. 

« Ces deux monarques s'étant fait 
la guerre, Baka^fut tué dans une 
bataille par Damar-Maya, gendre 
d'Angling-Dria. A la mort de Baka, 
le royaume de Brambanan resta sans 
chef jusqu'à ce qu'Angling-Dria 
mourut de mort naturelle. Dainar- 

■• Maya lui succéda dans le gouverne- 
ment de ce pays. 
« Damar-Mava étant mort en l'an- 

: née 1002, n'ayant point laissé de 
successeur, un homme, appelé y^ji- 
Saka , vint d'un pays étranger ; il 
s'établit lui-même, en qualité de 
prince de Mendang-Kamoulan , à 
Dawasa-Chen^kar, qu'il conduit. 
« Les tchandi-siwou , c'est-à-dire, 
les mille temples de Brambanan, 
furent achevés en 1018. 
« L'empire de Mendang-Kamoulan, 
avec la race de ses princes, ayant * 
fini, quatre royaumes s'élevèrent 
sur ses débris , savoir : Jang'gala , 
dont le prince était Ami-Louhour; 
Kédiri , qui avait pour roi I^mbou- 



m 



L'UNIVERS, 



* Ami-Jaya; Ng'arawwa, gouverné 
« par Lembou-Ami-Sesa; Sing'a-Sari , 
« dont le ch^ était Lembou-Ami-' 
« Loueh. Ces royaumes furent ensuite 
« réunis sous Pandji-Souria-Ami-Sesa, 
tt fils d'Ami-Louhour. Pandji-Spuria 
a étant mort, eut pour successeur son 
« fils Pandji-Lalian^ qui transporta le 
« siégedugouvernementdeJang'galaà 
(c Pajaja-Ran. Son ayénement eut lieu 
« Tannée 1200. » 

Ce fragment est écrit dans ie style 
oriental ; il renferme une prédiction 
de Jaya-Baya , lequel assure que Tlle 
de Java sera anéantie 2100 ans après 
la date de sa première existence. Cette 
prophétie y après avoir donné des dé- 
tails pour plusieurs années antérieu- 
res à Van de Java 1743 (l'an 1819de 
rère vulgaire) , finit par cette conclu- 
sion extraordinaire : 

« Toute la relation précédente des 
« événements chronologiques depuis 
« la première anAée jusqu'à la pré- 
« sente , fut écrite par l'mspiré Aji- 
« Jaya-Baya , qui vivait lui-même vers 
« Tan 800. Ce qui suit est la continua- 
« tion des événements qui furent 
« rapportés par lui, et qui doivent ar- 
« river; savoir : 

« Dans Tannée 1801, Sourakarta 
« n'existant plus, le sié^e du gouver- 
a nement sera transfère à Katan^a ; 
« Katanga étant ensuitedémoli , le sie^e 
« du gouvernement sera transporte, 
« en 1870, à Karang-Baya. En 1950, 
« le siège du gouvernement sera trans- 
u féré à Kédiri , où il était ancienne- 
« ment. Les Franguis{*) y viendront, 
« et, ayant conquis tout Java, ils éta- 
« bliront un gouvernement e« 1755, 
« ou 2031 de Tère chrétienne. Cepen- 
« dant, le prince de Kling, entendant 
« parler de la conquête et de la ruine 
« de Java par les Franguis , enverra 
« des forces qui tes batoont et les 
:•<» repousseront Jiore de Java; et, 
' / « ayant rendu Tîle à son gouverne- 
« ment naturel (javanais), il retour- 
« nera, en Tannée 1960, dans son 
« propre pays. 

« Pour recouvrer la possession de 

(*} Les EtitopéeBii. • 



« Tjle , le nouveau gouvernement ja- 
% vanais ^bandonnara la capitale Ka- 
« raug-Baya , comme un endroit maK 
« heureux , et ira s'établir à Varinguin- 
« Koubou , qui est près de la mon- 
« tagne N'gmaita-Laya. Cela aura lieu 
« en 2020. 

« Vers Tannée 2100, Java en entier 
« finira. » 

Ainsi parle AJiJaya*Baya dans sa 
dironologie prophétiaue. 

Si on en croit queloues traditions , 
le culte et les arts de Tlnde furent in- 
troduits à Java par un brahmân, ap- 
pelé Tristresta, qui y amena une 
nombreuse colonie; tout semble indi^ 
quer que ce brahmân est Aja-Saka luN 
mâme : les Javanais et les indiens ont 
eu, peut-être, les mêmes personnages 
pour souverains dans les premiers 
siècles de Tère javanaise. La liste des 
souverains de Tlnde, insérée dans les 
AHatic ResearchêSj est celle des prin- 
ces de Java, sectateurs du même 
dieu Bouddha; ils descendent de Pa- 
rakisit, de la postérité d'Ardjouna. La 
fameuse guerre , suivie de la victoire 
des Pandawas (*), gui est le sujet d*un 
des principaux poèmes hindous appelé 
le i/oAa-^ara^a^ se rapporte entière- 
ment à Tîle de Java et au comn>enee- 
ment du monde, selon les mythes ja- 
vanais. L'auteur du NiH sastra kawiy 
ouvrage d'une très-haute antiquité, 
s'exprime de la manière suivante sur 
la durée des âges du monde : 

« Le kerta-yoga était d'une durée 
« de 100,000 ans, le treta-yoga était 
« de 10,000 ans, le d&uapara était de 
a 1000 ans, \esafuHnikaj qui com- 
« mence à Tan 77 de Tère vulgaire , 
« a maintenant son eours. » 

II est bon d'observer ici que la série 
arithmétique par dizaines, centaines 
et mille, telle oue nous l'employons en 
Occident depuis la civilisation de nos 
contrées , se trouvait en usage au fond 
deTOrient, à des époques presque aussi 

(*) Sir Slamford Rafffes traduit dans dif- 
férentes parties de son ouvrage par ces 
roots : chute des Panâous , les mots Pan- 
ddwa lima qui , ce me semble , signi^ent 
au contraire victaire des Panddwas, 



OCEANIE. 



175 



anciennes, sdon le témoignage da 
Niti saxtra. Le kerta-yoga paraft finir 
à Texpulsion de Vichnou par Soura- 
laya; le ' treta-yoga commence avec 
son incarnation dans la personne 
d'Ardjouna-Wyaya souverain de Mos- 
pati, et finit à la mort de Rama, évé- 
nement qui est supposé avoir eu lieu 
vers le temps de Sakri , dans la lignée 
suivante des princes : Tristresta, 
Manco-Manasa, Soutapa , Sapoutram, 
Sakri, Poulasara^ Abiasa, Pandou- 
Deva-Nata (*). Plusieurs de ces princes 
et de leurs descendants sont supposés , 
par traditions, s'être établis en per* 
sonne à Java; et tandis que nous 
trouvons Tristresta fondant une co- 
lonie dans la première année de Père 
de Java, c'est-à-dire, environ 1760 
ans avant notre ère , on est étonné que 
la guerre des Pandous eut été trans- 
férée de Douapara-Yoga au présent âge, 
et se trouve placée dans Tère de Java , 
à 1200 ans avant la nôtre (**). 

Dans la version javanaise ou mo- 
derne du Niti-sastra , les périodes sui- 
vantes renferment les événements my- 
thologiques que voici : 

« Au commencement, chaque chose 
« était paisible et tranquille. Les pre- 
< mières années furent remplies par 
« le règne de plusieurs rois, et par des 
« guerres contre une femme appelée 
« Devi'Daroukt. Pendant cette pé- 
« riode, récriture fut introduite. 
« Après 1500 ans, une autre guerre 
« commença contre une femme appe- 
« lée Deoi-Sinta, Deux mille ans 
« après, une troisième guerre éclata 
« contre une femme nommée Devi- 
« Droupadi; et 2500 ans après, il 
« y eut encore une nouvelle guerre 
« contre la fille d'un homme , ou plu- 
« tôt d'un être purement spirituel , 
« dont l'histoire ne dit pas le nom. » 

(*) Ce mot signiSe dieu et on le donne 
aux plus mauvais princes par une détestable 
adulation. Ainsi les Romains dégénérés ap- 
pelaient <//Vtf^ (le dix in) un Néron, un 
Caligula , un Héliogabale. 

(**) On trouve dans ce qui précède et 
dans une partie de ce qui suit , une imita- 
tion et une altération de» mjl^ea et des inr 



Le récit qui va suivre commence à 
Tristresta , qui paraît avoir établi son 

fouvcrnement à Giling-Weri, au pied 
u mont Semirou. Ce récit est tiré de 
la collection des légendes du pays, 
compilée par Nata-Kassouma. qui 
était, en 1817^ panambaham de Sou- 
manap. C'était rhomme l&plus instruit 
de l'histoire de son pays , et il pour- 
rait tenir une place honorable parmi 
les savants de l'Europe. 

« En ce temps-là , Java n'était ha- 
« bité que par un petit nombre d'hom- 
« mes sous la protection de Vichnou; 
« mais ces habitants ayant offensé 
« le fameux Sang -Yang- Gourou, le 
« fameux Tristresta , fils de Jala-Prasi 
« et petit-fils de Brama, fut envoyé 
« à Java comme souverain du pays. Ce- 
a prince, marié depuis i'dge de JO ans 
« aveclaiirhamnoay-KélideKambod- 
« ja; vint avec 800 familles du pays de 
« Klmg, établir le siège du gouver- 
« nement au pied du Gounoung (*). 
« Semirou, sa capitale, fut appelée 
« Giling-Weri. Il eut deux fils, Ma- 
« nou-Manasaet Manou-Mandev&,etle 
«nombre de ses sujets s'éleva à 20,000. 

« Il y avait alors dans le pays de 
« Klingun homme appelé /^ato^M-Gott- 
<t noung^ fils de Gana deDesa-Sangala. 
« Il entendit parler de Sinta et Lan- 
« dap, deux belles femmes, demeurant 
« à Giling-Weri : il se mit à leur 
« recherche, et les ayant trouvées 
a sous la protection 'de Tristresta, 
« il attaqua celui-ci , et le défit ; Tris- 
« trestaïuttué, et Watou-Gounoung. 
« régna en qualité de souverain de 
« Giling-Weri , pendant 140 ans. Sous 
« son gouvernement le pays devint 
« très-florissant. Il adopta 40 fils et 
a autant de filles des princes du pays, 
« et leur donna les noms des divinités 
« du Sourga. Ce sacrilège, joint à d'au- 
« très qu'il avait déjà commis, attira 
« sur lui la vengeance de Vichnou , 
« qui le punit de mort l'an 2-10. 

« Apres cela, Basara-Gourou en- 
« voya Gbutaka de la montagne de 
« Sa'wela-Chala à Kling, pour être 
« souverain de Giling-Wesi , où Gou- 

(*) Mot maUd qui signifie tlkfiUagmê^ ^ 



176 



L'UJN'IVERS. 



« taka mourut y après un règne de 50 
« ans , laissant pour successeur son . 
« fils Raden-Sawela , dans Tannée 290. 
« Ce dernier prince régna 20 ans, et 
« eut pour successeur Goutama. Gou- 
« taina s'étant absenté de Giling-Weri, 
« lorsqu'il n'était pas encore marié, 
" vint dans le pays d'Astina , occupé 
« par un éléphant (\\x\ désirait épouser 
» la princesse Ëndradi. II combattit et 
« tua V éléphant^ se maria avec laprin- 
« cesse , et ensuite se rendit à Lagres- 
« tîna (*). » On ne peut pas douter 
que le mot d'éléphant n'ait ici un sens 
allégorique, ainsi l'observe Marshall. 

Il y avait un Pandita (**) , né à Gou- 
noung-J ali , dans le pays de Kling , qui 
avait un fils,Raden-Dasa-Viria, lequel, 
à l'âge de 12 ans, obtint de son père 
la permission d'aller à Java , et arriva 
au pied du mont Lawou. Son fils 
Dasa-Bahou, âgé de 10 ans, youlut 
se rendre indépendant; il s'établit à 
Astina-Poura, l'an 310. 

Après Dasa-Bahou, Souantana, son 
(ils et son successeur, fit la guerre au 
géant Pourou-Sada. Ce prince eut un 
fils, nommé Deva-Brafa, dont la mère 
mourut peu d'instants après sa nais- 
sance : 1 enfant ne voulant prendre de 
lait d'aucune nourrice, on fut forcé d'en 
chercher une à l'étranger. Or, les des- 
cendants de Tristresta'étaient Manou- 
Manara, Soutapa, Sapoutram et Sakri. 
Ce dernier engendra Poula-Sara , c[ui 
eut un fils nommé Abiasa. Il arriva 
qu'Abiasa était porté dans les bras de 
sa mère Ambou-Sari , dans le temps 
que Souantana cherchait une nourrice 
pour son fils. Aussitôt que Deva l'eut 
aperçue, il manifesta par des cris 
le désir de sucer de son lait; mais elle 
ne voulut pas consentir à lui en 
donner, avant que Souantana lui 
eût concédé son pays en échange. 
Alors Ambou-Sari re^ut le pays d'As- 
tinapour son fils Abiasa, qui fut en 
âge de régner dans l'année 415. Deva- 

(*) La suite de ce récit, jusqtrà la mort 
de la princesse Penbayoun , est tirée du 
Nitisastra. 

{**) CVst ainsi qu*on nomme les Savants 
dans rindc et' à Java. 



Brata fut fait prince de Koumbma. 

Abiasa fut marié aune femme avan- 
cée en âge ; il en eut trois fils : Dresta- 
Rata, qui était aveusie, Pandou- 
Deva-Nata, qui était fort beau, et 
Rawa-Widara qui était boiteux. Après 
12 ans de règne, Abiasa abdiqua en 
faveur de son second fils. 

Pandou-Deva-Nata régna à l'âge de 
14 ans à Astina; il épousa Devi- 
Koundi , fille de Basou-Keti , prince 
de Madoura; il en eut trois fils : 
PountaDeva, Sena et Jinaka. Deva- 
r^ata épousa aussi Madrin, fille du 

S rince de Mandaraga ; il mourut pen- 
ant qu'elle était enceinte, et elle mou- 
rut en mettant au monde deux ju- 
meaux. Les enfants de Pandou-DeVa- 
!Nata étant fort jeunes , Dresda-Rata 
fut nommé protecteur pendant leur 
minorité ; mais il fit passer la couronne 
à son propre fils Souyoudana. Celui-ci 
envoya les cinq fils d' Abiasa s'établir, 
avec 1000 familles, dans un pays nou- 
veau qui fut appelé Amerta, 

Souyoudana épousa la fille d'un 
prince de Mandaraga ; il en eut un fils. 
Son règne fut heureux : aucun prince 
n'était alors pltfs puissant que lui lors- 
que ses cousins lui redemandèrent la 
moitié de l'héritage de Pandou-Deva ; 
mais Souyoudana leur répondit que 
son épée déciderait de ce qu'il devait 
faire; alors commença la fameuse et 
juste guerre appelée Bratayoudha ou 
guerre sacrée, que la poésie javanaise 
a tant célébrée. 

En vain les cinq frères offrirent de 
se contenter de la moitié du royaume de 
leur père, la guerre fut longue, la plu- 
part des chefs des deux partis périrent 
successivement ; enfin Souyoudana lui- 
même succomba, après un règne de 
50 ans. Pounta-Dewa fut alors sou- 
verain d' Astina (en 49 1 ); deux ans après, 
il abdiqua en faveur de Parikisit, fils 
d'Abimanyou , et petit-fils de son frère 
Sinaka. 

Après avoir défendu son pays con- 
tre le géant Ousi-Aja de Sourabaya, 
au'il tua, Parikisit laissa le trône à son 
nls Oudayana , qui mourut après un rè- 
gne de 23 ans, et eut pour héritier son 
fils Jaya-Perma. Ceprinceeutdeux fils : 



OCKAME. 



t17 



Jaya-Misana et Àng'ling-Derma. Mi- 
sana succéda à son père, qui avait 
régné 27 ans, et mourut lui-même, 
après 5 ans de règne. De son temps, 
une épidémie iiorrible et un violent 
tremblement de terre désolèrent le 
pays. Son fils fut relégué à Milawa, et 
vécut comme un tepa (solitaire). An- 
g*ling-Derma se retira à Mitawa-Pati 
avec 3000 familles, durant la vie de son 
frère, et il y régna heureusement pen- 
dant dix ans. Après ce temps , la prin- 
cesse, sa femme, se brûla elle-même, 
parce qu'il avait i*efusé de lui faire con- 
naître une prière au moyen de laquelle 
elle aurait pu entendre le langage de 
tous les animaux. La perte de sa femme 
rayant rendu fou, il vécut d'une ma- 
nière errante, et fut enfin métamor- 
phosé en oiseau blanc. 

Jaya-Pourousa,fils de Jaya-Misana 
le solitaire, engendra Pouspa-Jaya, oui 
engendra Pouspa-Wijaya, qui engendra 
Kasouma-Wicnitra, qui engendra en- 
suite Raden- A u-Nirmala , qui régna 20 
ans à Milav«ra-Pati. Mais, a cette épo- 
que , le pays a3[ant été afQigé d'une 
peste , son fils Bisoura-Ghampaka par- 
tit avec ses serviteurs pour Mendang- 
Kamoulan, où il vécut comme un panr 
dUa (savant). 

Son fils,. appelé Ang'Ung-Derma, 
dont descôidit Aji-Jaya-Baya, qui de- 
vint souverain du pays , reçut en mon- 
tant sur le trône le nom ae Pourwch 
ChirUa. Il acquit de grandes posses- 
sions, et ses suiets furent heureux. On 
dit de lui qu'il dicta le poème de ^ro/o- 
youâha, par ordre de Deva-Batara- 
Gourou, en l'année 701. Son fils, 
Salapar-Wata, lui succéda en 756. Le 
fils de ce dernier , appelé Kandia- 
wan , régna ensuite sous le nom de 
Jaya-Langkara. Il se distingua par 
des actes de férocité , et il épousa 
sa sœur Chandra-Souara. Lorsque son 
paH {ministre) et ses autres servi- 
teurs en furent informés , ils prirent 
les armes; mais ils craignirent d'atta- 
quer le prince , parce qu'une prédiction 
avait annoncé qu'il ne pourrait être 
tué que pendant la pleine lune. Le 
monarque, informé de la conspiration, 
attaqua les conspirateurs , tua le mi- 

12* Livraison. (OcÉANiE.) 



nistre et massacra un. grand nombre 
de ses serviteurs. 

Après cette victoire, il assembla fies 
enfants, leur raconta ses actions, et 
leur dit aue son intention était de 
se brûler lui-même à la pleine lune , 
et qu'il désirait au*ensuite ils quittas- 
sent ce pays , ann que Mendang-Ka- 
moulan devînt un désert. Alors il di- 
visa ses états en auatre parts : Sou- 
brata , son fils aîné , eut le pays de 
Jang'gala; son second fils, Para-Vata, 
eut Kédiri; son troisième fils, Jata- 
Wida, eut Sing'a-Sari, et son qua- 
trième fils, Sou-Wida, eut Ng'ara- 
Wan. Ces princes devinrent les chefs 
indépendants de ces royaumes. 

Quand la pleine lune arriva, Sri- 
Jaya-Langkara vint avec sa femme et 
sa sœur Cnandra-Souara au Sang'gar 
de Deva-Pabayoustan ; là , ils se brû- 
lèrent. Les iamilles du pati et des 
chefs qui avaient été vaincus dans la 
dernière bataille, accompagnèrent le 
prince et se jetèrent dans les flammes. 
Penbayoun, sa fille, n'eut pas la per- 
mission de se sacrifier. On croit que 
c'est cette princesse qui, à cette époque 
arriva à Jang'gala et habita Wana-Ka 
pouchrang'an , où elle prit le nom de 
Kili-Souchi. Elle mourut en vova- 
geant. Penbayoun était très-instrufte 
et fit, entre autres inscriptions lapi- 
daires, celle qui est appelée Kaia- 
kerma. Elle jouissait de raffection de 
tous les habitants du royaume. 

L'empire de Brambanan (*) est 
le mieux connu des états anciens de 
Java. Les arts y étaient florissants. 
Ardi-Wijaya , l'un de ses princes , eut 
5 fils , selon la chronique au régent de 
Demak : l'aîné fut chef des cultivateurs, 
à Bagalen ; le deuxième, des marchands, 
à Japara ; le troisième , des bois et fo- 
rêts, àKoripan ; le quatrième, des ma- 
nufactures de sucre, d'huile et des dis- 
tilleries; le cinauième, appelé Ressi- 
Dendang-Guendfis , partagea le gouver- 
nement avec son père et hérita de sa 
couronne. 

Deva-Kasouma fut un grand mo- 

(•) Cet empire a poilé le nom de Men- 
daiig-Kamoulan. 

12 



17§ 



L'UNIVERS. 



narque et un grand chasseur; ilfon^a, 
en 846, à 5 milles de Sourabaya, ïa 
ville de Jang^gala^ c'èst-à-dîre du chien 
en langue javanaise. Il envoya ses cpiatjre 
fils oans rinde (ïiling) pour les 
faire instruire dans la relidon de Brah- 
mâ. L'aîné épousa Tune des plusgran-: 
des princesses de ce pays , et revint 
/à Java avec trois gros vaisseaux char- 
gés d'étoffes et d'autres marchandises, 
amenant des artistes de diverses pro- 
fessions , et mille hommes de troupe 
pour la garde du roi. 

Deva-Rasouma partagea son royau- 
me entre ses quatre fils , qui gouvernè- 
rent quatre états séparés. Ami-Louhour 
tégna à Jang'gala; Amî-Jaya, à Sin- 
g'asari; Lembou-Mengarattg, à Ng'a- 
rawan, et Lembou- Ai«i-Louhour , à 
K.édiri. Sa fille ne fut point mariée ; elle 
fit construire, entre autres édifices, 
les temples deSing'a sari. Sous le règne 
d'Ami-Louhour, le commerce avec les 
étrangers prit un grand accroissement. 

Les aventures de Pandjî-Ino-Kerta- 
Pati, fils de ce monarque, et de la prin- 
cesse qu'il avait épousée dans l'Jnde, 
sont célèbres dans l'histoire de Java. La 
littérature javanaise est remplie de poè- 
mes dont il est le héros. Dans sa jeunes- 
se, il épousa Angrénc ou Sekar'tagi, 
fille du oopati de son père ; mais ce mo- 
narque , voulant qu'il épousât sa cou- 
sine , fille du chef de Kédiri , fit périr 
Angréné. Alors Pinji s'embarqua avec 
le corps de sa bien-aimée : une tem- 
pête s'éleva, la plupart de ceux qui 
Contaient le navire périrent; mais il 

Earvint à débarquer à l'île de Tana- 
an ; là il brûja 16 corps d'Angréné , 
et partit avec le reste de ses servi- 
teurs pour Bali , où il prit le nom de 
Klana-Jayang-Sari. Ayant obtenu des 
secours dfu prince de cette île , il â '' 
épousa la fille, et vint s'établir à l'oc- 
cident de Kédiri; il épousa bientôt après 
la princesse de Sabroung, appelée Cnan- 
^a-Kirana, qui était d'une grande 
^eauté, et qui avait été demandée en 
mariage par le prince mohammedan de 
Malakka.Pandgi avait cru par prudence 
devoir s'annoncer pour un prince de 
l'île opposée , et il ne se fit reconnaître 
qu'après son mariage. 



Selon quielques roniancierScUnpriQc - 
^ l'île dè'Éornéo, appelée rllettùr^ 
se présenta à la cour de Jang'gala avec 
deux princesses, en se faisant passer 
pour Pandji, et en imposa à la crédulité 
du monarque , qui ^'imagina avoir re- 
trouvé son fils. Selon d'autres roman- 
ciers , c'est au contraire Pandji qui pé- 
rit par la tempête, et Angréné, sa 
bîen-aimée, qui l'avait accompagné 
dans sa fuite , fut jetée sur la coté de 
Bali dont elle épousa le souverain. 

Pandji introduisit l'usage du kriss 
et d'un instrument de musique appelé 
gamelan. 

C'est au milieu du IX* siècle de Père 
javanaise , c'est-à-dire dans la première 
moitié du X* siècle de l'ère Vulgaire , 
que les Chinois commencèrent à établir 
des relations de commerce avec l'île de 
Java (*). Un grand wang-kanq (**) chi» 
nois avait été jeté sur la cote nord- 
est de l'île. L'écrivain du yoang-kcmà 
possédait une pierre magique qui op^ 
rait des prodiges; il en fit présent au 
chefdeTegal,qui,par reconnaissance , 
accorda aux naufragés la faculté de s'é- 
tablir sur le district de ce nom. 

Selon quelques auteurs , Pandji gou- 
verna le royaume avec son père; un 
chef de l'île de Madoura , alors appelée 
NousorAntra, vint attaquer Jang'gala ; 
une prophétie avait annoncé que Pandji 
serait invulnérable, tant qu'il ne se- 
rait pas atteint d'une baguette de fer 
de Langkara. Le prince de Madoura 
lui lança une flèche fabriquée par Lang- 
koura , et le grand Pandji fut tué. 

Une tradition de Tannée 924 indique 
que les îles de Soumâdra ,^ Java , Bali 

(*) Les Ghinoia coDHureDt Tile de liava, 
qu'ils nomment J9ao«xi-0aa^ en Testropiant 
(^kinsi qnllsen usent avea tous les noms étran- 
^eri) , sous le règne de Kaou-Tsou-roUf li , 
de La dynastie )des3ong, coumeaçant Tan 4ao 
de rère chrétienne. L'an 1:39» , Kouli-Khan 
envoya une expédition pour conquérir Java 
elt J^rnéo, Le grand Khan, dit Marco 
Polo, voulut en valu conquérir Java etBor- 
nép : la longueur du voyage (68 jours) et les 
dangers de la navigation ren empêchèrent 
Mais ce voyage se fait en i5 jours avec 
nos navires européens. 

(**) Grand navire du commerce. 



OCÉÀNIE. 



09 



0t SoûDbaoua , étaient unies dans les 
temps reculés, et qu'elles lurent sépa- 
rées en 9 parties; mais qu'après 8000 
saisons pluvieuses , elles se réuniront 
de nouveau. Cette espèce d'observation 
géologique mérite d^étre méditée. 

KouDda*Lalian eut la gloire de surr 
passer les exploits du célèbre Pandji ; 
il était fort jeune quand ri commença à 
régner, Fan 927. Baka, son ministre, 
ayant tramé une conspiration pour le 
détrôner, il quitta Jan^'gala, sa capi- 
tale , sous le prétexte qu'une épidémie 
en rendait le séjour trop dangereux, 
et il alla fonder une ville, qu'il appela 
Mendang-Kamoulan, du nom de la 
{première capitale de Java. Vers cette 
ét)oque, la montagne de Klout fit sa 
première éruption. Elle fit entendre 
un bruit semblable à ceiui du tonnerre 
^t obscurcit les airs de cendres. Ce- 
neadant, l'épidémie continuant, les 
habitants de Jang'gala quittèrent cette 
ville , s'embarquèrent , et l'on ignore 
ce qu'ils devinrent. 

Baka ayant persisté dans sa révolte, 
fit la guerre à un autre chef, nommé 
ProQUrCkatùr , de Giling-Wesi, qui 
eut la gloire d'être son vainqueur. Plus 
tard , ayant conçu une passion cri mi* 
nelie pour sa lille , qui lui résista , il 
l'exila dans une forêt. 

Kounda-Lalian combattit les Chinois 
qui opprimaient son oays , et les diâ-» 
persa dans nie de Oiling-Wesi, qui 
paraît être l'ancienne capitale de Wa- 
tou-Gounoung, célèbre dans la mytho* 
iQsie javanaise; il trouva deux petites 
colonnes d'airain, et présuma que c'é- 
tait un signe par loquet les dieux lui 
ordonnaient de fonder une nouvelle 
capitale qu'il appela Pa^ajarany vers 
l'an t084 de Java. 

Ce prince encouragea l'agriculture 
et donna Fexemple à ses sujets en la- 
bourant la terre lui-même. 11 introduis» 
sit la culture du riz dans les provinces 
orientales , et apprit l'art d'atteler les 
birffles au joug, d'où lui vient le sur- 
nom de Mounding ( buflle). Il eut deux 
fils ; l'aîné s'adonna au commerce et 
passa la mer ; le plus jeune succéda 
a son père en l'année ni2> sous le 
iKu» de MoiHRâing-Sari- 



Le nouveau monarque comoattit sept 
ans pour affermir son autorité; son 
frère revint du continent de l'Inde, où 
après s'être converti à l'islamisme , îl 
avait pris le titre de Hadgi-Pouf'va. 
XJn Arabe de Ronje, appelé Sayd-Abas, 
l'accompagna , et essaya de convertir 
la famille royale. Hadgi-Pourva fut 
maltraité par le peuple et se retira dans 
une solitude aux environs de Chéribon. 
C'est à cette époque que les annales 
javanaises font mention pour la pre-^ 
mière fois du mobammédisme à Java. 

Mounding-Wangl régna en 1 1 79. il 
avait quatre enfants : sa fille aînée 
ayant refusé de se marier, fut bannie 
à lo côte méridionale, où son esprit est 
encore invoqué sous le titre de Batau- 
Kidoul. Sa seconde fille épousa un 
homme blanc qui avait débarqué dans 
l'île; son 3*" enfant fut radjah de Galou , 
et son 4** enfant, appelé Raden-Tan- 
douran, lui succéda. Il eut un autre 
fils d'une concubine , qu'il fit enfermer 
dans une boîte et jeter dans le fleuve 
Krawang, peu après sa naissance, 
parce qu'un crimmel , qui allait être 
mis à mort, avait annoncé que l'en- 
jfant qui devait naître le vengerait. Un 
berger trouva la boîte, adopta et éleva 
l'enfant jusqu'à l'âge de 12 ans, le 
nomma Baniàk-'Wedi , et l'envoya à 
Pajajaran, vers son frère qui était 
forç[eron. Le jeune homme devint si 
habile dans cet art, qu'il maniait le 
fer rouge avec les doigts. Il fut re- 
marqué par le prince , et il offrit de 
construire un chef-d'ocuvre ; c'était 
une cage de fer ornée de coussins, 
semblable à un appartement : le prince 
y entra pour l'examiner; alors le jeune 
nomme ferma la porte et accomplit la 

rphétie en jetant la cage dans la mer 
Sud (la mer des Indes ) , selon les 
uns , et selon d'autres , en brûlant le 
Hmlheureux prince qui y était enfermé. 
Baniak-Wedi s'étant fait reconnaî- 
tre, succéda à son père, sous le titre 
de Chiong-Wanara , et défit Tandou- 
ran , son frère , dans une grande ba> 
taille. ïandouran s'enfuit avec trois 
serviteurs fidèles , et se dirigea vers 
fjsst jusque dans le district de Wira- 
sabâ. Il eut envie de manger<ia fruit 

12. 



180 



L'UMVKHS. 



d'une plante, qu'il trouva d'une grande 
amertume , et demanda à Tun de ses 
serviteurs pourquoi ce fruit était si 
amer. « J'ai entendu dire , répondit 
celui-ci, que vos ancêtres ont com- 
battu ici dans la guerre sacrée de 
Brâta-Youdha. » Alors le prince leur 
dit : « JÉtablissons ici la capitale de 
« notre royaume; nous l'appellerons 
« Madjapahit (c'est-à-dire amertume) ,» 
Cet événement eut lieu Fan 1221 de 
l'ère de Salivana, selon une des ver- 
sions de l'histpire de Java. 

Le peuple de Touban , ayant appris 
l'arrivée de Raden-Tandouran , s em- 
pressa de le seconder. Des émigrés de 
rajajaran accoururent en foule, et, 
entre autees , 80 pandis , ou forgerons, 
avec leurs familles. 

Vers 1247, la guerre se ralluma; le 
nouveau souverain de Madjapahit cam- 
p à Oung'arang , et l'usurpateur de Pa- 
jaran, à Kafioungou, vers le centre 
de l'île. Après une grande bataille , les 
deux princes firent la paix , se parta- 
gèrent l'empire et établirent à Tougou, 
a l'ouest de Samarang, une ligne de 
démarcation. La rivière de Brebès , 
appelée depuis ce temps Chi-Pamali 
( rivière de prohibition), fiit la fron- 
tière des deux états. 

•Après la mort de Chiong-Wanara , 
plusieurs de ses provinces tombèrent 
au pouvoir des princes de Madjapahit. 
Un manuscrit de Bali, récemment 
trouvé , raconte en ces termes l'ori- 
gine de ce royaiune; nous allons suivre 
cette version : 

L'histoire du royaume de Toumapel 
rapporte l'origine au royaume de Mad- 
japahit ; elle finit le jour de respati 
(mardi), 10" de la S^ saison en 1465. 
Sous le règne de Sang-Sri'<;hi va bouddha 
l'état dépérissait, chaque district pen- 
chait vers sa ruine. Le pati (*), nommé 
Mangkou-Rajah-Nata,nt des représen- 
tations au prince , pour le prier dé se 
souvenir que ses ancêtres avaient rendu 
\e peuple heureux. Le prince ne vou- 
lut pas écouter son ministre, et lui 
ordonna de quitter ses états. 

(*) Ce met signifie assistant de Tadipati 
ou ministre. 



Sang-Sri-<chiva bouddha avait à son 
service un noble appelé fVirarRad{jah^ 
à qui il avait confié le gouvernement 
de Soumanap, dans l'île de Madoura. 
Celui-ci fut informé que le roi voulait 
le condamner pour un crime qu'il n'a- 
vait pas commis. Afin d'échapper au 
sort qui le menaçait, il envoya un 
messager à Sri-Jaya-Katon^ , souve- 
rain de Kédiri , pour lui dire que le 
royaume de Toumapel était dans une 
erande confusion, et qu'il serait facile 
de le conquérir. Sri-Jaya-Katong or- 
donna à son pati , appelé Kebo-Mounr 
darançy de faire des préparatife de 
guerre et d'attaquer le royaume de 
Toumapel, tandis que lui-même en 
attaquerait la partie occidentale. Sri- 
chiva bouddha ayant appris l'invasion 
desonroyaume,envoya son jeune frère, 
Raden-Wijaya , au-devant de l'ennemi 
vers l'est. Au lieu de marché en per- 
sonne , ce roi resta dans son palais où 
il se divertissait au milieu de ses con- 
cubines. Ses plaisirs furent bientôt 
interrompus : Moundarang arriva de- 
vant son palais ( kadaton ) , le contrai- 
gnit d'en sortir, et profita de l'instant 
favorable pour déciaer de son sort et 
pour le tuer devant sa porte. Le jeune 
Raden-Wijaya et le roi Jaya-Katong 
combattaient pendant ce temps-là , et 
un grand nombre d'hommes avaient 
déjà péri de part et d'autre. Moun- 
darang vint attaquer Farrière-garde 
de Wijaya, ce qui décida bientôt de 
la victoire en faveur du roi de Kédiri. 
Wijaya s'enfuit à Soumanap pour se 
soustraire à la colère du vainqueur. 

Parmi les dé[X)uilles dont Mounda- 
rang s'empara, il y avait la plus belle 
des femmes du jeune Wijaya qui fut 
aussitôt livrée au souverain de Kédiri. 
Il se proposa d'en faire son épouse; 
mais elle rejeta hardiment ses offres , 
et le roi , au lieu d'en être offensé, l'a- 
dopta pour sa fille. 

Raden-Wijaya se trouvait alors au- 
près de Wira-Radjah à Soumanap. La 
paix se fit; le souverain de Kédfri 
concéda une forêt très-vaste au jeune 
prince Wijaya; celui-ci, ayant l'in- 
tention de Mtir une grande ville dans 
la forêt , demanda des secours à Wira- 



OCEANIE. 



181 



Radjali, qui lui eovoya beaucoup de 
mondé et tout ce qui était nécessaire 
pour réussir dans cette entreprise. On 
avait commencé la coupe des arbres . 
lorsque l'on trouva un arbre appelé 
majay chargé de fruits amers, a'où 
la ville reçut plus tard le nom de Mad- 
japahit. 

Raden-Wijaya , après avoir bâti 
cette ville , prit le titre de Bopatir 
Sang-Brotvyaya ; il prit nour pati 
(ministre) un Gis de son ndèle ami 
Wira-Rajah , appelé Kiaï-PatthrJiang*- 
ga-Lawa. 

La population de Madjapahit s'accrut 
rapidement. Browijaya pensa qu'avec 
l'aide de Wira-Rajah, il pourrait, à 
son tour, envahir Kédiri. Jaya-Katon 
étant informé de l'invasion, marcha 
au-devant des deux alliés, et livra plu- 
sieurs batailles. Avant que la guerre 
éclatât , il avait promis en mariage sa 
fille adoptive au roi de Tatar, appelé 
SrirlMkseniana ; mais il n'avait pu 
accomplir sa promesse. Laksemana 
écrivit au roi de Madjapahit, en offrant 
de l'aider s'il voulait lui faire des con- 
ditions avantageuses. Browijaya reçut 
cette nouvelle avec joie , et accepta la 
proposition de Laksemana qui arriva 
avec ses troupes. 

Il y eut une rencontre terrible entre 
Jaya-Katong et Laksemana; celui-ci 
frappa Katpng d'un coup de lance em- 
poisonnée, dont il mourut à l'instant. 
Alors Moundarang et toutes les trou- 
pes de Kédiri se rendirent. 

Browijaya vint ensuite au palais et 
y fut reçu par sa fidèle épouse. Ils 
s'embrassèrent en pleurant de joie , et 
ce prince retourna à Madjapahit , 
n'emmenant avec lui que sa femme. Il 
invita le roi de Tatar à venir le voir; 
et lorsque celui-ci arriva , Browijaya 
lui donna deux à trois grandes fêtes 
et une jeune vierge d'une rare beauté; 
ensuite le prince de Tatar s'embarqua 
pour ses états. 

Browijaya rendit ses peuples heu- 
reux, et régnait sur toute l'île de Java, 
en 1247. 

Sous son successeur Brokamara ou 
Browijaya II > les manufactures d'ar- 
mes et d'aut i s objets furent perfec- 



tionnées , et les forgerons de Pajajaraa 
firent des armes damasquinées. 

Ardi-Wijaya, deuxième roi, fut 
tué par le fils d'un ministre qu'il avait 
fait mourir. Ce prince avait vaincu et 
rendit tributaire Sri-Sin-Derga , roi 
de l'Ile de Singhapoura , parce qu'il 
s'était adonné à la pirati*rîfc. 

Après lui , Merta Wija\ amontasur le 
trône de Madjapahit. So'^iis son règne , 
on acheva la conquête d'Indragiri, dans 
l'île de Soumâdra,commenei^.e pendant 
le règne précédent. Son ministre Gad- 
jamata se distingua par ses grandes 
qualités. 

L'histoire du successeur de ce prince 
est incertaine ; quelques-uns disent que 
Raden-Alit son frère lui succéda dans 
un âge tendre; d'autres, que Raden- 
Alit est le même qu'Angka-Wijaya, 
le dernier souverain de Madjapanit. 
Merta succéda à Gadja dans ses fonc- 
tions de ministre , et sa sagesse porta 
le royaume au comble de sa gloire. Les 
peuples de Palembang et ceux du midi 
de Bornéo , qui n'avaient pas encore 
de gouvernement régulier, obtinrent 
des secours contre les peuples de Lam- 

rg , et reconnurent la souveraineté 
Madjapahit , dont l'autorité s'éten- 
dait, à l'orient,' sur les états de Ba- 
lambangan et de Bali , et à l'occident, 
sur Sounda et sur Soumâdra. Les îles 
du détroit de Sounda étaient alors peu- 
plées par une foule de sens de diverses 
nations, qui, s'étant élu un chef, 
exerçaient la piraterie. Elles furent 
soumises. 

Sous ce règne , le Poussaka-Kriss fut 
volé par des émissaires du prince de 
Balambangan ; la dextérité d'un forge- 
ron, appelé SoupUy le fit retrouver. Cet 
artisan fut récompensé par la dignité 
de chef de Madirangin (actuellement 
Sidayou) et le titre nouveau d'^c^a^i. 

Le nouveau dignitaire poursuivit le 
prince de Balambangan , le défit , et la 
famille de ce dernier se retira chez le 
daef de Bali-Klonkong , qui envoja 
une ambassade au roi de Madjapahit , 
dont il reconnut l'autorité. Merta, ou, 
selon d'autres, Alit-Wijaya, laissa deux 
enfants : une fille , nommée Kanchana- 
Wounga et un fils appelé Anyka- 



185 



L^UNIVERS. 



Wijaya; ils régnèrent ensemble, ou, 

J)eut-étre, Ja sœur gouverna pendant 
a minorité dé son frère. 

Vers, Tan 1300 de Java, lemoham- 
jnédîsme s'introduisit dans la partie 
orientale de Tîle, aux environs de 
Grissé. Voici comment les auteurs 
javanais racontent cet événement : 

Moulana - Ibrahim , célèbre cheik 
d'Arabie, issu de Jenal-Abin, et cou- 
sin du radjah de Chermen , principauté 
du pays deSabrang, était établi avec 
d'autres musulmans à Desa-Leram- 
Jang'gala, lorsque le radjah de Cher- 
men arriva à Java. A peine ce prince, 
qui était mohammédan, s'aperçut-il 
que les habitants d'une île si populeuse 
et si vaste étaient idolâtres , qu il réso- 
lut de conirertir Angka-Wîjaya , foi de 
Madjapahit, et de lui donner sa fille en 
mariage , pour mieux réussir. II s'em- 
barqua avec sa fille et un nombre suffi- 
sant de serviteurs, arriva heureuse- 
ment à Jang'gala, prit terre à Disa- 
Leram, où il bâtit aussitôt une mosquée, 
et fit en peu de temps un grand 
nombre de conversions. 

Le radjah de Chermen envoya son 
fils à Madjapahit , pour informer le roi 
de sa visite; il se mit ensuite en route 
iui-méme avec ses gens et avec 40 saints 
personnages de Java. 

Le roi de Madjapahit vînt au-devant 
du radjah , le rencontra à la frontière , 
fut saisi de respect à sa vue , et le traita 
avec les plus grands honneurs et l'hos- 
pitalité la dIus distinguée. 

Le radjan de Chermen présenta au 
roi une grenade dans une corbeille; 
celui-ci ne savait s'il devait l'accepter 
ou la refuser : c'était un présage qui dé- 
ciderait s'il serait converti ou non. Le 
roi accepta le présent; mais il ne put 
s'empécner de j)enser qu'il était éton- 
nant que le radjah de la terre de Sabrang 
fui présentât un tel fruit , comme si on 
ne le connaissait pas à Java. Le radjah 
s'aperçut de ce gui se passait dans 
l'ame du roi , prit congé de lui quel- 
ques instants après , et retourna à La- 
ran avec ses gens. Soft neveu , appelé 
Moulana-Wahfar , fils de Mouîana-lbra- 
him , resta seul avec Angka-Wijaya. 
Peu de temps s'était écoulé , lorsque le 



monarque eut un violent mal de tète; 
il ouvrit la çrenade , et au lieu d'y trou- 
ver deS crames, il vit avec étonnement 
qu'elle était remplie de magnifiques 
rubis. Il pensa que le radjah de Cner- 
men devait être un personnage super 
rieur à lui, et il envoya Moulana- 
Mahfar pour supplier son oncle de re* 
venir ; mais il s'y refusa , et continua 
sa route. 

Le radjah de Chermen était de retour 
àLaran depuis quelques jours, lorsque 
ses gens tombèrent malades et plusieurs 
. moururent. Parmi eux il y avait trois 
ou cinq de ses cousins qui l'avaient 
accompagné. On voit encore aujour- 
d'hui les tombeaux de ces princes. 
La princesse tomba également malade ; 
son père ne la quittait. point, et il pria 
Dieu que si sa toute -puissance ne 
voulait point qu'Angka -Wijava fflt 
converti , les jours de sa fille fussent 
abrégés. La princesse mourut bientôt 
après , et fut ensevelie à côté de ses 
parents. 

Moulana- Ibrahim employa plusieurs 
jours aux cérémonies funèbres, pen- 
dant lesquelles le radjah de Chermen 
irefourna dans son pays avec ses gens 
Pendant la route, Sâyed-Yafar mou- 
rut ; le radjah envoya son corps à la 
côte de Madoura. 

Angka-Wrjaya, gui désirait voir une 
seconde fois le radjah de Chermen , ar- 
riva à Laran trois jours après son dé- 
part; ayant appris la cause de la mort 
de la princesse, il dit à Moulana qu'il 
avait pensé que la religion de son cou- 
sin , le radjah , aurait préservé la prin- 
cesse. Moulaùa lui repondit : « Cela 
« ne serait pas arrivé, si vous aviez 
« adoré le vrai Dieu, au lieu de faus- 
« ses divinités. » Angka-Wijaya s'ir- 
rita très-fort de cette réponse ; mais, 
ayant été apaisé par ses serviteurs , il 
retourna à Madjapahit. Moulana mou- 
rut 32 ans après le départ du radjah de 
Chermen, le lundi 12 de rabbi al-el-oud 
de l'an 1334 de Java. Vers cette épo- 
que, une femme de Kambodje, nommée 
INiè-Gedi-Pinatek, épouse du minis- 
tre de ce pays , fut reléguée à Java 
parce qu'elle était une grande sor- 
cière. Elle alla implorer la protection 



OCÉANIÈ. 



IftS 



du roi de Madjapahit ; ce prince la fit 
strabaTidar (chef de port) à Grissé* 
où il y avait déjà une mosquée et 
beaucoup de convertis. Cette femme 
devint dévote et charitable; elle est 
au nombre des aïeules du sousounan 
Djiri. 

KeTenons au règne d'Angka-Wiiaya. 
Ce prince épousa Dara7Watî , fille, du 
radjah de Champa, qui était fort belle, 
mai 3 qui refusa ^ pesant lopg-temps 
d'habiter avec lui^ à cause du grand 
nombre de ses concubines ^ et, entre 
autres, d'une Chinoise. La sœiir ainée 
de cette princesse avait épousé un 
Arabe, dont le fils était appelé Rach- 
met. 

Anf;;ka-Wijaya avait un fils illégi'- 
time, nommé Aria-Demar, né dHine 
lemme de la montagne de Lawou. Qe 
fils devint un fameux chasseur; il 
parvint au poste de «hef de province , 
et ensuite ae général dans la guerre 
contre les peuples de Bali; il s'em- 
para de leur capitale , appelée Ivlong- 
keng , et fit périr la famille royale de 
Bail , à l'exception d'une seule prin- 
cesse, qu^il envoya à Madjapahit. 

La reine continuait de détester sa 
rivale, la concubine chinoise; Angka- 
Wijaya donna cette femme à Demar, 
gu'il avait fait adipati de Palembang, 
a Soumâdra , et lui défendit d'habiter 
avec elle , jusqu'à ce qu'elle fût accou- 
chée de l'enfant dont elle était en- 
ceinte. Cet enfant fut un garçon, qui 
reçut le nom de Raden-Patah. 

Aria-Demar partit avec 300 hommes 
de troupes chinoises; aussitôt après 
son arrivée à Palembang, il fit la 
guerre aux pirates de Lampoung, près 
au détroit de Sounda. iKeut ensuite 
un fils , appelé Raden-Houssen , dont 
les peuples de Palembang méprisèrent 
l'extraction chinoise. Demar envoya 
les deux enfants à Madjapahit. 

Trois ans plus tard, Rachmet, ne- 
veu de la ïeine, vint à Palembang avec 
des lettres et des présents pour De- 
mar, et lui inspira le désir de se faire 
inohammédàn ; mais celui-ci n'osa pro- 
fesser publiquement l'islaniiisnie : Radi- 
Riet revint àMAdjapabitafvèsdeuxmois 
d'absence. Angfia-Wijaya désapprou 



vait les nouvelles opini(?ns religieuse^ 
à sa cour; mais il donna à Rachmet 
3000 familles, pour former un éta- 
blissement à Ampel , près de Sourà- 
baya. Rachmet y fit bientôt fleurit 
l'islamisme, et fut appelé sousounan ^ 
c'est-à-dire messajger de Die^u, titçè 
que prennent maintenant les souverains 
de Java. 

Moulana-Ichak , célèbre cheik de 
Malakka, et zélé musulman, apprit 
Jes conversions que faisait Rachmet ; 
y s'embarqua pour le seconder. Une 
tempête le for^a de prendre terre, à 
Gounoung-Patoukang'an. Or, la fille du 
chef de Balambangan était dangereu- 
sement malade ; une voix cria pendant 
la nuit qu'il trouverait des secours a 
Gounoung-Patoukang'an. Le chef y 
envoya quelques serviteurs qui trou- 
vèrent Ichak, et l'engagèrent à venir 
avec eux. Celui-ci entreprit lia gqérî- 
son de la jeune personne à condition 
que si elle recouvrait la sa'nté, son 
père se ferait musulman. La princesse 
guérit, et le cheik l'épousa. Un jour, 
son mari étant assis auprès de son 
beau-père , il lui conseilla d'accomplir 
sa promesse en se convertissant a la 
vraie foi. Le prince se mit tellement en 
colère, qu'il voulut frapper le cheik, 
celui-ci afla en toute hâte prendre congé 
de sa femme , l'exhorta a continuer la 
pratique du mohammédisme , et partit 
pour toujours. 

Peu de temps après son départ , une 
épidémie ravagea le pays. 

Le roi avait ordonné qu'on fît 

férir l'enfant né de sa fille; maïs 
)ieu le prit sous sa protection : il fut 
conduit secrètement à Grissé. Lors- 
qu'il fut âgé de douze ans , Rachmet 
le fit instruire , lui donna le nom de 
Raden-Pakou (c'est-à-dire pivot), dans 
l'espoir qu'il serait un jour le pivot 
de Java , et lui donna sa fille en ma- 
riage. 

Le jeune homme avait commencé 
le pèlerinage de la Mekke ; il fut dé- 
tourné de k continuer par Moulana^ de 
Malakka , vieillard respectable qui lui 
conseilla de retourner le plus tôt-possî- 
ble à Java, pour y travaillet à la con- 
version des idolâtres. Pakou revint a 



184 



L'UNIVERS. 



Ouanga, et un fils, nommé An^ka* 
G risse, et bûtit une mosquée 5 Diiri;. 
il alla ensuite à Ampel ; Raclimct l'in- 
forma que le vieillard était son père , 
et qu'en lui obéissant par son retour , 
et par la fondation d'une mosquée, 
il avait accompli une prophétie d'où 
il résultait qu'un jour sa race produi- 
rait les plus grands princes de Java. 
Vers l'an 1356 de Java (1432 ère chrét), 
la gloire de l'empire deMadjapahit était 
à son comble ; fa puissance ae cet état 
s'étendait au loin; mais des officiers 
du prince opprimaient le peuple de 
Bali par leurs concussions. Aiidaya- 
IVingrat , adipati de Pajang-Peng'gihg, 
y fut envoyé et y rétablit la tranquil- 
lité. Ses succès furent si complets, 
qu'il fut en état d'entreprendre d'au- 
tres conquêtes ; il acq[uit une si haute 
réputation , que le prmce Angka-Wi- 
jaya lui-même commença à craindre 
pour sa propre puissance. « Chaque 
fois, disent les historiens, que le prince 
de Majapahit recevait des rapports 
sur les victoires de Ratou-Peng'ging, 
ses alarmes, croissaient. Tous les ra- 
jahs de Sabran^ s'étaient soumis à lui ; 
parmi eux étaient ceux de Makaser 
(IVIangkasar) , Goa (Célèbes), Banda, 
Sambaoua, Endé, Timor, Ternate, 
Holo,Céram, Manila et Bornéo, car 
il était invulnérable. » 

Le prince de Madjapahit se res- 
souvint que Paiembang n'était pas en- 
core soumis; il envoya un magnifi- 
que présent à Ratou-Peng'ging, en 
l'invitant de soumettre Pâlembang 
sans délai, et demanda ù son ministre , 
G ndjn-^fada, comment il était possi- 
ble que Ratou - Peng'ging remportât 
de si grands succès, et il manifesta 
de nouveau ses craintes pour lui- 
même, si Peng'ging revenait à Java. 
Gadja-Mada répondit qu'il ne savait pas 
comment expliquer cela, et qu'il était 
toujours prêt à obéir aux ordres de son 
prince; mie récemment Ratou avait 
été dans le plus grand péril possible, 
et que cependant sa vie avait été con- 
servée. « Que peut-on faire davantage?» 
Le prince répliqua : « Faisons péni- 
« tence , et demandons à Dieu les 
f« moyens d'échapper à ce danger. » 



Us firent tous deux une pénitence dç 
40 jours et 40 nuits , à l'expiration de 
laquelle Batara-Narada apparut à Gad- 
ja-Mada, et lui dit : « Il vous est im- 
tt possible de faire périr Ratou , parce 
« qu'il est juste, et c|ue les dieux le 
« favorisent; si le prince veut se tirer 
« d'embarras, qu'il en fasse son gen- 
« dre , en lui donnant sa fille aînée en 
« mariage. » Gadja fit part de cette ré- 
vélation au roi. 

Le prince fut étonné de cesdiscours, 
narceôue le Sang-YangToung'gal (c'est- 
à-dire leGrand et Unique) lui avaitcom 
mandé la même chose. Il ordonna de 
rappeler Ratou , oui revint après avoir 
tué le radjah de Paiembang, et adminis- 
tré provisoirement ce pays. Il épousa 
la princesse, et fut associé à l'empire. 

Quelque temps après , le prince re- 
devmt jaloux de son autorité; il relé- 
gua son gendre à Peng'ging, appelé 
maintenant Pajang. 

Vers l'an 1360 de Java^ un des fils 
du roi de Banjermassin fut envoyé en 
ambassade à Madjapahit avec un grand 
nombre de vaisseaux ; beaucoup de ser- 
viteurs et de troupes l'accompagnaient. 
Le prince tomba dangereusement ma- 
lade; les médecins lui ordonnèrent 
d'habiter avec une esclave à cheveux 
laineux; le fils qui en provint reçut le 
nom de Bandan-Kajawan. 

Retournons à l'histoire des progrès 
du mohammédisme. Les fils d'Aria- 
Demar de Paiembang vinrent à G risse. 
Raden-Patah, l'aîné, âgé de vingt ans, 
ne voulut pas aller à Madjapahit, parce 
que sa mère y avait été maltraitée. 
Houssen, le plus jeune, y alla sans 
que son frère le sât. L'atné épousa 
la petite-fille du Sounan-Ampel , et 
forma un établissement à Bintara. Le 
prince envoya Houssen pour le détruire; 
mais celui-ci amena Raden-Patah à Ma- 
djapahit. Raden , reconnu par le prince, 
eut la permission de retourner a Bin- 
tara avec le titre d'adipati. 

Raden-Patah quitta Madjapahit, la 
rage dans le cœur, en y apprenant les 
circonstances de sa naissance. Il fit part 
au sounan Ampel du projet qu'il avait 
conçu de détruire cette capitale. Le 
sounan essaya de l'apaiser, en faisant 



OCÉANIE. 



185 



h] 



vdloir les préceptes de sa religion , qui 
ordonnaient la modération. 

Pea de temps après, Tan 1390 de 
Fère javanaise, Sounan-Ampcl mourut; 
il légua au Sounan-Diiri le Poussaka- 
Kriss que le prince de Madjapafait lui 
avait donné , et il lui recommanda de 
ne jamais laisser passer cette arme 
dans des mains indignes. Le prince 
s'empressa d'honorer la mémoire du 
sage Sounan. 

Raden-Patah n'étant plus soutenu 
»ar les conseils d'Ampel, donna un li- 
re cours à sa rage contre le prince 
son père ; il forma une liçue avec les 
missionnaires , pour détruire l'empire 
païen de Madjapahit. Tous les moham- 
médans se joignirent à lui , excepté 
Houssen, son frère, qui resta iSoele 
au prince. Une armée rebelle se réunit 
à Demak , et Raden-Patah déclara ou- 
vertement la guerre. 

Sounan- Oundang de Koudous,un 
des huit principaux missionnaires, 
marcha contre Madjapahit ; il évita une 
affaire générale, parce qu'il craignait 
l'habileté de Houssen; et pendant 
quatre ans il fut contenu dans ses 
mouvements. Les troupes du monar- 
que, fatiguées de cet état d'incertitude, 
livrèrent bataille près de la rivière 
de Sidayôu ; les mohammédans furent 
complètement défaits , et Sounan périt 
dans cette affaire; mais on accusa 
Houssen de ne pas avoir proGté de sa 
victoire, parce qu'il ^imait son frère 
Raden. La guerre civile se ralentit 
au point que le roi de Madjapahit es- 
saya de réduire ce dernier par la dou- 
ceur, et l'invita à venir dans sa capi- 
tale; mais Raden s'en excusa sous 
divers prétextes. Bintara, ainsi que 
d'autres provinces , continuant à payer 
le tribut , la vengeance du prince fut 
désarmée. Cependant le frère de Hous- 
sen fît de nouveaux préparatifs; il 
envoya demander des conseils à Aria- 
Demar ; celui-ci répondit que la volonté 
de Dieu était que le paganisme fût dé- 
truit et que la doctrine de Moham- 
med fût établie. 

Cette réponse ranima les confédérés. 
Une nouvelle armée se rassemlda à 
Demak. sous le commandement du 



fils de Sounan-Oundang de Koudous. 
L'armée attaqua la ville de Madjapahit , 
défendue par Houssen. Après-^une ba- 
taille qui dura sept jours consécutifs , 
Madjapahit fîitpnse. Le prince et ses 
serviteurs s'échappèrent pendant l'as- 
saut, et s'enfuirent v-ers rest de Java. 
Cet événement eut lieu l'an 1400de 
rère javanaise. Pangeran - Koudous 
poursuivit Houssen à Trong, et l'atta- 
qua dans une forte position ; son adver- 
saire fut obligé de traiter , et il accom- 
pagna le pangeran à Demak. Alors la 
capitale rut abandonnée pendant plus 
de deux ans , et devint une solitude. On 

rore encore quelle fut la destinée 
prince de Madjapahit ; quelques- 
uns disent qu'il se retira à Bali , d'au- 
tres dans la province de Malang, à 
Sang'gala , où des réfugiés se main- 
tinrent pendant quelque temps. 

Après la victoire , Raden-Patah vint 
s'établir à Demak, qui devint la capi- 
tale ; il fut déclaré le chef de la foi et 
le destructeur du paganisme, et tous 
les historiens lui donnent le titre de 
soulthan. Telle fut la fin du dernier 
empire brahmanique dans ce riche et 
vaste empire. 

LXXXVII. Il* £roQus. AaUBoi chuoholooique dm 
z.'histoiab db Ja.ti bbpdis l'btabx.tss>mekt du 

MOBAHVB DISKS JOSQV'a I.'ABBITi> BB8 HOL&A.l^ 
SAIS. 

Le soulthan de Demak réf^na neuf ans 
après la conquête de Madjapahit. C'est 
sous son règne que la foi musulmane 
se répandit premièrement à Java. Son 
fils, Tranggana-Sabrang-Lor, lui suc- 
céda. A la mort de ce dernier, son oncle 
devint soulthan de Demak. Vers Tan 
1421, rtle entière fut soumise au soul- 
than Tranggana, et l'islamisme s'y 
établit d'une manière solide. Des trai- 
tés d'amitié furent conclus avec les 
princes de Bornéo, de Padembans, de 
Bail, de Sinehapoura, d'Indraffiri et 
d'autres qui s étaient déclarés indépen- 
dants après la chute de Madjapahit. 
C'est sous le règne de Pangeran-Trang- 
gana que fut rédigé le code reUgieux ap- 
pelé Jaya-Langkara. Ce prince était 
vertueux, humain et obMÛrvateur des 
lois. 

Quelque temps après , l'île fut par^ 



186 



L'UNIVERS. 



tagée en deux dominations , qui cor- 
Tespondaient aux anciens états deMad- 
japidiit et Pajajaran. Les provinces 
de l'est restèrent au soulthan de De- 
raak , celles de Touest obéirent à Mou- 
lana-Ibrahim, qui prit le titre de soul- 
than de Ghénbon< Les deux princes se 
résarvèrent le droit de partager leurs 
héritages entre leurs entants. Le soul- 
than de Chéribon éprouva quelques 
difficultés de la part des peuples qui lui 
échurent, particulièrement a Bantam. 

Tranggana mourut en 1461 ; il par- 
tagea ses états : Aria-Hang'ga , son 
lîls aîné, fut soulthan de Prawata, 
et obtint en outre Demak, Samarang 
et le cours de la rivière de Solo ; son 
cendre régna à Japara, à.Remhanget 
a Jawana; Tadipati de Pajang-Pang*- 
gine ( Kaden-Panji ) eut le titre de 
Brâw-Pati de Pajang et Matarem. Son 
fils Mas-Timor fut investi des pays 
de Kedou et Bagalen. Son gendre, 
le pHnce de Madoura, fut chef de 
M adoura , Samanap et Grissé ; et son 
plus jeune fils fut chef de Jipang. 

Houssen y iils aîné du souitlian de 
Chéribon, mort en 1428, lui succéda 
avec le même titre ; c'est de ce prince 
que descendent les soulthans de Ché- 
riboB. Le second de ses fils , appelé fia- 
radin , hérita du royaume de Bantam , 
qui s'étend sur les proriiKces du dé- 
troit de Sounda ; c'est de lui que des- 
cendent les rois de Bantam. Son ^s 
saturel obtint un territoire près de 
Ghitarara , Jusqu'à Tan^am ; ses états 
furentsttués entreChérmon et Bantam; 
ee prince prit le titre de radjah de Dja- 
katra; plus tard sa capitale fut prise 
en 161& de l'ère vulgaire , par lesH^- 
landais, qui fondèrent Batavia dans les 
«n virons. Ainsi Taneten empirede Ma«^- 
iapahit était morcela, dans la seule 
lie de Java, entre un grand nombre 
de princes qui formèrent des gouverne^ 
ments îndépeodants ; plusieurs d'entre 
eux prirent tantôt le titre politique de 
KiatOifédé (*), tamtôt le titre religieux 
de Sousounan. 

Environ on an après la mort dn 
soulthan Tranggana, le pays de Pajang 

(*) Ce titre répond à celui de soulthan. 



s'éleva à' un haut degré de prospérité. 
Raden-Panangang, alors gouverneur 
de Jipang, commença à troubler la 

Saix a l'instigation au sounan Kou- 
ous : il envova un de ses gardes 
2ui assassina facilement le soulthan 
e Pravata. Aussitôt son frère, appelé 
Sounan-Kali-Niamat, prit et garda les 
rênes du gouvernement jusqu à ce que 
Aria-Pandeiri, fils du soulthan, fut 
en âge de rejgner. U alla demander jus- 
tice au sounan Koudous qui lui pro- 
mit de lui donner satisfaction; mais 
il fut assassiné à son retour par des 
fiens apostés sur la route. L adipati 
de Jipang, ayant réussi dans ses pro- 
jets , chercha à faire périr le chet de 
Pajang , afin de s'emparer de tous les 
districts de l'est. Les assassins atten- 
dirent minuit et trouvèrent le prince 
endormi au milieu de ses femmes, tin 
d'entre eux voulut s'approcher d'une 
d'elles qui se mit à crier; le prince 
s'éveilla en sursaut, s'informa de ce 
que ces hommes voulaient faire, et 
leur pardonna. 

Le chef de Pajang et sa sœur, 
veuve de Sounan-Kali-Niamat, se con- 
certèrent pour se venger, et assemblè- 
rent des troupes dont le commandement 
fut confié à PajOLambahan. Ces troupes 
vinrent camper au bord d'une rivière 

2ui séparait les deux armées; l' adipati 
e Jipang fut tué dans un combat 
•singulier , par un jeune homme dont 
il avait provoqué le père en criant que 
les troupes ennemies n'osaient passer 
h rivière. Alors la province de Jipang 
fut assujettie au cnef de Pajang. Pa- 
nambahan eut pour récompense 1800 
laboureurs dans le district de Mentok, 
•appelé ensuite Matarem « qui conte- 
nait alors plus de 300 villages. Le pays 
de Kali-iNiamat resta à la sœur dp ce 
prince , et celui de Demak à son neveu. 
Avira-Pangiri fut reconnu soulthan de 
Demak. Panambahan s'établit à Passer- 
Guédé, qui était presque désert, et 
l^rit le titre de Kiou-Guédé-Matarem. 
£n 1490, les chefs deSourabaya, 
Grissé , Sidayou , Touban , Wirasaia, 
Pranaraga, Kédiri, M^dion, Blorar, 
Jipang et Passaiouam, se déclarèxe^ 
indépendants du prince de Madoura , 



OCÉANÏE. 



187 



et choisirent pour chef Pandji-Wiristr 
kramci, aâipsii ■(*) de SÔurabayâ. 
Sansa-Gouna, chef de Balambangan, 
avant pour auxiiiaires les troupes de 
Bail et de Célèbes, Imita leur exemple. 

KJaî-Guédé-Matarem mourut efi 
1497 ; il avait changé pendant songOM- 
vernement le désert de Matarem fn 
une fertile et populeuse contrée* Le 
soulthan de Pajang avait ^evé à fa 
cour le fils de ce prince, TAnghe- 
baï-Soura-Wijaya, comme son pro- 
pre fils; il renvoya à Matarem, et l^i 
conGa le ccmfimandement des troupes 
de Tempire, avec le titre de sena- 
pati {**), en lui enjoignant de se pré- 
senter chaque année à sa cour à l'ér 
poque de la fête de Moutput- 

II paraît que c'est à cette époque 
que les Portugais et d'autres nations 
européennes fréquentèrent les para- 
ges de Java et établirent des factore- 
ries à Bantam. 

Leseuapati, encouragé par des pro- 
phéties y qui lui nromettfflent Tassis- 
tance de Kiaï-Guedé-Laoïlt-Kidoul (la 
déesse de la grande mer du sud), fit 
construire lïu nalais (***) fortifié ,. et 
prit une attitude indépendante. Des 
ambassadeurs de Panjang vinrent lui 
demander des explications ; il dissi- 
mula et répondit d'une manière év»- 
sive. Le soulthan de Pajang, auquel les 

{*) C'est-à-dire gouverneur. Voici l'ordre 
de la hiérarchie coroptiquée du gouverne- 
ment de ce pays. Le sousounan ou empereur 
exerçait une autorité despolique. Sous lui 
gouvernait le visir ou raden adipati, pre- 
mier ministre. Après le raden adipafi ve- 
naient les bapâtis ou gouvemeurs de pro- 
vinces, qui commandaient à leur tour les 
pandjérans , toumougongs , andjebaïs et 
mantris , goaveriienrs de districts et de can- 
tons. 

Chaque adîpati avait en outre un lieat«- 
nant chargé de le snppléer. Les petindgis 
ou ehefs de vilfcigies étaient éltts toue les 
ans par les habitants, fis étaient assistés 
d'un conseil de notables et devaient prendre 
les avis du moudin ou prêtre. 

(**) Seigneur de l'armée. 

{***} Le palais porte le noîn de Kraton 
dans U langue kam , ancieine langue de 
Java. 



ambassadeurs avaient rendu compte de 
la bonne réception que le senapati leur 
avait faîte 5 voulijt livrer ses intérêts à 
U destinée, mais les chefs de Touban et 
de Demak |ui persuadèrent de prendre 
les armes; il envoya son fijs avec 5000 
hommes contre le senapati , qui n'en 
avait que 80Ô. Celui-ci se trouvlhtfqrt 
mférieur à son adversaire, mit le feu 
.aux villages et aux campagnes pendant 
la nuit, et se porta vers Pajang, où il 
se présenta au soulthan , qui le traita 
.comme son propre fds et lui pardonna. 

IJn jeune homme empoisonna le 
soulthan t parce que le seuapati voulait 
investir de l'autorité suprême le fils 
de ce souverain ; mais le sounan Kou- 
dous, qui était son ennemi, transféra 
cette dignité au monarque de Demak, 
sous le nom de Raden-Benawa. 

Le nouveau soulthan de Pajang dé- 
plaça tous les chefs et conua leurs 
emplois à des habitants de Pemak. Le 
senapati prit les armes , mit en ftiite 
les troupes de Benawa , prit le palais 
d'assaut , s'eqj^a des ornements 
royaux qui provenaient de Pajajaran et 
de Majadpahit, plaça sur le trône le 
fils de Benawa, avec le simple titre de 
Pangeran (*) , transféra le siège de 
l'empire à Matarem ( 1576 de l'ère vul- 
^ire) , et marcha contre l'adipati de 
Sourabay^, pour faire la conquête 
des provinces orient^ales. 

Au moment où les deux armées se 
déployaient, Sounan-Djiri envoya une 
kttre'à chacun des deux chefs pour leur 
conseiller la paix, à condition que l'adi- 
l»ati reconnaîtrait la suprématie de 
Matarem, ce qui fut stipulé et exécuté. 
L'adipati ou gouverneur de Sourabaya 
se repentit bientôt de cet arrangement ; 
il prit de nouveau les armes, et gagfia 
les soldats qui étaient à Pranaraga et à 
Madion. De son côté, le senapati assié- 
gea le fort.de Madion, s'en emparai, 
marcha vers Sourabaya, et retourna vie- 
torieux à Matarem. U soumit ensuite 
Kédiri, Chéribon et Samarang. Il régno 
jusqu'en l'anfiée i 601 , après avoir faoéà 
un empire et porté au plus haut degré 

. (*) Ce mol signifie dan^ soiï acception 
ordinaire , uobl<î ou chvf. 



]8d 



L'UNIVERS. 



Fart de la guerre dans ces contrées. 

Sida-Krapîak , son fil», hérita de 
ses droits. C'est sous son règne que 
les Anglais et les Hollandais s'établi- 
rent à Java. Il bâtit le palais encore 
existant à Krapiak , près de Matareni , 
et son règne fut heureux. 

En J618 , Merta-Pourgt , fils aîné de 
Sida-Krapiak , lui succéda, et abdiqua 
à cause de ses infirmités physiques. 

En 1619, régna Agoung, c'est-à- 
dire le Grand. Ce prince se signala 
par une victoire sur les forces réunies 
de Sourabaya et de Madoura : la sou- 
mission des provinces de l'est en fut 
la suite. Il envoya des secours aux 
districts de Sounda ou de l'ouest; 
mais sa puissance s'affaiblit en peu 
de temps par les dissensions intestines 
^ qui avaient éclaté dans ses états. Les 
Hollandais en profitèrent pour s'éta- 
blir à'Djakatra. 

LXXXVin. II1« BT SlRVlUx iPOQT». P&ICIS CMEO- 
JIOLOOIQ0B DB I.'hI8TOXBB SB J^Tik BXrUZS 1.' BTA- 
B&ISSBMBHT DBS HOLI.AHDAIS JOSQu'a VOS JOVBS. 

Le roi de Bantan) était, en 1596, 
à la tête d'une expédition contre Pa- 
lembang, dans l'île de Soumâdra, 
lorsque les Hollandais parurent dans 
sa capitale, sous le commandement 
de Houtman. C'était au déclin de la 

Suissance des Portugais, qui y possé- 
aient une flotte. Le port de Bantam 
était alors fréquenté par un grand 
nombre de Chmois, d'Arabes, de 
Persans , de Maures (*), de Turcs , de 
Malais et de Pegouans. Quatre années 
plus tard les Hollandais vinrent y for- 
mer un établissement. Dans Tannée 
suivante , ils eurent la permission d'y 
posséder une factorerie. En 1609 , ifs 
avaient un agent à Grissé. En 1612 , 
P. Both stipulait une convention avec 
le prince de Djakatra. Le 19 janvier 
1619, ils firent un nouveau traité avec 
le même prince, qui les autorisa à 
construire un fort. De nouveaux se- 
cours arrivèrent d'Europe sous les or- 
dres de l'amiral Coen ; la ville de Dja- 
katra (**) fut réduite en cendres, parce 
(*) On donne ce nom aux musulmans de 
rinde. 

{**) Djakaira elle-même parait avoir oc- 



que le prince avait arrêté et conduit 
dans l'intérieur plusieurs prisonniers 
hollandais , et sur ses ruines fut élevée 
la ville de Batavia. 

L'empereur de Matarem avait voulu 
▼ivre en bonne intelligence avec les 
Hollandais; mais avant appris ce qui 
s'était passé à Djakatra, il envoya con- 
tre eux deux armées qui furent suc- 
cessivement battues avec une perte 
d'environ 10,000 hommes. 

En l'an 1629 de l'ère vulgaire, une 
seconde armée de Matarem se présenta 
devant la ville de Batavia. Le siège et 
les assauts furent meurtriers. Les -évé- 
nements de la guerre firent éprouver 
de si grands désastres aux Javanais, 
qu'ils furent repoussés trois fois, e1 
perdirent la moitié d'une armée de 
120,000 hommes; enfin les Hollandais 
envoyèrent un ambassadeur avec des 
présents, et la paix fut conclue. 

Pendant le dernier règne du soulthan 
Agounfj, l'empire fut généralement 
tranquille , et ne fut troublé que par 
deux révoltes de peu d'importance. Ce 
prince, qui,deraveu des Hollandais, 
avait beaucoup d'instruction , mourut 
en 1646, après avoir établi sa domina- 
tion sur l'île entière, excepté sur Dja- 
katra. 

Aria-Prabou, son fils, lui succéda 
sous le nom du soulthan Aroum. Ce 
fut un des monarques les plus cruels 
de Java. Le 24 septembre 1646, ce 
prince fit avec la compagnie hollan- 
daise un traité dont les principaux ar- 
ticles étaient que le sousouhounan 
serait informé annuellement par un 
ambassadeur, des curiosités arrivées 
d'Europe; que les prêtres javanais et 
autres personnes qui seraient envoyées 
dans les pays étrangers, pourraientdis- 
poser des navires delà compagnie ; que 
les fugitifs pour dettes et autres mo- 
tifs seraient réciproquement rendus; 
que la compagnie et le sousouhounan 
s^engageraient à s'entr'aider dans les 
guerres; que les marins du sousou- 
hounan pourraient trafiquer dans tous 

cupé remplacement de Tancietine ville de 
Sounda-Kalappa. Voy. les Mémoires de la 
Société de Batavia , 1. 1, p. 42. • 



ocV:ajnik. 



18^ 



les étabiissenients de la compagnie, 
excepté à Amboine , à Bandù et à Ter- 
naieietque les navires expédiés pour 
Malakka et les autres places du nord 
pourraient relâcher à Batavia. 

Le 10 juillet 1659, la compagnie fit 
un traité avec le soulthan de Bantam, 
pour Textradition réciproque des dé- 
serteurs. 

Une conjuration avait été tramée 
contre le féroce soulthan de Matarem, 
par les troupes qui voulaient mettre en 
sa place Alit, son jeune frère; elle 
fut découverte , et les têtes des chefs 
furent apportées an soulthan, qui dit 
à Alit : « Voici la récompense de ceux 
qui veulent attenter à mon autorité. » 
Quelque temps après, ce jeune prince 
fut assassiné par un homme qui avait 
voulu l'arrêter, et contre lequel il 
avait levé le kriss. Le soulthan, 
désolé de la mort de son frère , fit 
inscrire le nom de tous les prêtres de 
la capitale , soupçonnant qu'un d'entre 
eux avait excite l'assassin : il les fit 
rassembler sur TAloun-Aloun (*) ; ces 
nialheureux, au nombre déplus de 
6000, furent foudroyés par la mi- 
traille. La première reine avait un 
oiseau né d'une poule sauvage et d'un 
coq domestique. Le sousouhounan s'i- 
magina que c'était un présage que 
son fils régnerait aussitôt qu'il aurait 
l'âge de raison ; il fit réunir 60 per- 
sonnes de sa famille sous un arbre de 
vareigner et les fit massacrer; ils appe- 
laient Dieu et les prophètes à témoin 
de leur innocence. Son fils s'étant marié 
sans son aveu , il ordonna que la jeune 
personne fût mise à mort avec toute 
sa famille, au nombre de 40 personnes, 
et il bannit le ieune prince. On ajoute 
qu'il viola sa fille. 

Enfin cet abominable monarque de- 
vint tellement odieux, que les grands de 
l'empire supplièrent son fils de prendre 
les rênes du gouvernement. Une con- 
spiration se forma; une révolte devait 
éclater à Madoura, tandis que le jeune 
prince resterait à la cour. Une armée 
vint de Mangkassar en l'an 1675 de l'ère 

(*) Place publique servant aussi de place 
d'armes. 



vulgaire, pour aider les rebelles. Deux 
armées du sousouhounan furent défaî- 
tes successivement ; les Hollandais le 
secoururent avec quatre navires; les 
Mangkassars furent battus et leurs 
chefs tués. Le soulthan forma une 3** ar- 
mée , et en donna le commandement à 
son fils. 

Cependant le chef des conjurés de 
Madouré , appelé Trouna- Java , voulut 
se placer lui-même sur le trône de Ma- 
tarem : il avait remporté plusieurs 
victoires dans les districts de Test, 
s'était emparé de Sourabaya et s'avan- 
çait vers Japara. 

L'amiral Speelman (*) partit de Bata- 
via en décembre 1676 pour secourir 
le souverain, et soumit toute la cote 
jusqu'à Japara. Un traité entre la com- 
pagnie et le sousounan fut le résultat 
de ses succès. On stipula que la juri- 
diction de Batavia s'étendrait jusqu'à 
Krawanç ; que les marchandises de la 
compagnie seraient exportées franches 
de droits ; que les Mangkassars, les Ma- 
lais et les Maures ne pourraient faire 
le commerce dans les états du sou- 
sounan, s'ils n'avaient point de passe- 
ports hollandais ; que ce prince paierait 
250,000 piastres, et verserait 3,000 
lastes de riz pour les frais de la guerre, 
etc. 

Au mois de mai suivant, les flottes 
combinées de Si)eelman et du sousou- 
hounan remportèrent une victoire dé- 
cisive sur Trouna- Jaya, qui s'enfuit 
en laissant derrière lui 100 pièces de 
canon. Les révoltés obtinrent plus 
tard quelaues succès sur terre; enfin 
au mois de juin 1677, ils entrèrent à 
Matarem. Le monarque, forcé de fuir 
de sa capitale, se retira avec son fils 
dans les montagnes de Kendanç ; il y 
succomba bientôt à une maladie, et, 
à l'instant de sa mort, il dit à son fils • 
« Vous devez régner sur Java, dont 
« la souverainetevous a été transmise 
« par votre père et vos ancêtres ; soyez 
« l'ami des Hollandais , vous pourrez 
« réduire, avec leur assistance, les 
« provinces de l'est. » 

(*) Cest à Speelmao qu'on doit aussi U 
défaite des Mangkassars. 



i9p 



UUpîIVERS. 



pendant . \^ rfib^lles prouvèrent 
dans le palais la couronne de Madja* 
phit , deux filles du roi , et d^s trésors 
immense^. La perte de§ habitants de 
Matarem fut de 16,000 hommes; leis 
Madourais en perdirent a p^u près 
autant. Le jeune et malheureux pnnce 
Mengkourat P*", appelé Sida-Tagal- 
Aroun, retiré à Tagai, avait pris d'abord 
là résolution de partir pour la Mekke, 
afin d'obtenir le titre de Hadgi (*). 
Il se décida, après un songe mystique, 
à demander des secours à Batavia, 
Lorsque les troupes arrivèrent, le chef 
de la province de Tagal s'offensa dQ 
ce que les officiers hollandais étaient 
debout et le chapeau à la main (levant 
le jeune monarque , tandis que les Ja- 
vanais doivent être assis. Il fut très- 
étonné d'apprendreque c'était un signe 
de respect en usage en Europe. 

Le monarque s'informa ensuite du 
nom du commandant, et lors<^u'il sut 
qu'il avait le rang d'amiral , il s'ap* 
procha de lui. Des présents furent eur 
suite offerts à ce prince, parmi les- 
quels était un magnifique habit de fa- 
çon hollandaise. Le prince en fut $i 
satisfait , qu'il s'en revêtit à l'instant. 
L'amiral se dirigea ensuite par mer 
vers Japara, tandis qu'une divisioa 
hollandaise se dirigeait parterre, avee 
le prince, vers Pakalongan. Quand 
l'amiral arriva à Japara, \\ y trouva 
un . vaisseau anglais et un vaissQ^vi 
français en détresse , qui flrent saypir 
qu!ils avaient assisté lés; Hollandais 
peitdant que les rebelles attaquaient 
Japara. L amiral çn remercia les équi- 
pages, leur fit présent de 10,900 pias- 
tres» et ordonna qu'on le^ rameaât 
dans leur pays sur un de se^ navires . 
et à ses propres frais. 

Les troupes s'avancèrent au plus tôt 
vers Rédiri. La place fut assiégée pen- 
dant ôO jours et prise d'assaut, hfis 
Mangkassars, auxiliaires des rebella, 
avaient fui, ainsi que Trouna-Jaya. 
On trouva dans la place beaucpup d'or, 
une grande quantité de piastres d'Es- 
pagne, et la rameuse couronne de Ma- 
jaopahit, mais les pierres précieuses 

(*) Cesl-à-dire pè|e{ip. 



en étmalt .enlevées. lie ft âéeembre , 
neuf chefe mang^assfurs obtinrent leur 
grâce. 

Cependant Trouna-Joya avait ras- 
semblé de nouvelles troupes; il œa- 
nceuvra dans la plaine; mais son armée 
fut saisie d'une terreur panique à la 
vue des troupes eombiB»es des HoK 
landais et des Javanais. Son beau- 
frçre lui donna le conseil d'aller im- 
plorer la clémence du prince , qui {pro- 
bablement lui pardonnerait. Trouna , 
après un moment de iréfiexion , se dé- 
cida à suivre son beau-frère, en se 
faisant accompagner dç ses femmes 
et de ses serviteurs. Ils prirent tous 
la route de Kédiri le 25 décembre 
1679 , se jetèrent aux pieds de Teni- 

Eereur, en implorant la grâce du ré- 
elle. Ce malheureux n'avait point de 
kriss ; un chindi était roulé autour de 
son corps, comme s'il était prisonnier. 
« C'est bien , ïrounaTjaya , dit le mo- 
« narque, je vous pardonne; sortez 
« pour vous habiller selon votre rang, 
a et revenez de suite ; je vous ferai 
« présent d'un kri&s et je vous instal- 
« îerai en qualité de mon ministre, » 
Trouna publia en sortant la clémence du 
prince , et revint bientôt au palais. Le 
çousouhounan ordonne à sa femme 
de Lui donner le kriss appelé Kiai-Be- 
labar , qui était tiré hors du fourreau. 
« Rebelle , apprends , dit le monarque, 
« que j'ai juré de ne tirer cette arme 
« que pour la plonger dans ton corps: 
« reçois-la eu punitiou de tes often- 
« ses.» En effet, le malheureux Trouna 
venait de recevoir le coup> fatal: sa 
tête fut ensuite tranchée , son corps 
traîné dans \e^ immondices et jeté dans 
une fosse. 

La tranquillité fut rétablie. Le sou- 
spubounan r«tourna à Samarang ; et 
pour témoigner sa reconnaissance aux 
Hollandais , il leur accorda assez de 
terrain ppur construire un fort, et 
ceux-ci lui promirent de le secourir 
de nouveau s'il était attaqué par ses 
ennemis. 

Les Javanais prétendent qu'une fois 
que le malheur s'est étendu sur une 
place, la prospérité n'y revient jamais. 
Cette idée superstitieuse fut'cauçeque . 



Vemj^teux résolut d'dlH^)4<HHim* Ha< 

tarciu; il Yoiilait fixer sa résidence à 
Samarang, mai$ il se décida ensuite à 
rétablir dans le district dePajang, au 
milieu de la fqrét de Wana-Kartaj et 
la nouvelle capitale fut appelée ILarta* 
Soura (*). £a Tannée 1606 de Java 
( 1682 de Fère vulgaire ) j le sau- 
sounan Meng-Kourat mourut; son 
successeur Aniangkou-Nagara, nommé 
vulgairement Mangkourat-Mas, fut 
blâmé pour $'étre hâté de prendre les 
rênes ou gouvernement avant que les 
honneurs funèbres eussent été rendus 
au monarque décédé. La compagnie 
rinvita à confirmer l'acte du 28 lévrier 
précédent, qui cédait en toute souverai* 
neté aux Hollandais la royaume de Dja- 
katra, entre les rivières d'Ountoung- 
j^wa et Krawang, et à accorder, en 
reconnaissance des services de Tamirai 
Speelman pendant la révolte de Trou- 
na-^aya, tout le pays situé entre les ri- 
vières Krawang et Panaroukan. Une 
charte du 16 janvier 1678, octroyée 
par le dernier empereur, avait mis le 
commerce du sucre de Japara entre 
les mains des Hollandais, et la com- 
pagnie avait acquis de nouveaux droits 
sur Samarang. Le traité du 17 avril 
1684 établit la rivière de Tang'ran pour 
limite entre le royaume hollandais de 
Djakatm et les états du roi de Ban- 
tam; enfin, un autre traité du 6 janvier 
1684, entre le soulthan de Chéribon et 
la compagnie, assurait à celle-ci l'ami- 
tié de ce prince et la faculté d'établir 
une factorerie à Ghéribon. 

Cent jours après la. mort du soulthân 
Mengkourat I , on célébra ses funé- 
railles, avec pompe. Pendant la cé- 
rémonie , l'empereur conçut une pas- 
sion violente pour la femme de l'adi- 
ps^i de Madoura; il voulut lui faire 
violence, mais elle s'édiappa. Son 
mari se réfugia à Samarang, invita 
PangeraurPougar, oncle du monarque, 
à prendre la couronne et à se placer 
sous la protection des Hollandais. 

(*) C'est près des ruines de Karla-Soiira 
qu'est bâtie Soura-Karte ou Solo , capitale 
actuelle de sousottnan ou empereur de Ma- 
taceœ. 



L'emperemr voulut âtre périr le fil* 
de Pougar , mais deux éruptions sac* 
cessives du Mérapi, un des plus 
grands volcans de cette île , l'effrayè- 
rent au point qu'il pensa que le ciel 
favorisait le Pangeran. II accorda la 
vie à son fils et lui donna 1,000 cha* 
cbas. Il envoj'a un régent en ambas- 
sade à Batavia, dans le même temps 
que Pougar y envoyait aussi une am- 
bassade. La compagnie répondit au 
ehargé d'affaires du sousoubounan, 
que non traita comme un simple mes* 
sager , qu'elle ne pouvait reconnaître 
son maître pour souverain : 1<> parce 
qu'il était un tyran qui avait excité 
son père contre les Hollandais; 2* 
parce que l'ambassade, au lieu d'être 
composée de princes ou ministres, selon 
l'usage, n'était composée que d'un 
régent ; S*» parce qu'en informant la 
compagnie de son avènement , il n'a- 
vait pas proposé le renouvellement 
des traités; 4" parce que des lettres 
interceptées faisaient connaître qu'it 
invitait le prince de Madoura à ce 
joindre à fui contre les Hollandais, 
pour tenter de les chasser de l'île. 

La compagnie fît proposer à Pange- 
ranrPougar la cession de Demak , Ja- 
para et Tagal, pour prix de son assis^ 
tance. Pougar, craignant de déplaire 
aux Hollandais en refusant de céder 
ces trois places, leur offrit de payer 
tous lus frais de la guerre. Ces propo- 
sitions étant acceptées, la compagnie 
fit mettre ses troupes en mouvement 
le 18 mars 1704; elles arrivèrent à 
Samarang au mois d'avril. 

Le 19 juin, Pougar ftit reconnu sou- 
verain à Samaranç par les Hollandais, 
qui prirent aussitôt possession des 
districts de Demak, Grabogan, Sisela, 
et du territoire de Samarang jusqu'à 
Oung'arang. Les troupes de Mengkou- 
rat-Mas furent forcées de se retirer. 

Avant de se mettre en marche, les 
chefe hollandais traitèrent avec Jaya- 
Dennigral, chef des troupes de Karta- 
Soura , et prirent possession des pos- 
tes fortifiés de Pédakpayang , Oung'a- 
rang et Salatiga. L'ennemi avait envi- 
ron 40,000 hommes près de cette 
dernière place, AJors Mengkourat-Mas 



192 



L'DINIVKAS. 



s'enfuit de sa capitale après avoir fait 
étrangler le fils de Pougar. Son règne 
fîit court. Il était âgé de 34 ans, et on 
lui donnait le surnom de Pinchang , 
parce qu'il était boiteux. 

Pougar, âgé de 56 ans, monta sur 
le trône de Java (1705), avec le nom de 
Pakabouana. Le 5 octobre 1705, ce 

{grince fit un traité par lequel les Hol* 
andais obtinrent les plus grands avanta- 
ges pour l'augmentation de leur com- 
merce et l'accroissement de leurs pos<- 
sessions. 

Le 1 1 du même mois (octobre 1705), 
lin autre traité fut rédigé par M. De- 
wilde; le prince s'y engagea à subve- 
nir à l'entretien d'un détachement de 
200 hommes de troupes hollandaises 
pour sa sûreté à Kerta-Soura , mon- 
tant à 1300 piastres d'Espagne par 
mois. 

Après ce traité, Mengkourat-Mas fut 
poursuivi de place en place pendant 
deux ans. Enfin, en 1708, il se ren- 
dit à un représentant de la compagnie 
appelé Knol, quilereçutàSourabaya, 
le 17 juillet, et le fit embarquer fwur 
Batavia, avec sa femme, ses concubines 
et ses domestiques. Dès qu'il fut arrivé 
dans cette grande ville , on le condui- 
sit au château devant le gouverneur 
général (M. Van Hoorn); le monarque 
se prosterna à ses pieds , en lui pré- 
sentant son kriss. Le gouverneur le 
lui rendit , le traita avec humanité et 
l'envoya à Ceylan. 

La fameuse Makota ou couronne de 
Madiapahit fut perdue pour toujours 

J)endant la guerre qui précipita Meng- 
lourat-Mas du trône. Parmi les évé- 
nements malheureux de ce règne, on 
peut citer la révolte de Soura pati , qui 
commença en 1683, et qui ne lut étouf- 
fée qu'en 1699. 

Pakabouana P' mourut l'an 1648 de 
Java ( 1722 de l'ère vulg. ). Son règne 
fut presque toujours troublé par des 
révoltes ; les Hollandais ses alliés per- 
dirent dans plusieurs actions un grand 
nombre de leurs soldats ; mais la com- 
pagnie acquit, pendant cette époque, la 
suprématie sur l'île de Java, et le sou- 
sounan ne fut plus que son pupille. Il 
avait écrit a la compagnie pour la 



prier de ehoisir son successeur parmi 
ses trois fils. Pranbou -Amangkou- 
Nagara, l'aîné, fut choisi. Le plus 
jeune se révolta, et s'empara de Mata- 
rem. Les Hollandais envoyèrent dès 
troupes à Sourabaya, et rétablirent 
i'oitire. Mais dans ce temps le jeune 
prince mourut presque subitement, et 
un des chefs de la rébellion fut exilé 
au cap de Bonne-Espérance. 

En Tan 1657 de Java (1731 de l'ère 
vulgaire), Pakabouana II, âgé d'en- 
viron 14 ans, succéda à son père. 
Denou -Radjah, ministre du dernier 
empereur, fut chargé du gouverne- 
ment jusqu'à ce que le jeune inonar- 
que fdt en état de régner 

En 1737 de l'ère vulgaire, eut 
lieu la révolte des Chinois à Batavia. 
Un grand nombre de mécontents de 
cette nation en sortirent clandestine- 
ment et se rassemblèrent à Gandaria , 
village peu éloigné de cette capitale. 
Les auteurs racontent de diverses ma- 
nières la cause de cette révolte. Les 
uns l'attribuent aux Chinois indignés 
d'être molestés par les esclaves des 
Européens , et de ne pouvoir obtenir 
justice ; d'autres à la protection spéciale 
accordée aux Chinois nar le général 
Yalkenaer, qui excitait la jalousie des 
autres habitants. Un Chinois, Liou- 
chou , informa le gouvernement de ce 

3ui se passait à Gandaria , et servit 
'espion. Les rebelles s'approchèrent 
de la ville ; les portes furent fermées , 
et on les reçut a coups de canon ; plu 
sieurs d'entre eux perdirent la vie , les 
autres se retirèrent dans le plus grand 
désordre à Gading-Mdati, 

Le lendemain , l'on fit débarquer 
tous les marins , et l'ordre fut donné 
aux Chinois de s'enfermer dans leurs 
maisons. La population chrétienne et 
indigène eut ordre d'égorger sans pitié 
tous les Chinois qu'on rencontrerait , 
et de les piller. Sur 9000 individus de 
cette nation, 150 seulement échappés 
au carnage parvinrent à fuir jusqu'au 
Kampoung-Melati, et toutes les proprié- 
tés chinoises furent pillées. 

A la suite de cette boucherie , le 
général baron van Imhoff , à la tête de 
800 hommes de troupes européennes 







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OCÉANIE. 



193 



et 2000 de troupes javanaises , s'avança 
vers Mêla ti , où les Chinois, comman- 
dés par Si ng-seh, s'étaient retranchés; 
après avoir reçu des renforts, ils fu- 
rent chassés de cette position et se 
retirèrent à Paning'garan , où ils fu- 
rent encore défaits. Les Hollandais 
perdirent dans cette affaire 450 hommes 
et les Chinois 800. 

Lorsque la nouvelle de cette révolte 
parvint à K^rt^-Soura , les ministres 
se concertèrent pour décider s'ilfaiiait 
se déclarer en faveur des Hollandais, 
et chasser les Chinois, ou en faveur 
de ces derniers qui n'étaient que de 
simples marchands, tandis que leà 
Hollandais étaient des souverains. 
L'empereur décida qu'il fallait encou- 
rager la révolte, et il envoya Merta- 
Poura, toumoung-goung de Grabogan, 
à son poste, pour faire part de cette 
décision aux Chinois , leur promettre 
secrètement l'assistance du prince , et 
entrer en correspondance avec leurs 
chefs. Merta - Poura demanda des mu- 
nitions au commandant hollandais, 
pour attaquer les Chinois à Tanjoung- 
Walahan par ordre du prince, et cet 
officier fut la dupe du cnef javan, qui 
fit de fausses attaques ainsi que les 
adipatis de Pati , de Demak et de 
Kédi'ri. 

Les Chinois assiégèrent Samarang 
et détruisirent Rembang. Les troupes 
de la compagnie abandonnèrent Jawana 
et. Demak. 

L'empereur découvrit qu'un des fils 
de Mengkourat-Mas, revenu de Ceyian 
après la mort de ce malheureux prince, 
traitait avec le commandant du fort de 
Karta-Soura, et aussitôt il résolut de 
punir la garnison. Ses troupes se pré- 
sentèrent devant le fort sous le pré- 
texte de marcher, contre Us Chinois; 
après deux attaques, la garnison dut 
se rendre. Les chefs furent massacrés; 
le reste de la troupe, ainsi que les fem- 
mes et les eufants, furent prisonniers 
et distribués aux Javanais; plusieurs 
soldats furent circoncis et forcés d'em- 
brasser l'islamisme. 

Alors les Hollandais de Samarang 
ouvrirent les yeux : ils décrétèrent 
que le pangeran de Madouré était af- 

iZ" Livraison. ( Océan ie.) 



franchi de l'alliance de Tempereur. 
Le pangeran fit périr tous les Chinois 
de son île , équipa des navires et s'em- 
para de Sidayou - Touban et autres 
places. 

Les Chinois ravagèrent le pays et 
mirent le siège devant les établisse- 
ments maritimes , depuis Tagal jusqu'à 
Passourouan. Mais le souverain, crai- 
gnant que les Hollandais ne se vengeas- 
sent cruellement de l'assistance qu'il ac- 
cordait aux Chinois révoltés, desavoua 
son ministre Mata-Kasouma , qu'il 
prétendit être l'auteur de tout ce qui 
était arrivé, et il fit avec la compa- 
gnie un traité par lequel il cédait Ma- 
doura , la côte et Sourabaya. Les Chi- 
nois de Pati et de Jawana avaient 
choisi pour empereur le petit-fils de 
Mengkourat-Mas , connu sous le nom 
de Kouming. Ils marchèrent vers 
Karta-Soura , y entrèrent et pillèrent 
le palais. Pakabouana s'était enfui ; il 
fut rejoint parles troupes hollandaises 
et madouraises , et il pardonna à plu- 
sieurs chefs javanais qui se soumirent ; 
mais il ne voulut accorder aucune grâce 
aux Chinois. Après quatre mois, le 
panjeran de Madouré entra dans Kerta- 
Soura, dont l'usurpateur Santour 
s'était enfui. 

En novembre 1742, les Chinois fu- 
rent battus à Assem , et se retirèrent 
à Brambanan. Dans cet intervalle , le 

{)rince de Madouré avait voulu placer 
e frère de Pakabouana sur le trône. 
Enfin, deux mois plus tard, une am^ 
nistie générale fut publiée , et l'usur- 
pateur se rendit aux Hollandais établis 
a Sourabaya, qui l'exilèrent à Ceyian. 

Quelques mois après, le siège du 
gouvernement fut transféré, selon l'u- 
sage, de Karta-Soura au village de 
Solo , à deux lieues et demie de cette 
grande capitale : c'est là que le sousou- 
nan (empereur) réside actuellement. Le 
chef de Madouré refusa obstinément de 
se soumettre; après avoir commis les 
plus grands désordres à Sourabaya et 
sur la côte , il fut forcé de fuir ; les 
Hollandais le poursuivirent et s'em- 
parèrent de tous ses états. 

Tant de révoltes ébranlèrent l'auto- 
rité de l'empereur. Un des plus jeunes 

18 



m 



L'UNIVERS. 



frères de ce prince, appelé Mangkou- 
boumi, se révolta à son tour. Il avait ap- 
pris Part de la guerre pendant les années 
précédentes, en prenant une part très- 
active aux événements. Merta-Poura 
et un ministre de T usurpateur Kere- 
ming lui promirent de raider. Pour 
obtenir la tranquillité, le monarque lui 
donna le gouvernement indépendant de 
Soukawari, Mais bientôt après, il vou- 
lut Ten dépouiller, et Mangkouboumi 
s'enfuit de la cour pendant la nuit. 
L*époque de cette fuite , qui est appelée 
la guerre de Java^ eut lieu en Tan 
1671 de Java (1745 de rère vulg.). 
Mangkouboumi protesta de son atta- 
chement au gouverneur général, et 
demanda que son fils fût proclamé pan- 
geran-adiçati-matarem (c'est le titre 
de l'héritier présomptif de l'empire 
deMatarem). Cette Condition ne fut 
pas agréée , et sur ces entrefaites l*eni- 
pereur iiaourut. ie 1 1 décembre 1749 , 
a son lit de mort , « il abdiqua pour 
« lui et ses héritiers en faveur de la 
« compagnie hollandaise des Indes 
« orientales , et en laissant à la dispo- 
^ « sition de celle-ci , pour l'avenir , le 
« choix de la personne qui régnerait 
« pour l'avantage de la compagnie et 
« de Javai v 

Après là mort du prince, Mang- 
kouboumi se 0t proclamer souverain 
devant une assemblée nombreuse; il en- 
voya des ambassadeurs au gouverneur 
général pour l'assurer de son alliance; 
mais celui-ci préféra le fils dePakaboua- 
na , enfant de neuf ans, qui reçut 1§ nom 
de Pakabouana III. Alors les hostilités 
commencèrent des deux côtés. Mang- 
kouboumi fut défait et repoussé à 
l'ouest , mais bieutôt il i*eprit de 
nouvelles forces, batfit les Hollan- 
dais à Janar, village du Baglen , et h 
Tidar, près de la montagne^ de Kedou ; 
après une troisième victoire , il mar- 
cha sur Pakalongan, qu'il livra au 
pillage, et s'avança même une fois 
jusqu'aux portes de Solo, qui ne dut 
son salut qu'à la vénération des Java- 
nais pour le canon appelé Niai-Stomî, 
On le transporta sur ÏAloun- Aloun , 
au-devant des rebelles, et ceux-ci pri- 
rent aussitôt la fuite. 



Enfin, après plusieurs années de 
marches et de contre^marches savan- 
tes et pénibles, les Hollandais, fai- 
sant droit à l'abdication du dernier 
empereur, écoutèrent les proposi- 
tions de Mangkouboumi. Un traité 
fut signé à Ginganti , village voisin de 
Soura-Karta , et , pendant Tannée 
1755 de l'ère vulgaire, ce guerrier 
habile fut solennellement proclamé par 
le gouverneur-général , sous le titre de 
soulthân Amangkou-Bouana I^. 

Ce prince établit sa réskteÉce à quel- 
ques milles de l'ancienne ville de Mata- 
rem , à Youguîa-Karta (Djokjo*Karta), 
où trônent aujourd'hui les soulthâns. 
Amangkou-Bouana mourut Tan 1718 
de Java (1792 de l'ère vulgafa^). Son 
fils lui succéda sous le titre d'Aniang- 
kou-Bouana II. 

Quant au sousounan ou empereur, 
il continua de résider à Sok), près de 
Soura-Karta, capitale de ses états, et il 
y mourut l'an 1714 de Java (1788 de 
rère vulgaire) (*). 

Les événements qui se lient à la 
révolution française , et les actes im- 
portants du gouvernement du général 
paendels, homme d'un grand caractère 
et administrateur doué d'un rare génie, 
tiendront un jour une place distinguée 
dans l'histoire de la Malaisie, qui est 
encore à écrire. Bouana II fut déposé, 
Tan 1811, par les Anglais, dont la 
flotte débarqua sous le commande- 
ment de sir Samuel Auchmuty, et 
dont les troupes étaient commandées, 
je crois , par le général Gellespie , 
qui s'empara de Java. Cette île appar- 
tenait alors à la France, et elle était 
gouvernée par le général Jansens. Les 
Anglais rendirent a Amangkou-Bouana 
m l'héritage de son père. Ce prince 
vulgaire mourut en 1815. Son frère 
cadet Bouana IV est monté sur le 
trône après lui sous la tutelle des Hol- 
landais, qui possèdent de nouveau Java 
depuis la paix de 1814. 

Le général Jansens, fait prisonnier, 
fut remplacé par sir Thomas Stamford 
Raffles, qui gouverna au nom de ces 

(*) Le reste de rbisto've de Java est pris 
dans les noies de nos voyages. 



OCÉAjSIE. 



195 



nouveaux canqjiérants , et introduisit 
plusieurs améliorations dans Fespoir 
d'augmenter la prospérité de ce pays. 
Le baron van der Capelïen fut en- 
voyé à la paix de 1814; il fut remplacé 
en 1825 par M- le comte de Bus de 
Guisignié^ q^ui arriva à Batavia avec des 
pleins pouvoirs et avec le titre dé com- 
missaire généra) pour les Indes orienta- 
les (Océanie hoilandaise). Ce titre com- 
mença et unit avec luf. M. de Bus eut 
S3ur successeur M. le général van der- 
osch, nommé gpaverneur général. ï\ 
f(^ remplacé par M.Baud, gouverneur 
générât ^ar Merim, C^est dans ces 
circonstances qu'éclata l'insurrection 
dès padris de Menangkarbou dans 
LîledeSoumâdra, et celle de Dif(o-Ni- 
goro , régent du soulthân de Bjbkjo- 
Earta,horamed*unoaractèreénergique, 
dont le cœur était profondément aigri 
par les mauvais traitements qu'il avait 
reçus des HoUandais. Mais ce cbef illus- 
tre était faiblement secondé. ï)ipp est 
exilé ; l'insurrection de Java , ainsi que 
celle de Soumâdra, est éteinte; mais 
le feu couve encore sous la cendre. M, 
, lé général Évens>, ancien ministre des 
Pays-Bas, exerce actuellement les fonc- 
tions souveraines de gouverneur gé- 
néral dans ce beau pays. 

LXXXIX. ILES ]>£ BIADOURB ET DE LOMBOK. 

Parmi les dépendances de jTava, il 
faut compter Pîle de Madouré, ou 
plus exactement l'île de Madouré qui 
forme une des vingt régences de Java. 
£lie est partagée entre trois princes 
indigènes qui gouvernent sous la su- 
zeraineté dfes Hollandais. Bangkalan, 
Parmakassan. et Soumanap, trois pe- 
tites villes , sont leur résidence. M. Van 
der Capelïen a élevé le panambaham 
de Soumanap à la dignité de soulthân 
en 1825. Les indigènes professent l'is- 
lamisme. Cette île , située en face de 
Sourabaya, est peuplée de 60,000 âmes. 
Elle est fertile en riz. La végétation y 
est singulièrement riche. On y trouve 
des bombax d'une grosseur presque 
aussi considérable que le 6oa6aod'Airi- 
que , étalant leurs belles et immenses 
fleurs rouges, tandis que celles de Véry- 



thrina brillent de ïa plus vive écar- 
late. On y cultive le champpka dû 
Bengale , le tanjoùng ( mimmops 
elenghi\ le maldti, dont la fleur est 
blanche, et le nymphœa nelumbo 
(lotiis), lis aquatique sacré dans la 
mythologie des Hindous et des Égyp- 
tiens. 

L'île de Lombok, dépendance géar 
graphique de Java, est régie par un 
radjah, tributaire de celui de Karrang- 
Assem , qui est un des plus puissants 
de l'île de Bali. Ses habitants sont 
des agriculteurs renommés, et leur ci- 
vilisation est assez avancée. On suppose 
que le brahmanisme et le bouddhisme 
ont encore des sectateurs au milieu 
des populations musulmanes de Lom- 
bok , et que l'abominable usage de sa- 
crifier les veuves sur le bûcher de leurs 
maris y existe ainsi qu'à Bali et dans 
l'Hindoustan. 

XC. ILE DE BALI. 

TOPOORAPHZB. 

Bali est séparée de l'île de Java 
par un détroit qui porte son nom. 
Elle est nommée improprement petite 
Java dans plusieurs ouvrages. Une 
chaîne de hautes montagnes la tra- 
verse du nord-ouest au sud-esf. Des 
forêts impénétrables couvrent une 
grande partie dé son sol. Le dietroit 
de Bali offre une route sûre aux vais- 
seaux qui retournent en Europe pen- 
dant la mousson d'ouest : les courants 
étant très-forts les emportent même 
avec un vent contraire, tandis qu'à 
cette époque le passage du détroit de 
Soundà est difficile. 

Cette île excessivement peuplée 
compte, s'il faut en croire les naturels , 
près d'un million d'ames. Ses habitants 
sont plus blancs, plus intelligents, plus 
forts et mieux faits que les Javanais , 
mais ils sont aussf plus fiers et plus in- 
sociables. Je suis porté à croire que les 
Balinais sont issus primitivement, 
ainsi que les Javans , des Dayas de 
la côte occidentale de Bornéo, et qu'ils 
se sont mêlés avec les Hindous , car 
ils ont encore le teint des premiers et 
la religion des seconds. L'ilè est divi- 

13. 



196 



L'UNIVERS. 



sée en huit petites principautés indé- 
pendantes , dont les principales sont : 
Karrang-Ass^m, Giangour, Taba^an, 
Bliling et Klong-Rlong. Cette der- 
nière dominait jadis sur toute l'île. 
Leurs chefs-lieux portent le même 
nom. Bali n'est pour les Hollandais 
qu'une possession nominale. 

.Les radjahs appartiennent aux cas- 
tes des Sbudras et des Veissias , mais 
les quatre castes hindoues existent 
à Bali, et les Brahmâns y sont véné- 
rés. Il y existe des hommes sans caste, 
nommes Chàndala, Le prince de Gil- 
gii était autrefois souverain de Tile 
entière. 

L'île Lombok dépend du radjah de 
Karrang-Assem , qui est le plus puis- 
sant. Il y a sur la côte sua , à Bali- 
Badonff , une baie ouverte , où les na- 
vires hollandais ont le privilège de 
mouiller. Les esclaves de Bali, des 
deux sexes , sont fort recherchés dans 
la Malaisie. 

Le sol est passablement fertile, mais 
la . culture y est peu . soignée. Les 
denrées les plus recherchées sont le 
riz, le bœuf, des peaux, un peu de 
cire et une assez grande quantité de 
jsuif. L'industrie y est encore dans l'en- 
fonce. 

Les Balînais sortent peu de leurs 
îles, et leur commerce ne se fait 
guère qu'au moyen des étrangers. 

T 
XCI. COMMERCE. 

Le commerce de BalinU, l'un des 
ports et dès principales villes de l'île 
de Bali, a' heu grâces aux prahous 
étrangers. lies insulaires n'a}^ant 
qu'un petit nombre de ces navires 
et s'éloignant rarement de leurs 
côtes, une dizaine de prahous vien- 
nent annuellement de l'île de Gé- 
râm.' Ils arrivent en octobre et re- 
tournent en janvier dans leur pavS. 
Ils apportent de là muscade, de l'é- 
caille de tortue, du massoï, écorce 
dont on fait un cosmétique très-prise 
par les Balindis, les Chmojs, etc., et 
d'autres marchandises communes aux 
Iles de ta Malaisie. L'équipage est 
composé de robustes Papouas , amenés 



de la côte de la Nouvelle-Guinée , par- 
lant la langue malayou d'une manière 
nette et distincte, et ayant le ton ré- 
solu, comme s'ils avaient été habitués 
à commander plutôt qu'à obéir. Ces 
prahous sont joints et chevillés en bois; 
on n'emploie pas de fer dans leur 
construction. Quand ils sont de retour 
à Céram , on les dépièce ; chaque 
homme emporte un bordage ou une 
membrure^ et Ton garde le tout dans 
le village jusqu'à la prochaine saison 
où on les remet en mer. Ce pays n*a 
aucdn bon port. Entre Bali et Java , 
le commerce se fait au moyen des 
prahous chinois, dont le nombre est à 
peu près de huit et qui y font annuelle- 
ment six voyages. Ils importent à Bali 
de grosses toiles, de la mousseline et 
des mouchoirs, et prennent en retour 
du bœuf sec, deg peaux et du suif, 
ainsi ^ue du massoï et de la muscade 
de Céram. La valeur de leurs cargai- 
sons se monte généralement à 20,000 
ou 80,000 sika-roupies (*). Le béné- 
fice sur les cargaisons de Java est en- 
viron de dix pour cent; mais sur les 
marchandises exportées de Bali, il est 
beaucoup plus considérable. 

Indépendamment des prahous de Cé- 
ram et de Java, Bali est annuellement 
fréquenté par quarante ou cinquante 
prahous (**) volants des Bouguis. Il en 
vient encore une douzaine de Sam- 
baoua, vingt d'une partie de Célèbes, 
vingt de plus de Singapora : les car- 
gaisons de ces derniers sont les plus 
riches, et entre autres objets elles con- 
tiennent annuellement de vingt à vingt- 
deux caisses d'opium par an. 

XCII. RELIGION. PRÊTRES ET CÉRÉMONIES 
RELIGIEUSES. 

On ne compte que quelques mu< 
sulmans à Bali. Les brahmanisme y 
règne ; mais le culte professé gé- 
néralement par ses habitants est ce- 
lui de Chiva;. cependant, quoiqu'il dif- 

{*) C'est la roupie du Bengale , elle vaut 
2 fr. 5o c. 

(**) C'est le véritable nom de ces navires, 
que quelques voyageurs écrivenl prot. 



OCÉANIE. 



i9t 



fère à certains égards de celui des 
Hindous, il reste encore assez de tra- 
ces reconnaissables pour prouver que 
leur croyance est dérivée de celle de 
ce dernier peuple. Une partie des Ba- 
linais reconnaissent Brahmâ comrne 
le dieu suprême , ils en parient avec 
la. plus profonde vénération. Ils le 
regardent comme le dieu du feu ; ils 
mettent f'ichnou après lui , et disent 
qu'il préside aux rivières. Quelques- 
uns attribuent la troisième place à 
Ségara (*), le dieu de la mer : le nom 
de Ségara signifie la mer dans la lan- 
gue de Java et de Bail. Lecuitede Chiva 
s'y est établi après celui de Bouddha, 
il y a environ 400 ans. Ses secta- 
teurs sont divisés , comme dans Tlnde 
occidentale, en quatre grandes castes. 
Il ne peut y avoir de mariage légal 
qu'entre les personnes d'une même 
caste. Les Balinais parlent aussi de 
Ràmay qui sortit d'une île au con- 
fluent du Djemnah et du Gange, et 
on voit distinctement dans un de leurs 
temples une image de Ganésa avec 
sa tête d'éléphant, et une statue de 
Dourga assise sur un taureau. Les 
principales castes ont , de même que 
tes Indiens de toutes les castes, un 
grand respect pour la vache; en 
effet, ils ne mangent pas sa chair, 
ne portent pas sa peau , ne font 
rien qui puisse lui causer le moindre 
mal. Mais une partie des Balinais 
mandent de toute espèce de viandes. 
Il existe (ie plus à Bali une cinquième 
classe appelée Chandala (**); elle 
est impure et habite l'extérieur des 
villages. Les potiers, les teinturiers, 
' les marchands de cuir, les marchands 
de liqueurs fortes, Jes distillateurs ap- 
partiennent à cette classe. 

Les Balinais reconnaissent des ob- 
jets purs et d'autres impurs. Par un 
précepte de i'untique NUi Sastra , il 

(*) Dans rinde la troisième place est à 
Chiva. Dans leur Trimoiirli (ou triple forme, 
espèce d(* irinilë) quelques Balinais rem- 
placent Yirhnou par Se vara , qui paraît ré- 
pondre à Tarouna, le dieu des eaux dans 
l'Hinduuslâu. 

(**) Ce nom vient 4e Tlnde. 



est défendu aux personnes de distinc- 
tion de se nourrir de rats, de chiens, 
de serpents, de lézards, ni de che- 
nilles. 

On ne rencontre pas à Bali , comme 
dans la plupart des pays civilisés, des 
religieux mendiants. Les dévots igno- 
rent ces actes extravagants de mortifi- 
cation si communs aux Hindous, et ne 
s'imposent pour pénitence que l'absti- 
nenre de certaines nourritures, la re- 
traite dans des forêts ou des cavernes, 
et le célibat; mais cette dernière pé- 
nitence est fort rare. 

Nous avons déjà dit gue la majo- 
rité des habitants de Bali suit le culte 
de Chiva : c'est leur grand dieu ou 
IVlahadeva ; ils l'adorent sous le nom 
de Pramou Chiva (seigneur Chiva), et 
sous les noms indiens de Kala, Anta- 
pati, Niiakanta, Djagat-Mata. Leur 
culte est désigné par les mots suivants : 
Ongy Chira, Chatour^ Benja, c'est-à- 
dire adoration à Chiva aux quatre bras. 

Les institutions des castes sont 
appelées Chatour- Jalma ; les deux 
castes privilégiées sont celles des Sou- 
dras et celle des Veissias. Les Brah- 
mâns sont traités avec le plus grand 
respect, et ils administrent la justice 
civile et criminelle. Dans l'Inde, au 
contraire , la magistrature est confiée 
à la caste militaire, à laquelle appar- 
tiennent ordinairement les princes et 
les chefs ; néanmoins les princes qui 
conquirent l'île de Lombok apparte- 
naient à la caste des marchands. Les 
Brahmâns de Bali déclarèrent à M. 
Crawfurd qu'ils n'adoraient aucune 
idole de la mythologie hindoue. 

XCUI. SUTTY ou SACRIFICB DES TBUV£S. 

D'un autre côté , ils poussent jus- 
qu'à la barbarie l'usage de sacrifier 
les veuves (*) sur le bûcher de leurs 
maris. Les femmes , les concubines , 
les esclaves et autres serviteurs s'y 
précipitent dans l'espoir de renaître 
a une nouvelle vie. Cet usage est sur- 
tout commun aux castes militaire et 

(*) La cérémonie de ce sacrifice s*appeUe 
sutty^ dans TUiudoustan. 



tm 



L'UWIVERS. 



HoardiaiidiB , mos ii est rare dans 
la jdaaBe servile , et ii n'est jamais 
fMraliqué dans la easte sacrée ; fait 
d'autant plus étonnant, que ce sont 
priflcipali^eiit les femmes de cette 
etfte qiii se sacrifient dans l'Hindous^ 
tan. Le radjah ou prince de fileiling 
(Issu de la caste marchande) (vc^. 
pi, 40) raconta au docte M. Graw- 
iarâ , qu'au moment où le corps de 
son père, le chef de la famille de 
K-arang-Assem (*) , fut s^andonné aux 
flammes dn bdcher, 74 femmes furent 
immolées sur son corps. En 1813, 
20 femmes se brûlèrent volontaire- 
ment sur le bûcher de Wayahan- 
Jaianteg, autre prince de la même 
famille. On leur éleva quelquefois, ainsi 

3u'aux femmes, un tombeau au milieu 
uquel on place l'urne qui contient 
leurs cendres. Pour en donner une idée 
nous joignons au texte une gravure 
qui représente le tombeau d'une Brah- 
mipe dans l'Hindoustan (voy. pL 41), 
parce que nous manquons àe dessins 
pris à Bali , et nous supposons que la 
même religion et les mêmes usages se 
sont formulés dans cçtte île à peu de 
choses près de la même manière que 
. dans THindoustan , puisque cette re- 
ligion et ces usages y ont été apportés 
de ce dernier pays. 

Un Hollandais , qui était à Bali en 
1633 , raconte ce qui suit : <« Arrivé 
chez le prince de Gilgil , je le 
trouvai dans la désolation, à cause 
d'une épidémie qui avait fait périr 
ses deux fils. Là reine mourut quel- 
que temps après; son corps fut brûlé 
hors de la villje , avec fia de ses feni*- 
mes esclaves. On le porta hors du pa- 
lais , par une ouverture qu'on fit à la 
muraille , à droite de la porte , dans 
la cjralnte superstitieuse du diable qui 
se place, selon les BaHnais, dans 
rènaroit par lequel le mort est sorti. 
Jjes esclaves qui étaient destinées à 
accompagner 1 ame de la reine, mar- 
chaient en avant , selon leur rang ; el- 
les étaient soutenues chacune par 
une vieille femme , et portées sur des 

(*) Il parait avoir été à celte époque le 
seul souverain de toute l'ile. 



Mtières de bambou. Après qu'elles eu- 
rent été placées en cerde , cinq hom* 
mes et deux femmes s'arorochèrent 
d'elles et leur ôtèrent les Éenrs dont 
elles étaient ornées. De temps en 
temps on laissait voli^ des pigeons et 
d'autres oiseaux, pour marquer que 
leurs âmes allaient bientôt prendre 
leur essor vers le s^oar de la féli- 
cité. 

« Alors on les d^ouilla de tous 
leurs vêtements, excepté de leurs 
ceintures. Quatre hommes s'emparè- 
rent de chaque victinie : deux leur te> 
naient les bras étendus , et deux au* 
très tenaient les pieds, tandis qu'un 
cinquième se préparait à i'exécutron. 

a Quelques-unes des plus courageu- 
ses demandèrent elles-mêmes le poi- 
gnard, le reçurent de la main droite, 
le passèrent a la main gauche en l'em- 
brassant; elles se blessèrent le bras 
droit, en sucèrent le sans, en tei- 
gnirent leurs lèvres et se firent avec 
le bout du doigt une marque san- 
glante sur le front; elles rendirent 
Parme aux exécutairs, reçurent le 
premier coup entre les fausses cotes , 
et le second sous l'os de l'épaule, 
l'arme étant dirigée vers le cœur. 
Lorsque la mort approcha, on leur 

Sermit de se mettre à terre, on les 
épouiila de leurs derniers vêtements^ 
et on les laissa totalement nues. Leurs 
corps fièrent ensuite lavés , recouverts 
de bois, mais la tête seule était res- 
tée visible , et Ton mit le feu au bû- 
cher. 

« Le corps de la reine arriva : il 
était placé sur un magnifique badi de 
formé pyramidale, consistant en 11 
étages , ht porté par un grand nom- 
bre de personnes d'un haut rang. De 
chaque côté du corps il y avait deux 
femmes, l'une tenant un parasol et 
l'autre un éventail pour cnasser les 
insectes. Deux prêtres précédaient le 
badi, dans des chars d'une forme 
particulière, tenant dans une main 
des cordes qui étaient attachées au 
badi , pour faire entendre qu'ils con- 
duisaient la défunte au ciel, et dans 
I autre main une sonnette , tandis que 
les gongs, Ub tambours , les flûtes et 



OCÉAWIE. 



ttf 



tofl autres inatruiaents donnaient à la 
(M^oeession plutôt un air de fête que 
de funérailles, 

« Lorsque le coirns de la reine eut 
passé devant les bûchers qui étaient 
sur la route , on le déposa sur celui 
qui lui était pliéparé, qui fut aussitôt 
enflammé : on y brûla la chatae^ le lit 
et généralement tous lés meubles dont 
elle avait fait usage. 

« Les assistants firent ensaile une 
fête , tandis que les musiciens exécu? 
talent une mélodie qui n'était pas 
désagréable à entendre. On se retira 
le soir , lorsque les corps eurent été 
consumés , et on plaça des gardes pour 
conserver les ossements. 

« Le lendemain, les os de la reine 
ftirent reportés à son habitation avec 
une cérémonie égale à la pomne du 
jour précédent. On y norta cnaque 
jour un grand nombre ae vases d'ar- 
gent , de cuivre et de terre , remplis 
d'eau ; une bartde de musiciens et de 
piqueurs escortait les porteum, pré^ 
cédée de deux Jeunes garçons, tenant 
des rameaux verts, et d'autres aui 
portaient le miroir , la veste , la boîte 
de bétel et d'autres effets de la dé- 
funte. Les os Airent lavés pendant un 
mois et sept jours, on les plaça sur 
une litière , on les transporta avec les 
mêmes égards, comme si c'était le 
corps entier, on les déposa dans un 
endroit appelé haber^ où ils ^rent 
brâlés avec soin , recueillis dans uile 
urne, et jetés, en cérémonie, dans la 
mer, à une certaine distance de la 
côte. 

« Lors de la mort du monarque, 
ses fenimes et ses concubines, au 
nombre de 150, se dévouèrent aux 
flammes. » 

Les Ballnais font embaumer le corps 
des personnes qui viennent de mou- 
rir, et ne le brûlent que le ]o\ït fixé 
par leurs Brahmâns pour cette céré- 
monie, qui, ordinairement, ne dési- 
fnent ce jour qu'une année après le 
écès. Quelquefois , au lieu de réduire 
le cadavre en cendres, ils le jettent à 
la mer. 

Quand un radiah meurt , son corps 
est conservé pendant un temps plus ou 



moins long, quelquefois un an, Ja* 
mais moins de deux mois ; on le ga- 
rantit dé la putréfaction en le soui- 
mettant chaque jour à une fumigation 
de benjoin et d'autres substances; on 
le brûle ensuite, suivant Tusage dës 
Hindous. Quant au corps d^s enfant 
qui n'ont point encore de dents , on 
les enterre immédiatement après leur 
mort, ainsi que les individus empor- 
tés par la petite vérole. 

]\ous emprunterons h MM. Rafïles 
et Crawfurd^et surtout 5 messieurs 
les missionnaires anglais et hollandais, 

SlusieUrs détails sur lès coutumes de 
lali : ils sont d'autant Çlus précieux, 
qu'eux seuls nous ont fait connaître ce 
pays. Ne l'ayant pas visité nous-même, 
nous avons été heureux de trouver des 
guides aussi sûrs (*). Nous avons cité 
consciencieusement nos autorités, et 
nous fierons toujours de même, au 
lieu de nous parer des plu lues du 
paon sans le nommer, ainsi que font 
d'injustes et effrontés plagiaires. 

A Franjung-Alem , une dame âgée, 
d'un certain rang , étant décédée , dit 
Baffles, nobs assistâmes à ses obsè- 
ques. Toutes les femmes du village 
se rendirent d'abord h la maison de la 
défunte, en poussant des hurlements 
pendant une heure ou deux; après 
cela, on transporta le corps dans la 
baley ( la maison commune), oii tout 
le monde devait dîner; pour nous, 
nous préférâmes dîner ailleurs ; mais 
le soir il ne nous fut pas possible de 
nous dispenser d'être témoins des dan- 
sés et des chants qui eurent lieu , de* 
Vaut tout le village assemblé , dans la 
salle où l'on, avait déposé le corps. Le 
lendemain matin, le chef du village 
tua une chèvre et répandit son sang 
autour de la maison de la défunte , 
pendant que les jeunes filles , placées 
de manière à pouvoir être entendues 
de l'intérieur du balî , criaient à quj 
mieux mieux, et de toute la force dé 

(*) Nous pouvons même dire qiie nos lec- 
teurs trouvera m ici pour la première fois 
une description complète de Bali, dont la 
moitié, je pense, n'est oas encore traduite 
en français. 



200 



L'UNIVERS. 



leurs poumons : O mère, reviens! 
mère, reviens! Ce bruit se prolongea 
jusqu'au moment où il fut décidé que 
le corps ne serait pas gardé plus long- 
temps. On l'enleva alors de la place 
où il était , on le transporta paisible- 
ment hors du village , et on le des- 
cendit dans une fosse sans autre céré- 
monie. 

XCIV. LES DEVAS ET LES DJINNS OU LES 
BONS ET MAUVAIS GÉNIES. 

Les habitants de Bali célèbrent 
avec la plus grande pompQ deux gran- 
des fêtes religieuses : la première, ap- 




jours 1, 

solstices , lorsqu'on plante et lorsqu'on 
récolte le riz. Ils ont adopté Tère 
hindoue de Salivana, ainsi que les 
Javans l'avaient fait autrefois, et ils 
possèdent plusieurs ouvrages écrits 
sur leur rehgion. 

Le culte de Bouddha dominait à Bali, 
avant celui de Chiva , qui y fut intro- 
duit il y a 3 à 400 ans. Selon les récits 
des prêtres, un grand nombre de 
brahmâns hindous, de la secte de 
Chiva, arrivèrent h Java peu d'an- 
nées avant la cOiiversiondes Javanais 
à l'islamisme, et obtinrent la protec- 
tion de Browijaya, souverain de Ma- 
djapahit. Lorsque cet empire fut dé- 
truit, plusieurs d'entre eux vinrent 
chercher un refuge à Bali, sous la 
conduite de Wouhou Bahou, et y 
prêchèrent leur doctrine. Dix généra- 
tions s'y sont succédé depuis cette 
révolution. 

Quoic[ue se disant mohammedans , 
les habitants de Bali sont générale- 
ment plus attachés qu'on ne croirait 
à leurs superstitions hindoues et au 
culte qu'ils pratiquaient autrefois. Les 
noms de vmgt de leurs dieux sont 
hindous. 

Suivant Raffles , les Balinais n'ont 
aucune idée d'un être suprême , éter- 
nel, créateur de toutes choses, bien 
qu'ils fassent un usage fréquent des 
mots aUahy touan^ dont le premier 
est employé par les Arabes , et le se- 



cond par les Malais, pour exprimer 
ridée de la divinité. Mais l'ignorant 
Pasamah est loin d'y attacher un tel 
sens ; demandez-lui , en effet , ce qu'il 
entend par ces mots , et il vous ré- 
pond : « C'est le nom d'un, deva. » 
Suivant la mvthologie de ces peuples , 
les devas sont des êtres d'un ordre 
supérieur, des divinités tutélaires spé- 
ciales , qui régnent sur les éléments , 
les montagnes , les forêts , les états et 
les provinces , et ils leur élèvent des 
temples. Ils professent pour eux un 
respect superstitieux, et les regar- 
dent comme des esprits d'une nature 
bienveillante, qui étendent leur in- 
fluence protectrice sur la race hu- 
maine. Ces devas accueillent les priè- 
res des mortels et reçoivent avec plaisir 
les sacrifices qui leur sont offerts ; ils 
savent tout ce qui se passe sur la 
terre , et tiennent constamment l'oeil 
ouvert sur les hommes et sur les af- 
faires de ce monde; tous les événe- 
ments dépendent d'eux , et la destinée 
des mortels est entre leurs mains. 
C'est à ces divinités bienfaisantes que 
l'homme est redevable du principe de 
la vie ; et comme il n'existe que parce 
qu'elles ne cessent d'entretenir ce prin- 
cipe en lui , sa dette envers elles s'ac- 
croît à tous les instants. Il y a des 
devas de différents degrés ; ainsi 
tous n'ont point un pouvoir égal à l'é- 
gard de l'homme. Les devas habitent 
sur la terre, et choisissent différentes 
portions de sa surface pour y établir 
leurs demeures : les uns se fixent dans 
les retraites les plus profondes des 
bois ou des forêts ; les autres sur les 
collines ou les montagnes ; ceux-ci sur 
les bords d'un torrent impétueux; 
ceux-là sur les bords ombragés d'un 
limpide ruisseau dont ils aiment à en- 
tendre le doux murmure. Certaines 
espèces d'arbres sont consacrées à ces 
dieux, et étendent leurs branches pour 
protéger leurs habitations. 

Outre ces devas, il y a une autre 
classe d'êtres dont le caractère est 
tout opposé ; on les appelle djinns^ ou 
mauvais esprits , et ils sont considérés 
comme les auteurs du mal ; à eux sont 
dues toutes les misères, toutes les c9^-> 



OCÉANIE. 



aot 



iamités qui frappent la nature hu- 
maine. Ils font aussi leur résidence 
sur la terre , et choisissent différents 
lieux pour leur habitation. Si le 
malheur veut qu'un homme s'appro- 
che par hasard de. leur demeure , il 

^ tombe aussitôt victime de la colère de 
ces esprits vindicatifs et méchants. 
Il y a encore une troisième classe d'ê- 
tres qui semblent , d'après leurs oua- 
lités et leurs attributs, tenir le milieu 
entre les devas et les djinns , se rap- 
prochant néanmoins davantage de la 
nature des premiers; on les nomme 
oran^'-alousy c'est-à-dire, hommes 
subtils , impalpables et invisibles. Je 
ne connais pas précisément ( ajoute 
M. Rafïles) leur essence et leur office. 
Ce sont, à ce qu'il paraît, des êtres 
en gui le matériel et l'immatériel se 
coniondent, et qui participent de la 
nature des créatures humaines et de . 
celle des esprits. J'ai vu un homme 
que l'on disait ère marié avec un être 
léminin de la classe des orang-alous: 

^ il avait une monstrueuse progéniture; 
mais personne n'avait jamais aperçu 
un seul de ses enfants ; d'où je conclus 
qu'ils ressemblaient à leur inère. Cet 
homme se nommait Diou-Pati-Raio- 
Wani. Telles sont les idées ridicules 
de ces peuples. 

Les Bahnais montrent la plus grande 
vénération pour leurs ancêtres, qu'ils 
honorent à l'égal des dieux, et dont 
ils placent également la demeure dans 
les montagnes. Ils sont persuadés que 
ces mânes, jaloux de la conservation 
de leur postérité, veillent constam- 
ment sur elle. 

XCV. ÈRE BALINAISE, TEMPLES, PRÊTRES 
ET ÉCRITS REUGIBUX. ' 

L'ère des Balinais estappeléeùaAia; 
chaque mois se compose de trente-cinq 
jours, et l'année de quatre cent vingt. 

Les temples de ce peuple sont 
nombreux. Près de fialiiing et de 
Sangsil, disent les missionnaires de 
la Société de Londres, nous avons 
observé une douzaine d'enclos sacrés; 
ils renferment chacun des petits tem- 
ples ou des chapelles , et ont une éten* 



due de f 00 à 150 pieds carrés; ils 
éont entourés d'un mur en terre, et 
partagés ordinairemi.*nt en deux espa- 
ces que l'on peut appeler la cour inté- 
rieure et la cour extérieure. Dans la 
première, nous avons généralement vu 
une couple de varinghin , grands ar- 
bres qui ressemblent au figuier des Ba- 
nians , répandent un ombrage frais et 
agréable, et sont presque aussi sacrés 
à Bali qu'à Java.' 

La seconde cour était réservée aux 
temples des dieux : c'étaient de petites 
cabanes d'un ou deux pieds à six ou huit 

Eieds carrés. Quelques-unes étaient 
âties en briques, et couvertes en 
chaume; d'autres en bois, et couver- 
tes en gamoutiy sorte de substance 
chevelue que l'on obtient de l'aré- 
quier (*). Les unes étaient ouvertes, 
n'ayant qu'un clayonnage léger entre 
les poteaux ; les autres étaient complè- 
tement fermées avec u ne petite porte à la 
façade. IVous y sommes entrés et nous 
n'y avons trouvé que des offrandes en 
fruits, et dans un seul une rangée 
d'images en terre, représentant les di- 
vers dieux du panthéon hindou. En 
dehors des temples nous avons ren- 
contré quelquefois une couple de figu- 
res grossières en argile durcie, qui sem- 
blaient avoir été placées là comme les 
portiers ou les gardiens du temple; 
mais toutes étaient en mauvais état 
et en partie brisées. Quelques statues 
n'avaient plus de tête, d'autres avaient 
perdu les bras ; et la plupart des tem- 
ples étaient délabrés^ leurs fondations 
ébranlées , et les toits dérangés ; ce 
qui annonçait à la fois le caractère in- 
dolent des habitants et la nature pé- 
rissable des matériaux employés dans 
la construction de ces sanctuaires. 

Le sacerdoce est héréditaire exclu- 
sivement dans certaines familles. Tous 
ceux qui l'exercent sont nommés aïdas; 
ils ne sont qualifiés brahmâns {**) 
qu'après être parvenus au plus haut 

(*) Cestrarbre qui produit la noix d*arek. 

{**) Les prêtres des temples inférieun, 
c'est-à-dire des dieux tutélaii'es des villages, 
des furets, des montagnes et des rivières, soni 
appelés maman^koUfC^estr^'dire ^mrdiMis, 



90$ 



L'UNIVERS. 



d^gré de leur Qïdrs^ Oq les reconoatt 
en général, à leur chevelure longue. 
Quand ils exercent des cérémonies rei- 
ligieuses , ils ont un costume |)articu«> 
liier et un cordon semblable à celui dés 
forabmâns de ruindoustan : les Balinais 
nomment ce cordon ganitri. Il paraît 

Sue les prêtres ne font aucune espèce 
'ouvrage ni de commenie: ils sont en» 
tretenus par les rétributions données à 
Toccasion des funérailles ou du brdle-» 
ttientdes oorpâ, quand ils pratiquant 
les cérémonies usitées dans oette ocoa* 
sion , et consacrent Teau dans laquelle 
le corps est lavé. 

XCVI, LAKGUJS, UTTÉRàTUaS ET VRkVX- 

ARTS. 



La langue des Balinais diffère, sous 
plusieurs ra[)ports, de celle des Ja- 
vanais, quoiqu'elle appartienne évi- 
demment à la même famille. Celui 
|ui sait le javanais n'a pas beaucoup 
e peine à comprendre Je balinais» et, 
avec un peu d'usage , il parvient à l6 



t 



parler. Vaksara ou alpbabet pré« 
sente quelques différences dans l'ar- 
rangement des lettres. Les indigènes 
omettent invariablement l'une de celles 
que l'on appelle ïedodesar^ ou grand 
/>. Ils s'éloignent des Javanais dans 
la manière de marquer l^ fin des 
mots; ils prononcent des lettres qui, 
chez les autres , sont h moitié muet- 
tes, et quils noiDmënt Vaksara^ 
uanghu Les termes de la langue 
balinaise offrent . un tnélsQge de ma- 
(iûurési, de malais et de javanais. 
Celle que l'on parle à la cour des rad- 
jahs se rapproche en général du ba- 
hasa-dalam ( langage ne la cour ) , ou 
du kawi (vieux langage des Javanais ). 
. Les livres sont écrits sur des 
feuilles de palmier^ comme dans l'Inde; 
mais l#s caractères, au lieu d'être gra- 
vés avec un stylet de fer, «ont entail- 
lés avec la pointe d'un couteau. J'ai vu , 
ajoute un missionnaire anglais, un 
homme tratisoi'ivant ainsi uii livre 
d'histoire avec beaucoup de peine : lui 
ayant demandé combien il pouvait 
écrire de pages en un jour, il me 
répondit que cela allait au plus à deux 



feuillets qui n'équivalent iqu'à un des 

nôtres. Nous avons eu occasion d'exa- 
miné): des m^sages c^ des lettres écrite 
de cette manière : c'est aussi celle que 
J'on emploie pour les permlssioiMs 
d'embarquement ^ dont les navires 
doivisht être munis. 

Leur acriiure ast j;rossière et peu 
distincte ^ ce qui provient de la rudesse 
de l'instrumentqu'ilsemploi^t; d'ail- 
leurs les £àutes et les omissions qu'ils 
font, sont caus0 qu'un étranger éprouve 
une grande difuculté à deviner leur 
pensée. Peu de personnes connaissent 
tes lettres, ce qui est dû au manque 
d'établissements destinés à l'instruc* 
tion publique. Le nombre de ceux qui 
s'aventurent à écrire est encore mom- 
dre , parce qu'ils craignent d'encourir 
le déplaisir de leurs supérieul*s, en 
formant les caractères de manière à 
choquer leurs préjugés superstitieux 
Les livres balinais traitent générale- 
ment de oontes mythologiques. Il y a 
aussi des recueils d'o»nflfan^-tnm<i(angy 
c'est-à-dire de lois, auxquels on a re- 
cours , et d'après . lesquels ces insu- 
laires prétendent que l'état est gou- 
verné. La musique ressemble à celle 
des Javanais; mais elle lui est infé- 
rieure. Un grand nombre de leurspeiii- 
t ures représentent des bateaqx de guerre 
naviguant sur le vide , et des hommes 
combattant et dansant en l'air. 

Le petit nombre de figures qui se 
trouvent dans les temples sont gros- 
sièrement modelées en argile et séâiées 
au soleiK Le missionnaire n'aurait pas 
dû oublier de dire que les prêtres de 
fiali ont en leur possession des tables 
pour calculer les éclipses. 

XCVII. ÛOCTRINB DB LÀ MÉTEMPSYCOSE. 

Je terminerai la descriptioh de cette 
île par l'exposé du dogme de la métemp- 
sycose , qui règne généralement dans ce 
pays, ainsi que chez les Battas. Ceux- 
ci l'ont reçu de Bornéo (*), où plusieurs 

(*) Un Balinais instruit m'assura à Sin- 
ghapoura que ses^ compatriotes sont origi- 
naires de Bornéo , ei un autre que l'Ile de 
Bail il été peuplée par une colonie dd Ho> 



OCEANIE. 



203 



tribus qui Tout reçu de THindoustan 
le conservent encore, après lui avoir 
fait subir de légères modifications. 

Les Balinais croient fermement au 
dogme de la métempsycose. Cependant 
il n*y aurait , suivant eux , que quelques 
animaux capables de recevoir les âmes 
des morts , et il n'est pas besoin pour 
cela que leur caractère et leurs pen- 
chants aient de rapport avec lecaractère 
et les penchants des âmes qui entrent 
en eux. Le tigre royal est l'animal 
qu'ils supposent le plus généralement 
jouir d'une ame humaine; ce qui se- 
rait assez vrai , s'ils entendaient parler 
de rame de certains despotes ou con- 
quérants. Aussi est-il presque sacré à 
leurs yeux, et le traitent-ils avec une 
douceuï' et un respect qu'on a bien 
de la peine à concevoir. On le voit 
fuir la gueule souillée de sang hu- 
main, et personne n'ose le tuer. Si c'est 
im proche parent qui est devenu 
sa proie, peut-être cherchera-t-on 
à venger sa mort; mais dans ces 
occasions mêmes , souvent des crain- 

ï tes superstitieuses éteignent tout à 
coup la soif de la vengeance, ainsi 
qu'on l'a vu chez les Battas dans l'île 

' de Soumâdra. 

Le système de la métempsycose (*) 
ayant été exposé d'une manière aussi 
obscure que contradictoire , mes lec- 
teurs me permettront peut-être de 
donner à mon tour l'explication d'un 
sujet sur lequel j'ai interrogé plusieurs 
brahmâns dans THindoustan, et que 
j'ai long-temps médité , car , en phi- 
losophie , il n'existe pas de question 
plus importante que celle-ci. Essayons : 
Rien ne vient de rien ; rien ne pérît, 
et tout se reproduit dans la nature. 

loans , que de mauvais traitements forcèrent 
à s'expatriei\ et qui , après s'être établis 
sur cette île, y fondèrent Bali-Balou (vrai- 
semblablement Balinli). 

» (*) Les Hindous se servent du mot marou 

djamma pour désigner la métempsycose 
OH transmigration des âmes. Le sens grec est 
le mrme : ^erà est une préposition qui 
signifie ici un passage , un changement ; 
%w4^X** est formé de ev dans , et de t^uxri , 
ame , animer, vivifier. 



Le gland se transforme en chêne, uii 
œuf en oiseau ; les parties de notre 
corps retournent, après la mort, à leurs 
principes , et se réunissent à leurs 
- parties similaires, et la même matière 
est mille fois employée sous mille for- 
mes variées. Ainsi rame , fluide sub- 
til , vivifiant et penseur ( si j'ose ha- 
sarder une telle définition) , entraînée 
dans ce courant continuel d'organi- 
sations , de destructions et de réorga- 
nisations successives, porte la vie dans 
tous les moules qu'elle doit animer. 
Dieu est tout-puissant ; s'il est tout- 
puissant, il est juste; s'il est juste, le 
crime doit être ptmi et la vertu récom- 
pensée. Le contraire arrive cependant. 
Pour réparer ce désordre , ce Dieu 
qui , tour à tour , se produisant au 
dehors ou rentrant en lui-même , forme 
ou anéantit les mondes, a voulu de 
toute éternité que celui qui durant sa 
vie aurait fait le mal, renaîtrait, sui- 
vant le degré de ses crimes , sous la 
forme d'un animal féroce, d'un insecte 
rainpant, d'un mendiant, d'un aveu- 
gle; et .que celui qui aurait fait le 
bien renaîtrait avec tous les avantages 
de la fortune ou de la nature , et se- 
rait heureux pendant cette seconde 
vie. Aucune de nos destinées si diffé- 
rentes n'est l'effet du hasard ; elle est 
le résultat nécessaire des vertus ou 
des vices que nous avons montrés dans 
une vie antérieure , car la métempsy- 
cose est une récompense ou une ex- 
piation. 

L'absence de réminiscence chez les 
individus qui subissent cette épreuve j 
est l'effet d'une vie antérieure qui 
entraîne avec lui l'oubli des actes 
de la première; car, si un enfant qui • 
a dépassé l'âge de trois ans oublie 
aujourd'hui ce qu'il a fait hier, 
il n'est pas étonnant qu'un homme 
oublie ce qu'il était et ce qu'il a fait 
avant de naître. Enfin ^ quand un long 
exercice de l'expiation et de la contem- 
plation aura élevé l'homme à un degré 
sublime de perfection tel qu'il s'iden- 
tifie à l'être unique, alors est arrivé le 
terme de ces différentes métamorpho- 
ses , et l'ame s'évanouit dans l'espace, 
pareille au souflled'un vent pur, réu- 



204 



L'UNIVERS. 



nie à jamais à cet être suprême et 
éternel qui est tout, qui remplit tout, 
et dans le sein duquel toutes les gé- 
nérations se précipitent avec l'impé- 
tuosité des fleuves qui courent se jeter 
dans rOcéan , et dont les générations 
nouvelles sort nt avec la même acti- 
vité. Ainsi le papillon vit d'abord à 
rétat de larve ou de chenille; il s'en- 
dort dans son tombeau sous la forme 
de chrysalide; enfin, au jour de sa 
résurrection, il se revêt de la plus 
brillante parure et s'enivre du parfum 
des fleurs. Mais cette ame universelle, 
cette substance qui anime en même 
temps , mais inégalement, les hommes , 
les animaux , les v^étaux et tout ce 
qui existe dans l'univers, ne serait- 
elle pas comme une émanation , une 
faible étincelle de ce fluide universel 
qui est la cause de Ta vie et du mou- 
vement ? ne pourrait-elle pas être com- 
parée à l'air échappé du globule qui 
éclate à Ja surface des eaux pour se 
perdre dans l'immensité de l'océan 
atmosphérique (*)? 

On a prétendu généralement que la dé- 
fense demangerae lachair des animaux 
était une conséquence de la croyance 
en la métempsycose. Je le pense aussi ; 
cependant les sectateurs de Chiva re- 
jettent ce dogme. Mais, grâce sans 
doute à l'influence de l'exemple, ils 
s'abstiennent autant que les Bral.mâns 
de toute nourriture animale; ce n'est 
que dans certaines classes abjectes 
de la caste des Soudras (|u'on ne se 
fait aucun scrupule d'égorger des 
animaux et de se nourrir de leur chair, 
en épargnant néanmoins la vache qui 
est respectée par tous les Indiens , 
même par les Parias (**). 

(^ Ta\ employé dans ceUe explication 
quelques idées et expressions des lois de 
Manon, du Bâghavata, du Bhagavad-Obita 
• (ou chant divin , un des chants du Maliâ- 
bhârata),et de iHipotadèsa (conseils salutai- 
res) , le phis ancien recueil d*apolof;nes que 
le Persan Bidpav, TÉlhiopien Lokman et 
Ésope ont successivement copiés. Les savants 
et les orientalistes reconnaîtront en quoi 
mon explication dilTère de celle des Hindous. 

(**) N'est-Hîe pas violer les saintes lois de 
lu nature, n'est-ce ^ insulter à Vordre 



Je citerai à ce sujet Topinion du 
brahmân (*) illustre, du premier philo- 
sophe de rinde moderne, avec lequel je 
m'honore d'avoir été lié , et dont j'ai 
prononcé l'éloge à l'hôtel de ville de 
Paris, le 22 mai 1834. 

Certes, je n'ai pas trop fait que de 
visiter les cinq parties du globe pour 
rencontrer un nomme tel que l'honmie 
que Diogène cherchait en vain. Ram- 
mohun-Roy m'a consolé des dégoiUs 
que la plupart des hommes m'ont fait 
éprouver. 

« Cette idée fondamentale d'unicité 
« d'ame et la métempsycose, me di- 
« sait Rammohun-Roy, cette idée 
« qu'on trouve chez les peuples les 
« plus anciennement civilisés ainsi 
« que chez les peuples les plus igno- 
« rants, chez les Hindous et les 
« noirs de la Guinée, ne prouve-t- 
« elle pas que l'immortalité de l'ame 
(c est un instinct naturel , un sentiment 
« inné chez l'homme? et cette croyance 
« profonde de l'existence d'un être 
« suprême, de l'espoir d'une récora- 
« pense, et de la crainte d'un châti- 
« ment après la mort, chez des races 
« si différentes, ne doit -elle pas 
<c ébranler les sceptiques les plus obs- 
« tinés? » 

J'ajouterai que la métempsycose, 
n'eût-elle d'autre but que d'adoucir le 
caractère des hommes, de les rendre 

établi par Dieu , que de faire périr ou de 
mutiler ou même de maltraiter un être vi- 
vant, n'impoilc à quel règne il appartienne ? 
(*) J'ai pensé que mes lecteurs verraient 
avec plaisir le portrait du grand philosophe 
qui consacra toute sa vie à répandre dans 
sa pairie la doctrine de Tunité de Dieu, dette 
image fidèle de Rammohun-Roy (son nom 
en sanskrit est Râma-Mohana-Radjâ , le 
prince bien - aimé de Ràma) a été tirée 
d'un portrait du Brahmàn ( voyez pL 40 , 
/îg-. 3 ), fait à sa maison de campagne de Cal- 
cutta ( Kalikatta), capitale actuelle de THin- 
dousian. Ce pays est pres(|ue .entièrement 
soumis aux Anglais, sauf le Pendjab et les 
auties états du nord-ouest , qui forment Tem- 
piredes Siks. Leur chef Rendjet-Sing pos- 
sède une assez belle armée, organisée par 
trois de nos anciens frères d'armes de l^Em- 
|>ii-e, MM, Allard, Court et Venture, 



OCÉANIE. 



205 



humains, de leur inspirer une charité 
universelle (ainsi que le prouvent Thos- 
pitalité des Hindous avec les hommes, 
et le soin qu'ils ont des animaux ma- 
lades dans leurs nombreux hospices), 
cette doctrine , quoiqu'en disent ses 
détracteurs, aurait produit le plus 
grand bien parmi les hommes. 

XCVni. ILE DE SOUMBAVA. 

Soumbava.a 190 milles de longueur 
sur 140 de largeur. Elle est divisée en 
plusieurs états, dont les principaux 
sont ceux de Bima, Dompo, Soum- 
bava, Tqmboro, Pekat et Sangar. Ce- 
lui de Bima est le plus puissant. Bima, 
petite ville avec un beau port, est la 
résidence du soulthân, qui est vassal des 
Hollandais, et souverain de l'île deMan- 
garay ainsi que de la partie occidentale 
d'Endé, Le fameux volcan de Tomboro 
ût périr, dans l'épouvantable érup- 
tion de 1815, un cmquième de la po- 
pulation de ce district. Après cette ca- 
tastrophe survint la famine; la fille du 
radjah du district mourut de faim. 
Depuis lors la ville de Soumbava n'est 
guère qu'un désert. L'état de Bima 
renferme du minerai d'or , de fer et 
de cuivre; il est traversé du nord- 
ouest au sud -est par une chaîne de 
montagnes couvertes de forêts impé- 
nétrables. On exporte de cette Ile ap- 
pauvrie du riz , des arachides ou pis- 
taches de terre, de la cire et des 
chevaux. 

XCIX. ENDB, SANDANA ET SOLOR. 

A l'est de Soumbava est située l'Ile 
de Florès ou plutôt Endé, qui a 200 
milles de long sur 42 - 50 de large. 
L'intérieur est à peu près inconnu. 
La partie occidentale dépend du soul- 
thân de Bima. Les Portugais y possé- 
daient Larentoul^a à l'extrémité orien- 
tale; ils paraissent avoir abandonné 
cet établissement. Le volcan élevé de 
hovoUvo éclaire souvent le détroit 
d'Endé comme un phare lumineux. 
Les Bouguis ont un beau port sur 
la côte méridionale , et ils renisent de 
se reconnaître vassaux des Hollan- 



dais. Ils en exportent des esclaves, de 
l'huile de coco, de l'écaillé, du bois et 
une cannelle commune. Tout le reste 
de l'île est divisé en plusieurs petits 
états indépendants. Au. sud d Endé 
est Sandal-Bosch (Sandana), qui donne 
du bois de sandal , du coton , des bufOes 
et des chevaux. Le sandal étant infé- 
rieur à celui du Timor, est presque 
abandonné. On y trouve aussi des fai- 
sans et le mar-vogel (oiseau à an- 
nées en hollandais ). 

La petite Ile de Solor est monta- 
gneuse et stérile, et ne produit guère 
que des bambous et des nids d'oi- 
seaux ; mais les habitants , excellents 
marins, s'enrichissent par le commerce 
d'huile de baleine, d'ambre gris et de 
cire. Les Hollandais y possèdent le 
fort Frédérik-Henrich dans le district 
de Lawaijang. Sur ses côtes , on pèche 
le noord'kapery espèce de baleine 
dont la graisse donné de Thuile et 
dont la vessie parait renfermer le pré- 
cieux ambre gris. Cette Ile possède 
quelques kangarous. 

C. ARCgiPEL DES MOLUQUES. 

Ce vaste et riche archipel porte les 
caractères les plus évidents d'une terre 
bouleversée par les tremblements de 
terre et les volcans nombreux qui l'ont 
ravagée et la ravagent encore. Il ren- 
ferme un grand nombre d'îles presque 
toutes dépendantes médiatement ou 
immédiatement des Hollandais. !Nous 
les réunissons en trois groupes : ce- 
lui d'Amboine, celui de Banda, et celui 
de Guilolo. 

CI. GROUPE D'AMBOINE.— ILES U*AMB0INB« 
CERAM, BOUROU» ETC. 

Le gouverneur général desMoluques 
soumises aux Hollandais résidé dans 
la petite île d'Amboine, chef-lieu de 
ce groupe, qui se compose de onze Iles, 
dont elle est fa principale. 

L'aspect de cette terre, précieuse par 
la culture des çirofliers , présente un 
paysage romantique mêlé de montaghcs 
brisées, de vallées verdoyantes bien 
cultivées et couvertes de nombreux 



îd6 



L'UNIVERS. 



hameaux. Les girofliers sont cultivés 
dans des parcs ou jardins, nommés en 
marais tanah-dati. Le produit moyen 
d'un giroflier s'élève à 6 livres de clous, 
en malais tjinkel^ et quelques-uns 
donnent jusau'à 25 livres. La récolte 
ordinaire se fait en octobre et dure en- 
viron trois mois. La récolte annuelle à 
Amboineest de 2.500 à 3,000 francs. 

La ville d'Amboine (Amboun) est 
située au fond d'une baie profonde, 
qui pénètre jusqu'à 7 lieues dans les 
terres et divise l'île en deux pres- 
qu'îles. Elle est petite, mais réguliè- 
rement bâtie. Ses rues sont larges 
et jolies, et ses maisons en briques 
sont d'une propreté qu'on ne trouve 
qu'en Hollande. Sa population est 
ue 12,000 âmes. Le fort Vittoria, 
bâti par les Portugais, et restauré 
' par les Hollandais , est , après Batavia, 
te plus important de l'Océanie hol- 
landaise. Les Chinois y possèdent de 
belles maisons richement décorées 
(voy. pL 53), et ses environs ren- 
ferment de somptueux tombeaux (voy. 
pi. 54 ) , entre autres celui du savant 
gouverneur Ru m ph. On' y voit des 
alfouras et quelques papouas. La po- 
pulation de l'île peut être de 50,000 
âmes. 

L'île d'Amboine récolte, outre le 
girofle , du café , du sucre , de l'indigo, 
et beaucoup de fruits , tels que te dé- 
licieux mangoustan et le sagouer, dont 
on £ait une confiture excellente. 

Le climat de cette île est plus sain 
et plus agréable que celui de la plu- 
part des contrées situées entre les tro- 
f)iques. Le sol y est en partie rocail- 
eux et aride , et c'est là que les giro- 
fliers viennent le mieux. La plupart 
des endroits marécageux sont employés 
à la culture du saçoutier ( Tuetroxylàm- 
sago). On on tire lesagou, dont la 
moelle délicate sert de nourriture aux 
naturels, après qu'on l'a retirée des 
fibres ligneuses du tronc , broyées et 
préparées. On y cultive plusieurs es- 
pèces de litchis, au nombre desquels on 
trouve le ramboutan des Malais ( ne- 
phellum lappaceum) , Yelocarpus mo- 
nogynus , dont les fleurs sont fes- 
tonnées avec grâce; l'agave, le rou- 



couyer et l'heritiera. Le beau laurier 
culilaban (*) orne ses rivages , et 
donne une huile aromatique très-re- 
cherchée; l'oranger, le papayer, Tar- 
bre du henné qui , dans Fempire otto- 
man, sert àtemdre en rose les doigts 
des femmes, le bilimbing, l'acanthe, 
le bel abroma angusta, la carman- 
thine , le tournesol et tant d'autres 
arbres et plantes distinguent encore le 
sol d'Amboine. On y trouve quelques 
phalangers, le lézard volant, le pa- 
pillon agamemnon aux ailes magni- 
fiques et le cancer cumiîius^ espèce 
d'écrevisse. La mer est peuplée de 
coquillages briflants, de poissons ra- 
res et de crabes singuliers. 

Les Amboinais ont des chansons 
très-spirituelles ; et un notable de l'île, 
nommé Ridjali, a écrit en maiai l'his- 
toire d'une partie de ce pays dont 
beaucoup d'usages anciens et poétiques 
ont disparu , grâces à la sévérité du 
culte de Calvm et des ministres hol- 
landais (**). 

L'occupation principale des Malais 
d'Amboine est la pêche. Il est curieux 
de voir leurs pirogues se rendant aux 
lieux les plus tertiles en poissons, au 
bruit du tamtam et dn goun-çoun, 
ainsi qu'ils font dans leurs danses 
guerrières. 

Dans la campagne d'Amboine on 
rencontre des maté, monuments fu- 
néraires qui sont considérés comme 
sacrés par les naturels. Ce sont de 
petits hangars en bambou, couverts 
de folioles de nipa. Les maté (ce 
mot signifie mort ) renferment les 
restes des indigènes : on ne peut ni 
les toucher, ni s'en approcher. Cette 
interdiction rappelle le tabou des Po- 
lynésiens. 

^ Céram ou Sirang, célèbre par son 
pic élevé de 8000 pieds (de France) 
au-dessus du niveau de la mer, est la 
plus grande des Moluques, après Gui- 
lolo. Une grande partie de l'île dépend 
du soulthân, qui est vassal des Hollan- 
dais. Dans les profondes et longues 

(*) La Billardière, t. II, p. 325. 
(**) Valentyii, Amboina, p. i52, 124, 
164, etc. 



OCÉANIE. 



207 



ï 



forêts de ses côtes méridionales , de- 

?>uis Eupapes jusqu'à Kelamari, on 
rouve le kasoar des Moluques. L'in- 
térieur de Céram produit des clous 
dé girofle. Cette île offre des aspects 
ravissants. Saoua.et Ouarou sont ses 
ports princioaux. Les Hollandais ont 
établi dernièrement un poste à Ati- 
iing , près dé Saoua. Les habitants des 
cotes sont Malais ; ceux de l'intérieur 
sont des Alfouras presque noirs. Parmi 
ceux-ci existe une horrible coutume 
|ue nous retrouverons chez les Dayas 
le Bornéo ; pour obtenir les faveurs 
de sa belle , l'amant doit déposer à ses 
pieds cinq à six têtes d'ennemis. 

Bpurou (*), une des plus grandes 
îles de ce groupe , possède la belle baie 
de Cayelî, où demeure dans un petit fort 
un sous -résident hollandais. Elle se 
distingue par ses buflles, ses babi- 
roussas ; ses perroquets, ses loris et ses 
volailles; le bois de fer, le tek, l'ébé- 
nier vert, le cayou-pouti dont les 
feuilles donnent l'huile fameuse qui 
porte ce nom , etc. 

La vue de cette île est très-pittores- 
que. Sîon pic a 6528 pieds de hauteur. 
Parmi les Malaisiens, les habitants 
de Bourou sont au nombre de ceux 
qui aiment passionnément la danse, 
et gui s'y distinguent le plus. Les in^ 
digènes de l'intérieur sont des Al- 
fouras. On y. voit quelques Chinois. 
La petite île Jmblou est comme le 
satellite de Bourou (voy. pi. 65). 

cil. ILES TIMOR, OMBAY, TIMOR-LAOUT, 

ETC. 

' L'île Timor (orient), située vers la 

f)artie la phis méridionale de la Ma- 
aisie, à distances presque égales des 
îles de Sounda, de l'Australie, de 
Bornéo , des l^oluques et de la P^- 
pouasie, a environ 100 lieues du 
nord-est au sud-ouest, 20 lieues de 
largeur moyenne et 1625 lieues car- 
rées de superficie. 
Le sol de Koupang, madréporique et 

(*) Ce mot malal signifie oiseau; en ef- 
fet, cette lie est riche en oiseaux de toutes 
les sortes. 



schisteux, n'offre pas cette brillante 
végétation que le voyageur devrait 
s'attendre à rencontrer par le treizième 
parallèle ,^ et gui se fait remarquer même 
dans la partie nord de l'île ; elle est 
pauvre en mammifères, mais assez 
bien peuplée d'oiseaux. XJn savant na- 
vigateur, M. de Freycinet , dit que les 
tourterelles et les perroquets y sont les 
espèces les plus communes. C est delà , 
ajoute-t-il, que viennent la jolie colombe 
kourou-kourou , la colombe mangé et 
le colombar unicolor. On y voit le petit 
kakatoua blanc , beaucoup plus gentil 
et plus sus'ceptible d'éducation que la 
grosse espèce de la même couleur , du 
port Jakson; la belle perruche éry 
throptère; celle à face bleue, qui ha- 
bite aussi l'extrémité sud-est de la 
Nouvelle-Hollande, et qu'on ne peut 
conserver long-temps, parce qu'elle 
succombe facilement aux convulsions. 
On y rencontre le philédon corbi-calao, 
qui se rencontre aussi au port Jackson 
en Australie. Cet oiseau a la lan- 
gue échancrée , les serres excessi- 
vement fortes , et se nourrit de baies. 
Koupang est ta patrie des langroyenos , 
dont le vol est semblable à celtii des 
hirondelles, et qui ont la faculté de 
planer des journées entières dans les 
régions élevées ; des choucaris verts , 
des petits drongos, friands de la liqueur 
qui découle du latanier et de diver- 
ses espèces de moucherolles. Comme il 
y a beaucoup d'arbrisseaux , dans les- 
quels les petits oiseaux paraissent se 
plaire, on y trouve le poudda^ ou 
calfat , quelques souïmangas , diverses 
espèces de bengalis , et sur les casua- 
rinas de la petite île de Kéra , le guê 
pier à longs brins. Dans le règne mi- 
néral, il existe des mines d'or et de 
cuivre fort abondantes près de Dieli, 
d'Ade et de Mantoto. Le règne végétal 
fournit du beau sandal,le teck, le bam- 
bou , le bananier, le cocotier, le lata- 
nier , dont la feuille sert à fabriquer 
les voiles des [jrahous ; le tamarindier, 
l'attier , le bois de rose , le coton , le 
tabac , l'indigo , le caféier, la canne à 
sucre, etc. 

Cette île , la plus grande et la plu$ 
importante de toutes les îles voisines , 



908 



L'UNIVERS. 



mais aussi négligée qu'elles , est par- 
tagée en 63 royaumes ou états impercep- 
tibles., presque tous vassaux des Por- 
tugais ou des Hollandais. L'horrible 
coutume du Rampok, dont nous avons 
parlé à Java , existe aussi à Timor; mais 
de telles horreurs sont heureusement 
rares (voy. pL 42). Quelques radjahs 
ou princes de cette île importante 

S rétendent descendre du crocodile, 
ont la race féconde infeste ses riviè- 
res , et ils sont dignes d'une telle des- 
cendance. 

Après Koupang etDieli on ne trouve 
guère à Timor que des villages , par- 
mr lesquels il faut distinguer Babao , 
Olinama et le port d'Amacary, d'où 
les Hollandais tirent leur bois de con- 
struction. Le village d'Olinama fut 
témoin d'un fait assez curieux pour 
mériter d'être raconté. Pérou et ses 
compagnons y tuèrent un crocodile, 
dont on voit encore la dépouille au 
Muséum du Jardin des plantes. Or, 
ce saurien est , à Timor comme en 
Egypte, un animal sacré, et on lui 
sacrifie quelquefois une jeune vierge. 
Avec une telle vénération pour le 
crocodile, on conçoit la répugnance 
des Timoriens à la vue des Fran- 
çais téméraires qui venaient de tuer 
un de ces animaux, auxquels les prin- 
ces eux-mêmes vont faire leur offrande 
à leur avènement au trône. Pérou ra- 
conte qu'après leur expédition, tous 
les habitants de Babao les Aiyaient 
comme impurs. « Le roi de ce district 
nous attendait, dit-il, et de plus loin 
qu'il nous vit, il envoya un de ses 
ofïïciers pour nous faire déposer sous 
un arbre , assez loin de son habitation, 
ie fardeau sacrilège que nous escor- 
tions. Nous fûmes surpris de voir tous 
les curieux dont nous avions été en- 
tourés les deux Jours précédents s'éloi- 
gner de nous avec précipitation. Le 
radjah lui-même, quoiqu'il nous ac- 
cueillît avec sa bonté ordinaire, ne 
voulut pas nous approcher, que préa- 
lablement nous ne fussions purifiés ; 
il nous le fit entendre , en nous mon- 
trant du doigt une auge creusée dans 
un tronc d'arbre , pu nous devions en- 
trer pour recevoir les ablutions d'usage. 



Cette cérémonie ne nous plaisait guère; 
mais il n'y eut pas moyen de l'éviter. 
Tous les Malais, homnîes, femmes et 
enfants, formaient un cercle autour 
de nous; et, malgré les règles de la 
bienséance europééntie , il fallut nous 
déshabiller tout-a-fait. L'auge ne pou- 
vant contenir qu'une seule personne, 
nous y passâmes, M. Lesueur et moi, 
successivement : deux esclaves appor- 
tèrent de grands vases remplis d^au , 
et nous les vidèrent sur la tête ; nous 
reçûmes ainsi chacun vingt ablutions. 
Pendant que cela s'exécutait, un Ma- 
lais se servit d'uq long bambou pour 
enlever nos bardes et les porter, sans 
y toucher autrement , dans ie bassin 
d'une fontaine voisine. Lorsque nous 
fûmes ainsi suffisamment purifiés, le 
radjah nous fit donner de grandes pa- 
gnes (*) du pays , dont nous nous vêtî- 
mes. Dès ce moment , tout le inonde 
nous approcha sans craii^te, et, cha- 
cun plaisantant sur notre nouveau 
costume , se faisait un plaisir de nous 
appeler orang malayou ( hommes ma- 



On les fêta ensuite comme à l'ordi- 
naire. On les régala de fruits et d'arek; 
on les parfuma d'essence , d'huile odo- 
rante de benjoin et de poudre de san- 
dal , et on leur fit mâciier le kakiou- 
dety qui donne à l'haleine une odeur 
suave. 

Il faut cependant l'avouer, si les 
observations de Pérou sont générale- 
ment justes et exactes, celles qu'il a 
publiées au sujet de sa reconnais- 
sance d'une partie de Timor ont un 
caractère passablement romanesque. 

L'histoire de cette île, ou plutôt ce 
que nous en connaissons, n'est que 
1 histoire des gouverneurs européens. 
Les Portugais y arrivèrent au XV II' 
siècle et en restèrent les maîtres jus- 
qu'en 161 3 ; ils furent chassés de Kou- 
pang par une escadre hollandaise. Les 
Portugais fondèrent alors un établis- 
sement à Lifao, qu'ils transportèrent 
à Dieli , et créèrent en même temps 

(*) Espèce de ceinture pour couvrir le mi- 
lieu du corps, et qui descend quelquefois 
jusqu'aux pieds. 



.^ii|p MPI ijiiviq iii I 




^^^^ti^t.^'tz *e^' ^^^^*i^€y~t*^ , c^^^^vvi^sc;^ ev^ ciuf^txfu^^^^^i^^^t^ 



Chine siacKer H\it. 



Waffen und GeriUxQ. 



-^--«r' 




^ 



OCÉAMK. 



20d 



les succursales de Batou-Godi et dé 
Manatouti. En 1801, les Andais ra- 
virent leur comptoir aux Hollandais ; 
mais leurs soldats furent massacrés par 
la population métisse qui domine à 
Timor. Ils le reprirent en 1811, et le 
rendirent à la paix de 1814. 

La forme du gouvernement des rad- 
jahs malais est à peu près féodale. 
L'organisation de ces petits états 
a quelque chose de Fégalité républi- 
caine ; mais ceux de l'intérieur ont un 
pouvoir plus étendu. 

Nous ne finirons pas ce chapitre sur 
l'île de Timor, qui est encore peu con- 
nue , sans faire remarquer une confor- 
mité frappante entre plusieurs usages 
des indigènes et ceux de diverses . ra- 
ces polynésiennes, et, peut-être, de 
Quelques tribus de T Australie, qui con- 
fine a cette île. Les plus extraordi- 
naires sont le tatouage par incision, 
le salut par Tattouchement du nez|, 
réchange des noms avec Tétrauger dont 
on veut faire son ami^ le massage 
comme remède médical , les bracelets 
de coquille, Taplatissement du nez des 
enfants, 1^ manie de teindre les cheveux 
en couleur rousse, et autres usaees. 
Le roi de Koupang réside sur rîle 
Simao, dont il est le souverain; le chef 
de Tétat d'Ayouanoubang est un très- 
petit roitelet, comme sont, tous ces 
princes. Il prend ridiculement le titre 
pompeux d'empereur. t.es tribus des, 
BeHos sont vassales des Portugais; 
celles des Vaïkenos reconnaissent la 
suprématie des Hollandais. Le roi de 
Yealé , dans les états des Vaïkenos, est 
}e jûua puissant de tous. 

Dieli, ville avec un fort et un port, et 
située au nord-est , appartient aux Por- 
tugais. Elle compte environ 2000 habi- 
tants. Une colonie de métis portugais 
mêlée d'indigènes occupe le canton 
d'Oukoessi, sur la côte septentrionale. 
Koupang, dans la partie méridio- 
nale de la superbe baie de ce nom, 
avec un port franc et un fort nommé 
Concordia , appartient aux Hollandais. 
Les métis de cette nation y sont très- 
nombreux (voy. pL 52); les Chinois 
y ont des temples et des tombeaux 
remarquables ( voy. pL 49 et 43 ), 

14* Livraison, (Océanie.) 



Ce district , arrosé par la rivière Kou- 
pang , est un verger d'une grande ri- 
chesse, où la terre prodigue, presque 
sans culture , les fruits les plus exquis 
et les plus belles fleurs : mais les au- 
tres districts de Timor ne sont point 
fertiles. Le bois de sandal , la cire des 
abeilles sauvages sont les principaux 
objets d'exportation. L'industrie des 
Timoriens consiste dans la construction 
des sampans de 25 à 100 tonneaux, et 
des pirogues volantes avec ou sans 
balancier, et semblables à celles de plu 
sieurs peuples polynésiens. Quelques 
vovageurs ont reprodié aux Timoriens 
d'être cannibales. Ces insulaires sont 
bien faits et vigoureux, noirs ou cui- 
vrés, avec les cheveux teints en roux 
ou en noir et laineux. Les Chinois 

Îr sont en grand nombre, leurs armes et 
eurs jeux sont remarquables (voy. pL 
46,47,48,50, 51. 52, 44 et 45). 

L'île Simao est dépendante du rad- 
jah de Koupang. Elle a une source dont 
l'eau vitriolique et ferrugineuse blan- 
chit le linge. Poulo-Kambing , entre 
Timor et Simao, est une île volcanique. 
Les radjahs de l'île Rotti (*) et des trois 
îles Savou sont vassaux des Hollandais > 
Il est curieux de remarquer que dans l'île 
Savou, non seulement les hommes sont 
idolâtres et s'arrachent la barbe ainsi 
qu'une partie des Océaniens , mais en- 
core qu'ils ont l'usage de se tatouer com- 
me les Polynésiens. La meilleure baie 
de la grande Savou est celle de Timor, 

Entre Endé et Timor se trouvent 
Sabrao, régie par un soulthân qui ré^ 
side dans la petite île Adinara; Lon- 
blem, livrée à des radiàhs indépendants; 
Panter etOmbàî , habitées par des peu- 
plades guerrières, barbares et même 
anthropophages. 

(*) Les hommes de Rotti sont beaux et 
braves. Ils peuvent être considérés comme les 
Lesghiens de la Màlaisie ; leurs femmes en 
sont lesCircassiennes. La réputation de leur 
beauté est telle, qu'on les recherche {wur en 
peupler les harems de Java , de Soumâdra, Ti- 
mor et autres îles. Ils fout grand cas d'une . 
liqueur ferment ée qu'ils appellent iaro, et 
qu'ils prétendent être un puissant aphrodi- 
siaque. A la chair de buffle et de porc ils mè> 
lent comme boisson le sang de ces animaux. 

14 



no 



L'UNIVERS. 



Nous donnerons sur Ttle Ombaï ren- 
trait suivant d'un Voyage autour du 
monde, par M. G., qui ét^it resté long- 
temps inédit. Il nous a paru d'un in- 
térêt d'autant plus grand qu'on ne pos- 
sède encore aucun gétail sur les singu- 
liers habitants de ce pay;s. 

<( Le 2 novembre, à 11 heures du 
matin, M. de Freycinet envoya son 
canot à terre sur l^île Ombaï; il en 
Confia le commandement à M. Bérard: 
MM. Gaudichaud , Arago et moi nous 
fîmes partie de cette expédition; An- 
dersons, second chef delà timonnerie, 
qui pariait un peu la langue anglaise , 
vint avec nous. A midi et quart , nous 
vîmes, beaucoup de jpetites alouettes 
de mer , plusieurs hirondelles ; nous 
aperçûmes auprès du rivage quelques 
hommes dans une pirogue. Pendant 
que M. Arago faisait le croquis d'une 

Êartie de la côte, qui ofjfrait un aspect 
asaltique ^ nous considérions des mar- 
souins, nageant, sautant, bondissant 
par bandes de quinze ou vingt; c'était 
un spectacle fort amusant de les voir 
tourner sur eux-mêmes , se précipiter 
les uns sur les autres, ou s'élancer 
hors de l'eau avec des culbutes et des 
gambades les plus singulières. Notre 
embarcation les approcha , et aussitôt 
ils s'éloignèrent. A une heure après 
midi , on sonda par 15 brasses et demie 
fond de sable un et noir; quelques 
minutes après, on sonda de nouveau 
par 19 brasses. Nous mouillâmes à 
une heure dix minutes sur un fond 
ie pierre volcanique et de corail. 
« Un des Malais qui était sur *a côte 

8 rit l'amarre envoyée à terre , et fit 
es efforts pour baler le canot; munis 
de nos armes et de [^usieurs objets 
d'échange , nous nous dirigeâmes vers 
une^-troupe d'indigènes fort tranquil- 
lement iatssis sous lés grands aii)resqui 
bordaient la côte. Nous demandâmes 
à parler au radjah. Après quelques in- 
stants d'hésitation, et après avoir con- 
versé entre eux , Us nous désignèrent 
un vieillard de la troupe, nommé Sie- 
' jçaan. Pour nous rendre ce clief favo- 
r$tble, nous lui. fîmjBs quelques pré- 
sents^ et. M. Bérard lui offrit un collier 
dft y.«crje, en s'inforuiaiit s'il était pos- 



sible d'avi^r des poules en échange de 
nos couteaux, satou ayant y satoupis- 
sauÇ); ils nous firent comprendre qu'ils 
avaient fort peu de volailles , ce dont 
nous fûmes bientôt convaincus par no us- 
mêmes, lis hésitèrent à nous indiquer 
le chemin de leur village , nommé Bi- 
toca ; quelques-uns même npus té- 
inoiguérent leur répugnance à nous y 
voir aller* Nous nous avançâmes sous 
les arbres, suivis d'une trentaine d'en- 
tre eux, tou^ armés d'arcs, de flèches 
et de criss; plusieurs avaient Fair 
guerrier > ^ ne paraissaient pas redou- 
^r nos armes : leur contenance , in- 
certaine à notre égard , pouyait faire 
craindre ip'ils ne méditassent des 
projets sinistres. Après avoir examiné 
avec attention les cuirasses et le^ bou- 
cliers que nous vîmes suspendus à des 
arbres, nous invitâmes les Malais à 
s'en revêtir , ce que deux d'entre eux 
firent aussitôt : l'un se mit dans une 

Position favorable pour être dessiné ; 
autre nous donna le spectacle d'un 
combat singulier. Celui-ci, armé de 
son arc , se mit en devoir de lancer des 
flèches, et nous dit, d'une manière très- 
expressive, qu'il en tirerait un très- 
gr^nd nonibre dans le temps que Ton 
mettrait à cliarger un fusil ; il se jeta à 
terre, et se couvrit de son bouclier pour 
être à l'abri des coups que son adversaire 
devait lui porter. Lorsnue l'emploi de 
toutes ces flèches eut rendu son arc 
inutile, il tira son criss*, le bouclier 
d'une main et cette arme d'une autre , 
il s'élança avec rapidité sur son ad- 
versaire, et parut fui porter des coups 
terribles. Tous ces mouvements étaient 
impétueux et assurés, son œil étince- 
lait , on eât dit qu'il ne respirait que 
les combats. La cuirasse dont il était 
revêtu, nommée ban-ou, faite de peau 
de buffle, ressemblait assez grossière- 
ment aux chasubles de nos prêtres : 
elle était percée au milieu pour le pas- 
sage de la tête; en avant et en arrière 
des deux pans de cette cuirasse il y 
avait des coduilles de Tespèce des pe- 
tites porcelaines, disposées horizonta- 

(*) Ce qpi signifie en maiai un poulet pour 
un couteau» L, D. A. 



OCEANIE. 



îll 



ïeraeiA^ les plus grandes coquilles 
étaient à la partie inférieure. * Chez 
quelques-uns, on remaraua des morr 
Geaux d'or ou d'ivoire, (aillés en formç 
de dents. Les pans des cuirasses descen- 
daient jus^u*en bas du dos. Le Ma- 
laj dessine par M. Arago pçrtait 
son bouclier à droite et eu arrière ( il 
était gaucher); c'était un long mor^ 
ceau de peau de buffle desséche et dé- 
pouillé de tous ses poils ; il avait la 
lorine d*un carré long , le couvrait jus- 
qu'au mollet, et présentait une écnan- 
ôrure supérieure} on le ngniinait han- 
ou, comme la cuirasse. 

«Leurs flèches étaient terminées par 
un morceau de bois , d'os ou de ftr ; 
elles étaient disposées du côté gauche 
en éventail i et maintenues par la 
ceinture du sabre ou cric. La plupart 
avaient sur la cuisse droite un grand 
nombre de feuilles de latanier, fixées 
à la ceintura; plusieurs de ces feuilles 
présentaient aies ouvertures par où 
passaient d'autres feuilles plus petites, 
colorées en rouge et en noir. Dan$ 
leurs divers mouvements, le froisse- 
ment de tous ces objets, joint au bruit 
de la cuirasse, du bouclier et des petits 
grelots dont ils étaient ornés, fai- 
saient un tel vacarme, que nous ne 
pouvions nous emnêcher d'en rire, et 
les Malais eux-mêmes suivaient notre 
exemple. 

« A l'ombre des cajeputiers , arbres 
réconnaissables à la blancheur dé leur 
écorce , nous nous dirigeâmes vers ïe 
village de Bitoca, situé sur une hau- 
teur : deux routes y conduisaienc; les 
jaloux Malais nous engagèrent à sui- 
vre la plus longue , qui était à gau- 
che, tandis qu^ils nous précédèrent 
par lé çherpin le' plus court.' Jç vis 
dans \me case une vingtaine dé n^â- 
choires d'hoiniries, suspendues à !a 
voiUe : je témoignai le dpsir d'çn 
avoi»» quelques-unes, et j'oflris des 
objets J'échange^ on me répondit: 
Pamali; cela est sacré. îl paraît que 
ces iraxillairejs inférieures avaient été 
arrachées à des ennemis vaincus. Les 
murailles , les voQ es et les planchers de 
leurs habitaiious sont construits avec 
des feuilles de vacoi, de latanier, de 



cocotier, et avec des bambou$; l'endroit 
où ris couchent est élevé de plusieurs 
pfçds sur le sol , disposition que nous ' 
avions déjà vue à fiabao , sur l'île de 
Timor. - 

« Une poule , du miei , des mangues 
vertçs et c[uetqi|es cocos furent lés 
seuls objets qu'on nous offrit. Nou? 
échangeâmes des couteaux, des col- 
liers et des pendants d'oreîlles contre 
des arps et des «lèches, U nous fut 
îippossiblé dé nous procurer de3 cui- 
ra^sses et des boucflers. 

On faisait sécher auprès des caba- 
nes des semences bjar.lhes d/» la gros- 
seur d'une petite amande; elle^ avaient 
jun godt fort agréable. Nous ne vîme^ 

{)as une seule femme : il paraît quç 
es Malais ne nous avalent devancé^ 
que pour les faire éloigner. ^. Arag^ 
ut quelq'ies tours 'd'escamotage qui 
les étonnèrent beaucoup. Ils nous asr 
surèrent qu'il n'j avait aucun établis- 
sement portugaijs ni hollandais dans 
feur île. Lés cochons et lés chiens sont 
les seuls mammifères que nous ayop$ 
vus à Ombaï : le^ oiseaux paraissent 
les mêmes q'\'èj Timor'; ceux que uou^ 
aperçûmes étaiepi d?s tourterelles 

frises, d'autres é calotte purpurine, 
es pigeons ramiers, d.fferentes es- 
pèces de corbeaux , dont quelques-uns 
a tête veloutée et à queue fourchue, 
des oiseaux grimpeurs, dont le cou 
est dégarni de plumes et le bec renflé 
en dessus. Les principaiix arbres sont 
des cncôtiers , lataniers , cassiers , 
manguiers , frangipanîers , cajepu- 
tiers , etc. La terre' p'est pas cultivée; 
la végétation est asse? active en plu- 
sieurs endroit?; les produits volcani- 
ques quç l'on voit épars çà et là indi- 
quent les révolutions physiques que 
cette île doit gvoir éprouvées. 

«Les ^|alais.de ! Ile Omhaî çont en 
géiijçral d^unp taille nioyenne; plusieurs 
.«îont bien faits et forteuïent consti- 
tués, d'autres ont les meuibres grêles 
et paraissent d'une faible compicxion; 
leur teint noir, oiivâtre, offre diffé- 
rentes nuances; ils ont fa plupart le 
nez épaté, les lèvres jjrosse^, les dents 
noircies, et en partie détruites par 
l'usage du bétel ; la meuibrane buccale 

14. 



212 



LUMVERS. 



d'^un rouge vif; leurs cheveux noirs, 
longs, FÏlats ou crêpés, et formant 
chez plusieurs un vaste toupet en ar- 
rière , séparé de la tête par un large 
ruban d'écorce^de figuier , et qui res- 
semble à du mauvais amadou; quel- 
ques-uns ont les cheveux coupés , et 
portent au-dessus du sommet de la 
tête une espèce d'anneau qu'ils nom- 
ment prêtri. Plusieurs avaient des ci- 
catrices à la poitrine , aux bras et aux 
tempes ; d'autres des taches dartreu- 
ses, blanchâtres, à la figure, et à di- 
verses parties du corps. J'en ai vu qui 
offraient des t'-aces non équivoques 
dé la petite vérole; un d'entre eux 
nous demanda si nous étions Anglais; 
ir connaissait Ti*nor et Manille; il 
avait rapporté, nous dit-il , de l'île de 
Xuçoii un miroir qu'il paraissait ap- 
précier beaucoup. 

«Je fis à Ombaï la même observa- 
tion que j'avais précédemment faite à 
Timor, que les Malais répétaient avec 
beaucoup d'exactitude et de facilité 
les mots français qu'ils entendaient 
prononcer. 

«Ln bâtiment de Philadp|phie,nommé 
la Kone^ perdit, en 1802 ou (803, une 
embarcation, qui fut enlevée par les 
habitants de la partie orientale de 
l'île. 

«En juillet 1813, le capitaine anglais 
Staunton, commaiidant le trois-mâts 
Vleacho , descendit sur l'île Ombaï , 
pour y acheter un bœuf; les. matelots 
armés de fusils restèrent dans l'em- 
barcation, lui seul mi;t pied à terre; 
et il fut accueilli à coups de flèches , 
et reçut plusieurs blessures en re- 
tournant a son bord. Il y avait alors 
dans le détroit d'Ombaï deux autres 
navires de la même nation , le Frede- 
rick et VArdays. On disait générale- 
ment à bord que ces féroces insulaires 
mangeaient leurs prisonniers. Sur 
quelques points de cette île, on pou- 
vait parfois se procurer des ignames , 
des citrouilles, de la mélasse, des 
poules et des porcs ; un bœuf coûtait 
six couteaux. Je tiens ces détails de 
Ficher Staitton, matelot anglais, qui 
a long-temps navigué dans l'archipel 
des Moluques, et qui, à l'époque dont 



Je parle, était embarqué sur Neaclio, 
«En novembre 1817, une frégate an- 
glaise envoya un canot sur l'île Om- 
baï, pour faire du bois. Tous les 
hommes de cette embarcation, au 
nombre de dix à douze , furent tués et 
mandés. Le surlendemain , des mate- 
lots bien armés , qui allèrent à la re- 
cherche de leurs camarades, - virent 
les restes sanglants de plusieurs de 
ces infortunés, et trouvèrent le danot 
ft'acassé. La frégate relâcha quelques 
jours après à Dieli , et c'est là que le 
capitaine fut confirmé dans l'opinion 
qu'il avait déjaque les habitants d'une 
partie d'Ombaï étaient anthropopha- 
ges. Ces derniers renseignements nous 
ont été donnés par le gouverneur de 
Dieli, don Alconforauo, capitaine- 
général des possessions portugaises 
dans les Moluques; mais nous n'avons 
rien vu qui nous continne ce qui nous 
a été raconté à ce sujet. » 

Parmi les îles voisines de Céram et 
d'Ainboine, nous devons encore dis- 
tinguer celle de Koussa-Laout , dont 
les nabitants , selon Valentyn , étaient 
encore anthropophages au siècle der- 
nier; Harouko et Separoua, petits îlots 
soumis aux Hollandais , et Tilé de Ma- 
nipa, où l'on voit la fontaine des Ser- 
ments {ayer sanpou), dont l'eau , si 
l'on en croit les naturels , donne la 

Êale aux parjures qui oseraient en 
oire. Combien de galeux n'aurions- 
nous pas en France , si tous ceux qui 
ont violé leurs serments politiques ou 
leurs serments d'amour buvaient de 
cette eau : 

Dao est renommée pour l'adresse 
de ses habitants à fabriquer des bijoux. 
Dans la chaîne du sud -ouest on 
distingue plusieurs petites îles régies 
par des chefs vassaux des Hollandais , 
telles^que Kissh, habitée par une po- 
pulation féroce, au milfeu de laquelle 
est un poste hollandais ; Motta , Letti , 
Moa ^ui fournit des moutons très-, 
estimes; Dammar avec un volcan, 
Raber , Sermata , Lakar, et Vetter , la 
plus grande de ces îles , et la plus mal 
peup'ee. 

Dans la chaîne du sud-est , régie éga- 
lement par des chefs vassaux des Uol- 



OCÉANIE. 



213 



landais, on rencontre lestrois îles Keys, 
fertiles en cocotiers et en orangers , et 
dont les habitants, qui sont Malais, 
observent le culte des féticbes , l'onc- 
tion et rembaumement des cadavres, 
comme dans la Polynésie. On y doit 
remarquer la grande Key, où se trouve 
Ély, gros village. On y fait un com- 
merce considérable alimenté par ,Ies 
entreprenants et infatigables Bouguis. 
L'île de Timor - Laout termine 
cette grande chaîne. Elle forme avec 
rile de Laarat une vaste baie , où les 
Bouguis viennent vendre aux Chinois, 
à leur retour.de la baie (t'Arnheim et 
du golfe de Carpentarie (partie sep- 
tentrionale de TAiistralie), le tripanou 
bicho do mai\ espèce de polype recher- 
ché des gourmands du céleste empire , 
qu'ils ont été pécher sur ce continent. 
Ces deux grandes îles offrent peu d'in- 
térêt ; elles sont habitées par des tri- 
bus pacifiques et indolentes. 

cm. GROUPE DB BANDA. 

Les îles de ce groupe sont pIus<ou 
moins dépendantes du résident hol- 
landais, qui a son siège à Nassau, 
dans rîle de Banda-Neira. Elles sont 
sous la domination d'un soulthân, qui 
a envoyé mille alfouras (*) aux Hol- 
landais, pour servir sous leurs or- 
dres. Dans ce groupe existent trois 
îlots , Banda , Lantor et Aij , qui sont 
importants, parce. qu'ils sont exclusi- 
vement réservés <î la culture du mus- 
cadier. Les habitants de ces îlots ayant 
été exterminés en 1621 , par les Hol- 
landais, des colons européens s'y sont 
établis et se sont partagé le sol. Depuis 
l'iiboiition de la traite, le gouver- 
nement a envoyé à Banda les indi- 
gènes condamnés .par les tribunaux 
à un long bannissement , pour les 
faire travailler à la place des esclaves. 
Les colons ou perkeniers sont obligés 
de livrer leur récolte au gouverne- 
ment. La grande récolte se fait en 

{*) Les Hultandais ont av^^si d'»Qtres na- 
turds de la Malaisie dans leurs troupes, et 
j'ai vu un régiment de Malais au service dé 
l'Angleterre dans l'ile de Ceyian. 



août, et une seconde en novembre et 
décembre. La récolte moyenne an- 
nuelle de ce groupe est estimée à 
530,000 livres de noix de muscade, et 
150,000 livres de macis. Le macis est 
l'enveloppe interne de la noix : c'est, 
une espèce de filet rouge. Le musca- 
dier porte des fruits pendant la plus 
grande partie de Tannée. Le produit 
annuel moyen d'un arbre est de 6 li- 
vres de' noix; quelques-uns en don- 
nent jusqu'à 20 livres. 

La vente des muscades, macis et 
girofles, en Europe. et ailleurs, ne 
rend guère plus de 20 millions de 
florins à Ja Hollande. Le gouverne- 
ment paie 10 sous hollandais par li- 
vre de clous, 12 par livre de macis, 
et 8 pour la même quantité de mus- 
cades. On vend ordinairement en 
Europe 1 franc le girofle, 1 franc 
25 centimes le macis, et 75 centimes 
la muscade. Mais je ne donne ces es- 
timations que comme approximatives, 
car le gouvernement ne publie pas le 
nombre de livres récoltées, ni le total 
de la vente. Il est prpbable au*on trouve 
. le giroflier et le muscadier aans les par- 
ties infréquentées de plusieurs îles sou- 
mises aux Hollandais, et principale- 
ment dans celle de Boùrou; mais, 
depuis que le baron van der Capellen 
a rendu un décret qui prohibe l'usage 
absurde et tyrannique de détruire les 
arbres à épices , les habitants ne ca- 
chent plus leurs trésors végétaux à des 
maîtres avides et étrangers. 

L'îlot de BandarNeira a pour chef- 
lieu Nassau, petite ville d'environ 
1 ,000 habitants. Les forts Belgica et 
Nassau protègent, avec celui de Hol- 
landia, situé sur l'îlot de Lantor, 
l'entrée de la baie superbe formée 
par ces deux îlots, et celui de Gou- 
nong-Api (montagne de feu), volcan 
qui à lui seul forme tout l'îlot de ce 
nom. Son sommet s'élève à 350 toises 
au-dessus du niveau de la mer, et ses 
éruptions sont aussi terribles que fré- 
quentes. Les îles Banda n'ont guère' 
plus de 6,000 habitants. 

Je ne compte pas l'île Rosingain,' 
quoiqu'elle appartienne à ce groupe; 
depuis le temps de l'extirpation des 



m 



L'UNIVERS. 



muscadiers , elle n'est plus guère habi- 
tée que par quelques esclaves libérés. 

Cnr. GROUPfi DB GUILOLO. 

• Guiholo (Hcclamahera)^ la plus grande 
desMc/luques , ressemble , par sa former 
à Célèbes, et se compose de même de 
quatre presqu'îîes, dirij^ées au sud, 
au ni)rd et à l'ouest. L'arbre à pain et 
le sagou y sont communs. Bitjoli dans 
la partie soumise au soulthân de Ter- 
nate, et Galela dans celle qui dépend 
du soulthâh dfr Tidor, en sont les 
lieux les plus remdrrfiiables ; eite^ ont 
chacune un Sous-résident hollandais. 
Les côtes sont habitées par des Malais, 
et Pintérieyr par des noirs. Sa popu- 
lation est de 60,000 âmes. 

CV. TERNA[TB..TmOR. MOTn\ ET AUTRES 
ILES OÊ L'AhCHfPEL DES MOLCQCES. 

Là capitale dé Fîfé compte environ 
6,000 habitants. EHe est bâtie en 
amphithéâtre sur le bord de la mer. 
Entre la ville et le fort Orange , est 
bâti le magnifique Daiem ou palais 
du soulthân ; un résident hollandais 
habite cette ville. Cet établissement 
est important, parce qu'il maintient 
aux Hollandais le comnierce exclusif 
des épiceries, et forme un point mili- 
taire propre à la défense de ses pos- 
sessions dans la ISlalaisie. 

Ternate, capitale dû plus ancien 
royaume des M oluaues propres, est 
remarquable par son pic volcanique 
de près de 600 pieds de hauteur ; elle 
a des sources abondantes. Les oiseaux, 
entre autres le martin-pécheur, y sont 
d'une fare t)eauté. Ses habitants sont 
doux et indolents, parce qu'ils ont 
peu de besoins et que rien ne stimule 
leur paresse. 

Tidor, dont la cnpîtale a près de 
8000 habitants, est la résidence du soul- 
thân de Tirfor. Il est vassal des Hollan- 
dais. Cette île est remarquable par la 
hauteur de son pic, qui est d'roviron 
600 pieds. L'île Missel^ quia ta foi*më 
d'un triangle, une partie de Guilolo et 
de la côteseptentrionale de la Papouasie, 
ainsi que les îles des Papoue, dont 



Salouati et Végtiiou sont les princi- 
pales, dépendent de ce monarque. . 

Motir ressemble à un jardin déli- 
cieux élevé sur la surface des flots. Ses 
habitants exercent le métier de potiers. 
Elle est régie par un souiUiân vassal 
des Hollandais , ainsi que la petite île 
Matchian. 

Pour compléter la géographie des 
fiés Moluques (*), il faut compter 
l'île -Batchian , dont les dépendances 
sont les îles Tipa , Mia , MandoUi , 
Taoualli et Dourma; enfin Cerann- 
Laout et Gouram , qui semblent for- 
mer encore june principauté indépen- 
dante ; la grande Obi , vassale de Bat- 
ehian ; Popo avec son annexe du groupe 
Bo; MortaT, l'une des plus vastes de 
cet archipel , mais presqae dépeuplée 
et vassale du soulthân de Ternate; Sa- 
Hbabo , groupe partagé entre plusieurs 
chefs, et comportant Tes îles de Tolou- 
ri , Salibabo et Kabroaug ; enfin Moi- 
guis, formé des trois îles Namousa, 
Karotta et Kakatlank ,qui sont tribu- 
taires du soulthân deMaïndanao (îles 
Phflippines), bien qu'elles soient cir- 
conscrites dans l'archipel compliqué 
des Moluques. 

^CVI. AÉROMTHES. 

Les aérolithes ou pierres du ciel 
tombent fréquemment dans cet archi- 
pel, et surtout sur l'île Aï (Poulo- 
Aï) ; ce qui porterait à croire que les 
volcans contribuent à leur formation. 
S'il n'était pas plus vraisemblable ~ de 
penser gue ce sont des météorolithes 
qui se forment dans l'atmosphère au 
moment de l'explosion, ainsi que l'ana- 
lyse cliimique nouls paraît devoir le 
prouver. 

CVn. PÊCHE DU CACHALOT DANS LA MALAISIB 
ET LES MERS DES MOI DQUES JUSQU'AU 
GOIJ^E DE CABrfiriTABlE. 

Les Moluques pourraient devenir 
une des plus riches pêcheries du <%- 
chalot , nommé improprement baleine 
à speriroceti ; car ce cétacé abonde 

(*) Ce nom signifie royales, du nom 
arabe melek (roi^\ 



ocikmt. 



fit 



dans la mer située entre cet archipel , 
nie Timor, Tîle Timor-Laout, les 
îles Arou et T Australie septentrionale. 

M. Crawfurd afïirme que les Anglais, 
les Américains et quelques bâtiments 
français qui exploitent ce genre d'in- 
dustrie, emploient annuellement 3210 
hommes (*) , et que cette pèche pro- 
duit par an, à ces trois nations, une 
valeur totale de 6,070,000 livres ster- 
ling : ce qui répond , à peu de chose 
prè^f au calcul d'un capitaine baleinièt 
américain , sur le navire duquel j'aî 
pris passage pendant quelque temps j' 
et qui portait h plus de cinq millions^ 
de dollars (plus de 25,000.000 de francs) 
le produit de cette pèche pour \eà 
trois nations citées par M. Crawilirâi. 

Dans rintérét de notre commerce , 
nous avons censé devoir extraire à ce 
sujet le chapitre de la pèche de la ba- 
leine, du Voyagvî de M. deFreycinèt, 
de la Revue américaine, et un traité de 
M. Lecomte sur la pèche de la ba- 
leine , qui renferme des renseîgnéinènts 
fort utiles , attendu que cçs ouvrages né 
sont pas à la portée de fa plupart des 
lecteurs. 

Écoutons d'abord M. de Freycînet : 

« D'après le récit du capitaine Ham- 
mat , 80 navires anglais sont réguliè- 
rement occupés à cette pêche; mais les 
An^lo-Américains n'en emploient pas 
moins de 100, soit dans la mer dés 
Moluques , soit dans le grand Oeéan« 
C'est ordinairement aux environs dé 
Célèbes et de Timor que le capitaine 
Hammat avait coutume d'établir sa 
croisière ; il lui fallait environ 20 mois 
pour compléter sa cargaison, qui exi- 
geait la capture de 85 a 100 cachalots. 
Or, si Ton admet, ce qui ne doit pas 
s'écarter beaucoup de la vérité , que 
la quantité totale des navires employés 
à cette pêche soit de 190 (**), et la 
moyenne du nombre des baleines né- 

(*) Un tel nombre supposé de lao à x4o 
navires pour un équipage moyen de a3 à 27 
hommes. 

(**) Ce nombre «serait fort d'après ce qnî 
précède, si l'on ne faisait attention que Craw- 
furd parait n'avoir eu en vue que les navires 
qui font la pèche dans l'archipel d'Asie. 



cessaires à chaqne car^f sôÎA dé M , oft 
trouvera que 17,000 environ de ce# 
animaux deviennent annuellement vic- 
times de la cupidité de l'homme. 

« Les plus grands cacha'ots que le ca- 
pitaine Hammat ait pris avaient 64 
Sieds français dé longueur. Les cétacés 
e cette dimension .peuvent fournil? 
100 barls d'huilé, #»t 24 barils d'adî*-' 
pocire (*) . Les feméites sont inférieure* 
aux mâles uour la taillé; elles ne don nené 
pas au-delà dé 18 où 20 barils dé éétte 
dernière substance, qui, cômmeon sait^ 
se ti'ouvé dans une cavité particulière 
de la tête de l'artitoal. • 

« L'opération de hbi'pohner la ba- 
leine, dit M. Pellîôn, n'est pas sans 
difficulté, et exige autant d'adressé 
que d'habitude ; aussi on bon harpon* 
neur est-il un honrtme fort rédierché. 
II est rare qu'on frappe la baleine dé 
' dessus le vaisseau même ; on se trah» 
porte de préférence, pour cet objet, 
sur des embarcations légères, douée* 
d'une niarche supérieure , et nommées 
bcUetniéres ; il y en a plusieurs sur les 
navires , et chacune est armée de sept 
avirons, dont un sert de gouvernail 
Deux harpons, placés sur la fourche (**), 
et garnis de leur ligne, trois autres 
déposés dans leurs étuis le long ék 
yaigrage ; une lance dressée aussi stif 
la fourche, et deux tonnes en réserve; 
. une hache , un couteau , une bouée 
avec son signal ; une ou deux lignes dé 
deux pouces et demi , disposées dans 
une baille; un bidon et un gamelot t 
tels sont les instruments dont sont 
munies cessortesd'èmbarcaftionfs (***). 

{*) Ces barils contiennent 3i galons et 
demi , et le galon environ 4 pintes fran- 
çaises. On trouve, en calculait plus exac- 
tement, que 24 barils font 307 5 pintes (tSS^ 
litres) , et 100 barils , laS i & pintes ou x xgx.S 
litres. 

(**) Sorte de chandelier à deux branches 
placé sur le côté de l'embarcation pouren- 
tre{>osQR el tenir à portée du harponneur 
les instruments dont il doit faire usage. 

(***) Le navire l'Océan^ avant son départ 
d'Angleterre, avait à bord cent cinquante nar 
pons ; ceux que nous avons vus étaient trian- 
gulaires et parfaitement affilée. Une sorte 



%^, 



LIUlSiVERS. 



f « Les baleinières cherchent d'abord 
9 prolonger l'animal de la tête à la 
queue; le harponneur est de l'avant 
du bateau; les avirons sont levés, le 
patron (*) est attentif. Le harpon- 
neur saisit sur la fourche le premier 
harpon : il juge la distance, com- 
mande le mouvement que le bateau 
doit suivre, et, fixant Toeil sur le point 

?u'il veut frapper (**), il lance à 
instant son fer avec toute la force de 
Sjon bras ; c'est ordinairement aux envi- 
rons de la nageoire pectorale que le har- 
pon est dirigé. LMDstant où la haleine 
est frappée est fort dangereux ; à peine 
se sen^elle piquée, qu'elle s'agite avec 
fureur, et plus d'une fois on l'a vue, 
d'un coup de sou énorme queue • lan- 
cer fort haut dans les airs et la oalei- 
nière et les malheureux pécheurs dont 
l'adresse et la promptitude n'ont pu se 
garantir de sa violence. 

Malhear aa nantonnier dans ce moment faneste. 
Si Taviron léger n'emportait ses canots 
Loin de l'orage affreux qui tourmente les flots ! 
Tout s'éloigne , tout fait ; la baleine expirante 
Plonge , revient , surnage , et sa masse effrayante, 
Qui semble encor braver les ondes et les Tents , 
D'un sang déjà glacé rougit les flots mouvants. 

La Navigation , poème , par Esménard. 

« Il peu)!; se faire, continue M* Pel- 
lion , que la baleine soit si bien touchée 
^'elle se retourne à l'instant et reste 
morte sur le coup. Quelquefois , n'é- 
tant que blessée , elle nage à la sur- 
face des eaux , et entraîne à sa suite 
la baleinière, à laquelle elle est liée par 
la corde fixée à l'instrument meurtrier : 
)e pédieur , dans ce cas, saisit promp- 
tement un second harpon , et le lance 
comme le premier. Mais s'il arrive, ce 
qui est le cas le plus fréquent , que la 
baleine plonge ou sonde verticalement, 
il faut^Iors que la ligne soit filée avec 
assez de vitesse pour que l'impulsion 

<de couteau arqné d'un long manche sert à 
dépecer les baleines : on en embarque plu- 
sieurs pour cet objet. • 

(*) On nomme ainsi le timonier de ces 
petites embarcations. 

(**) On ne harponne point le cachalot sur 
la masse énorme que forme son museau,parcc 
que , quoiqu'il n'y ait pas d'os , la peau y 
est si dure que le.ter n'y pénétrerait pns. 



donnée par le oétacé ne puisse pais 
compromettre Pembarcation. Si cette 
corde s'engageait (*), H faudrait qu'elle 
fdt coupée de suite; la même manœu- 
vre serait indispensable, si la ligne 
sortie de la goujure où elle doit se main- 
tenir de l'avant du bateau , venait en 
travers et risquait ainsi de le faire 
chariver. 

« On a presque toujours deux lignes 
ajustées bout à bout , formant une 
longueur totale de 480 brasses c ce- 
pendant , lorsqu'il arrive que ce irest 
point assez, on est obligé d'en laisser 
aller le bout : cette circonstance a été 
calculée d'avance; la bouée, garnie de 
son pavillon comme d'un signal , est 
fixée à l'extrémité de la ligne, et 
doit servir plus tard . à la faire re- 
trouver. 

« Lorsqu'on peut juger , par la ra- 
pidité avec laquelle sonde la baleine, 
que le cas ci -dessus aura lieu, on 
cherche à la fatiguer en ne filant (**) 
la corde qu'à retour (***), et de manière 
que l'avant de l'embarcation , sur le- 
auel passe la corde, soit quasi à fleur 
d'eau. 

« On n'est pas moins attentif à faire 
rentrer la ligne lorsqu'on y remarque 
un peu de mou (****) , comme aussi 
à l'arroser pendant qu'on la file , car, 
sans cette dernière précaution , elle 
pourrait prendre feu. 

« La baleine, affaiblie, remonte 
bientôt à la surface de la mer pour 
respirer; et la corde ayant été abra- 
quee à mesure, l'embarcation se trouve 
alors tout près de l'animal. Le har- 
ponneur s'arme aussitôt de sa lance , 
et, le frappant à coups redoublés au 
défaut de la tête (****^), ne tarde pas 
à lui donner le coup mortel. Bientôt on 

(*) S'embrouillait. 

(**) Léchant. 

(***) En ne cédant qu'en partiels l'effort; 
en résistant de temps à autie. 

(****) Lorsqu'on remarque qu'elle n'est 
pas tendue. 

(**"■**) Selon M.Gaimard, les liai-ponneurs, 
armés de la lance , \iscnt toujours au cœur , 
autant qu'il est possible, en frappant un peu 
au-drssotis de la nageoire pectorale. 



n effet lesangsortîr de ses évents, 
certain de sa mort prochaine ; ce 
■ul s'échappe ainsi du colosse est 
promptement de la destruc- 
tioiMptale de ses forces : il se renverse 
surlManc; les mouvements précipités 
de sMageoire latérale indiquent seuls 
en W un reste d'existence ; enfin , dès 
exhalé le dernier souffle , on le 
rque le lonç du navire, sur le 
duquel , par Te moyen des calior- 
du grand mât , on le suspend de 
'nière qu'il puisse être facilement re- 
irné à mesure qu'on le dépouille de 
chair. 

« Plusieurs hommes, placés sur des 
galeries extérieures, copamencent à le 
dépecer par zones^Miiïaires avec leurs 
grands ^^f^ff^Sa lard est ainsi 
■de forme prisma- 
personne préposée à cet 
pique avec une énorme four- 
chette emmanchée et jette sur le vais- 
seau. On porte ces morceaux sur le 
cheval pour y être hachés et mis ensuite 
dans les chaudières; et lorsqu'ils ont 
rendu toute l'huile qu'ils contiennent, 
on s'en sert pour alimenter le feu. Les 
os servent au même usage. 

« A mesure qu'on retire le blanc de 
la baleine, ou l'adipocire de la tête du 
:étacé , on le jette dans d'énormes 
îs en cuivre étamé , pour être 
te fondu plus à loisir , et conservé 
s des vases de même nature arri- 
au fond du vaisseau. 
Le fourneau destiné à fondre ces 
tances pour les transformer en 
et les clarifier, est placé sur le 
: cette huile est ensuite vidée à 
de grandes cuillers et d'une 
iche en toile qui sert de conduit, 
\ les barriques qu'on a disposées 
!s la cale pour la recevoir. 
Le fourneau particulier du navire 
t Océan était en oriç|ues , et placé «n 
arrière du mât de misaine , au tiers à 
peu près de la distance qui le sépa- 
rait du grand mât -: il avait 7 pieds 3 
pouces de long (dans le sens de la lar- 
geur du navire), 4 pieds 6 pouces de 
large, et 4 oieds un pouce de hauteur. 
Une platerornie en bois parallèle au 
pont, dont il n'était séparé que par un 



OCÉANIE. 217 

intervalle de 8 pouces de hauteur , kii 
servait de base; ce qui avait permis de 
ménager en-dessous un bassm , qu'on 
remplissait d'eau toutes les fois que 
le feu était allumé , à dessein d'isoler 
les^ parties du vaisseau qui, sans 
cette précaution, eussent pu être 
trop fortement chauffées. L'appareil 
entier , contenant deux chaudières en 
potin , était soutenu et solidement fixé 
sur le pont par des courbfes en fer qui 
avaient quatre pouces d'épaisseur à 
leurs extrémités , et 8 pouces à l'en- 
droit de la courburç ; la partie de ces 
courbes qui s'appuyait contre le four- 
neau, avaittroispiedsdelong; la partie 
fixée sur le pont n'en avait que deux et 
demi. Le fourneau , aux trois quarts et 
au quart de sa hauteur, était entouré 
de deux plates-bandes en fer de six 
lignes d'épaisseur sur deux de large. 
Le tout au besoin pouvait être recou- 
vert d'une grande caisse en bois pro- 
Ere à empêcher l'eau de pluie detom- 
er dans les chaudières. Quant à celles- 
ci , chacune avait une capacité de 130 
galons anglais, ou 461 titres et demi. 
Le poids total de l'appareil s'élevait à 
sept tonneaux environ. 

« Aux deux extrémités latérales du 
fourneau , se trouvaient de grands va- 
ses prismatiques, ou réservoirs en 
cuivre, de trois pieds cinq pouces de 
long, sur trois de laree, et quatre de 
hauteur. Ces vases, destinés à rece- 
voir l'huile à mesure qu'elle était fon- 
due dans les chaudières, d'où elle s'é- 
coulait naturellement par les ouver- 
tures pratiquées à cet effet, présen- 
taient au tiers supérieur de leur hau- 
teur, une espèce de passoire où s'ar- 
rêtaient les parties hétérogènes et non 
liquides. 

« Quoique V Océan fût réellement 
jaugé à 243 tonneaux, le poids ordi- 
naire de sa cargaison ne s'élevait pas 
au-delà de 230. 

« Au rapport du capitaine Hamnfiat, 
l'huile de cachalot se vendait à Lon- 
dres, lors de son départ (en 1816),- 
120livres sterl. (3000fr.)letpnneau(*); 

(*) Autrefois on séparait, à Londres, 
l'adipocire de rhuile exlraiie du lard du ca- 



218 L^UNIVERS. 

sa cargaison entière devait valoir à ce était donc, comme on voit, des neuf 

compte 27,600 liv. $ter]. (690,000 ôr.)* dixièmes. Sur Tlle Kisser, il avait eu 

somme sur laquelle ] 0,600 liv. sterl. vingt montons pour un méchant fusil 

(265,000 fr.) étaient aff'^ctées aux dé- de pacotille, qu'on estimerait .peut- 

penses de Tarmement et du voyage ; être trop haut en le portant à 20 fr.» 
17,000 liv. sterl. formaient donc le M. de Freycinet termine cette note 

bénéfice net qui se distribuait ensuite sur la pèche du cachalot de la manière 

d'après les bases suivantes : suivante : 

lîT «t. franc*. " ^**s furent les détails aue nous 

jL an capitaine commandant dada- recueillîmcs à bord du navîrc /'Oc^aii, 

▼•re ^ 1,214 30,350 pendant les mortelles journées de 

Ami premier lieutenant ,»j é07 16.175 calmC Ct dC COntHiriétéS OUi HOUS 

A un .eccnd lieutenant ^. 340 8.500 retinrent si long-tcmps dans le voisi- 

^rc^rX -7ou"rr;:r.T ^lo i%1u> nage run de l'autre. Nous avions alors 

A six raaièfJts de première ciawe peu d'objets dcdistraction. Las de voir, 

pour chacun .jj^ et pour les «X. 786, i9,B2$ et prcsque touiours SOUS Ic même as- 

A dix m«ieiot3 de deuxième c.aj*e pect, les rivagcs tnonotoncs de rîle 

pour chacun -i- et pour les dix. I,l33 28,325 W l! * aj t% a i -a r«« 

Àdeux moussesT^ne leurrerenàît ûmbai, Ct du Cap BatOUlrié SUI TimOr, 

aucune part sur la cargaison , nOUS SaiSlSSIOnS aVOC UUC SOrtC Q avi- 

09 leur accqrdait seulement les dite Ics moindres occasions d'djouter 

,..»m.iu -ÏM m^m aux pages SI long-temps anrfe» de no- 

En SOI te que les armateurs n'avaient WC JOUmai. » 

pour eux que. ... : 12,4 II 810.278 Lorsquc Ics harp6nneurs attaquent 

Sommeqni, ajouta à la précédente, 1^ Cachalot, il répOnd à UU COUp dC 

fait réellement ... ; 17.000 425.000 harpoH par «n coup de qucuc , et pré- 
ce A cet avantage nui derîvP nniir ^^P^^^ ^^^ *®* ^°^* *^^ ^^"^^^ ^^ '« 
le 4toSe'du tr^' de' sa^^^ âf fn^ ' ^"' '' ''"' ''"^ ''^''^'''' 
doivent encore être ajoutés certains ti„ k .*-« ..«:j.^* v™ i .. 
profits qui ne laissent pis d'être consi- Ji" l"l'Lrihll Z.t ^p ^Z "ZV 
dérablel II est nourri, et ses arma- S? 5 ?iï^lf i?, f.'^i^tîf i' *"*/«''" 
teurs lui donnent, -poir fournir au ^"m!..?"^!; ?"l'|l'Lf^!^'*'"^i'^^"! 
ravitaillement du iaiWau, une cer- i?""'t' *!Î 'ance*»»"» ' a^' par .l'effet 
taine somme annuelle; mai il est rare ^?" 1°^,^" ^"'^ÏT: rf^JZ^ "° 
qu'il soit oblige de faire en argent les Î^T/^ '"T^vîlt ITl^T ^*'"" 
achats de vivres nécessaires, soità lui, 5*?''^ V " ^T-' ^"*"?^ ^fl' '* *^T" 
soit à son équipage; il y emploie des *5i"* F?"!' *2"^"* '^ ^*^ *" '?' 
objets d'échange de peu de vaÇeur. Un f^J^ Labrador, aperçut assez près 
buffle, par exemple "qui valait 5 pias- ^" Moment une grand-e baleine, et 
très à bîlli lorsque nous y relâchâ£M , ''"."'y^ T^'^} ««"atrecanots a sa pour- 
pouvait être obtenu sur (f autres pointi S"'^ = ,''*"'' *'%*"'' <?""*^ aborefèrent 
mdinsfréqiientésdelacôtedeTW r'""?l' Tu m«me temps, et plan- 
avec une Whe d'une demi-piastre If*'"* '^" ''^'"P^" '• '? ^«"'T.^' ?"PP^' 
L'économie en faveur du capitaine Sfe^Vr^tiSS^^rd'u 
thalot U première de ce» denrées valaii troisième canot, qui avait cherché à 
«lors la. à i5 liv. sterling de plus par Ion- Prendre 1 avance , elle le lança en l'air 
neau qqe l'autre, et on les vendait à part; ««""ne une bombe; le canot monta à 
mais les fabricants mêlant ensuite ces deux P'"-"* <•« quinze pieds; et s'étant re- * 
substances, les pécheurs ont trouvé plus tourné par l'effet du choc, il retomba 
expédient de faire le mélange eux-mêmes la quille en haut; les hommes furent 
i leur retour, et de n'éubtirqii'un seul prix repris par le quatri^e canot , qui était 
mojen du tout. Cest au moins ce qui ré- à portée; un seul fut noyé, ayant eu 
suite des notes que j'ai recueillies. malheureusement les jambes prises 



OCÉANIE. 



91» 



sous son banc, de manière à Qe pou* 
vofr les dégager. 

Quand la baleine, blessée, s'enfuit, 
emportant le fer du barpon et la corde 
ou ligne qui y est attacnée, le frotte- 
ment de cette corde sur le bord du ca- 
not est tel , que le feu prend quel- 
quefois au bois , si on n'y jette'fré- 
quemmentde Teau. D'autres fois ^ en 
tirant la corde après elle, la baleine 
submerge Fembarcation. 

Voici ce que nous apprend M. J. Le- 
comte à ce sujet : 

• « En 1829, sur le banc du Brésil, 
une balëiiie venait d'être piquée à un 
demi-mille dutrois-mâts américaiil, et 
elle avait plonp^ë Immédiatement après 
avoir reçu Je harpon. A pèinè avait- 
elle entraîné vingt brasses de corde, 
ijuè l'on vît tout a cOup l'embarcation 
s'enfonbér, hé laissant à la sUrfoce 
que le bouillonnement ordinaire après 
la submersion d'uii corps volumineux. 
Cèpertdant je capitaine du navire n^ 
vbulant pas ^'éloigner , tant qu'il rès^ 
tait le hiditid^ espoir de sauver ses 
hommes , louvoya le reste de la jour- 
née et toute la nuit près du lieu ôà 
l'accident était arrivé; le lendemain au 

t'our ,- les vigies aperçurent une em- 
)arcation chavirée à peu de distance du 
navire; on s'en approcha, et l'on re- 
connut celle qui avaitsombré la veillé; 
mais , quant aux six malheureux qui la 
montaient, ils avaient disparu pour 
toujours. » 

L'extrait suivant de The North 
American. Review complétera cet ar- 
ticle. Cet extrait cohtîent les documents 
lés plus exacts et les plus récents. 

« Les États-Unis de l'Amérique 
septentrionale , qui n'occupent encore 
que la seconde place parmi les nations 
maritimes (*), se sontplacés àla tétedes 
dations baleinières (**). Nos premières 
tentatives eurent lieu dans des bateaux 

(^ On reconnaît ici une preuve de Tor- 
eueif national. Les États-tTnis n'occupent que 
la troisième place, car la marine française a 
le premier raug après la marine anglaise, de 
même que son armée de terre avait incontes- 
tablement le premier rang jusq[ù'à l(t paix. 

(**) Cet éloge est mérité. 



non pontés, sur les rivages du cap Cod 
'et de Nantucket. Dès qu'une baleine ' 
était signalée , les pécheurs prenaient 
la mer. Cet usage n'est pas mémç 
encore abandonné dans ces parages. 
Mais les bateaux ne tardèrent pas à de- 
venir des sloops, qui se hasardèrent • 
au nord jusqu'aux détroits de Hetle- 
Isle , et au sud dans les mers des In- 
des occidentales. Le sloop se méta- 
thorphosa à. son tour en brick ou en 
"vaisseau , et alla explorer les rivages 
de l'Afrique. Les aventuriers passè- 
rent l'équateur oour chercher leur en- 
nemi sur. les côtes du Brésil et de la 
Patagonie. Bientôt le doublage difQcile 
du cap Horn ouvrit à nos vaisseaux 
l'Océan pacifique. On les Voit, mainte- 
nant dans tous les j>orts occidentaux 
de l'Amérique méridionale , et il en 
relâche plus de cent par an aux îles 
Haouaï. Ils sillonnent dans tous les 
sens I^Océan pacifique , et se livrent à 
la péché le long des côtes du Japon. 
Ils reviennent quelquefbis en doublant 
le cap de Bonne-Espérance, et font 
ainsi le tour du globe. Ce voyage duré 
en général trois années. 

«On distingue naturellement dedx 
sortes de pêcheries , consacrées les unes 
à la baleine franche , et les autres au ca« 
chalot. Ces dernières emploient 250 - 
vaisseaux ; la durée de leurs voyages 
donne ime moyenne de 30 mois. Cha- 
cun de ces navires peut être estimé , 
tout équipé, à 3.5,000 liv. sterl. La . 
pèche de la baleine proprement dite 
occupe 150 bâtiments qui coûtent l'un 
dans l'autre 18,000 lîv.. sterl. Là 
moyenne des voyages est de 10 mois. 
Le capital total employé dans ce genre 
de construction est donc d'environ 13 
millions de livres ( 300,000,000 de fr. ). 
Les importations de Tannée 1831 oijf 
été d'environ 1 1 0,000 tonneaux de sper^ 
maceti , 118,000 tonneaux d'huile, et - 
10,000 quintaux de fanons. Les im- 
portations de 1832 ont été de 80,000 
tonneaux de spermaceti , 175,000 ton- 
neaux d'huile , et 13,600 quintaux de 
fanons. D'après les données qui sont à 
notre portée, nous estimons^te revenu 
annuel de la pèche dans les trois ((er; 
îiières années , à 4 millions et demi de 



^20 



L'UNIVERS. 



dollars (24,390,000 francs). Si les 
voyageurs continuent à bien réussir, 
et que les prix restent aussi élevés , 
le revenu annuel des quatre années 
qui commencent sera de plus de 
^ 6,000,000 de dollars (32,620,000 fr.O 

«Les cacAa/6^îer« chargent généra- 
lement sur les cotes d'Afrique et des 
Açores ; Içs baleiniers vont principa- , 
lement dans les parages du Brésil et 
, de la Patagonie. Les pécheurs du 
Groenland emportent chez eux le lard 
d'où Ton tire Thuile , tandis que nos 
pécheurs font cette opération à leuïr 
bord. L'huile, au moment où on l'ex- 
trait , n'a aucun goût nauséabond , 
et les matelots s'en servent volontiers 
pour la friture. . 

« Les produits de la pèche du cacha- 
lot sont l'huile et la craisse spermacé- 
tiques. Les produits ae la baleine fran- 
che sont l'huile ordinaire et les bar- 
bes et fanons. Le sperraaceti est en 
général consommé dans notre pavs 
ménfie ; lorsque l'huile en a été retirée, 
on fait , avec le résidu , de la bougie 
transparente qui se colore au moyen 
d^un procédé chimique, et peut se ven- 
dre quelquefois comme cire vierge. Il y 
a de 50 a 60 manufactures de bougies 
spermacétiques qui fabriquent annuel- 
lement 30,000 quintaux. L'huile ordi- 
naire de la baleine est en grande par- 
tie exportée au nord de l'Europe. Les 
barbes et fanons sont également un 
^ objet d'exportation. » 

]\ous n'abandonnerons pas ce sujet 
sans signaler une nouvelle oranche im- 
portante de la pêche de la baleine. Les 
Anglais de la Nouvelle-Galles du sud 
' { Australie) s'y livrent depuis quelques 
années avec ardeur et succès Le port 
de Sidney, en 1830, a armé seize 
vaisseaux et en a construit neuf. Ce 
pays se trouvant à proximité des 
meilleures stations, ses pécheurs peu- 
vent faire trois voyages, tandis que les 
Anglais d'Europe et ïes Américams en 
font deux: ils atteignent en cinquante 
jour;s les parages où leurs concurrents 
ne. parviennent qu'au bout de sept 
mois. 

L'archipel des Moluques est donc de 
1^ plus haute importance à câuse de 



ses épices et autres productions pré- 
cieuses, ainsi que pour les stations des 
pêcheries du cachalot; mais il serait 
fortement menacé si une puissance 
maritime de premier ordre voulait s'en 
emparer. La plupart des forts hollan- 
dais, dénués d'ouvrages extérieurs, 
pourraient être battus de dessus les 
vaisseaux. 

CVni. ABRÉGÉ CHBONOLOGIQUE DE L'HIS- 
TOIRE DE TERNATE ET DES MOLUQUES EN 
GÉNÉRAL. 

L'histoire de ce royaume présente 
peu d'événements importants : en 
1250 , une colonie de Guilolo s'établit 
à Ternate; en 1257, Chico, son 1" roi, 
y régnait; en 1277, Pori fut son héri- 
tier; 'en 1304, Komala soumit plu- 
sieurs îles environnantes; en 1317, 
sous le règne de Malamo, le peuple 
décida à cette époque que le plus pro- 
clie collatéral masculin régnerait au 
lieu du descendant direct; en 1322, 
Sida Aarif Malamo, neveu du der- 
nier roi , par sa sœur , monta, sur le 
trône; en 1331, Paji Malamo, son 
successeur, fut assassiné en 1332, et 
fut remplacé par Chah-Alem; en 
1334, l'Ne de Machian fut conquise; 
en 1350, régna Molomat-Chaya ; un 
aventurier arabe lui enseigna la lan- 
gue arabe et l'art des constructions na- 
vales. Ce soulthân fit la conquête des 
îles de Xoula. 

En 1377. Gapî-Bagouna , 1*^ roi de 
Ternate, hérita du trône de Gui- 
lolo; en 1377, Kamala-Poulac réta- 
blit l'ordre de succession en ligne di- 
recte, et le roi de Ternate occupa 
dès lors le premier rang parmi les 
rois des Moluques; en 1465, le roi 
Marhoum se fit mohammédan : c'est 
vers cette époque que les Chinois , les 
Malais et les Javanais fréquentaient 
Ternate, pur y faire le commerce 
des épiceries et surtout des clous de 
girofle; en 1486, sous le règne de 
Zaînaeidyn, Bourou, Amboine etCé- 
ram furent comprises au nombre de 
ses états. Ce prince se fit mohammédan; 
il visita Gin à Java, pour s'instruire 
dans sa nouvelle religion ; et à sa sol- 



OCÉANIE. 



221 



licitation , Uerissen , missionnaire ja- 
vanais, vint convertir les peuples de 
Ternate à rislaniisme. En 1 500, Bayang- 
Allah monta sur le trône : il encou- 
ragea les progrès de la civilisation. La 
reine régente deTernate, et Almanzor, 
roideTidore, se disputent Tbonneur 
de conquérir un fort gardé par des 
Portugais. La reine fit Quelques ten- 
tatives; mais Brito, cher de l'escadre 
portugaise , la prive de la régence, en 
1527. Le jeune prince, son pupille, 
est proclamé roi de Ternate. Accusé 
plus tard de sorcellerie , par son on- 
cle , il se réfugie dans la citadelle et 
se tue, en se jetant d'une fenêtre, 
y ers. cette époque , le peuple /de cette 
souithânie refuse d'approvisionner le 
fort des Portugais; Mcnezés, qui 
commandait la flotte lusitanienne, 
s'empare de trois chefs et fait couper 
Jâ maiu droite à deux d'entre eux ; le 
troisième* est dévoré par deux énor- 
mes chiens. Il fait ensuite exécuter le 
régent de Ternate , pour une préten- 
due conspiration Les naturels du pays 
émigrent. En 1531 , la forteresse des 
Portugais est bloquée et la garnison 
réduite à l'extrémité; en 1537, les 
Portugais, après une victoire sur 
30,000 indigènes et la perte d'un seul 
esclave, envoient le roi de Ternate ' 
dans l'Inde , le convertissent au chris- 
tianisme et le renvoient aux Molu- 
ques; en 1544, Aciro, roi de Ter- 
nate, est envoyé à Goà, capitale de 
l'Inde portugaise; en 1559, il est ré- 
tabli sur le trône ; en 1570 , il est as% 
sassiné dans sa maison , par Lopez de 
Mesquita, gouverneur des Moluques 
lusitaniennes; les îernatis se retirent 
dans les montagnes , sous les ordres 
de Baber, fils d Aciro; en 1580, leur 
roi, Bah-Oullah, visite Mangkassar et 
invite les habitants à se faire moham- 
médans. U soumet l'île deButoung;^ 
en 1581, il prend le fort des Por- 
tugais et met fin à leur domination 
à Ternate. 

Dans l'année 1652 , le souverain de. 
cette île fut conduit à Batsivia par 
les Hollandais, et contraint de si- 
gner un traité par lequel il s'engageait 
a faire détruire les- clous de girofle 



dans ses' états. Les Anglais, au nom 
du staathower, s'emparèrent^ /en 1796, 
de toutes les Moluques, d'Ambome, 
de Banda , de Bourou. Ternate ne se 
rendit qu'en 1811. Les Hollandais 
sont rentrés dans leurs possessions à 
la paix, et la puissance deTernate di- 
minue chaque jour, après qu'elle avait 
dominé, aux 14^ et 15** siècles , la plu- 
part des îles de ce vaste archipel. Ce- 
pendant, quoique vassal des Hollan- 
dais , le soulthan de cet état domine 
encore une partie des îles Guilolo et 
Célèbes, et celle de Mortaî. Il reçoit 
des tributs de différents peuples, et 
même de quelques peuplades du nord 
de la Papouasie. 

CJX. L'ILE CÉLÈBES ET SES DÉPENDANCES. , 
OBOoaAPBia aévitiALS. rr topoora.pui£. 

Entre toutes les îles de la Malaisie, 
qui se distinguent par la beauté de leur 
ciel et la richesse de leur sol, il n'en 
est aucune, excepté Bornéo, qui 
égale Célèbes. Ele possède un cli- 
mat salub.e, un sol fertile, et le 
peuple le plus civilisé de ces belles et 
lointaines contrées. Rllc unit les paysa- 
ges riants de Loucon aux majestueux 
aspects de Timor , la nature imposante 
de la Nouvelle-Guinée aux pompes sau- 
vages du nord de Kalamatan, les sites 
Eaisibles de l'île Rienzi (*) aux ta- 
leaux pittoresques de IMindoro. Es- 
sayons de décrire ce pays enchanteur , 
et l'un des moins connus des Euro- 
péens. 

L'île Célèbes , qui paraît avoir été 
visitée par Magalhaës et Pigafetta qui 
la nomment Celebî, et la plus grande 
de l'archipel des Moluques , au nom 
bre desquelles on l'a placée mal à pror 
pos , s'étend du r45' latitude nord au 
5*45' de latitude sud, et du 113° 10' au 
116"45' de longitude orientale. Elle se 
compose de quatre presqu'îles alongées, 
dirigées à l'ouest et au sud , liées par 
des isthmes étroits et séparées par 

'(*) L^auteur a donné son nom à trois des 
îles de Tarchipel de Holo, inconnues jusqu'à 
ce jour et qu'il a découvertes. Il eu à été 
queslioa à rarticle Holo. 



222 



L'UNIVERS. 



t^is baies {irofondes , ce q\ii lui donne 
la forme bizarre d'une grande tarenr 
ti^le, un petit; corp$ et des pattes 
énormément longues qui s'avancent 
dans la mer. La presau'iJe du nord- 
est se nomme baie ae Tomini ou 
Gonong-Telou ; celle de l'est ptbrte le 
nom de Tolo ; et la troisième , au sud- 
est, que les naturels appellent Siouâ , 
est désignée inexactement, même §ur 
les meilleures cartes , sous le nom- 4^ 

Î^oni. Les dimensions de cette grande 
le sont difficiles à fixer à cause de 
son irrégularité. Nous lui attribuons 
192 lieues françaises dans- sa plus 
grande longueur, du nord au sud ; et 
25 de largeur mo3[enne, et ellp offre 
une surface d'environ 16,000 lieues 
carrées. 

Les îles qui en dépendent sont nom- 
breuses , mais presque toutes petites 
et mal connues. Ce sont au nord les 
îles Talaoutse, dont Sanguir, laprin-. 
cipale , est à 40 lieues au nord de l'ex- 
trémité de la presqu'île de Manado : 
Sanguir est fe tile et bien peuplée ; 
elle se distingue par son vq)c^n. Les 
BoUandais, dommateurs danç la plus 
petite de Célèbes, y ont un poste. 
Siao, au sud de Sanguir; Banca, 
^vec un bon port, où les Bouguis 
se sont établis; à l'est, le groupe 
des trois îles XouUa : elles sont ri- 
ches en sa^ou et en bois d'ébèq^, 
mais ses haoitants sont aussi 14cb@§ 
que jperfides. Xoulla-Mangdla en est 
ra plus grande. Les Hollandais Qsi^t un 
fort et un port à Xoulla-Bessi. VieRt 
ensuite celle de Taliabo, près d'pn 
qes canaux qui séparent cei$ îlesqui 
servent d'intermédiaire entre les Mo- 
luques et Célèbes. Un rocher qui res- 
semble à un homm^ est y^péré pa; les 
marins malais. Au spcl-est est sjtué 
le groupé des îles Boutoïi. Un soûl thân, 
vassal des Hollandais, domine toutes 
les îles de ce groupe ; '^a f^pitale est 
dominée par une forteresse pn pierre, 
et sa résiqepce est à Râlla-Sou.3QBg. Au 
sud est le groupe de Kalaour. Ces îles, 
dont la prmcipaie est Salayer, sont 
partagées en 14 chefs, vassaux de la 
jjollande. Encore au sud, Poulo-Bàbi 
(l'île des cochons); çofin à l'ouest. 



les p^tite^ tles Balabalàgan, Stafinaif 
et Tonine. Il existe encore quelques 
ii^es peu importantes qui dépendent de 

Les naturels et les Malais doniii&nt 
à l'île de Célèbes le nom de tMigri 
UVmg^ Qugtus (le pays des hommes 
Ouguis), que nous appelons Bouguis, 
m quelQuâbis celui de Tanna-Man^- 
kaissar (terre de Mangkassar); mais 
le territoire primitif des Bouguis est 
dans les bancs de la grande eau douce 
du lac de Tapara-Karadja , à la lapgue 
$ud-ouest de Célèbes, et vers le nord 
de cette langue. Ce pays, qui n'a 
pas été décrit jusqu'à ce jour, est 
fort peuplé. Le lac cpminuniaue par 
des rivières navigables pour les plus 
ffrands bateaux, à la baie de Boni vers 
Pest, et à la mer vers Fouest. 

Célèbes est élevée, montagneuse, 
principalement au centre et! au nord , 
ou sont plusieurs volcans en éruption. 
La constitution géologique de ce beau 
pays offre généralemeiit un basalte en 
aécompositmn recouverte d'une cou- 
che de terre végétale, de 10 à 20 pieds 
d'épaisseur. L'auteur a déjà émis son 
op'nion sur les aérotithes des pays 
volcaniques, qu'on trouve souvent à 
Célèbes ainsi qu'à Poulo-Ay et à Gou- 
Qoung-Api ( montagne de feu ) , dans le 
groupe des îles Banda , et il en possède 
quelques fragments. Au nord, un 
grand nombre de terrains appartenant 
aux districts de Moiigpndo et de Ma- 
nado ont été bouleversés par de fré- 
quents tremblements de terre, et of- 
frent une imipense quantité de soufre. 

Sur la côte, trois rîviwes se pré- 
cipitent au çied dé rochers gigantes- 
ques et bizarres , au milieu d'arbres 
rares et singuliers. La plus srande est 
la Ckinrana, qui sort d'un beau lac 
d'eau douce nommé Taparorkaradja^ 
dans le pays d'OùacMou , traverse 
l'état de Boni , et se fettë par diffé- 
rentes bouches dans le golfe de Sîou^. 
Les navires européens s'avancent as- 
sez haut dans cette belle rivière qui 
coule sur un fond vaseux, et les prahos 
des indigènes peuvent v naviguer dans 
l'intérieur jusqu'au ^aparakaradja. 
La seconde est 1» rivière Boli; aie 



OGÉÀI^tE. 



938 



termine son cmrs à Boli , sur la côte 
septentrionale. La troisième se jette 
daQS la mer, vers la côte nord-ouest, 
au sud , et à une assez grande distance 
de Vlaardingen. Sur toute la côte mé- 
ridionale , il y a un grand nombre de 
rivières navigables pendant l'espace 
d'environ deux à trois lieues dans Vin- 
térieur des terres. On peut nommer 
encore celles de Tzico et Zino, sans 
~ compter, la petite rivière de Tondano 
qui se jette dans le joli petit lac de 
Tondano, et cependant la race mou- 
tonnière des compilateurs et certains 
cartographes ne donnent qu'une ri- 
vière à cette vaste région. 

Quoique l'île Célèbes soit entière- 
ment située sous la zone torride, 
puisqu'elle est coupée par l'équateur, 
elle jouit d'un climat tempère, grâce 
à ces golfes nombreux, aux pluies 
abondantes qui y régnent pendant le 
milieu de chaque mois , surtout ceux 
.de juin et de juillet; grâces encore aux 
vents du nord qui y soufflent une 
partie de l'année. La preuve de sa salu- 
I)rité,quoi qu'en disent quelques voya- 
geurs, est d'y voir les Européens vivre 
plus long-temps que dans aucune par- 
tie de l'Orient . On y rencontre guel- 
ques indigènes qui ont dépassé f'âge 
de cent ans , en conservant autant de 
vigueur et de santé que les cente- 
naires d'Érosse ou de Russie.. 

La mousson d'est duré depuis le 
mois Je mai jusqu'à celui de novem- 
bre , et la mousson opposée y règne le 
reste de l'année. Les marées y sont 
fort irrégulières. 

ex. 6ÉQGRAPH1K POLITIQUE. ÉTATS, 
ROYAUMES ET COLONIES. 

Une partie de l'île Célèbes est son- 
mise aux Hollandais. Ils y possèdent 
le gouvernement de Manekassar, qui 
se compose du district de ce nom, 
formé des débris de l'ancien empire 
de Mançkassar, La ville capitale de 
cet empire n'existe plus, quoiqu'on 
la retrouve encore sur les cartes et 
dans plusieurs eéographies et diction- 
naires géographiques qui la représen- 
tent a^ec une population de 100,000 
habitants. Sur son emplacement , les 



Hollandais ont élevé la ville de ^aar- 
dingen et le fort Rotterdam, peu- 
plés de 1200 Européens et métis. On 
compte dans les environs de pette 
nouvelle ville , trois bourgs ( Kam- 
poung9 , en malais et Hoof- Ne- 
goryèii en hollandais ) (*). Sa situa- 
tion est d'autant plus précieuse aue 
du fort Rotterdam à l'île de Bornéo, 
le trajet n'est que d'un Jour de navi- 

fatîon, de quelques jours aux îles 
'Amboine et demanda, de Ternate 
et de Timor , et d'une quinzaine de 
jours à Manila avec un vent favorable. 
Toute la Dopulation de ce district ne 
s'élève qu^ 18 pu 20,000 habitants 
Les Hollandais occupent en outre la 
résidence de Bonthaïn, où se trou- 
vent les petites villes de Boule- 
koumba et de Bonthaïn; celle de Maros, 
dont le ohef-lîeu est Maros, et enfin 
celle de Manado, avec Manado, ville 
de 4000 habitants (**) , située sur 
une t)aie dangereuse, siège du rési- 
dent hollandais, dont le pouvoir re- 
lève du gouverneur général des Mol la- 
ques hollandaises, qui demeure à Am- 
boine. Les principaux chefs de la rési- 
dence de Manado, institués par le 
résident, sont nommés Kapata-Ba- 
laks : ceux-ci nomment les Hok- 
koums ou chefs de villages. Après Ma- 
nado viennent les villes de Kema, 
où l'on fabriqup d'excellents cordages 
pouVla marine, avecunepopuljationde 
10,000 âmes, et Gorontalo , résidence 
d'un soulthân , vasr»al de la Nederland. 
Les princes indépendants, mais alliés dq 
gouvernement batave de Java, depuis 
que l'ancienne cpfnpaguie dies Inde§; 
orientales n'existe plus , sont ceux de 
Boni, Ouadjou, Louhou, Tqurata, 
Sidenring, Sopeng^^ Goai^ , Mangka^* 
sar, Teilo, Tanète et Mandhar. 
Le royaume de ^pai est le plus 

(f) Çj^ triHS bourgs sont Gan^ioung-Ba- 
rçu, Bouguis etltalayou. 

(**) Deux Français, M. Martin, et M Bar- 
bier, capitaine 4'un navire du commerce, 
habiteui cetie ville et ses environs. C'est 
peut-être le point le plus orientai <fe la Ma- 
laisie où Ton i:enconlre d^aulres Euro- 
péens que des Hollandais. 



224 



UUNIVERS. 



considérable de tous. Il possède une 
population de 230,000 âmes sur 600 
lieues carrées. En cas de guerre, 
il peut armer 40,000 hommes. Sa ca- 
pitale est Bayoa, dont la population 
est d'environ 10,000 âmes. Les chefs 
des peuplades qui habitent la presqu'ile 
Balante (orientale) et celles du sud- 
est sont vassaux du roi de Boni; et, 
chose remarquable, le pays de Tello 
est gouverné par une reine, vassale du 
même souverain. 

Les Bouguis habitent le royaume 
d'Ouadjou , situé au centre de Tile Cé- 
lèbes ; les chefs de leurs tribus sont 
' nommés Àrcmngs , et le président de 
ces états féodaux, Arounaa. Depuis la 
mer Rouge jusqu'au norcf de l'Austra- 
lie, on les retrouve dans tous les ports 
de ces contrées, dont ils font le com- 
merce peut-être depuis plus de 200 
ans. Ils ont établi une colonie à Tile 
Banca, au nord deManado, à Poulo- 
Laout, située au sud de Bornéo, et 
au sud des états de Bima , dans I île 
de Soumbava. Ils habitent aussi le 
royaume de Louhou, situé dans la 
partie centrale de l'Ile, sur le golfe le 
plus oriental delà Malaisie, de Siouâ (*). 
Ce royaume est le plus ancien et un 
des plus puissants de Célèbes. Les 
, Bouguis prennent du service dans les 
armées de Kambodje , de Siam et d'An- 
nam , et de plusieurs princes des îles 
de la Malaisie, et sont aussi fidèles, 
que braves. 

La petite ville de Goak ou Goa est 
la capitale des débris de l'empire de 
Mangkassar, qui, au XVÏP siècle, 
exer^it une si ^ande puissance sur 
les états de Boni , ainsi que sur pres- 
que toute l'île Célèbes et une partie 
de la Malaisie. Les fortifications de 
cette ville n'existent plus. Après le 
royaume de Louhou, celui de Mang- 
kassar est le plus ancien. 

Les trois princes qui gouvernent 
l'état de Tourata se sont rendus indé- 
pendants du soulthân de Boni. L'état 

(*) La soulthânie de Salengor dans la 
presqu'île de Malakka, gouvernée aujour- 
d'hui par soultliàn Ibraliim , a été fondée 
par une colonie de Bouguis. 



de Soping est le plus considérable 
d'entre eux, après ceux da Boni et 
d'Ouadjou. Les autres principautiés 
sont moins considérables. On compte , 
enfin , les états de Kampadan et de 
Boulan , situés à l'ouest et au nord, et 
dont le pouvoir est triËu taire du soul- 
thân de rîle de Ternate. La villede Tam- 
bon fait un assez grand commerce. 

Kali et Touli-Touli , au nord-ouest 
de Célèbes , sont les principaux éta- 
blissements des piratés. 

Les meilleurs . ports de l'île sont 
ceux de Palo sur la belle rade de 
ce nom, Saraiah, Doumpaleh, les 
rades de Manado , de Mangkassar et 
de Bopthaïn : cette dernière, située 
au sud, a une grande baie,- où les 
vaisseaux peuvent mouiller en sûreté 
pendant les deux moussons. Les son- 
des y sont bonnes et régulières , et il 
n'y a d'autre danger à craindre qu'aune 
chaîne de rochers dont la crête s'élève 
au-dessus de -l'eau. On compte dans 
cette baie, outre Bonthain, plusieurs 
petites villes, entre autres Balokoumba, 
qui en est à quatre lieues et à l'est. 
Près de Bonthain , est un fort hollan- 
dais. Les marins peuvent se procurer 
de l'eau en abondance dans une ri- 
vière qui coule au pied d'une monta- 
gne dominant la baie. Cette rivière est 
petite et barrée; aussi les bateaux 
cliargés ne peuvent-ils la remonter qu'à 
la marée haute. Plusieurs autres petites 
rivières, où l'on trouve également de 
l'eau douce , se jettent aussi dans cette 
même baie. 

A vrai dire , il n'existe à Célèbes 
aucune grande ville : Bayoa et Kema 
en sont ,' peut-être 9 les plus peuplées. 

CXI. HISTOIRE NATURELLE. 

Le mont Lampo-Betan, qui ne fi-* 
gure sur aucune carte, est le plus 
élevé de Célèbes. Sa hauteur est d en- 
viron 7000 pieds au-dessus du niveau 
de la mer. Près de Manado sont le 
mont Klobat et les deux pitons nom- 
més les Deux-Sœurs, et a six milles 
f)lus loin, un mont moins élevé, où 
'on aperçoit le cratère d'un ancien 
volcan. Près de là est le mont Ëmpong 













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Fall des Flussea Tondano. 




, ^C^/"^ /^^w 



Up a. 8 - B a. u m . 










,\; 



ÔCÉANIE. 



^ 



^GounouDg-Ëmpong), inont des £s- 

{)rits, élevé de ^600 pîeds. Il n*est que 
e contre-fort du Lokong, qui renfierme 
des cratères dont deux niment encore. 

11 existe dans plusieurs parties de 
rîle des mines de cuivre de bonne 
qualité , et dans l'état de Mangkassar, 
de rétain aussi pur que celui de Ma- 
lakka , et même de Banka. Quelques 
montagnes donnent du cristal, d'autres 
du fer. La presqu'îleseptentrionale est 
riche en nrines d'or. Près de Gorontalo, 
établissement hollandais, il y a de l'or 
à 22 carats ; le reste varie de 18 à 20. 
Le minerai se trouve en nids de 20 à 
30 pieds de profondeur, accompagné 
de cuivre. Les mines d'or de Totoc 
fournissent annuellement 200 onces 
d'or à la Hollande. Les naturels en 
exploitent. une à peu de distance de 
Kema. .La province de Toradja four- 
nit une grande quantité de poudre 
d'or. C'est surtout dans le sable de 
plusieurs ravines qui descendent des 
hautes montagnes situées au nord- 
est de l'île , et dans la chaîne de Ma- 
moudjou , qu'on va la chercher, On a 
découvert aans des vallées des mor- 
ceaux d'or dans leur gangue, du 
poids de 4 à 12 livres. Les prahous de 
Mamoudjou , de Kaïlié et de Mandhar 
en font un grand commerce. 

On trouve quelques diamants pres- 
que à la superficie du sol , ainsi qu'un 
grand nomore de pierres précieuses 
dans le sable des torrents , en le pas- 
sant au crible, ou après que leurs eaux 
se sont écoulées. On trouve sur la 
côte des huîtres çeriières. 

Les baies, les rivières, les torreûts, 
les lacs , les étangs, les bois et les mon- 
tagnes de Célèbes offrent des sites dé- 
licieux. La route de Paoun-Nereng à 
Tondano, qui est escarpée , à escaliers 
pratiqués dans la montagne , et sillon- 
née par le torrent impétueux du Mana- 
do , la chute de la rivière de Tondano et 
les sources chaudes de Passo sont au 
nombre des beautés naturelles les plus 
pittoresques (voy. pi. 56, 57 et 58). 

D'épaisses et immenses forêts cou- 
vrent le pied des montagnes ^et même 
unesrande partie de l'île , et rappellent 
les loréts majestueuses et impeaétra- 

15' livraison. COCEANIE.) 



blés de la Papouasie. On y trouve le 
chêne et l'éraole , le cèdre , et le yati 
ou tek incorruptible dont on se sert 
pour la construction des navires. C'est 
là qu'on voit le redoutable ipo ou 
ottpas, dans le suc empoisonné du- 
quel les indigènes trempent leurs flè- 
ches et leurs kriss. Les docteurs 
Foërsch et Darwin ont prétendu qu'au- 
cun oiseau n'embellit son feuillage 
perfide, et que l'affreiix boa (ou plu- 
tôt le python) même s'enfuit épou- 
vanté quand il aperçoit les sommets 
de cet arbre de la mort balançant dans 
l'air ses larges feuilles qui exhalent un 
horrible poison ; et qu'à cet arbre mau- 
dit on attachait des coupables condam- 
nés à mort. L'imagination exaltée de 
ces messieurs leur a fait conter une 
fable (*). Vipo (voy. pL 62) croît dans 

Q Plusieurs auteurs distingués , tels que 
Hamilton , ont nié Texistence de Voupas ; 
Foërsch, Darwin, et d^aulres après lui, ont 
débité , récemment encore, un grand nom- 
bre de fables à eet sujet. L^explication sui- 
vante nous a paru nécessaire. Vipo de Célè- 
bes, connu à Java, à Bornéo, et généralement 
sous le nom à^oupas, se divise en deux es- 
pèces, Voupas-aiitc/iar et Voupas^tiouté, Le 
1)rcmier est la gomme d'un grand ai*bre dont 
e tronc s'élève quelquefois à plus de loo 
pieds de haut, et oui appartient à la famille 
des urticées; ses fleurs sont unisexuées et 
son fruit une sorte de drupe. Le second , 
(le plus terrible), est celle d'une grande 
liane. Mêlée à plusieurs ingrédients, tels que 
le piment , le gingembre, le bangli ,Ie koutji, 
etc., on en obtient une décoction qu'on laisse 
sécher. Ensuite les indigènes la placent au 
fond d'un bambou et en frottent les flèches 
qu'ils soufQent dans une sarbacane contre 
leurs ennemis. Les hommes ni les animaux 
ne meurent pas des émanations de ces vé- 
gétaux, mais il serait dangereux de to«i- 
cher une partie du corps où il y aurait une 
incision , avec la liqueur jaunâtre qui en 
découle. On pourrait comparer l'oupas au 
mancenillier d'Amérique. Les quadrupèdes 
blessés par les flèches enduites de ce poison 
meurent une heure après dans d'horribles 
convubions , et l'auteur a vu une poule et un . 
singe qui en étaient hlessés , tomber roides, 
devenir noirs et mourir en 6 minutes. Mais 
l'écorce de l'arbre antchar, ipo ououpas, 
est si peu dangereuse, que les plus pauvres 

15 



%9e 



L'UNIVERS. 



tes forêts à o6té d'autres ari>res , et 
sans danger pour eux ni pour rhomme. 

Sur cette terre croissent mille arbres 
utiles ou précieux , tels que le giroflier 
et le muscadier, pour la possession des- 
quels les Européens ont versé tant de 
sang; le sagoutier, principale nourri- 
ture de plusieurs peuples de la Malai- 
sie, et le sa^ouer dont le suc foyrnit 
la liqueur noirâtre et sucrée nommée 
goula-Uan; le palmier, dont on extrait 
une huile agréable et enivrante; le 
poivrier, rébénier, le sumak qu'on 
nomme communément arbre à per- 
ruque ou bois de fustet; le calam- 
bang, une espèce de noyer; et l'odo- 
riférant sandal, (]ui, étant fraîche- 
ment coupé, fournit une teinture d'un 
rouge très-beau et très-solide. On y 
trouve aussi le bambou, qui s'y élève 
jusqu'à 40 pieds de baut , sur 2 ou 3 
de diamètre. Les naturels en coupent 
les jeunes branches par tranches et les 
mangent en ragoût ou en salade. Lors- 
que ce roseau colossal est arrivé à 
sa maturité , son écorce est très-dure, 
et quoique le tronc en soit creux, 
il est tellement solide qu'on l'emploie à 
la charpente des maisons. Le chou pal- 
miste est commun. Des forêts de co- 
habitants de Célèbes , de Bornéo et quelques 
autres îles, en travaillent Técorce pour s'en 
babiller. 

Dans la Bibliothèque des voyages , M. Al- 
bert Montémont a prêté à Tauteur des erreurs 
sur Célèbes qu'il lui a promis de rectifier. £n 
attendant, je ne reconnais d'exact dans la 
description de Célèbes que le travail que le 
lecteur a sous les yeux. M. Balbi a fait vi- 
siter à l'auteur Shiré et Zeila et autres lieux : 
il faut lire Assab et Tzouakem, etc. La Con- 
temporaine avance à mon égard, dans son 
Voyage à Malte, des faits erronés à l'occasion 
des prétendus monuments antédiluviens de 
M. Grognet , et auxc^uels l'auteur a répondu 
dans la seconde édition de sq lettre impri- 
mée à M. le marc|uis de Fqrtia , membre de 
l'Institut. Il rectifierait encore quelques er- 
reurs du Morning et du Singhapore ChrO' 
n'iole , etc. , et il répudierait quelques écrits 
«t quelques faits dont on l'a supposé l'auteur, 
ou qu*on a falsifiés en y mettant son nom ; 
mais il l'a déjà fait en partie. D'ailleurs, ce 
n'est pas dans cet Quvràge qu'il doit en parler. 



cotiers , l'arbre le pluà utile , parce qu'il 
sert à la nourriture, ^u vêtement et 
- au logement de plusieurs tribus , for- 
ment des colonnades dont chaque co- 
lonne a son chapiteau couronné d*un 
élégant parasol 

L'île produit le maïs, un peu de riz 
blanc de rizière , beaucoup a'excellent 
riz noir des coteaux, ainsi que le coton 
et des cannes à sucre plus grosses que 
celles des Antilles, la racine de manioc, 
le benjoin , et du tabac a^celJent. On y 
trouve le manguier, arbrequi ressemble 
à notre noyer : son fruit délicieux et 
sucré a presque le goût de la poire 
de bon chrétien , et ses feuilles , 
étant broyées , ont l'odeur de la fève 
du Tonquin. Le bananier , le gingem- 
brier, le palmier éventail {corypha 
umbraculi/era ), le fromager {bonibao: 
ceïba), le lingoa, le tanjoung {mimusops 
elhenghi^ legmlandihamoringa. V hi- 
biscus tiliaceusy le cafier, le bétei , rare- 
kier, le corwolvtdus^ le polygonuSy le gi- 
raumon et le varingui sacre y abondent. 

Un grand nombre de plantes des 
Tropiques étalent de toutes parts leurs 
trésors; leurs fleurs embellissent cette 
île qu'embaument aussi les roses , 
les œillets , les jasmins , les jonquilles 
et les tubéreuses. Mais c'est stirtout 
la fleur du baugna ghéné mouro qui 
charme la vue et l'odorat par l'éclat 
de ses couleurs et son parfum déli- 
cieux. Cette admirable fleur , particu- 
lière au pays de Mangkassar , et que je 
n'ai vu mentionnée nulle part, ressem- 
ble un peu au lis ; on en tire une 
essence tort recherchée, qui est aussi 
employée à embaumer les morts , s'il 
fhut en croire les naturels. Sa racine, 
ligneuse et très-amère , est un excel- 
lent remède contre les fièvres inter- 
mittentes , assez communes dans ia sai- 
son pluvieuse. On y fait usage du 
miin&Uzkay(Mp(Mi{ïm\t de càjeput), 
qu'on reçoit d Amboine , pour les dou- 
leurs rhumatismales , et même contre 
le choléra épidémique, en le mêlant 
à d'autres ingrédients. On y trouve en- 
core le nénupnar , le baume, le roma- 
rin , et la plante qui produit l'opium , 
que ces peuples fii ment jusqu'à l'ivresse, 
et qui les rend alors aussi féroces que 



Miupides» On cultive dam les lardins 
le chou y les raves , la dhlcorée, le pour- 
pier et autres plantes potagères d'Eur 
rope , à côté de Tigname et de la pa- 
tate. Enfin, Célèbes possède un avan- 
tage sur toutes les îles de rOcéanie, 
c'est que les pâturages y abondent et 
sont ^parés des bois. 

Qp ne voit dans les forêts ni lions, 
ni tigres, ni éléphants, ni léopards, 
mais beaucoup de cerfs et de sangliers 
ou habi'houtan^ et le 6a5i-rottô5a (co- 
chon-cerf), qui a la couleur cendrée 
roussâtre, le poil court et laineux, 
des cornes recourbées en arrière, et 
dont la chair a le goût de celle des co- 
chons. Gosmas Indicopleustes avait 
déjà parlé de cet animal curieux (voyez 
pL 4 , fig. 4). On trouve également à 
Célèbes le phalanger à poche ventrale, 
connu de Plutarque ; et la douce anti lope 
aux beaux yeux ,qui va en troupe dans 
les forêts étaler la grâce et la légèreté 
de ses formes; et les lièvres qui pullu- 
lent dans les champs de riz , de me- 
lons et de cannes à sucre; et Tabeille 
sauvage , qui cache son trésor liquide 
auprès des fruits d'or des palmiers. 
Parmi les animaux domestiques sont 
des bœufs à bosse, comme ceux de 
rinde , et des sapi-houtan , ou vaches 
des bois , espèce d'antilope qui tient 
de cet animal par sa légèreté et du 
buffle par son obésité ; des buffles , des 
chèvres , des gros moutons, assez sem- 
blables à ceux du cap de Bonne-Espé- 
rance , des agneaux , des cochons , et 
quelques chevaux noirs de petite taille, 
mais forts et actifs. 

On y rencontre un nombre infini de 
singes plus dangereux au'en tout autre 
pays. Le singe J)Ianc se aistinpe des au- 
tres par sa hardiesse et sa méchanceté : 
les naturels prétendent qu'il attaque la 
pudeur des femmes égarées dans l'île, 
ce qui m'a tout l'air d'un conte. Mais les 
serpents , et surtout un serpent très-vif 
qui imite le cri du merle , en dévorent 
une grande partie.On y rencontre aussi 
le caméléon au front ïourchu , le dra- 
gon vert (dragon volant) (*), des cou- 

(*) Ce reptile, du genre des sauriens et de 
la famille des igoiHinifsns, est ainsi nommé 



ÔCÉANIE, «r 

leuvres et d'énormes pythons-tigres (*) 
dont le ventre est blanc d'argent, le 
dos noir, et marqueté de distance en dis- 
tance par des anneaux de couleur d'or. 
Quelques-uns ont plus de 30 pieds 
de longueur sur 13 pouces de diamè- 
tre, mais ils ne sont nullement ve- 
nimeux. Les serpents y sont nom- 
breux , et ils délivrent le pays des 
taupes , des rats , des mulots , et de 
scorpions aussi gros que ceux de Tunis 
et d'Alger. La cobra de capelio (*) aux 
yeux ardents et couleur de feu , y est 
aussi terrible qu'à Ceyian. Une per- 
sonne mordue par cette couleuvre perd 
la vie une heure après , si elle n'est 
secourue à l'instant. Le crocodile y est 
bien moins dangereux. 

Le beau goiifè de Boni abonde en 
poissons excellents, tels que là dorade 
et la bonite. Dans la mer voisine de la 
côte sud se trouve l'espadon ou empe- 
reur, poisson au ventre argenté, dont le 
museau se termine par une épée à deux 
tranchants , et dont la queue a la forme 
d'un croissant; lelamentin et le dou- 
young (**) , cétacé curieux, dont je ne 
reconnais qu'une espèce , ressemblante 
l'extérieur au lamentin ainsi qu'au mor- 
se, maisdifférent par la nageoire en for- 

parce qu'il a des ailes adhérentes à la hase 
des cuisses. Ces ailes forment comme une 
espèce de parachute qui ne lui sert guère 
à voler, mais à faciliter les sauts de Tauimal 
de branche en brauche des arbres sur les- 

3uels il cherche sa nourriture. Le dragon est 
'un naturel fort doux ; la singularité de sa 
figure et la couleur de sa peau plaisent aux 
naturels qui Taccueillent dans leurs mai- 
sons. Cette espèce ne vient pas d^Amérique^ 
comme Tavait dit Seba, mais des iles de 
Sounda , de Célèbes et de Madagascar. 

(*) C^est , je crois , le Boa castanea de 
Scnneider. 

(**^ Ou vache-marine. En effet les Hollan- 
dais établis dans la Malaisie lui donnent le 
nom de zee koe. Les Bougw's distinguent 
deux dou-youngs : le bounban, qui est le plus 
grand ; le bountal , qui est plus épais et plus 
court. Quelques écrivains Font nommé sirène^ 
ce qui répond au nom depesce mujer,pois' 
son femme, que les Espagnols ont dfonné 
en Malaisie au dou-young , et en Amérique 
au lamentin. 



2S8 



L'UNIVERS. 



verse presse les trois quarts de Fîle 
de Test à l'ouest; vient ensuite le 
Bendjar-Massing qui , de même que le 
Reyang , ne prend pas sa source dans 
le lac Kini-Balou (amsi ou'on le répète 
chaque jour), mais dans les montagnes 
au sud -est du lac Danao-Maiayou. 

Le Bendjar-Massing traverse Tîtedu 
centre au sud et se jette dans la mer. 
Il n'est que le second et peut-être le 
troisième de l'île. Vient ensuite le fleuve 
de Varouni , qui a sa source dans cette 
grande chaîne de monts qui traversent 
111e du nord-est au sud. 

Dans le royaume de Soukadana ( 5ou- 
hadanya ou paradis terrestre ) sont 
cinq rivières , grandes et navigables ; 
ce sont la Soukadana, la Lava , la Pogo- 
ro, la Ponthianak et la Sambass. Leurs 
* enibouchures sont obstruées par des 
barres qui n'en permettent pas le pas- 
sage à des navires tirantplus de 1 4 pieds. 
Le fleuve Kinabatangan , qui traverse 
la province de Mangidora , habitée par 
les Idaans, se jette dans la mer de 
Holo , et est plus long-temps navigable 
que la Bendjar-Massmg. Le Kouran, 
le Kotti , le Passir et plusieurs autres 
-de la partie orientale de cette grande 
terre , sont également navigables pour 
de grands bâtiments. Les deux riviè- 
res Kotti et Passir n'ont pas leurs sour- 
ces dans le Danao-Malayou , ainsi 
qu'on le voit dans les cartes, mais 
dans la chaîne des monts situés derrière 
le territoire de Bendjar-Massing. 

Le lac Kini-Balou, qui baigne le 
pays des Dayas-Marouts , peut être 
cousidé/Té comme le plus considérable 
de la 5*" partie du monde , et les natu- 
rels lui donnent même le nom de mer. 
Il est situé dans la partie nord -est et 
renferme plusieurs petites îles. Ses 
eaux sont blanchâtres ; sa circonférence 
est de 90 milles, et sa profondeur de 4 
à 7 brassés. On voit dans ses environs 
plusieurs hameaux peuplés d'Idaans. 

Le lac Danao - Malayou est situé 
aucentre-de Pile par l^ô lat. nord et 
114° long. est. Il a huit lieues de lon- 
gueur ; sa largeur est de quatre lieues, 
et sa profondeur de 16 à 18 pieds : il 
renferme quelques petites îles, et il 
est fort poissonneux ; on y navigue 



avec des bedarsy ou petits sampans y 
et dans les rivières, avec des bancUmgs 
ou canots longs et étroits. 

Kalémantan possède plusieurs havres 
excellents. Près du montetde la rivière 
Sandakan ou Kina-Batangan , estSan- 
dakan, bon port, où il est diflBcile de 
commercer à cause des petites colonies 
de Holoans qui y trafiquent des. nids 
d'oiseaux, et dont la jalousie n'est sur- 
passée que par leur cruelle avarice. 
Tambisam , près du cap Ounsang , 
serait un port précieux pour la con- 
struction et le carénage des navires. 
Poulo-Laout,Poulandan^ et plusieurs 
autres situés dans le détroit de Mang- 
kassar , ofirent un abri sâr et un bon 
mouillage. Il existe deux ports à Mal- 
wali , deux au moins à Banguey, dont 
un derrière l'île de Pantanouan ; deux 
àBalambangan,unau nord-est, l'autre 
au sud -ouest , très-poissonneux ; un 
port derrière Maléagah près de Ban- 
guey , et celui d'Abaï au sud-ouest de 
Maloudou. 

La baie de Maloudou , sur la côte 
nord-ouest, a environ six lieues de pro- 
fondeur, et n'offre ni récifs de corail, 
ni aucun autre danger. Ses villes prin- 
cipales sontSongui-Bassar et Bankaka. 
On trouve des perles dans la baie, des ro- 
tangs au bord des rivières, et des forêts 
de pins sur les montagnes voisines. Les 
tortues de mer nommées pakayariy peu- 
plent toute la côte, où l'on trouve une 
quantité innombrable d'huîtres (*). La 
partie septentrionale de l'île Kaléman- 
tan est la plus belle et la plus riche de 
cette grande terre. L'or, le camphre , la 
sibing (cire), les nids d'oiseaux, ta canne 
à sucre et le riz , les productions végé- 
tales et minérales les plus précieuses 
y abondent et y sont à bon marché. 
Maloudou pourrait devenir la plus 
belle colonie du globe. Ici on pourrait 
fonder un empire océanien, qui a déjà 
existé peut-être et qui devrait devenir 
un foyer de civilisation et de prospé- 
rité pour toute TOcéanie dont la Mé- 
galoiiésie est le centre.. Il y a environ 

(*) Ces huîtres pour se reproduire parais- 
sent u'avoir qu*un seul sexe , ainsi que la 
piiuie, la venus, la leiliiie,' l'isoéarde, les 
tridachnes, les pholades, etc. 



OCÉANIE. 



229 



leurs cuirasses bleues parsemées d'étoi- 
les d'or , tandis que le physétère (*) et 
le cachalot mêlent leurs épouvantables 
mugissements aux voix tonnantes des 
tempêtes. 

. CXIV. COMMERCE. 

Le, commerce de Célèbes est assez 
considérable, quoique les droits de 
douanes soient légers et rapportent peu 
au gouvernement hollanclais. Mais ce- 
lui-ci tire beaucoup d'avaiitages des 
bénéfices de son commerce et-des dî- 
mes de la partie du territoire qu'il 
possède en toute souveraineté. Ce- 
pendant ces recettes réunies ne cou- 
vrent, pas les frais de la colonie; elle 
coûte plus de 165,000 francs par an, 
et les Hollandais l'abandonneraient si 
elle n'était regardée comme la clef des 
îles où Ton cultive les épices. Mais 
les Bouguis, les Chinois et les habi- 
tants des Philippines, sous pavillon 
chinois, commercent aussi avec les 
ports néerlandais de Célèbes. 

Les Hollandais étant seuls libre- 
ment reçus dans tous les pays soumis 
^ux naturels , viennent y cherrher du 
Tiz , de la soie, de For , des perles , du 
coton, du bois de teinture, de la cire, 
du sel , d'excellentes chevrettes d'eau 
douce, du tripan ou bicho do mar 
(espèce d 'holoturie), des nids d'oiseaux, 
du sandal, du sagou, du caret (écaille 
de tortue ) , l'ambre gris , du massoï 
(écorce d'un arbre à épicerie, qu'on a 
mal à propos confondu avec le laurier), 
du poivre long, etc. En échange, ils ap- 
portent des étoffes, de la porcelaine, 
du fer, du fil d'or, du thé, des draps 
et de l'eau-de-vie. Les Chinois leur 
fournissent des laines, de l'excellent 
tabac de Cagayan (îles Philippines), 
de la laque, dès liqueurs, (les soies 
écrues, des toiles fines et grossières,, 
et les Bouguis du tripan. Le com- 
merce des esclaves existe dans Kîle 
Célèbes; mais heureusement il est 
beaucoup diminué. 

(p Ou cachalot australien. Ccfle espèce 
diffère du cachalot ordinaire en ce qu'elle 
a une rangée continue de bosselures de la 
nuque à la queue. 



CXV. POPULATION. 



La population entière du pays s'élève 
à environ 3,200,000 habitants. Elle 
est proportionnellement plus grande 
que celle de toutes les autres îles de 
la Malaisie. La cause en est due vrai- 
semblablement à l'état assez prospère 
de l'agriculture , de l'industrie et du 
commerce; car dans les contrées de 
la cinquième partie du monde, telles 
que l'Australie, la Nouvelle-Calédonie, 
dont les habitants sont au ' dernier 
degré de l'état social, et où les iiKli- 
gènes ne vivent que de fruits sauvages, 
de chasse et de pèche , on trouve , sur 
un espace donne, dix-huit et vingt fois 
moins d'individus qu'on n'en rencon- 
trerait sur ce même esp<ice, s'il était 
occupé par un peuple agriculteur, pas- 
teur ou commerçant. 

CXVl. PEUPLES DE CÉLftBES, COUTUMES, 
ÉDUCATION ET GOUVERNEMENT. 

Les Bouguis, ou plutôt Ouguis,' 
sont le peiiple le plus remarquable de 
Célèbes. Les Ba.tds de Soumadra leur 
ressemblent beaucoup par leurs incli- 
nations et leurs mœurs; mais les Bou- 
guis sont bien plus courageux ; c'est 
la nation la plus intelligente et la plus 
brave , non seulement de Célèbes, mais 
encore de toute la Malaisie. Les habi- 
tants civilisés de l'île se divisent en 
cinq nations , e^ chacune d'elles parle 
une langue différente. Ce sont les 
Bouguis (les plus nombreux), les 
Mangkassars, les Mandhars,les Kaî- 
lis et les Maiiadois. On remarque par- 
mi les premiers la tribu des Ouadjou 
et celle des, Tovadji : la première se 
distingue par l'instruction, le com- 
merce et la politesse ; la seconde, par 
son habileté dans l'art de tisser et de 
teindre les étoffes, et son génie nau- 
tique. Les capitaines des prahous bou- 
guis portent le nom de D'jragon. 

On ne doit pas perdre de vue que 
l'auteur a considéré le pays des Bou- 
guis comme le foyer de la civilisation 
des peuples malais et polynésiens , et 
qu'il a déjà indique l'origine des Bou- 
guis, des Malais, des Javans et des 



330 



L'UNIVERS. 



Polynésiens dans l'île de Bornéo (*). 

Le milieu de Tîle est habité par les 
Touradjas ou Alfouras, qui s'éten- 
dent^ jusqu'au nord ; ils sont considé- 
rés , mal a propos , comme aborigènes , 
car ils viennent de Bornéo; mais ce 
sont les plus anciens habitants de 
rîle. Ils sont d'une stature médiocre , 
intelligents, plus blancs que les Malais 
et plus doux que les Alfouras des au- 
tres îles de la Malaisie ; ils croient aux 
esprits («m/>on^£) malfaisants, et s'im- 
posent des privations dans le genre de 
tabou polynésien. Dans l'état d'Ouad- 
jou les femmes prennent part aux af- 
faires et jouissent de droits égaux à 
ceux des nommes. Les marins et les 
constructeurs de Touli-Touli , sur la 
côte nord-ouest , sont célèbres par leur 
piraterie. 

Les Mangkassars et surtout les 
Bou^uis sont grands, forts et bienfaits, 
ainsi que les Dayas de Bornéo et les 
Polynésiens , auxquels ils ressemblent 
infiniment plus qu'aux Malais. Ils 
sont bien moms cuivrés que la plupart 
des Malais, et n'ont pas la face équarrie 
et osseuse comme eux. Ils ressemblent 
plutôt aux Carolins et aux Tongas, et, 
sans l'usage d'aplatir le nez de leurs 
enfants , usage assez généra) dans la 
Malaisie, leurs traits seraient sembla- 
bles à ceux des plus belles tribus poly- 
nésiennes. Ils aiment généralement le 
travail. Ils élèvent leurs enfants d'une 
manière qui rappelle les Spartiates : 
ils les couchent nus , sans langes ni 
maillots, les sèvrent à un an, les bai- 
gnent tous les jours , et leur frottent le 
corps avec de l'huile de coco pour 
les rendre plus souples et plus lestes. 
Il est vraisemblable que ce procédé 
leur est salutaire , car on n'aperçoit à 
Célèbes ni bossus, ni boiteux, ni gens 

(*) Il existe sur la cô(e occidentale de Tile 
de Bornéo une terre qui porte le nom des 
Bouguis. Elle est ausud<est, vis-à-vis de Cé- 
lèbes. Je suppose que c'est de ce dislrict 
Qu'ils sont' partis pour venir s'établir à Cé- 
lèbes, où ils ont acquis ce degré de civilisa- 
tion qu'ils n'avaient pas à Bornéo. Les Ma- 
lais, malgré leur fioité, avouent qu'ils sont 
inférieurs aux Bouguis. 



contrefaits. A l'âge de ctâq ans, 
les Célébiens placent leurs enfants 
chez un ami , de peur que leur cou- 
rage ne soit amolli par leurs caresses. 
A sept ans , ils les envoient à recelé 
sous la direction de prêtres musul- 
mans nommés â^ai^t^, qui les élèvent 
avec beaucoup de sévérité. A seize 
ans , les enfants des deux sexes sont 
easséréSy c'est-à^iire qu'on leur lime 
et noircit les dents. Les filles restent 
à la maison, et leurs mères sont 
chargées de leur éducation. Dans les 
classes aisées, on voit un certain 
nombre de femmes qui savent lire et 
écrire, chose fort rare en Océanie 
ainsi que dans tout l'Orient. Au sortir 
de l'école , on fait apprendre aux ear- 
cons les métiers de menuisier , d or- 
revre, de serrurier, etc. Les filles 
apprennent à tisser la soie et le 
coton. 

Les Célébiens sont peu portés au fa- 
natisme; ils sont vifs, gais, braves, 
résolus , résignés et cependant colères^ 
susceptibles, rusés et extrêmement vin- 
dicatifs (*) ; mais on peut compter sur 
leur amitié. Les femmes sont générale* 
ment propres, bien faites, assez jolies, 
modestes , chastes , constantes , dou- 
ces , aimantes et dignes d'être aimées. 
Celles qui ont un rang ou de la for- 
tune ne sortent que les jours de fêtes. 
Dans le nord de Vile , elles sont loin 
d'être belles. Les hommes sont bons 
cavaliers; c'est achevai qu'ils font la ' 
chasse ; ils montent à poil et se ser- I 
vent d'une mauvaise bride. Ce sont les 
meilleurs chasseurs et pêcheurs de la 
Malaisie ; et ils se livrent avec d'au- 
tant plus de passion à ces deux, exerci- 
ces, que le gibier et le poisson abon- 
dent dans leur île. Ils sont adroits à 
manier l'arc, le fusil, le kriss, la sar- 
bacane et le kampilan (**) , qu'ils fa- 
briquent eux-mêmes , et pointent pas- 
sablement le canon. Les deux sexes 
aiment la poésie , la musique , la danse 
et la parure. 

(*) Ceci s'applique plus particulièrement 
aux Bouguis. 

(**) Espère de sabre droit dont la points 
est plus large que la partie supérieiu-e. 



OCÉANIE. 



231 



Les maisons sont généralement con- 
struites en bois. Leur nourriture ordi- 
naire consiste en riz et en sagou , en 
viande bouillie ou rôtie extrêmement 
épicée, et surtout en poissons et en 
fruits. Entre leurs deux repas, ils mâ- 
chent le bétel et Tarek, boivent du sor- 
bet (*) et fument. Dans les maisons 
riches , on prend du thé , du café et du 
chocolat. Leur costume civil , et sur- 
tout celui des guerriers (voy./)/. 59), 
ressemble beaucoup à celui des Malais. 
Comme eux aussi, et au rebours des mu- 
sulmans d'Asie et d'Afrique , ils se ra- 
sent la barbe et ils conservent leurs che- 
veux avec leplus srand soin. Leur coif- 
fure est tantôt un bonnet de soie brodé, 
tantôt une bande d'étoffe semblable au 
turban des Turks et des Arabes. Ils 
vont au bain deux fois par jour ; ils font 
leurs repas assis à terre sur une natte 
et appuyés sur des coussins ; ils man- 
gent avec les doigts, ainsi que tous 
les Orientaux, excepté les Chinois. 
Dans les différentes classes de la so- 
ciété dont se composent les peuples 
de Célèbes, dn observe la plus grande 
politesse envers les étrangers. La po- 
lygamie n'est guère suivie que par quel- 
ques chefs. 

Il existe un usage commode pour 
l'Européen qui visite ce pays. Il y 
prend une jeune fille de 12 à 14 
ans , ou plus , qu'il garde pendant tout 
le temps qu'il y réside, moyennant 
un accord fait avec le père ou la mère, 
ou les parents, ainsi que je l'avais déjà 
vU dans l'Inde et à ^acao ( Chine ) ; on 
Jeur donne quelques étoffes , ainsi qu'à 
la fille, et rarement de l'argent. Si la 
fille se comporte mal, le loueur la 
renvoie à ses parents qui restituent 
tout ou une partie de ce qu'ils ont 
reçu ; dans le cas contraire , elle de- 
vient libre au départ du voyageur. 
S'il y a des enfants , ils sont à sa dis- 
crétion \ mais il est rare gu'il ne leur 
laisse pas une petite pension. 

Les états de cette grande île sont 
comme autant de républiques aristo- 

(*) C'est une sorte de limonade qu'on aro- 
matise avec le macis , la muscade et le gi- 
rofle. 



cratiques qui choisissent un rôf au- 
quel elles accordent peu d'autorité, et 
qu'elles renversent quelquefois. Le 
pouvoir féodal y est en vigueur; il y 
existe trois classes de nobles, les da- 
tons y les harrés et les kdos. 

CXTII. RBLIGIONS. 

Une grande partie des Gélëbiens, 
tels que les Bouguis et les Manakai?- 
sars , sont mohammédans ; les Alfou- 
râs professent une sorte de sabéisme, 
et non pas l'idolâtrie comme on l'a dit , 
car il n'a jamais existé de peuple ido- 
lâtre : même des prêtres catholiques 
portugais s'étaient établis à Célebes 
en 1512 , époque des conquêtes de ces 
nobles enfants de Lusns. Saint Fran- 
çois Xavier, l'apôtre des Indes, y 
envoya quelques missionnaires, lors- 
que don Antonio Galva commandait 
les forces portugaises à Mangkassar. 
Mais en même temps les musulmans y 
établirent leurs imans, et, depuis ^ le 
culte catholique n'y a plus a'autels. 

Les missionnaires protestants calvi- 
nistes , envoyés par le couTernement 
ou l'administration hollandaise, ont 
fait peu de prosélytes. 

Avant que les Européens connus- 
sent ce beau pays, I opinion de la 
métempsycose y régnait comme dans 
l'Hindoustan ; la vie des animaux y ^ 
était respectée; mais ils en immolaient 
au soleil et à la lune , parce qu'ils 
croyaient devoir à ces dieux l'exis- 
tence et la fécondité. Les pères y sa- 
crifiaient quelquefois leurs propres 
enfants. Les docteurs leur enseignaient 
l'immortalité de l'ame , et ils préten- 
daient que le soleil et la lune étaient 
éternels comme le ciel, dont ils se 
partageaient l'empire, et que l'ambi- 
tion les ayant brouillés, la lune fuit 
devant le soleil , se blessa et accoucha 
de la terre. 

On trouve dans quelques anciens 
tombeaux de l'île , dès vases , des bra- 
celets , des anneaux, des chaînes et des 
lingots d'or. On rencontre , selon ce 

Sue j'ai appris d'un Bougui, des restes 
e sculpture hindoue dans l'intérieur, 
et de plus plusieurs tombeaux anciens 



n2 



L'UNIVERS. 



construits en basalte , couverts de figu- 
res hiéroglyphiques. 

CXVIII. HISTOIRB DE CÉLÈBES. 

Plusieurs agguis ( prêtres ) in- 
struits prétendent que les Hindous, et 
surtout les Télineas, avaient établi 
des colonies à Célebes , après l'arrivée 
des Bouguis de Bornéo C) dans cette 
' !le, à une époque très-reculée. En effet, 
d'anciens contes, tirés de l'histoire 
nationale, confirment des dates fon- 
dées sur rère hindoue de Salivana ou 
Saka;j qui remonte à Fan 78 de l'ère 
chrétienne , et les plus anciennes de 
ces dates sont du IIl*" siècle. De ])lu8, 
Je nom de leurs primitives divinités ^ 
telles que Batara ou Avatara, Gou- 
rou , Varouna , etc. , indiquent des 
relations entre Célèbes et les peuples 
de l'Hindottstan. 

D'après les annales du pays, bien 
avant rétablissement des Hindous dans 
l'île , Célèbes eut d'abord quatre rois ; 
une femme d'une beauté admirable, 
semblable à une fée bienfaisante , des- 
cendit du ciel pour les instruire , leur 
inspirer la concorde et protéger leurs 
sujets. Elle se nommait en effet Toum- 
manourong. ce qui signifie descen- 
dant du ciel. Le roi de Bonthaïn en 
devint éperdument amoureux, et elle 
consentit à l'épouser. De cet hymen 
naquit un fils, nommé Salingabaiang, 
dont la reine resta enceinte pendant 
deux ans. A Célèbes comme chez 
nous , les hommes sont de grands et 
méchants enfants qui craignent la 
vérité, et qui aiment les contes et les 
choses merveilleuses. Aussi l'histoire 
ancienne de presque tous les peuples 
est mêlée de tables ^t de miracles. 

Les Bouçuis regardent comme un de 
leurs premiers rois Batara-Gourou , 
nom javanais de Chiva, ce terrible dieu 
du panthéon hindou. Un Bougui m'a 
assuré que cette grande île possède, dans 
les parties inconnuesde l'intérieur, vers 
le pays de Touradja, habité aujourd'hui 

(*) Nou» arons déjà cherché à prouver 
que les Bouguis xle Célèbes viennent de 
Bfiméo* 



par les Alfourâs,des monuments et des 
inscriptions en sanskrit çt en carac- 
tères inconnus, tels que ceu^ que l'au- 
teur a vus dans l'Inde à Salsette (près 
Bombay) et autres lieux. S'il en existe 
également, comme il le suppose, à 
Soumâdra, à Bornéo et à Bali, ces 
îles auraient reçu des colonies de 
l'Hindoustan , ainsi que celle de Java, 
où l'on admire ces ^ands monuments 
hindous, qu'il a décrits avec soin ; mais, 
outre les Hindous , les Chinois et les 
Arabes paraissent avoir contribué à la 
civilisation des Célébiens. 
L'histoire de Célèbes présente la 

f)lus grande incertitude; mais, après 
a partie fabuleuse, voici quelques 
faits positifs : 

Trente-neuf empereurs avaient régné 
à Goak , ville de Mangkassar, en 1309. 
En calculant la durée moyenne de leurs 
règnes à 13 ans, leur royaume n'au- 
rait eu que 507 ans d'existence en 
1809; il aurait ainsi probablement 
commencé vers l'année 1302 de l'ère 
vulçaire. Cependant les annalistes in- 
digènes comptent une succession de 
dix siècles de monarques légitimes. Cet 
empire si puissant au XVF siècle 
n'existe plus , quoique son empereur 
existe encore. Il n'est plus qu'un faible 
vassal des Hollandais : son armée n'est 
plus qu'une garde d'honneur. Son pa- 
villon bleu et rouge , parsemé de crois- 
sants , de feuillages et d'oiseaux brodés 
en or, ne promené plus la terreur sur 
les mers malaises. 

Les habitants de Célèbes ont été en ' 
proie à des révolutions politiques af- 
freuses, comme presque toutes les au- 
tres nations; parmi leurs princes, 
plusieurs furent décapités, d'autres 
détrônés; un petit nombre termina 
ses jours par une mort naturelle. 

Les deux peuples principaux de Itle 
sont les Mangkassars et les Bouguis, 
ou plutôt Ouguis ; ils professaient le 
brahmanisme. Lorsque les Portugais 
visitèrent ce pays pour la première fois, 
en 1572, ces' hardis conquérants y 
trouvèrent un très-petit nombre de 
mohammédans. Les jésuites d'un côté, 
et les moullahs de rautre, convertis- 
saient les indigènes. 



J 



OCÉANIE. 



333 



L'empereur de Mangkassar, fatigué 
des luttes constantes dont il était té- 
moin entte les musulmans et les chré- 
tiens, dégoûté du culte national, effrayé 
de l'avenir dont le menaçaient les mem- 
bres des deux religions ^ convoqua une 
assemblée générale de ses suiets; il 
monta sur un lieu élevé , et debout , 
tendant ses mains vers le ciel, il adressa 
cette prière à FÊtresuprême (*) : 

(^ Grand Dieu, je ne me prQSterne 
point à tes pieds en ce moment parce que 
^e n'implore pas ta clémence. Je n*ai 
a te'demander qu'une chose juste, et 
tu me la dois. Deux nations étrangè- 
res , opposées dans leur culte, sont ve- 
nues porter la terreur dans mon ame 
et dans celle de mes sujets. Elles m'as- 
surent que tu me puniras à jamais si 
je n'obéis à tes lois; j'ai donc le droit 
d'exiger de toi que tu me les fasses 
connaître. Je ne demande point que 
tu me révèles les mystères impénétra- 
bles qui enveloppent ton être, et qui 
me sont inutiles ; je suis venu pour 
t'interroger avec mon peuple sur les 
devoirs que tu veux nous imposer. 
Parle, ô mon Dieu! puisque tu es 
l'auteur de la nature , tu connais le 
fond de nos cœurs , et tu sais qu'il 
leur est impossible de concevoir un 
projet de désobéissance. Mais si tu 
dédaignes de te faire entendre à des 
mortels, si tu trouves indigne de ton 
essence d'employer le langage de l'hom- 
me pour dicter des devoirs à l'homme, 
je prends à témoin ma nation entière, 
le soleil qui m'éclaire , la terre qui me 
porte, lès eaux qui environnent mon 
empire, et toi-même, que je cherche, 
dans la sincérité de mon cœur, à 
connaître ta volonté; et je te pré- 
viens -aujourd'hui que je reconnaîtrai 
pour le dépositaire de tes oracles , le 
premier ministre de l'une ou de l'autre 
religion que tu feras arriver dans nos 
ports. Les vents et les eaux sont les 
ministres de ta puissance, qu'ils soient 
le signal de ta volonté. Si , dans la bonne 
foi qui me guide , je venais à embras- 
ser Terreur, ma conscience serait tran- 

(*) Celle prière pourrait bien être de la 
façon de Kaynal. 



quille, et c'est toi qui serais le mé- 
chant. » 

Le peuple se sépara en attendant 
les ordres du ciel , et résolut de se 
livrer au premier missionnaire qui 
arriverait a Célèbes. Les apôtres du 
kôran furent les plus actifs, et le roi se 
fit circoncire avec son peuple.- Les 
Portugais s'établirent pourtant dans 
l'île ; ils s'y maintinrent même après 
avoir été chassés des Moluques pac les 
Hollandais. Vers l'an 160.5, le moham- 
médisme était généralement adopté. 
Les Mangkassars, animés de 1 es- 
prit de conquête de leur nouvelle reli- 
gion, attaquèrent Boni etOuadjou^ et 
forcèrent ces peuples à adopter leur 
croyance, ce qui se fit très- lentement. 
En 1640, Lamaderama , Voi de Boni , 
persécuta ses sujets pour les convertir. 
Ceux-ci appelèrent les Mangkassar^ 
de Goad ; le roi de Boni fut vaincu , et 
Boni fut réduit en vice-royauté. Ces 
alliés avaient fait de grandes conquê- 
tes depuis l'année 1603 ; Soumbaoua , 
les îles des Xoula et de Boutoung 
étaient soumises. En 1655, ils détrui- 
sirent l'étahlissement hollandais de 
cette dernière île; mais ils furent 
vaincus à leur tour en 1660 par les 
troupes de la compagnie. 

Ces mêmes allies avaient armé une 
flotte de 700 navires, montée par 
20,000 hommes ; cette expédition na- 
vale , la plus grande qui soit connue 
dans la Malaisie , devait s'emparer de ' 

{)lusieurs îles , et entre autres des Mo- 
uques ; l'amiral Speelman l'anéantit. 

En 1672 , Rajah-Palaka monta sur 
le trône de Mangkassar ; il se soumit 
aux Hollandais, tandis qu'un çrand 
nombre d'autres provinces de Ceièbes 
devenaient ses tributaires. Depuis cette 
époque , une partie de Célèbes a fait 
partie des possessions hollandaises. En 
1812, je crois, les Anglais s'en empa- 
rèrent, et la rendirent à la Hollande 
à la paii^ de 1814. 

CXIX. LANGUES , SCIENCES ET LITTÉRATURB 
DES CÉLÉBIENS. 

L'antiquité de la langue bougulse 
exige qu'on la place à la tête det idio« 



à34 L^UNIVERS. 

mes célébiens ; elle est parlée depuis guis modernes emploient le calendrier 

Boni jusqu'à Louhou. Cet espace com- mohammédan ; mais les anciens Bou- 

prend les quatre grandes {)rmcipautés guis divisaient en 12 mois leur année 

de Louhou , Ouadjou, Boni et Sopeng. solaire de 365 jours , qui commençait 

Le boni en est un dialecte. Le mang- le 16 mai. 

kassar, qui en diffère, est en usage Voici le nom de leurs mois et le nom- 
dans les districts de Boulecomba , bre de leurs jours : 

Bonthaïn, Goak et Maros. C'est la sarawana aojoon 

langue la plus répandue et la plus Padrowaniê.*.'.. ...*.'.'..*.*. .*.'.' 3o 

riche après la l)ouguise , et elle est, soudjewi 30 

avec celle-ci , la langue la plus douce du fImb'^''* J{ 

monde, plus douce que l'italien, le Mangiiirâii'/.*.*. '/.'.!! 1.11'.! 32 

portugais et même que le malai. A Manga»outewc 30 

Mandhar et dans les environs, on ^"S'**"'^'* J{ 

parle le mandharois. Le touradja , le paUyounaei . *. . '. '. \ . . . ".'. . *. '. '. . 90 

gounoung-talou , le manado et le bou- BcssaVae .*. 30 

toung sont des langues-sœurs. Le bou- ^J**** y- ^ 

guis m'a paru avoir fourni beaucoup Toui... ses jours, 

de mots aux langues endé ou floris, « . ^ . . 

bima ou soumbava, timouri, bou- En exammant ces mots avec soin, 

tàng et salayer ; mais il ne renferme «"* en recomiaît srx qui sont évidem- 

pas ou presque pas de mots sanskrits. ™®»* *^'"^?"s ' '«?. «"îf «« «^"s ««"J^ 

L'ancien Wguis est f langue sa- inconnus I^ manière de conserver le 

vante , religieusi et en quelque sorte f ««^«««r des époques par les r^nes de 

exotérique ou secrète de Célébes; elle J^^F^ P'^'»^^» P»»*»^* ^^^^^ »™^t«« ^^ 

offre des rapprochements avec le ma- ^ninois. , _ ,. j „ . . 

lai, le bali et le kaoui de Java; jela ^^es codes de Ouadjou, de Boni , de 

considère, sauferreur,commeIamère Mangkassaret de Mandhar jouissent 

de ces trois langues. Son alphabet d une réputation méritée dans toute 

consiste en dix-huit consonnes et cinq ^^ ^?}^'^'^ ' ^}^ plusieurs de leurs lois 

voyelles, réglées par la classiûcation }>'?* ^^. adoptées parles princes ma- 

de l'alphabet sanskrit, qui a été rejeté '^'5 et javans. 

dans l'alphabet javan : il est important ^^^"^ alphabet consiste en 18 con- 
de remarquer que cet alphabet , ainsi f ""«^ ^* voyelles, auxquelles on ajoute 
que la .langue bouguise, offrent peu i consonnes, qui ne sont guère que 
de différence avec l'alphabet et la lan- des aspirations. La elassification tech- 
gue battas de Soumâdra. Dans sa nique de l'alphabe sanskrit y a ete 
grammaire, qui est très-simple, les adoptée (*). Voici la traduction d'un 
noms n'ont n? genres, ni nombres, ni ^^f ^^nj d un poème bougms qui est 
cas; les verbes n'ont ni modes, ni lort remarquable. ... .^ 
temps , ni personnes : on exprime tous ". ?' j^. »«<>nde entier te haïssait , 
ces rapports par certaines particules l"^'. J^ * aimerais encore ; je t-aimerais 
mises avant ou après les racines des ^^m^f' "^^n amour pour toi ne pour- 
noms ou des verbes, en les interca- ^/'^ s'altérer quand même il y aurait 
lant de différentes manières avec les deux soleils dans le firmament. En- 
mots qui en résultent. fonce-toi dans la terre , ou passe au 
. Les Célébiens n'ont pas, que je milieu du feu, je veux te suivre. Notre 
sache , de traités sur les sciences , mais «'««"^ «st réciproque , et le destin ne 
ils possèdent quelques notions d'astro- V (*) ce fait est d'amant plus éirange que 
uomie ; ils connaissent les planètes et cetle classificaUon a été rejelée dans Talpha- 
nlers cours , les pléiades , syrius , bd de Java . et que les Célébiens sont à peu 
Orion, antarès et la grande ourse. Ils près le dernier peuple de la Malaisie qui 
se guident sur les astres dans leur na- ait reçu des colonies ou des traditions hm- 
vigation. Les Mangkassars et les Bou- doues. 



OCÉANIE. 



336 



peut nous séparer. Que Dieu nous 
enlève ensemble , ou bien ta mort me 
sera fatale. Les moments où je vais 
auprès toi 'me sont plus précieux gue 
si j'allais vers les plaines ae la félicité. 
Sois irritée contre moi, ou repousse- 
moi, mon amour ne changera point. 
Ton image seule se peint sur L'œil de 
mes idées. Si je dors et si je veille , ma 
passion fait que je te vois partout, 
que je te parle toujours. Si j'expire, 
ne dis pas que je meurs par le décret 
ordinaire du destin, mais dis que je 
suis mort d'amour pour toi. Rien n'est 
comparable à ces délicieuses extases 
gui peignent mon amour si vivement 
à mon imagination. Que je sois loin de 
de ma patrie, que je sois aussi loin de 
toi qu'on peut le supposer, mon cœur 
est toujours près ae toi. Dans mon 
sommeil , je te cherche et j'espère tou- 
jours te trouver, etc. » 

Les Malais de l'île, inférieurs en 
tout aux Bouguis, ont une littérature 
peu brillante; mais elle n'en est pas 
moins curieuse à étudier pour l'ethno* 
graphe et le philologue. 

Nons citerons pour exemple de leurs 
compositions en prose, un fragment 
de 1 histoire de Hang-Touah, amiral 
du roi de Malakka , à l'époque de l'in* 
vasion du grand Albuquerque. 

« Alors les serviteurs apportèrent 
les plus fines liqueurs et des coupes in- 
crustées de pierres précieuses : on les 
plaça devant les chefs de divers rangs. 
Les goungs et les tambours battaient; 
les jeunes personnes à la voix douce 
chantaient des airs mélodieux. Les hô- 
tes se livraient au plaisir; on se leva 
pour danser. L'amiral commença, après 
avoir «alué respectueusement le prince. 
Il se leva^ tenant en main la poienée 
de son kriss, ouvrage des plus habiles 
forgerons de Malakka. Il dansa fort 
bien , se courba deyant le princîe , et fut 
heureux. Le jeune prince était satis- 
fait de ce qu'il voyait; ses yeux ne 
pouvaient se rassasier de ce spectacle: 
assurément , se disait-il en lui-même, 
Hang-Touah est un brave; sa conte- 
nance le décèle. Ensuite Toun-Jabbat 
salua le prince et se leva pour danser. 
Lakyer et Lacyn prirent les coupes 



des mains de ceux qui les avaient rem- 
plies, engagèrent Hang-Kastouri à 
danser; celui-ci défia VadipaU (*) de 
Palembang. Les chefs , dans leur joie, 
criaient fort haut. L'adipati salua le 
prince, et se leva pour danser. Jl 
défia Toun-Rana-Diradja. Celui-ci s'in- 
clina et se leva. Toun-Touah , Hang- 
Jabbat et Hang - Kastouri prirent 
les coupes des mains de ceux qui 
versaient la liqueur. Us dansèrent 
les coupes à la main , et défièrent à 
boire Toun-Rana-Diradja. Celui-ci fut 
vaincu, perdit la raison, s'assit et 
pencha la tête. Le jeune soulthâo se 
réjouissait et riait aux éclats, en 
voyant l'état où ce chef était réduit. 
Les goungs et les tambours battirent 
de nouveau. Le prince jeta un coup 
d'œil à Toun-Touah , afin qu'il pressât 
Toumoungounç-Sri-Soroja de boire. 
Toun-Touah prit une coupe , la tint à 
la main, tandis qu'il (uinsait; il la 
remplit pour le Toumpungoung , et 1» 
liii présenta en disant : « Buvez , mon- 
seigneur, le prince vous l'ordonne. » 
Monseigneur prit la coupe et la plaça 
respectueusement sur sa tête ; ensuite 
il but , s'inclina et se leva pour dan- 
ser. Les serviteurs lui offrirent de 
nouvelles coupes. Le Toumoungoung 
présenta la coupe au Bandahara ; celui- 
ci l'accepta, et se leva pour danser 
quelques pas , il abaissa son kriss , et 
s'inclina aux pieds du monarque. * Le 
prince s'aperçut de l'intention de son 
ministre , il se leva et l'embrassa. Le 
Bandahara prit la coupe de nouveau 
et la but ; mais il était ivre. Le prince 
se leva et dansa. Le Bandahara prit 
une coupe aux serviteurs , il la rem- 
plit, dansa et la présenta au prince. 
Le prince prit la coupe en disant : 
Mon cousin , je suis déjà ivre. Alors 
tous les chefs s'enivrèrent l'un après 
l'autre. Quelques-uns eurent la force 
de retourner chez eux; quelques autres 
tombèrent en route et s'endormirent; 
d'autres furent portés chez eux par ■ 
leurs esclaves , et le plus grand nombre 
s'endormit çà et là autour de la place 
publique. » 

(*) Ou ffiinistre. 



S36 



L'Univers; 



Citons encore un adage qui est sou- 
vent dans la bouche des hommes in- 
struits, dans les parties les plus civili- 
sées de la Malaisie. 

« Le poison du cent-pieds est placé 
dans sa tête ; celui du scorpion dans 
sa queue ; celui du serpent dans ses 
dents : on sait donc où se trouve le 

S oison de ces animaux ; mais le poison 
'un méchant homme est dans toute 
sa personne, on ne peut en appro- 
cher. » 

CXX. L'ILE KALIMANTAN (MÉGALONÉSIE), 
IMPROPREMENT NOMMÉE BORNÉO. 
posiTioir BT noua. xxpx.o&atioh sxmcXLS. 

Cette île , la plus grande du globe , 
a trois cents lieues du nord au sud , 
sur une largeur qui varie de cinquante 
à deux cent cinquante lieues; elle a 
environ mille lieues de tour , et trente- 
six mille lieues carrées de superficie. 
Elle est comprise entre le 4' 20' lat. sud 
et r lat. nord, et entre 106° 40' et 1 16° 
45' long. est. Il est impossible , et il 
serait donc téméraire, de donner le 
chiffre exact de la population de cette 
grande terre; mais nous ne croyons 
pas exagérer en le portant à plus de 
quatre millions d'individus. 

Quelques auteurs lui donnent le nom 
de Brunaï, et généralement elle porte 
celui de Bornéo; mais toutes ces désigna^ 
tions' sont inexactes. Les naturels ap- 
pellent ce beau pays Potdo-Kalémantan 
ou Tana-Bessar-Kalémantan^ c'est-à- 
dire l'île Kalémantan ou la grande terre 
de Tvalémantan. Le nom de Brunaï, 
dont on a fait Bornéo par corruption, 
est sans doute une altération cle Va- 
rouni , véritable nom du royaume, de 
la rivière et de la ville de Varouni , 
qu'on appelle inexactement royaume , 
rivière et ville de Bornéo. Nous don- 
nerons donc à Bornéo le nom de Ka- 
lémantan, et celui de Varouni au royau- 
me, à la ville capitale et à la rivière 
improprement appelés de Bornéo. 

On peut dire hardiment que l'île 
entière, et surtout l'intérieur de Ka- 
lémantan, est le pays le moins connu 
de notre planète. Nous ne donnons 
qu'une esquisse de cette grande terrcj 



que nous considérons comme Fori- 
gine et la mère de TOcéanie; mais 
cette escpiisse sera fort étendue en 
comparaison de tout ce qui a paru 
jusqu'à ce jour, puisqu'il n'existe pas dix 
pages exactes sur ce pays. La partie 
septentrionale dont nous pouvons par- 
ler plqs consciencieusement, n'a en- 
core été décrite par aucun voyageur. 
Malgré nos travaux et tous les soins 
que nous avons pris, nous avons be- 
soin d'indulgence, car nous ne pou- 
vons présenter que des découvertes et 
des renseignements nécessairement fh- 
completssur la Méaalonésiei*) (grande 
île), et surtout à l'égard delà philologie 
et de l'ethnologie de ce pays. Nous ne 
les reproduirons qu'avec cette réserve 
qui doit s'attacher à une classification 
quelquefois conjecturale de ses peuples 
et de ses dialectes, et spécialement 
pour tout ce qui est hors des limites 
de la partie septentrionale de cette 
mystérieuse contrée. 

La plupart des voyageurs chargés 
de missions politiques, et plus sou- 
vent commerciales , par les gouverne- 
ments colonisateurs de la Mégalqnésie, 
ont péri misérablement. Le capitaine 
Padler y fîit égorgé en 1769; un éta- 
blissement anglais fut anéanti à Balam- 
bang en 1774 et en 1803; un capitaine 
hollandais fut massacré en 1788, avec 
tout son équipage , en rade de Varouni, 
à l'heure du dîner ; le capitaine Pavin, 
en 1800 , éprouva le même sort ; l'équi 

Eage du kmis ne l'évita que par un bon- 
eur inouï. Ces terribles catastrophes 
furent renouvelées en 1806, 1810 et 
1811. Quelques années plus tard, Dal- 
ton fut long-temps prisonnier du soul- 
thân de Kotti, et l'infortuné major, 
hollandais Muller fut sacrifié dans son 
expédition au centre de cette île inhos- 
pitalière, sans que leurs malheurs aient 
été utiles à la science. Cependant c'est 
plutôt aux princes malais qu'aux indi- 
gènes que l'on doit reprocher tant 
d'horreurs, et encore tous ces officiers 
de terre et de mer, ainsi que les com- 
merçants, avaient éveillé leurs soup- 



(*) CVst le nom que l'auteur avait pro- 
posé jadis de donner à Tile Kalémantan. 



OCÉANIE. 



237 



cons. Quoique depuis long-temps une 
fîorrible anarchie dévaste cette île , les 
Européens n'ont jamais eu à se plain- 
dre des habitants de la soulthânie de 
Varouni. Bien plus, à Tépoque où les 
Holoans chassèrent et égorgèrent les 
Anglais de Balambangan , les Varou- 
niens accueillirent les fugitifs avec 
une rare humanité, et leur cédèrent 
rîle de Balouan pour y fonder un 
nouveau poste. Il est malheureux que 
les Anglais Talent refusée, au lieu 
d'essayer une colonisation qui aurait 
été, selon nous , d'un si grand intérêt 
pour le commerce et pour la science. 
74ous citerons, plus tard , un juif hol- 
landais, marchand ignorant et inconnu 
en Europe, et qui a eu l'avantage , inu- 
tile à la géographie, de parcourir l'in- 
térieur de ce beau pays. Nous n'hési- 
tons pas à croire qu'il renferme le 
mot ae cent énigmes et l'explication 
des plus importants mystères géologi- 
ques, anthropologiques , zoologiques , 
historiques, philologiques et géogra- 
phiques. Il ne serait pas difficile à un 
ou deux Européens robustes ^.prudents 
et instruits, qui se livreraient à un 
petit commerce d'échange, et même de 
médecine de traverser le centre de Ka- 
lémantan(*) et d'explorer une grande 
partie de ce pays extraordinaire, s'ils 
avaient la précaution d'apprendre la 
langue malayou , le cou rage de supporter 
les dangers, les privations auxquelles 
un voyage dans l'intérieur de Kalé- 
mantan expose un étranger, et surtout 
la prudence de porter le costume des 
Dayas , de vivre à leur manière , de 
ne jamais plaisanter sur leurs religions, 
de ne pas rechercher leurs femmes, 
d'adopter les usfi^^s consacrés par le 
temps, de ne pas exciter la haine, la 
cupidité ou la crainte des indigènes, 
jaloux de leur indépendance et idolâtres 
de leur patrie. 

CXXl. ASPECT. GÉOLOGIE, OROGRAPHIE, 
HYDROGRAPHIE ET CLIMATOLOGIE. 

La surface de l'île Kalémantan est eu 

(*) Je ne verrai pas plus de difficulté à 
traverser le ceutre de TAfrique aux mêmes 
conditions. 



général montagneuse. Dans sa partie 
centrale s'élève une chaîne de monta- 
gnes qui projette de nombreuses ra- 
miOcations, et donne naissai^ce aux 
principales rivières de cette vaste ré- 
gion. 

Selon les traditions malaises , Kalé- 
mantan est composée de plusieurs 
terres qui ont été réunies à la suite 
du temps. Le Gounoung-Kandang 
( mont Kandang ) , situé dans l'inté- 
rieur du district de Landak, à neuf 
lieues de la côte de Kalémantan, paraît 
en effet le résultat d'atterrissements 
successifs formés par les grands fleu- 
ves vaseux qui viennent de l'intérieur. 
Cette marche d'alluvions continue en- 
core sur la côteoù les habitants construi- 
sent leurs maisons sur des pilotis enfon- 
cés dans le limon. Des marais existent 
sur plusieurs points du littoral. Le 
système de montagnes commence au 
nord et paraît traverser .toute cette 
grande terre du uord au sud et de l'est 
a l'ouest. 

La formation géologique de ces mon- 
tagnes paraît être primitive, et elles 
n'ont pas de volcans, bien gue quel- 
ques voyageurs en aient mentionne plu- 
sieurs. Ou n'y voit pas de ces forma- 
tions trappéennes t)u cornéennes, si 
communes dans la chaîne des îles de 
Sounda , et les tremblements de terre 
y paraissent inconnus. 

La plus haute montagne de l'île, et 
une des plus remarquables du globe, est 
le Kini-Balou ou mont Saint- Pierre, 
qui s^élève par la. latitude de -6° nord. 
Cette montagne, haute d'environ 
10,000 pieds , e§t; riche en cristaux. , 
Quelques autres abondent en or, en 
zmc , fer et étain , métaux plus pré- 
cieux , peut-être^ que l'or. A Sadanget 
à Serawa , on trouve des masses iné- 
puisables d'antimoine, dont on exporte 
une grande quantité à Singhapoura. 
Le fer se tire principalement de Djellé, 
dans l'intérieur de Malan; et il est 
fort abondant dans l'île entière. Il y a 
plusieurs montagnes de 6 à 8000 pieds 
de haut dans l'intérieur. 

Le plus grand fleuve de Kaléman- 
tan , et le plus considérable peut-être 
de rOcéanie , est le Kappou9$ , qui tira* 



328 



L'UNIVERS. 



me de croissant et par la lèvre supé- 
rieure, semblable à uue trompe d'élé- 
phant tronquée. Les Malais le nomment 
ikan-taer, poisson voilé. On trouve 
aussi dans cette mer les plus beaux 
coquillages , tels que Thaliotide , l'ar- 
gonaute, la harpe, les tellines, les 
casques, les hérissons, leslépas, les 
venus, et autres testacés; des pinnes 
et des moules qui se suspendent aux 
branches des mangliers, dont les 
énormes racines , plongeant dans Teau 
salée, forment des portiques et des 
ponts , sous lesquels la mer fait gron- 
der ses flots ; des méduses bizarres, des 
crabes , des homards , des graphées 
et autres crustacés armés de tenailles, 
qui se tiennent en embuscade entre les 
rochers, et déploient leurs antennes 
ou leurs pinces pour saisir leur proie. 
Parmi les oiseaux, on remarque 
Faigle, le corbeau et le vautour qui 

Elanent sur les montagnes , le kakatouâ 
lanc, le lori rouge, plusieurs espè- 
ces de perroquets , et un merveilleux 
oiseau avec le dos vert, le ventre d'or, 
la^ueue d'azur et les pattes écarlates, 
nommé téran-govlon , espèce de mar- 
tin- pêcheur très-petit, dont on doit 
distinguer l'adresse à combattre et à 
enlever des petits 'poissons qu^il porte 
dans son nid. l^ïous ne pensons pas 
qu'on Fait décrit avant nous. L'aras 
bleu , jaune et rouge , le faisan doré , 
. le canard , les oies , les poules d'eau , 
les hérons blancs , les tourterelles , 
les poules , les pigeons, y sont en abon- 
dance eC à vil prix ,• ainsi que les co- 
chons etie poisson de mer et d'eau 
douce (*). 

GXU. BEAUTÉS DE LA NATURE A CÉLÈBES. 

Les pluies fréquentes et l'ardeur du 
soleil éguatorial donnent à toute la végé- 
tation de rîle une fécondité, une grâce, 
une verdure, une vigueur inconnues 
à nos tristes climats; les animaux s'y 
multiplient plus vite , les oiseaux en- 
chantent les oreilles, les insectes 

(*) On aura de la peine à croire qu'on 
puisse avoir à Gélèbes une douzaine de vo- 
laîlles pour quatre à cinq francs , et c'est 
poiirtapt la vérité^ 



éblouissent les yeux, les poiMdns 
tracent leurs cercles d'or, de rubis, 
de saphir «t d'opale sur l'émeraude 
des flots; l'air, la terre et les eaux 
sont peuplés d'êtres que Dieu semble 
avoir pris un plaisir particulier à for- 
mer dans cette terre , qui est, sans exa- 
gération, une des auatre ou cipq con- 
trées privilégiées au globe , et dont le 
peintre ne peut donner une idée , parce 
qu'il n*a que des ombres et des cou- 
leurs imparfaites pour les représenter. 

CXIU. MERVEILLES DE LA MER AU SUD-EST 
DE CÉLÈBBS. 

La mer voisine desMoluques, qui bai- 
gne la côte sud-ouest de Célèbes , offre 
encore plus de prodige^ et d'attraits. 
Tantôt étincelle en mille rayons la phos- 
phorescence de ses eaux; tantôt elle 
déploie sa surface comme une nappe 
d'argent ; tantôt elle soulève ses vagues 
embrasées de soufre et de bitume ; 
tantôt elle donne à l'avide pêcheur des 
perles- blanches, jaunes ou bleuâtres 
d'un bel orient. Aujourd'hui c'est 
une me^ de lait , demain une mer de 
feu , de sang ou de poussière (*) ; et ces 
admirables phénomènes sont ('ouvrage 
de simples mollusques et de zoophv- 
tes mous qui flottent à la surface de 
l'eau. Dans son sein , la famille innom- 
brable des zoophytes solides , les ma- 
drépores à leur tête, créent des îles 
nombreuses , les fortifient de remparts 
impénétrables où viennent se briser, 
comme des coquilles, des vaisseaux de 

{»remier rang : sur ces archipels coral- 
igènes, des fleurs animalisées, étince- 
lantes d'or, de pourpre et d'azur, of- 
frent aux regards trompés du navi- 
gateur peu instruit des pelouses animées 
et riantes, et semblent l'attirer pour 
punir son audace jpar le plus cruel tré- 
pas. Ici le dauphm, le plus infatiga- 
ble des voyageurs, par ses évolutions 
vives et gracieuses anime les solitudes 
de rOcéan ; là , le coryphène déploie 
ses couleurs resplendissantes; des es- 
eadrons de coffres triangulaires s'avan- 
cent en combattant, et font briller 

(*) "VoycE le tableau général pour l'expli- 
cation de ces phénomènes. 



OCÉANIE. 



È90 



60 ans qu'une colonie de looa Ram- 
bodjiens s'était établie dans ses envi- 
rons, attirée par Tappâtdes plus riches 
productions et par un commerce qui 
peut devenir le plus florissant de la 
Malaisie , et qui surpasserait peut-être 
un jour celui des Indes et de la Chine. 
A. Dalrymple avait déjà ieté les yeux 
sur une partie de la soulthânie de Va- 
rouni , c est^-dire sur la côte occiden- 
tale de rîle. 

Le climat de cette arande !le est 
moins chaud qu'on ne l'a représenté. 
Il est tempéré à l'intérieur par l'air des 
montagnes , et près, des cotes par les 
brises de mer. De novembre en mai , 
il y pleut abondamment. Le thermo- 
mètre s'y tient entre 24 et 85. Une 
partie des côtes est malsaine , surtout 
dans le voisinage des marais; mais la 
partie septentrionale, contrée riche et 
admirablement romantique , en est la 
plus fertile et la plus salubre. 

CXXII. BOTANIQUE. 

Parmi les plantes précieuses qui 
croissent surtout dans les districts de 
Maloudou, Labouk, Païtan , Ounsang , 
près du mont et du lac Kini-Balou, 
enfin dans la partie septentrionale de 
cette grande Ile , nous citerons , entre 
autres végétaux rares, une plante herba- 
cée qui appartient à la famille des aralia- 
cées , et que nous croyons être le gin- 
seng, en chinois jynrchen. Ses raci- 
nes sont charnues et de la grosseur 
du petit doigt ; sa tige est peu élevée; 
ses feuilles sont dentées au bord; la 
fleur des baies est rougeâtre dans sa 
maturité. Quand les racines sont sè- 
ches , elles deviennent jaunâtres , et 
elles sont couvertes de fibrilles. Les 
Sybarites du céleste empire (*) attri- 
buent à cette plante des propriétés 
aphrodisiaques d'un effet toujours nou- 
veau. C'est, selon eux, une fontaine de 
Jouvence, un élixir de longue vie, une 
panacée universelle; aussi ne craignent- 
ils pas de donner une once d'or pour 
une once de ginseng. Le meilleur vient 
dans la Mandchourie ou Tatarie chinoi- 
se. On a trouvé le ginseng dans l' Ameri- 
ca La Cbine. 



re du nord ; mais il est bien inférieur 
celui de la Mandchourie. Les Chi- 
nois portent les plus granda soins dans 
sa préparation. Après avoir bien lavé 
les racines, ils les font bouillir pen- 
dant quelques minutes, et les font sé- 
cher dans la chaux en poudre, afin que 
les insecteG( ne puissent les attaquer, 
et alors elles ressemblent exactement 
à des bâtons de sucre d'orbe. 

Mais le ginseng n*est vraisemblabfe- 
ment qu'une exception à Kalémantan. 
Les productions les plus précieuses de 
ce beau pays sont le poivre noir, le 
camphre et le benjoin- Le poivre pro- 
vient d'une' plante qui ressemble a la 
vigne, et forme la principale expor- 
tation de File. 

Le camphrier {dryohalanops cam^ 
phora de Colebrooke) est l'arbre qui pro- 
duit le camphre. Le camphre est le ré- 
sultat d'une cristallisation concrète, 
qui s'opère au coeur d'un bel arbre qui 
platt par son port, son ombrage et son 
odeur. Il est aussi haut et aussi gros 
que le plus beau bois de charpente, et 
il atteint jusqu'à quinze pieds de circon- 
férence. Au son que l'arbre rend sous 
le bâton, les naturels connaissent s'il 
contient du camphre. Les Chinois en 
font de jolies malles qui préservent le 
linge et les livres des piqûres des can- 
crelats et autres insectes. Cet arbre 
résineux et aromatique, confondu à 
tort avec le laurier-camphrier du Ja- 
pon , préfère le rivage de U mer. Ses 
limites géographiques sont très-cir- 
conscrites. On ne l'a trouvé çn Océa- 
nie que dans les îles de Soumâdra et 
de Kalémantan ; mais le dernier est 
bien supérieur. On le vend 12,000 fr. 
le pikle(125 livres), tandis que celui 
de Soumâdra ne coûte que 800 fr. 
La résine du laurier-camphrier du Ja- 
pon se donne à un prix vmgt fois plus 
nas. Une huile essentielle sort des 
fissures du bois sous la forme con- 
crète et quelquefois liquide. On ob- 
tient cette huile par une simple inci- 
sion. Le camphre est extrait par subli- 
mation du bois, de l'écorce et des 
feuilles du camplirier. Les racines des 
vieux arbres sont les parties qui en 
contiennent le plus. Les Chinois ^ les 



340 



L'UNIVERS. 



Arabes y lei Persdnâ et les Hindous en 
font beaucoup de cas; mais ii est 
plusrecherché en Europe, où les mé- 
decins remploient souvent à cause de 
sa propriété calmante. Les Hindous et 
les Chmois s'en servent pour les feux 
d'artifice, et les musulmans le mettent 
dans la bouche deleursmOrts avant de 
les porter à leur dernière demeure. 
Puisque le camphrier croît au Japon 
par le 4* d^ré de latitude nord , ne 
pourrait-il pas réussir dans notre co- 
lonie d'Alger, entre le 34* et le 35* de- 
gré de latitude septentrionale ? Je con- 
seille à nos colons d'en faire l'essai, ainsi 
que de tant d'autres plantes qui ouvri- 
raient à la France une nouvelle source 
de richesses, de puissance et de pros- 
périté. 

Le benjoin est un arbre précieux qui 
ressemble au sapin; on le trouve com- 
munément dans le nord de l'île, et 
vraisemblablement dans l'île entière. 
Il produit une espèce de graine blan- 
che , molle et d'un parfum suave. Les 
Arabes en exportent une grande quan- 
tité. La plus fine est réservée aux Hin- 
dous , aux Chinois et aux Européens. 

Au nombre des plantes les plus esti- 
mées de Kalémantan, il faut compter le 
cassia lignea^ cannelle commune, qui, 
comme le camphre et le benjoin, vient 
généralement sans culture ; les rotangs 
qu'on exporte en Europe pour les mon- 
ter en cannes ; le séné ; le coton de 
soie qui provient du bombax (arbre à 
parasol ), et dont on se sert pour rem- 
plir des matelas et des oreillers; l'ar- 
ore qui fournit la gomme appelée 
sang-dragon; l'areng ou ébénier; le 
ghioum, le bois de fer, et quelques 
plants de café médiocre. On y cul- 
tive le riz , les ignames, le sagoutier , 
l'arekier, le bétel, le cayou-pouti, le 
gambir, le gingembrier, le kanari, 
bel arbre dont la noix fournit une 
huile bonne à mander, une variété du 
dourian dont le fruit est plus gros 
que la tête d'un homme , le bananier 
qui produit la figue du paradis , que 
d'anciens auteurs assurent être le fruit 
qui tenta Eve , et le thuya articulata 
qui fournit la gomme blanche nommée 
sandaraque en Europe, et qu'on at- 



tribua mal à propos au genévrier. Les 
choux-palmistes tbrment la nourriture 
principale des indigènes. 

La plupart des districts de l'île Kalé- 
mantan produisent aussi plusieurs des 
arbres fruitiers des Indes. Dans une 
grande partie de l'île, et surtout au ' 
sud-ouest , sont des arbres recherchés 
pour la construction des maisons et 
des navires, tels que le boulingan, le bois 
de fer ( pohon bessi ) qui fournit d'ex- 
cellents poteaux , dont l'ombrage épais 
forme des voûtes ténébreuses, et dont 
les tiges s'élèvent jusqu'à vinst pieds 
de haut. On y trouve en abonaance le 
tek , le tambousou , le slouma , le para, 
le marbo maranté, lekavouan , l'ang- 
souma , le batou , le madang chouenou , 
le madang peawas, le krandjo, le taou- 
kawan et le kouming dont les fruits 
fournissent une huile esthnée , le dam- 
mer dont la résine est recherchée; et 
parmi les plantes à odeur, l'aloès et 
le sandal qui exhalent le plus doux 
parfum. Enfin, le coton ordinaire, la 
muscade et le girofle ont réussi sur 
cette terre, il y a peu d'années. 

CXXUI. CONSIDÉRATIONS SUR LE THÉ. 

Quelques Chinois ont fait un essai 
de quelaues plants de thé, et il y aura 
problabiement réussi. Cette plante pré 
cieuse, dont la naturalisation à Kalé- 
mantan 'fournirait des trésors à ses 
habitants, mérite une description par- 
ticulière. 

• Le véritable thé, thea sinensis, ap- 
partient à la famille des aurantiacées, 
ou plutôt des ternstraemiacées. C'est un 
arbrisseau qui, dans l'état naturel, 
s'élève à une hauteur de vingt-cinq à 
trente pieds, mais qui , dans l'état de 
culture, en dépasse rarement cinq ou 
six. Il est origmaire de la Chine , où 
il croît naturellement , ainisi qu'en 
Cochinchine et au Japon. 

Les fleurs du thé sont blanches , axil- 
laires et agglomérées au nombre de trois 
ou quatre a l'aisselle des feuilles supé- 
rieures. Elles offrent queloue ressem- 
blance avec la rose sauvage Je nos haies. 

Dans les pays ^ue nous avons cités , 
et surtout en Chine , la culture du thé 
est extrêmement soignée. Tantôt ou 



OCEAJN'IE. 



24t 



le plante sur tes bords des champs ; ' 
plus souvent on en forme des espèces 
de quinconces sur Te penchant des 
coteaux. Ce n'est guère qu'après trois 
ou quatre années qu'on commence à 
recueillir les feuilles sur les jeunes pieds 
de cet arbrisseau , et la récolte cesse 
lorsqu'ils ont atteint huit à dix ans. 
On fait ordinairement trois récoltes de 
feuilles par an ; les premières cueillet- 
tes jouissent d'un parfum exquis. Le 
meilleur thé est celui qu'on cueille en 
inars, et le plus commun vers le mois 
de juin. 

Dès que les feuilles ont été récol- 
tées et triées , les ouvriers les plongent 
dans l'eau bouillante , et les y lais- 
sent seulement pendant une demi- 
ininiite; ils les retirent donc au plus 
vite, les égouttent, et les jettent sur 
des plaques de fer, grandes et pla- 
tes , qui sont placées au-dessus d'un 
fourneau. Leurs mains peuvent à peine 
endurer la chaleur de ces plaques. Ils 
trempent continuellement les feuilles 
jusqu'à ce qu'elles soient sufûsamment 
chauffées ; après quoi ils les enlèvent et 
les étendent sur de grandes tables re- 
couvertes de nattes. D'autres ouvriers 
s'occupent alors à les rouler avec la 
paume de la main , et l'un d'eux s'ef- 
force de les refroidir au plutôt , en agi- 
tant l'air avec de grands éventails. Cette 
opération doit être continuée jusqu'à ce 
que les feuilles soient complètement re- 
froidies sous la main de celui qui les 
roule, car c'est par un prompt refroidis- 
sement que les feuilles se conservent 
roulées plus long-temps. Il est donc 
partout des hommes destinés à souffrir 

{)our préparer les plaisirs d'autres 
lommes! Ainsi va ce pauvre monde. 
Grâce à l'opération du roulage, qu'on 
répète deux ou trois fois, on enlève 
aux feuilles et leur humidité et le suc 
acre et malfaisant Qu'elles contiennent. 
Pour les espèces aé 1" 'qualité, cha- 
que feuille doit être roulée séparément ; 
mais pour les espèces ordinaires, on en 
roule plusieurs a la fois. On fait sé- 
cher le thé ainsi préparé, et on ne le 
renferme dans des boîtes ou dans des 
caisses, que lorsqu'il est parfaitement 
sec. Alors les Chinois l'aromatisent 

!«• Livraison, (Oc£Ai¥i£.) 



avec diverses plantes odoriférantes, 
telles que les fleurs de Voleafragrans 
et celles du camelàa sesanquay arbris- 
seau de la même famille que le thé , 
celles de la rose à odeur de thé qu'on 
commence à cultiver en France , et la 
fleur de l'oranger. On destine celui-ci 
aux mandarins de première classe, aux 
calaos ou ministres, et même au cé- 
leste souverain du centre de la terre 
(fchon-kou)^ noms que donnent les 
Chinois à leur monarque et à leur 
empire, dont la surface géométrique 
n'est qu'un peu moins d'un dixième de 
la terre habitable. 

Il n'y a réellement que deux espèces 
de thé : le thé vert et le thé noir ou 
thé bou ; elles se subdivisent chacune 
en plusieurs variétés. 

Les thés verts, d'une couleur verte ou 
grisâtre, sont acres, aromatiques, et 
donnent une infusion d'une couleur de 
citron. 

Les thés noirs , dont la couleur est 
plus ou moins brune , sont générale- 
ment plus doux , et donnent une infu* 
sion d'une couleur foncée. 

Le thé vert a une légère odeur de 
foin et une qualité enivrante qu'il 
manifeste ordinairement par son ac- 
tion sur les nerfs , quand on le prend 
trop fort et en trop grande quan- 
tité. 

Parmi les thés verts, nous citerons 
les variétés suivantes : 

1" Le Thé hyswen. C'est une des 
meilleures sortes ; l'usage en est géné- 
ralement répandu. 

2" Le tM perlé y ainsi nommé narce 
que les feuilles sont roulées en rorme 
de perles. Son odeur est plus agréa- , 
ble que celle du hyswen, et sa cou- j 
leur plus brune. j 

3** Le thé pondre à canon. Il est 
choisi parmi les feuilles les plus peti- 
tes du hyswen et du thé perlé, et on 
les roule sur elles-mêmes jusqu'à ce 

Qu'elles ressemblent , pour la grosseur 
e leurs grains, à ceux de la poudre à 
o^non. Cette espèce est très-agréable , 
fort recherchée et d'un prix éfevé. 

4° Le thé tchaulan. Il est presque 
entièrement seqiblableauthé hyswen, 
mais son odeur est infiniment plus 

16 



243 



L'UNIVERS. 



suave et plus développée. Il est assez 
rare dans le commerce. 

Au nombre des thés noirs, nous 
mentionnerons : 

1^ Lfi thé soutchonçy d'un brun 
noirâtre, d'une odeur et d'une saveur 
généralement plus faibles que les thés 
verts. 

2*» Le tàé pèko diffère peu du sout- 
chong ; mais son odeur est plus déli- 
cate et plus intense. 

Le thé noir, connu sous le nom 
générique de thé bou ^ est le plus ré- 
pandu : ses feuilles sont brisées, mêlées 
de poussière et de feuilles jaunâtres. 

La meilleure qualité de thé noir est 
le liang-sin odoriférant, qui vaut en 
Chine 12 fr. la livre. Il y a encore 
le thé fou'tchan rosé gui coûte 13 fr., 
et le thé kou-lan-sa-mey blanc argenté , 
80 fr. 

Le premier de tous les thés verts des- 
tinés aux srands est d'un parfum ex- 
quis ; on le nomme kou-lang-fi/n-i. 
Je Tai vu vendre à Kangton 40 francs 
la livre. 

Le thé nouveau est considéré par les 
Chinois comme un puissant narcoti- 
que; aussi ne le font-ils entrer dans la 
circulation qu'un an après la récolte. 
Le thé à pointes blanclies , venu par 
terre, appelé thé de caravane^ et qui 
nous vient de Russie , est préférable 
à celui qui a traversé les mers. 

Les Européens et les Américains qui 
font le commerce du thé à Kangton , 
ont recours, jwur leurs transactions 
avec les Chinois, à des essayeurs de 
leur nation, ou a des experts chinois 
qui en savent distinguer les diverses 
qualités à la seule vue de la couleur 
que donne Tinfusion. Pendant que nous 
étions dans cette ville, M. J.Reeves, 
essayeur du sélect comittee anglais , et 
qui était en . outre botaniste exercé , 
se distinguait par son habileté à re- 
connaître les différentes qualités de 
tiié. Nous citerons à ce sujet une 
anecdote assez curieuse que raconte 
le capitaine Blanchard, dans son Ma- 
nuel du commerce des Indes et de la 
Chine: 

« Je voulus m'assurer du savoir de 
IDOQ connaisseur t nous avions mis 



ensemble de l'eau bouillante sur qua- 
tre différentes montres de thé , qui me 
paraissaient également bonnes , et dont 
chacune portait un numéro corres- 
pondant à ceux des tasses oii étaient 
les infusions; je changeai un de ces 
numéros, et lui en substituai un au- 
tre. Mon expert vint le jour suivant 
pour faire sa visite; je lui fis observer 
qu'il se trompait dans son jugement 
sur une des tasses, qu'il attribuait à la 
montre à laquelle elle appartenait en 
effet ; tandis que le numéro , que je 
lui. montrai, en désignait une autre. 
Cette remarque parut raffecter; mais, 
après un nouvel examen, auquel il 
apporta une grande attention , il me 
dit que je m'étais trompé en plaçant 
les numéros, et il ajouta avec assu- 
rance : Cette eau appartient à cette 
montre (en désignant la véritable), e^ 
non à celle-ci. Je lui avouai ma su- 
percherie, et il fut satisfait. » 

Outre le thé de la Chine, qui est le 
véritable, il existe un thé commun de 
Cochinchine, teucriumtheay de Lourei- 
ro, et le thé des Tatars, rhododendron 
chrysanthum. J'ai vu à l'île Bourbon et 
à l'île de France le faham qu'on dé- 
signé sous le nom de thé de l'île Bour- 
bon d'où il est originaire. On emploie 
pour cette boisson les feuilles d'une 
orchidée qui paraît être Vangrœcum 
fraqrans que Dupetit-Thouars a si- 
gnalé dans son histoire des orchidées 
d'Afrique. Ce thé, qui est rare, est 
agréable , mais il est très-excitanf. Ou- 
tre le faham , on a donné le nom de 
thé, par analogie, à un grand nombre 
de plantes exotiques , dont les feuilles 
offrent la consistance et les formes du 
thé , et qui sont employées par diffé- 
rents peuples comme boisson d'utilité 
et surtout d'agrément. Tel est le fa- 
meux maté, ou thé du Paraguay {ilex 
maté)^ dont l'usage est général dans 
l'Amérique du sud. On compte encore 
le thé de la Nouvelle-Jersey , du Mexi- 
que, de Bogota et des Antilles, et le 
thé du Canada. Les feuilles de celui-ci 
appartiennent à un petit arbrisseau 
nommé gaidtieria procumbens ^ de la 
famille des bruycï'es, qui se plaît dans 
les terrains arides et sablonneux. Le 



OCEANIE. 



US 



thé du Canada a une savaur agréable 
et assez semblable à celle du thé de 
Chine, mais elle n'a pas les qualités 
excitantes du dernier. Vient ensuite le 
tlié de France et de Corse , celui de 
Suisse (espèce de sauge) , etc. , enlîn 
celui de TOcéanie. 

Le thé de la Nouvelle-Hollande ou 
Australie se compose des feuilles de 
deux espèces de salsepareille : smilax 
glyciphyllos et ripogonum. 

Enfin la dernière espèce de cette 
plante que nous connaissions est le 
thé de la mer du Sud ou des lies de la 
Polynésie, leptospermum thea. 

En France, le goût du thé de la 
Chine s'est surtout répandu dans la 
bourgeoisie depuis 1814; jusqu'alors 
il n'était guère sorti de quelques sa- 
lons un peu élevés , sauf dans certaines 
villes, telles que Marseille, Bordeaux, 
où l'on trouve beaucoup d'Ans;lais, 
de Hollandais , de Suédois , de Portu- 
gais et de Mexicains. Aujourd'hui il 
se popularise. La manière de ser* 
vir le thé est devenue un art, et fait 
partie de l'éducation d'une demoiselle 
de bonne maison. En Hollande, on 
consomme des quantités prodigieuses 
de thé; nous en avons vu faire assez 
d'usage en Portugal , le premier pays 
d'Europe où nous pensons qu'on a 
commencé à en introduire la consom- 
mation en 1665. 

Les Portugais et les Hollandais 
prennent le thé comme on le fait gé- 
néralement dans rOcéaiiie, avec du 
sucre candi. Les Chinois le prennent 
sans sucre. 

La compagnie anglaise des Indes 
orientales mentionne dans ses voyages 
l'achat de 22 livres et demie de thé au 
prix de 36 livres sterling (environ 
900 fr.), qui furent présentées, en 
1666 , au roi de la Grartde-Bretagne et 
d'Irlande. Eu 1674, elle en acheta en- 
core 55 livres pour cadeaux ; et au- 
jourd'hui , en Angleterre seulenïent , il 
s'en consomme plus de 30 millions de 
livres. 

Le célèbre économiste écossais, 
Adam Smith, a calculé, à une époque 
ou il ne s'en consommait guère que 
25 millions,^ la quantité de vaches qu'il 



faudrait pour remplacer le thé par du 
lait, et il a trouvé un total de 500,000 
vaches , qui eitigeraient pour leur en- 
tretien environ un million d'hectares 
de terrain. 

Le thé est quelquefois altéré , soit 
parce qu'il a été mal préparé, soit 
parce au'il n'a pas été conservé avec 
soin : dans ces cas , on trouve souvent 
des feuilles tachées de rouille. On y 
trouve aussi quelquefois des feuilles 
desséchées et jaunies sur l'arbre. Le 
thé altéré par l'air ou l'eau de mer, 
s'échauffe , se corrompt et perd toutes 
ses qualités ; voilà pour quoi le thé des 
caravanes, qui vient par terre , en tra- 
versant les deux plus vastes empires 
de la terre (la Chine et la Russie) , 
est préférable. 

INous avons dit que le marchand chi- 
nois, adroit et assez souvent fripon , 
mêle aux boîtes de thé des feuilles de 
camellia sesanquay qui est de la 
même' famille que le thé ; de plus, les 
semences de l'anis étoile , les racines 
de l'iris de Florence, sont quelquefois 
renfermées pendant un certain temps 
dans les boites à thé, pour communi- 
quer aux feuilles l'odeur de ces sub- 
stances. On a déjà essayé, pour s'as- 
surer de la présence des feuilles étran- 
gères dans le thé, de mettre dans l'in- 
fusion un grain et demi de couperose 
verte. Si l'on a obtenu l'infusion au 
moyen de véritable thé vert, elle prend, 
à la' lumière , une teinte bleuâtre ; elle 
sera d'un bleu tirant au noir, si l'in- 
fusion est obtenue avec du véritable 
thé noir; mais silethé,ç|uel au'il soit, 
est falsifié, elle pourra être de toutes 
couleurs, jaune, verte, noire : cepen- 
dant ce moyen n'est pas infaillible. 

Les Chinois de Kangton et de Ma- 
cao ont l'habitude d'employer la terre 
du Japon (Catechou) pour teindre leur 
thé vert avarié, ce qui lui donne la 
couleur du thé noir. L'infusion du 
premier, dans les mêmes proportions 
que celle du second , de la qualité du- 
quel on serait sûr, serait beaucoup 
plus foncée que l'autre. La couleur de 
cette infusion est d'un brun rougeâtre, 
tandis que celle du véritable thé bou. 
dcit tirer sur le noir- Les feuilles da 

16. 



244 



L'UNIVERS. 



{>reiiiier, long -temps macérées dans 
'eau froide, sont plus vertes que cel- 
les du second ; enlm l'infusion est as- 
tringente, acre et désagréable , au lieu 
de flatter le goût. 

Le thé vert peut être falsifié en tei- 
gnant le mauvais thé noir avec de la 
couperose verte. Si on verse de la tein- 
ture de noix de salle dans Tinfusion , 
celle-ci devient d'un bleu noir très- 
foncé. Quand on s'en aperçoit , on peut 
être assuré que le thé est falsifié; car 
il est prouve que Facide i^allique n'a 
aucune action sur Tinfusion du thé 
naturel. 

On croit généralement en Europe que 
le thé que Ton y exporte a déjà servi 
a la boisson des Chinois. C'est une er- 
reur qui a été propagée par des per- 
sonnes qui rayant vu mettre dans 
l'eau , n'ont sans doute pas bien com- 
pris le but de cette préparation , qui 
est d'enlever aux feuilles une partie de 
leur âcreté. Il faut néanmoins conve- 
nir que les marchands mêlent quelque- 
fois du thé dont on s'est deja servi 
avec du thé de bonne qualité ; fraude 
dont on ne s'aperçoit qu'à la faiblesse 
de l'infusion, mais que celui qui a vécu 
à Kangton reconnaît de suite. ' 

Le gouvernement français a essayé 
depuis un certain nombre d'années d'm- 
troduire dans la Guiane la culture du 
thé. II a fait venir des Chinois se di- 
sant habitués à ce genre de culture; 
mais ces tentatives ont été suivies de 
peu de succès , par la faute de l'admi- 
nistration. Don Pedro a été plus heu- 
reux au Brésil ; mais ses plantations 
sont encore dans l'enfance. Les An- 
glais, les Hollandais, les Belges, les 
Danois, les Suédois, les Russes , les 
Américains considèrent le thé comme 
une boisson salutaire. En effet , dans 
les contrées septentrionales, couvertes 
^ de brouillards pendant une partie de 
l'année, et placées au milieu d'une at- 
mosphère froide et humide , l'infusion 
de ces feuilles aromatiques, parla légère 
excitation qu'elle développe et surtout 
par ta quantité d'eau chaude qu'elle in- 
troduit dans l'estomac, procure une 
transpiration nécessaire à 1 exercice des 
fonctions, 3ans laquelle on ne peut con- 



server la santé. Au reste, les Portugais, 
habitants du midi, les Chinois de Kang- 
ton qui s'agitent sous le tropique du 
Cancer, et les peuples de Katémantaii 
qui vivent sous l'équateur , n'éprou- 
vent aucun mal de cette boisson. 

L'usage habituel du thé , et surtout 
du thé vert, lorsqu'on le boit très- 
fort, ne convient qu'aux personnes 
d'un tempérament mou et lymphatique; 
mais il ne convient pas aux hommes 
d'une constitution sèche et nerveuse , 
aux femmes faibles et excitables, à 
moins d'y ajouter du lait. 

La manière ordinaire de le prendre 
en Chine, est de mêler deux petites 
cuillerées de thé noir à une de vert, 
et cette méthode est la plus salutaire. 
Les Chinois qui en prennent sou- 
vent , mais peu à la fois , n'y mettent 
pas de sucre , et les Malaisiens em- 
ploient le sucre candi. 

C'est surtout pour favoriser la diges- 
tion, les sueurs et autres fonctions, 
?|ue les médecins prescrivent quelque- 
ois l'usage d'une infusion d'un demi- 
fros à un eros de thé dans une pinte 
'eau bouillante. L'usage habituel de 
cette boisson favorise même l'évacua- 
tion des petits graviers qui se forment 
souvent dans la vessie. 

L'analyse chimique du thé a été 
faite naguère à Paris par M. Cadet 
Gassicourt, qui en a retiré, par la dis- 
tillation , un eau astringente sans au- 
cune trace d'huile volatile, un extrait 
amer styptique , composé d'acide galli- 
que et de tannin. Pendant long- temps 
on a attribué la couleur verte de cer- 
taines espèces de thé aux plaques de 
cuivre sur lesquelles on les tait sécher; 
mais cette opération, qui tiendrait à 
jeter de la défaveur sur le thé vert, est 
entièrement fausse, car l'analyse chi- 
mique que nous avons citée et qui a 
été faite avec le plus grand soin , a 
prouvé le peu de fondement de cette 
assertion, puisqu'elle n'y a pas fait 
découvrir la'momdre particule de cui- 
vre. 

Le thé est destiné à faire la conquête 
du monde. Nos livres et nos vins , nos 
eaux-de-vie , notre quincaillerie et nos 
parures font le tour du globe, et sont 



OCEANIE. 



245 



l 



recherchés des peuples civilisés ou des 
tribus sauvages. De notre côté, nous 
relevons nos aliments avec les épices de 
la Malaisie ; nous les adoucissons avec 
le sucre des Antilles ou de Siam; 
nous savourons le parfum du café 
d'Arabie ou de Tlle Bourbon; nous 
nous enivrons du tabac de^Manila, de 
Virginie, de la Havane etdeLatakié; 
nous aspirons avec volupté le thé de 
ces Chinois à qui nous avons em- 
l^runté tant de clioses utiles; et ie 
m'étonne que, quand, dans une soirée 
à thé, par exemple, j'entends des dis- 
cours frivoles, jeux de mots rebat- 
tus , d'indignes parodies de toutce qu'il 
a de sacré, de grand et d'élevé parmi 
es hommes, nous neconsacrions pas une 
partie de nos conversations à ces beaux 
pays, qui nous procurent tant de jouis- 
sances. Il est vrai qu'il faudrait pour 
cela que l'étude de la géographie, cette 
science si difQcile, si vaste , si utile 
et si agréable, fût plus répandue par- 
mi nous , et il faut bien ravouer , en 
cela nous sommes très>peu arriérés des 
Anglais, et surtout des Allemands, qui 
appartiennent à la classe aisée , hom- 
mes ennemis des jolis riens et dont 
le savoir s'allie à la bonne foi et à 
l'impartialité. Aussi les suffrages que 
j'ambitionne le plus , après ceux de 
ma chère patrie, ce sont les suffrages 
de la docte Germanie. 

CXXIV. ZOOLOGIE. 

Dans cette île , la nature , grande , 
riche, imposante et variée, est fé- 
conde en merveilles inépuisables. La 
'terre , l'air et les eaux y sont animés 
d'animaux rares et singuliers. 

CXXV. LE SINGE VERT. 

Il }[ a dans le nord de Kalémantan 
quantité de singes de différentes espè- 
ces, entre autres un grand singe vert 
dont les naturalistes n'ont pas encore 
parlé , et qui approche de l'homme plus 
que l'orang-houtan , du moins par la 
conformation de sa tête et de sa face et 
par la protubérance de son nez ; mais 
il est quadrumane et non bimane comme 



rorang-houtan. Cest un spectacle in- 
téressant que de voir ces jolis singes 
se dirigeant par familles vers les étants 
et les rivières, en marchant par pe- 
lotons , et se baignant ensemble , après 
avoir étanché leur soif. 

Voici la méthode que les Dayas 
emploient pour les prendre. Us évident 
des noix de coco par un trou rond au'ils 
font dans la coquille , l'entourent d'une 
espèce de glu , qui produit l'effet de la 
colle forte, et le remplissent de bana- 
nes et de morceaux d ananas et autres 
fruits dont ils sont friands. Ces sin- 
ges fourrent la main dans ce trou et 
ne peuvent la retirer; ils poussent de 
grands cris sans pouvoir lâcher prise: 
c'est alors que les Dayas sortent de 
leurs cachettes et s'en emparent. Ils sont 
si lestes et si mobiles , qu'il est très- 
diflQcile de tirer sur eux avec des flè- 
ches ou avec un fusil , et , par consé- 
quent, de les prendre autrement que par 
la friandise. 

Ce singe , aussi gracieux qu'un sa- 

Sajou , quoique beaucoup plus grand, 
evient bientôt familier et docile ; il 
est singulièrement vif et espiègle ; îl 
aime à jouer; mais il est si délicat et 
si frileux, qu'il est difBcile de le con- 
server hors des bois paternels. L'au- 
teur propose pour cette nouvelle es- 
pèce le nom de chlâropithéque. 

Il existe encore à Kalémantan une es* 
pèce de singe également de couleur 
verte, mais beaucoup plus petite et plus 
hardie, s'il est possible. 



CXXVI. LE SINIANG ET LE PONGO A TÊTE 
PYRAMIDALE. „ 

Cette grande île renferme encore 
d'autres espèces de singes, dont on ne 
parlera pas, parce quils sont bien 
connus. 

On y rencontre quelquefois le simiang 
Chy lobâtes synaactylus), qu'Alfred 
Duvaucei , ce martyr de la science , 
mort jeune , loin de la France, sa pa- 
trie , a reconnu à Soumâdra, et a 
fort bien décrit. Il se tient ordinaire- 
ment dans des camps en troupes nom- 
breuses, que semblent commander 
quelques individus plus forts et plus 



246 



L!UNIVERS. 



intelligents que les autres. Un cri 
épouvantable , au lever et au coucher 
du soleil i trahit le camp de ces ani- 
maux, qui sont une espèce dégénérée 
des orangs; mais il est fort difïlcile 
de les apercevoir. On v trouve encore 
des wouwous , variété des gibbons, et 
des gibbons qui appartiennent au genre 
oran^. 

Voici la description d'un ponço à 
tête pyramidale mort. Sa tête avait en 
effet ia forme d'une pyramide , de la 
nuque au museau ; ses mâchoires étaient 
années de dents canines qui se rap- 
prochaient de celles des titres et des 
icons. Il n'avait ni queue ni abajoues ; 
son museau était très-long , son front 
très -reculé , ses mains très-longues , 
son angle facial de 30 degrés , et son 
angle palatin de vingt. En jugeant de 
sa force par la saillie de ses muscles 
et la solidité de ses os, on conçoit 
qu'il mette en fuite l'éléphant, et 
qu'il résiste à une douzaine d'hommes. 
Dans Ces animaux, l'amour de l'indé- 
pendance égale leur force prodigieuse, 
et toutes leurs actions annoncent beau- 
coup de réflexions. Ce pongo, qui 
semnle former une espèce du genre 
orang, ne doit pas être confondu avec 
celui de Wurmb {Pongo tVurmbii). 

L'auteur ne reparlera pas de Torang 
roux qu'il a décrit au tableau général 
de rOcéanie , et qui mangeait et buvait 
à table comme un homme (voy. pi. 20); 
il rapportera seulement que les plan- 
tations de cannes à sucre , et les champs 
de riz, de bananes et d'ananas, sont 
souvent ravagés par ces bimanes. 

CXXVn. LE BABIROUSSA. 

Le babi-roussa est un des animaux 
les plus curieux de l'ile Kalémantan : 
on le trouve aussi à Cèlèbes , et dans 
d'autres îles de la Malaisie. 

Cest à tort que des auteurs ont 
confondu le babi-roussa avec le cochon ; 
il en diffère matériellement par sa 
conformation, sa stature,* son genre 
dévie, et même ses habitudes. Lenabi- 
roussa est couvert , au lieu de soies , 
d'un poil court et moelleux , gris-brun 
mêlé de roux; ses jambes sont beau- 



coup plus hautes que celles duooehon; 
sa queue est plus longue et touiïue à 
son extrémité ; son cou est moins gros; 
ses oreilles sont courtes et pointues; 
ses formes sont généralement plus lé- 

aères; sa peau est mince et n'est pas 
oublée d'une couche de lard ; son crâne 
n'est pas r^bipli de sinus qui coiffent 
le cerveau comme dans le sanglier; il 
est plus long , à proportion du museau, 
que dans le cochon de la Chine, et son 
encéphale est presque double en vo- 
lume de celui du sanglier. 

Le babi-roussa n'a que quatre dents 
incisives, et le cochon en a six; iJn'a 
que cinq molaires en bas et six en 
haut , tandis que le cochon proprement 
dit en a sept partout : encore, selon 
Cuvier, le nombre des dents dii babi- 
roussa est-il rarement complet chez 
les adultes. 

Le museau du babi-roussa est armé 
de quatre grandes défenses, dont les 
deux plus fortes partent de la mâchoire 
inférieure, en se relevant et s'éloiçnant 
de près de huit gouces de leurs alvéoles: 
elles sonraiguës , arquées et triangu- 
laires comme celles du sanglier; deux 
autres canines sortent comme ^^ 
cornes au-dessus de la mâchoire supé- 
rieure , et s'étendent , en se recourbant 
en demi-cercle, au-dessous des yeux. 
Ces défenses sont d'un très-bel ivoire, 
mais moins dur que celui de l'éléphant. 

Quoique cet animal paraisse dange- 
reux , à raison de ses défenses , il vit 
principalement de végétaux ou de 
feuilles d'arbres , et se tient ordinai- 
rement éloigné de l'homme , cher- 
chant rarement à pénétrer dans les jar- 
dins , comme fait le sanglier, pour les 
ravager et en détruire les productions. 
Il s'apprivoise aisément, et sa chair 
est très -bonne à manger; mais eli^ 
est prompte à se putréfier. Cosnias 
Indicopleustes , moine grec, qui visita 
l'Inde et l'Abyssinie au V*' siècle de 
l'ère chrétienne , a dépeint cet ani- 
mal sous le nom de x<*tp«'^*?*^'? f' 
chon-cerf , et ce nom répond partai- 
tement à celui de babi-roussa, ç|"'' 
en malayou , signifie également co- 
chon-cerf. 

Ces animaux ont une singulière «a- 



OCÉANIE. 



Î47. 



nière de preiidrè leur tèpos; ils ac- 
crochent une de leurs défenses supé- 
rieures à la branche d'un arbre, et 
laissent leur corps se balancer libre- 
ment. Ils restent ainsi suspendus toute 
la nuit, et dorment en sécurité hors 
de l'atteinte des animaux qui leur font 
la chasse. 

Ils vont par troupes comme les san- 
gliers; mais ils remportent sur eux 
en agilité, et exhalent une odeur très- 
forte , qui met les chiens sur leur 
trace. Lorsqu'ils sont pt)ursuivis, ils 
font une vigoureuse, résistance, en 
s'élançant, furieux et terribles, sur les 
chiens, et leur faisant de profondes 
blessures avec leurs défenses de la mâ- 
choire inférieure. S'ils se trouvent ser- 
rés de près , quand ils sont sur le ri- 
vage de la mer , ils se précipitent dans 
les flots , où ils nagent avec beaucoup 
d'adresse , et plongeant et revenant 
à fleur; et un fait digne de remar- 
que, c'est qu'ils ne se mêlent jamais 
avec les sangliers sauvages. 

Parmi les quadrupèdes, l'éléphant, 
une espèce de léopard et les rhinocé- 
ros bicornes et unicornes ne se trou- 
vent , chose étrange , que dans les dis- 
tricts d'Oungsang et de Païtan, au nord 
de l'île ; de même que le cheval n'jexiste 
que dans ceux de Pandassang et de 
Tanpassok, également au nord. 

CXXVni. RmNOCÉROS UNICORNE. 

Rien n'égale la force et la vélocité 
du rhinocéros unicorne (voy. pL 68), 
Quand il est animé, il mar^e, ou 
plutôt il court d'une manière si rapide, 
que l'œil même a de la peine à suivre 
ses pas ; les objets qu'il rencontre 
sur son chemin ne peuvent servir 
d'obstacle à la rapidité de sa course : 
il enfonce des palissades, et il déra- 
cine les plus gros arbres avec la plus 
grande facilité. Certaine classe de 
Dayas font la chasse aux deux espè- 
ces de rhinocéros, pour avoir leurs 
cornes- Ils les tuent avec de longs 
mousquets fabriqués dans le pavs. 
L'ivoire et les cornes de ce terrible 
quadrupède appartiennent de droit aux 
radjahs , ou pnnces. Les cornes du rhi- 



nocéros unicorne ressemblent beau- 
coup à récaille, mais elles soiit beaucoup 
plus minces : la base a en général qua- 
tre pouces de long, sur deux de large; 
et elles avancent moins que celles des 
rhinocérosd'Abysslnieoudel'Inde (*) , 
que l'auteur a paiement vues, et qui 
sont d'environ 8 pouces. La base en 
est creuse. Pour apprécier la qualité de 
la corne , il faut porter cette j^artie 
creuse à l'oreille, et on juge de sa 
bonté par le plus ou moins de bruit 

rii s'en échappe et qui ressemble assez 
celui que fait un buccin ou autre 
coquille dont on appliquerait la partie 
concave à l'oreille. Il faut ajouter que 
le rhinocéros unicorne est fort rare, 
au dire des indigènes. 

CXXIX. HAITIÈRB DB PRENDRE LES ÉLÉ- 
PHANTS. 

Voici de quelle façon les Raléman- 
tans (**) s'emparent de l'éléphant. Ce 
gigantesque quadrupède ne vit, comme 
on sait, que de feuillages et de végétaux : 
il a le goût fin ; et les friandises dont 
il aime à se régaler , sont les cannes 
à sucre. Aussi , pendant la nuit, il ra- 
vage les plantations de cannes , et il ne 
manque pas de revenir dévaster chaque 
jour le même terrain , si l'on ne prend 
pas le soin de le punir de sa gourman- 
dise. Les Kalémantans ou Mégaloné- 
siens et spécialement les Dayas creusent 
des fosses dans les endroits' où ils aper- 
çoivent les traces de l'éléphant , et les 
cou V rent de trappes faites avec des tiges 
de cannes à sucre , au milieu desquelles 
Ils ne manquent pas de placer des ba- 
nanes et autres fruits piles et réduits 
en pâte, dont cet animal fait sa prin- 
cipale nouîriture. Ils mêlent à cette 
pâte une forte dose d'arsenic ou au- 
tre poison minéral , et ils l'enduisent 
de sel , assaisonnement qui plaît beau- 
coup aux éléphants. Ces animaux, atti- 

(*) L*aiiteur a donné au Muséum d'his- 
toire naturelle de Paris une corne du rhi- 
nocéros unicorne, ainsi que des fragmenta 
fossiles de mastodonte ei de dodo, et autres 
objets qu'il a rapportés de ses voyages. 

(**^ Les habitants de rile Kalémantan on 
Bornéo (Mégalonésie de Tauleur). 



248 



L'UNIVERS. 



rés par les aliments quMls aiment le 
plus , maisré leur prutlence et leur in- 
telligence nabituelles, deviennent bien- 
tôt les victimes de leur sensualité. Le 
lendemain, on les trouve morts dans les 
fosses, ou tellement abattus par la 
violence du poison, qu'ils sont dans 
rimpossibilité de fuir, let on les tue 
sans plus attendre. Aussi Ton peut 
leur appliquer, comme à la plupart 
des hommes, ce beau verset de rÉvan- 
gile : Plm occUUt gtda quàm gludius. 

CXXX. LE MAIBA » LE LANDAK ET AUTRES 
ANIMAUX. 

L'île Kalémantau possède encore le 
maiba^ ou tapir bicolor, qu'on par- 
vient à domestiquer, et qui est bon à 
manger; le tiçre , le bufde , le cervus 
axiSy que les mdigènes appellent cerf 
d^eauy plusieurs espèces de chevro- 
tains, le bœuf (^tamhaduo)y la chè- 
vre , le chien, le chat et le rat , la civette, 
la loutre , l'ours malai et Tours noir. 

On trouve beaucoup de porcs-épics 
dans cette grande île. 

Voici quelques détails nouveaux sur 
ce petit quadrupède redouté des autres 
animaux : 

Le landaky ou porc-épic , se terre 
dans des creux de rocners, et la 
finesse de son ouïe en rend la chasse 
très-difBcile, parce qu'il ne sort de 
son trou qu'à la nuit , et évite la ren- 
contre de l'homme. Les Dayas atten- 
dent quelquefois toute lasoiréedans le 
voisinage des trous, jusqu'à ce que l'ani- 
mal vienne àparaître , et alors ils cher- 
chent à le tuer. Il n'existe pas de gibier 
dont le goût puisse être compare à ce- 
lui du landak : il a tout à la fois le 
fumet du cochon , du lièvre et de la 
gazelle. 

Les vastes forêts de cette grande île 
sont très-riches en gibier, en gazelles 
et surtout en cerfs (roM55a« ), et en 
sangliers {haU-houtan), Les cerfs ordi- 
naires sont de la grandeur de ceux 
d'Europe. On les prend dans des rets, 
ou onJes tue à coups de fusil. On y ren- 
contre aussi le kambing-ountanq ^ ou 
antilope ( espèce de gazelle ) à crmière 
grise : sa -chair est de bon goût. Les 



Chinois préfèrent celle du sanglier, et 
c'est la seule chasse à laquelle ils se 
livrent. Ils font d'ailleurs , ainsi que 
les, Dayas, grand cas de la chair de 
chien ; mais la race que ces derniers 
entretiennent pour la table, est très- 
différente de celle qu'élèvent les Chi- 
nois. Les chiens des Dayas sont pe- 
tits, élancés, ont la tête pointue, le 
poil roux-fauve et très-long , prfnci- 
palement sous le ventre ; les chiens 
des Chinois ressemblent à nos boule- 
dogues. 

CXXXL L'OISEAU POIVRIER ,LA SALANGANE > 

ÏTC. 

L'ornithologiedeKalémantanestfort 
riche. Des hirondelles de diverses es- 
pèces, des perroquets grands et petits, 
et qui s'apprivoisent facilement, des 
paons du plus beau plumage, des 
ramiers , des pigeons , des canards sau- 
vages et autres, des poules , etc. , s'y 
trouvent en abondance. Ainsi que 
tous les peuples de la Malaisie, les habi- 
tants de l'île sont amateurs enthou- 
siastes des combats de coqs. Les Dayas 
et les Chinois même, qui sont si écono- 
mes , y engagent des sommes considé- 
rables. ^ 

Cette île possède un oiseau fort re- 
marquable : il est de la grandeur d'une 
bécasse ; son plumage est noir et bril- 
lant ; son bec est d'un jaune tirant sur 
le rouge, et plus long que tout le corps, 
large près de la tête , et finissant en 
pointe recourbée, mince et légère, sans 
doute pour ne pas nuire à l'équilibre 
de l'oiseau quand il vole ; il se nourrit 
de riz, de canne à sucre, et principa- 
lement de poivre, dont il avale de 
suite 30 ou 40 gousses. L'auteur ne 
pense pas qu'il soit connu ; il n'en a 
trouvé la description nulle part. 

Un grand nombre d'huîtres, d'our- 
sins (feVam et pakayan), et de pois- 
sons, dont les belles couleurs ré- 
jouissent les yeux , et des coquillages 
d'une admirable beauté, peuplent les 
mers de cette grande île. Vouald^ 
crocodile, est un objet de vénération 
chez les Kalémantans , comme nous 
l'avons vu chez les Timoriens. Ces peu- 



OCEANIE. 



U9 



pies croient que les âmes des princes 
décèdes sont recueillies par ces croco- 
diles, et à chaque fête on leur fait 
des offrandes. Les serpents sont noni- 
I)reux; vivants, leur peau étincelle 
des plus vives couleurs , et elles dis- 
paraissent quand ils sont morts : et , 
après cela, que les naturalistes jugent 
des espèces sur la nature morte!. . 
On y trouve enfin les nids d*oiseaux 
dont les Chinois sont si fbiands. Ces 
nids^ auxquels les indigènes donnent 
le nom de sapang-bauroung y sont 
placés dans les crevasses des grottes 
comme de petits bénitiers. On en fait 
deux récoltes par an. Au nord les Idaans 
se servent d'échelles de bambou pour 
gravir les hauteurs les plus escarpées 
de ces grottes , où ils recueillent les 
nids précieux de salanganes {hirundo 
esculenta ), dont elles sont tapissées et 
dont les Luculluschinoissontsifriands. 
Leur forme est celle d'un petit bateau 
ou d'un quart d'écorce d'orange. On les 
détrempe dans l'eau pour les ramollir, 
et lorsque les fibres mucilagineuses 
en sont séparées, ces nids entrent 
comme assaisonnement dans les sou- 
pes , dans les ragoûts et dans les pâ- 
tés. ]\ous avons déjà dit que nous 
pensions que la matière blanchâtre dont 
ils se composent est le résidu d'in- 
sectes dont les salanganes se nourris- 
sent. En entrant dans ces grottes sou- 
terraines, ridaan tient une bougie de 
gomme élastique {^ficus elasUca ) , sur 
laquelle est un éteienoir. Lorsqu'il 
croit toucher un nid, il lève l'étei- 
gnoir, et la flamme reparaît, tant la 
combustibilité de la gomme estpronip- 
te. Ainsi, il peut recueillir les nids fa- 
cilement, sans effrayer les nombreu- 
ses habitantes de ces profondeurs. Les 
soins de cette récolte se bornent à obser- 
ver l'époque de la ponte et celle où les 
jeunes oiseaux quittent leurs nids. Pen- 
dant ce temps, on les laisse tran- 
quilles. Une portion des nids est re- 
cueillie toutefois avant que les œufs y 
aient été déposés. Ces nids , plus nets 
et plus blancs , sont ce qu'on nommée 
dans le commerce des nids de la pre- 
mière qualité. Les nids de seconde et 
de troisième qualité sont ceux que 



l'oiseau construit à la hâte pour la se- 
conde fois, et ceux dans lesquels les 
Eetits ont été élevés : moins beaux et 
ien" moins propres , ils sont couverts 
de petites plumes qui ne s'en détachent 
au'avec peine , même avec le secours 
de l'eau. Enfin, les moins estimés 
sont ceux qui ont été avariés», et que 
l'eau dé la mer semble avoir cristal- 
lisés de son muriate. Mais les Chinois, 
quoique mauvais chimistes, savent en- 
lever le sel et bien vendre encore le 
nid en cet état. 

L'auteur a vu acheter la première 
qualité jusqu'à 3000 piastres (plus de 
15,000 francs) le pikie. Il a déjà dit 
que le pikle correspondait à 125 li- 
vres de France. Chaque livre de seize 
pnces peut contenir de cinquante à 
soixante nids. La seconde qualité se 
paie de 1400 à 1500 piastres; la troi- 
sième , de 700 à 800 piastres le pikle. 
Il a mangé plusieurs fois dé ces fa- 
meux nids , et sans les épices dont 
on les assaisonne, en vérité rien ne 
serait plus fade ; mais , en revanche , 
c'est un tonique très-puissant. Enfin 
un grand nombre de tortues de mer 
abondent dans ces parages , et rejouis- 
sent les marins et voyageurs auxquels 
elles présentent une nourriture agréa- 
ble et salubre. 

CXXxil. NOURRITURES DE DIVERS PEUPLES 
COMPARÉES ET LEUR INFLUENCE SUR 
LEUR CARACTÈRE. 

L'auteur , qui a passé sa vie à obser- 
ver la nature et les hommes , a eu la 
curiosité de goûter de presque toutes 
les sortes d'aliments, lorsqu'il en a 
eu l'occasion. Il peut dire , au sujet des 
tortues de mer, d'une espèce de chien 
chinois, du porc-épic , et autres ani- 
maux qui sont dédaignés comme nour- 
riture par les Européens, qu'ils ont, 
à cet égarj, les mêmes préjugés que 
les Dayas ont pour les luiitres, les 
Grecs modernes pour les tortues de 
terre, et les Anglais pour les gre- 
nouilles qui n'en sont pas moins fort 
bonnes à manger. La plupart des ani- 
maux pourraient figurer sur nos tables, 
puisque la nourriture végétale ne peut 



iBO 



L'UNIVERS. 



nous suffire (*). Plusieurs peuples de 
l'Océanie mangent des pieds Je cha- 
meau, du babi-roussa, de la tappa 
ou chair de bufile séchée au soleil, 
dumaïba ou tapir bicolor, des chiens 
dayas et chinois, de la gazelle, des perro- 
quets , du kangarou , du douyoung (**), 
de rigouane de l'île Louçon, des 
grandes sauterelles , d'une espèce de 
mouches chinoises, du crocodile, des 
jserpents , de la tortue de mer , du 
dauphin, d'une certaine qualité de rats 
de Kàlémantan, de grandes chauve- 
souris de Bassilan, et même du jeune 
requin. Certes, tous ces mets, excepté 
le perroquet, le singe et le requin, sont 
supportables. La plupart de ces ani- 
maux ont paru aussi bons à manger à 
l'auteur, que la plupart de ceux dont 
les Occidentaux se régalent habituelle- 
ment. De tous ces mets inusités , le 
douyoung, avec une sauce piquante, 
les rognons de bouc de rAbyssinie,la 
gazelle d'Arabie, les rats de Kaléman- 
tau, grillés et assaisonnés de sel, de 
poivre et de citron , l'espèce de chiens 
dayas et chinois , dont nous avons déjà 
parlé , et surtout Tigouane et le landak , 
sont à son goût les plus délicats ; mais 
il a toujours eu de la répugnance pour 
les singes. Nos faiseurs de phrases, 
hommes doués de savoir , et éminem- 
ment justes , comme chacun sait , met- 
tront peut-être en doute la véracité du 
voyageur qui écrit ces lignes ; nos petits 
maîtres et nos petites maîtresses vont - 
rire de ses goûts barbares ; mais il n'a 

Sas vécu impunément pendant tant 
'années avec des sauvages, et il n'est 
pas habitué à s'effrayer de si peu de 
chose. 

(*) L'auteur a essayé de vivre dans l'Inde 
seulement des végétaux à la manière des 
Brahmâns , mais, triste résultat des vieilles 
habiuides , il fut obligé de renoncer en partie 
à ce régime qui l'avait singulièrement maigri 
et affaibli. Cependant le riz et le sagou sont 
encore sa nourriture ordinaire. 

(**) Le Douyoung est un célacé qu'on ne 
sert dans la Malaisie que sur la table des 
princes et des grands, de même que le cro- 
codiie en Chine et en Cochinchine : sa chair 
a le goût du veau. 



Dans la Malaisie, le riz et îe sagou 
servent de pain. Dans la Polynésie, le ba- 
nanier , le cocotier et Tartocarpe rem- 
placent les autres fruits. Le peuple vit 
principalement de dattes en Egypte et 
en Barbarie. Les bamiah , les ngues 
et les olives sont l'aliment le plus 
commun en Grèce et dans les îles de 
l'archipel , comme les châtaignes dans 
quelques provinces de France et d'Ita- 
fie. Dans la plus grande partie de l'Asie, 
en Perse, en Arabie, en Egypte, dans 
l'Inde , dans tout l'Orient et en Chine , 
le riz fait la principale nourriture des 
peuples. Dans les régions les plus chau- 
des de l'Afrique , le dourrah et le sor- 
gho sont la nourriture des noirs : ils 
vivent de cassave, de pommes de terre, 
d'ignames et de patates, de maïs et 
de manioc dans l'Amérique méridio- 
nale et dans l'Amérique centrale. 

Quelques tribus africaines mangent 
avec plaisir des pieds d'éléphant et de 
chameau , de la chair de panthère , de 
lion et de singe. Les Tatars aiment la 
chair de leurs chevaux. Les Beddhas, 
sauvages barbares de Ceylan , se délec- 
tent de celle de buffle et de chacal. 

Les habitants des îles Orcades et de 
éelles de Shetland (*) que nous avons 
vus, ne vivent, pour ainsi dire, que de 
poisson. Le lait sert de boisson à quan- 
tité de peuples, et les femmes ta tares 
ne boivent gue du lait de jument. 

Il serait à désirer qu'on rassemblât 
un plus grand nombre d'observations 
exactes sur la différence des nourri- 
tures de l'homme dans les climats di- 
vers , et qu'on pût faire la comparai- 
son du régime ordinaire des différents 
peuples : il en résulterait de nouvelles 
lumières sur la cause des maladies par- 
ticulières, et, pour ainsi dire , indi- 
fènes dans chaque climat. Ainsi le 
)aya et leTaçal, qui se contentent d'une 
poignée de riz avec un peu de sel pen- 
dant vingt-quatre heures, sont moins 
vifs et moins forts que les Français du 
nord et que les Anglais et les Irlan- 

(*) Les chevaux de ces îles , plus petits 
que ceux du département de la Corse, ne 
sont pas plus grands que les moulons de la 
Turquie asiatique': on les nomme ponies. 



OCÉANIE. 



m 



dais qui êé munïÈmni de viandes; 
mais, grâces à eètté sotiriété, ils l'em* 
portent à là kmgué sur eux lorsqu'il 
faut soutenir une fatigue continue, 
accompagnée dejprlrations. Les Obi- 
ndis , les B^galis et les Arabes , qui 
se nourrissent mieux que lesTagals et 
les Bayas, et moins bien que les Euro-» 
péens, sont plus rigoureux que tes pre* 
miers et moms que les derniers. 

Au reste, rien n'est changeant 
comme l'usaçe en Europe, et surtout 
en France. Si les Asiatiques sont trop 
stationnaires , nous marchons trop 
vite en avant comme en arrière. Nous 
en devenons en quelque sorte in- 
saisissables, et surtout dans nos costu- 
mes , et plus encore dans la gastrono- 
mie (ou la science de gueule ^ comme 
rappelait le bon philosophe Montaigne), 
le premier des arts pour nos crésus 
et nos sybarites. Quelle différence de 
i'art culinaire vanté par Grimod de la 
Reynière et tous nos Apicius du 
XIX* siècle, avec celui du moyen âge ! 
Taillevant , cuisinier de Charles V, dans 
son Traité des aliment^, mentionne, 
parmi les oiseaux dont il enseigne la 
préparation, la cigogne, le héron, le 
butor, le cormoran, la grue et le 
faucon. Mais les plats les pliis estimés 
étaient Tépervier, et le paon, que Ton 
servait avec son brillant diadème et 
sa queue aux yeux étincelants. Il fal- 
lait des estomacs aus^i robustes que 
ceux de nos aïeux pour digérer ces 
oiseaux coriaces, chéris des preux et 
des damoiselles, Tornement du ma- 
noir et l'orgueil du maître. Le chef 
de l'office était un personnage fort 
respecté , et il pouvait dire commp 
ce cuisinier du Dyskate de Ménan- 
dre : Personnen'a jamais insulté un cui- 
sinier ; notre art est en quelque sorte 
sacré. Le gosier de nos aïeux différait 
autant que leur estomac des nôtres : 
ce n'étaient pas des vins de Chamber- 
tin ou de Bordeaux , de l'Ermitage ou 
de Frontignan, qu'ils recherchaient; 
les vins d Orléans étaient destinés à 
la table des rois ; les barons et les che- 
valiers se délectaient avec du Mont- 
morency, de l'Argenteuil , du Meudon, 
voire même du Surène; et les vilains 



avec une bière épicée, dans laquelle on 
avait fait fermenter du piment, de la 
poix résine , de la lavâiidé , de la gen- 
tiane et du miel. 

CXXXUI. PROBABILITÉ D'tKE ANTIQUE CO- 
tÔNlSAtlON DESDAYAS PARLES HINDOUS , 
ET DES MONUMENTS DE CES PEUPLES DANS 
L'INTÉRIEUR DE L'ILE DE KALÉMANTAN. 

Parmi quelques chefs des tribus des 
Dayas^il semble exister des traditions 
du brahmanisme , car ils connaissent 
les noms des yomasy ou périodes fa- 
buleuses des Hindous , dont ils altèrent 
les noms de la manière qui suit. Au 
lieu de Kerta-Youga, etc., ils di- 
sent Kereta - loga , Tereta - loga , 
Dioua-Pera-Ioga et Kalé-Ioga. Le 
total de ces iogas n'est , selon eux, que 
de 16,771 ans, tandis que les quatre 
yougas des Hindous embrassent Tîm- 
mense étendue de 3,892,926 années 
depuis l'existence du monde, de ma- 
nière que l'année courante (1834) de 
l'ère chrétienne répond à l'année 4,936 
du kali-youga, ou âge du malheur, 
période actuelle des peuples de THin- 
doustan. 

Dans les dialectes marouts , idaans 
et biadjous de la langue daya, une. 
éclipse est appelée Grahana, Ces peu- 
ples croient qu'au moment de I éclipse 
un dragon dévore la lune, et ce dragon 
ils le nomment Rahou. Ces deux mots 
sont sanskrits. Pendant la durée de 
réclipse, ils suivent l'usage pratiqué 
en Chine, de faire un bruit infernal 
pour effrayer le dragon. 

Toutes ces particularités n'annon- 
cent-elles pas (les communications en- 
tre les Dayas et les Hindous? Java, 
il est vrai, est la seule des grandes 
îles de la Malajsie où Ton ait trouvé 
de grands monuments antiques; on 
ignore s'il existe des monuments de 
l'ancienne religion des Brahmâns à 
Soiimâdra , à Bali et à Célèbes. Raf- 
fles prétend qu'il n'y en a pas. Un 
Jggui instruit dit au contraire à l'au- 
teur qu'il en existait dans l'intérieur 
de Célèbes, et bien des. motifs le con- 
firment dans cette opinion. Il y aurait 
cependant de la témérité à trancher une 
telle question; car ces îles ont été ax- 



252 



L'UNIVERS. 



plorées imparfaitement jusqu'à ce jour; 
et elles sont d'un accès difficile; on y 
rencontre fréquemment des forêts im- 
pénétrables, au milieu desquelles peu- 
vent exister des édifices, qu'une végé- 
tation forte et luxuriante cache peut- 
être aux regards du voyageur. 

Il existe quelques débris de sculp- 
ture hindoue dans le nord de Kaléman- 
tan , et des Dayas assurent qu'on en 
trouve beaucoup au pays de Ouahou , 
au centre de cette île.Un jour, un voya- 
geur , plus heureux que ses devanciers, 
y trouvera des trésors de tout genre, 
s'il est animé par l'esprit d'investi- 
gation et de découvertes qui brave tou- 
tes les difficultés, et si, aidé par un 
des gouvernements qui possèdent des 
colonies dans la Malaisie , il se dirige 
avec ardeur vers cette riche et mysté- 
rieuse» contrée. Cet honneur pourrait 
facilement appartenir aux Hollandais , 
s'ils voulaient envoyer une expédition 
dans ce beau pays , sous les auspices de 
la prudence, de la force et delà science. 

Naguère un juif de Batavia parcou- 
rut la partie occidentale et une partie 
du centre de cette grande terre ; mais 
cet homme était d une grande igno- 
rance , et ne s'occupait que du com- 
merce de l'or et des diamants. On 
le traitait de hâbleur dans plusieurs 
lieux des Moluques et de Kaléman- 
tan , où les Européens sont les maî- 
tres, et c'était une grande injustice; 
car il disait la vérité (sauf les menson- 
'es ordinaires aux marchands , quand 
il s'açit de vente ou d'achat) , toutes 
les fois qu'il faisait le récit de ce qu'il 
avait vu. Pour le reste, il avait pu être 
trompé parles naturels. Les voyajçeurs 
sont tous exposés à cet inconvénient; 
d'ailleurs il n'est pas étonnant de ra- 
conter des choses neuves et extraordi- 
naires, guand on décrit un pays où les 
productions , les animaux et les hom- 
mes sont d'une nature neuve et ex- 
traordinaire. 

CXXXIV. ÉTATS ET COLONIES. 

L'ile Kalémantan est partagée en un 
grand nombre de petits états. Parmi 
ceux oui sont situes le long des côtes « 



f 



3uelques-uns sont vassaux des Hollan- 
ais; les autres, ainsi que tous ceux 
de l'intérieur , sont indépendants. 

La partie soumise aux Hollandais 
forme les deux Résidences ou provinces 
qu'on désigne dans les chancelleries 
hollandaises sous le nom de Résidence 
de la côte occidentale dé Bornéo {west 
kust van Bornéo) y et Résidence des 
côtes méridionale et orientale {zmden 
oostkust)y ou de Bendjermassin. 

CXXXV. PREMIÈRE BÉSIUENCE HOLLAN- 
DAISE. MINES D'OR DE MATRADO. C0IX>NI£ 
CHINOISE. 

La première résidence renferme 1 ° les 
pays compris depuis Ayer-Hittam, 
limite méridionale des territoires de 
Matan jusqu'à Polo, limite septentrio- 
nale de ceux de Sambass, et comprend 
ces états , ceux de Mompava, de Pon- 
thianak , et de quelques petits chefs 
intérieurs , indépendants ae ces puis- 
sances. Dans cette résidence sont en- 
clavés les états du soulthân de Sam- 
bass. Dans l'intérieur se trouvent les 
cantons à mines de Semini et de La- 
ra. Sambass, petite ville sur la rivière 
de ce nom , avec un fort hollandais , 
est la capitale. Le soulthân, au- 
trefois intrépide et féroce, et aujour- 
d'hui abruti par l'usage de Vavia (*), 
y possède un palais qu'on nomme Dea- 
lem^ richement orné des objets précieux 
ravis aux Européens ou Américains 
qui ont été ses victimes. 

Malgré ce fort, il y a des pirates 
établis au nord de Sambass , ainsi qu'à 
Cayong, dans l'intérieur de Matan. 

T Le pays de Mompava. Il s'étend 
fort loin dans l'intérieur , et renferme 
les mines d'or de Matrado et de Man- 
dour, les plus riches de l'Océanie. Ce 
canton , entre Mompava et Sambass , 
est presque abité uniquement par des 
colons chinois. Les Malais ne peuvent 
s'établir dans ses limites, qui sont 
d'à peu près 70 milles du nord au sud 
de la rivière de Soungui-Raïah à Sil- 
laca , et de 80 milles de l'ouest à l'est, 
c'est-à-dire de la mer aux monts de 

C) C'est une prénaralion d'opium qu'on 
fume eu ^iiise de tal>ac. 



Matraao, chaîne escarjpée et très- 
élevée. Cest à leur pied qu'est placée 
Matrado, ville principale du pays, avec 
une population d'environ 6000 habi- 
tants. Elle est dans une situation ad- 
mirable, au milieu d'une plaine. Les 
maisons sont bâties dans le goût chi- 
nois. Elle après d'une lieue de long et 
un sixième de lieue de large ; elle est 

divisée en bazars' ou quartiers ; les 
personnes de la même profession ha- 
bitent toutes le même quartier. La 
colonie est commandée par un capi- 

. taine chinois. L'air y très-salubre. Les 
exemples de longévitéy sont communs, 
et les Européens peuvent visiter le 
pays avec confiance. Les mœurs et 

' occupations des Chinois sont les mê- 
mes qu'à Kantong ; ils y sont peut- 
être plus joueurs. Le port de Soungui- 
Raïan est assez sûr , et entouré d'îles 
qui brisent la violence des lames et des 
vents. L'on peut mouiller à un demi- 
mille de la barre de la rivière par cinq 
brasses d'eau, sur un fond très-uni. 
C'est principalement à Soungui-Raïah 
qu'on aborde quand on veut se rendre 
à Matrado. On y arrive par un chemin 
tracé au milieu d'une campagne bien 
arrosée; Ce chemin est garni de redou- 
tes qui servent de défense et de dépôt 
de minerai. 

Le port de Soungui-Raïah est fré- 
quente par les jonques de Chine , et 
surtout du port d'Amoï. Dans l'inté- 
rieur de la colonie, les Chinois paient 
un tribut de 250,000 francs au prince 
de Sambass. Ils travaillent aux mines 
à peu près de la manière usitée au 
Mexique. Ils barrent les ruisseaux de 
distance en distance : hommes , fem- 
mes et enfants ramassent le minéral 
précieux. Cette colonie, déjà très-consi- 
dérable, pourra devenir maltresse d'une 
grande partie de l'île Kalémantan. Il y 
a quelques bons ports sur la côte de 
cet étaniissement. Le produit annuel 
des mines du territoire de Sambass est 
de 89,000 onces d'or pur, et celles 
de Matrado de 90,000, non compris 
Tor en poudre , qui rend bien davan- 
tage. On l'obtient par le lavage, car 
les mines de Matrado ne sont pas 
assez exploitées. Matrado fournit 



OCÉAN lE. a5S 

aussi quelques diamants. L'or de Sin- 
tang, Sangou et Landak est le plus 
pur. Vient ensuite celui de Mentcnari 
et de Mandor. Ces end|*oits sont du 
ressort de Ponthianak. Celui de La- 
rak, Salakao et Sampan est du res- 
sort de Sampou. Le soulthân de Sam- 
bass en possède un morceau pesant 
treize boungkals (*),.et il en a vendu 
un de 26 boungkals , ou taéls. 

On compte dans cette résidence en- 
viron 150,000 Chinois, vêtus selon 
l'usage de 'leur pays. Leurs principaux 
établissements, après celui de Ma- 
trado, sont Mandor, Lourak, Salakao 
et Sinkana, dans l'intérieur; mais 
toute la côte , depuis la rivière de Sam- 
bass j